horreur

Publié le 21 Décembre 2019

SABAT N°1 de Guy N. Smith

Guy N. Smith, un des auteurs phares de la « pulp horror », a été régulièrement publié au Fleuve Noir dans la collection Gore. Cependant une grande partie de sa prolifique production reste inédite chez nous. Il a ainsi écrit six volumes concernant Mark Sabat, ancien prêtre formé par les SAS devenu exorciste pour combattre divers démons et carrément l’Antéchrist qui, d’ailleurs, le possède en partie. Sabat possède un équipement entre James Bond et le Docteur Strange : des armes classiques, un crucifix et la maitrise des arts mystiques qui lui permet de voyager dans l’astral hors de son corps. Le héros viole aussi deux jeunes femmes mais comme en fait elles aiment ça il est pardonné. Autre temps autres mœurs.

La version originale comptant 160 pages, le roman n’a probablement pas souffert de son adaptation aux normes de la collection « Gore ». Le lecteur retrouve, par conséquent, le style habituel de Guy N. Smith qui, comme toujours, se vautre dans le mauvais goût, l’horreur saignante et l’érotisme crapoteux. A croire que Smith, tombé amoureux des premiers romans de James Herbert, a fini par se dire qu’ils étaient trop psychologiques et timorés.

SABAT avance donc à un rythme frénétique et ne laisse aucunement le temps au lecteur de se remettre de ce déferlement de littérature « pulp » distillée à haute température. Le tout rappelle un peu la saga du COMMANDEUR de Michel Honaker avec son mélange de fantastique déjanté, d’horreur sanglante et d’érotisme gratuit.

En définitive, SABAT constitue un honnête petit « Gore ». On a lu plus extrême dans la collection mais l’approche old school et complètement décomplexée de Smith emporte l’adhésion. Bref, ce roman s’apparente à une bande dessinée pour adultes sans prétention (Elvifrance aurait pu l’adapter avec bonheur). Ce n’est cependant pas le meilleur livre de l’auteur et, pour les curieux maitrisant l’anglais, on conseille plutôt, chez Smith, le délirant NIGHT OF THE CRABS, le très divertissant BATS OUT OF HELL ou le référentiel THE SLIME BEAST dont les titres annoncent déjà la couleur…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 17 Décembre 2019

L'ENTERREMENT DES RATS de Bram Stoker

Avec ce petit recueil à « pas cher », voici l’occasion de découvrir un auteur souvent résumé à son seul DRACULA.

La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, suit un Anglais de passage à Paris en 1950. Il quitte les voies balisées et s’enfonce dans le quartier de Montrouge, peuplé d’une foule de chiffonniers façon cours des miracles. Notre touriste de la misère espère entendre des récits de la Révolution mais il tombe dans un piège et sur une bande de détrousseurs qui balancent les corps de leurs victimes aux rats. Une nouvelle à l’intrigue certes rudimentaires (une course poursuite dans les rues parisiennes les plus crasseuses entre un Anglais nantis et une horde de loqueteux assassins) mais à l’ambiance fort bien rendue avec cette horde de monstrueux miséreux plus agressifs qu’une meute de morts vivants. Très sympa.

« Une prophétie de bohémienne » traite donc, on s’en doute, de l’annonce faite par une bohémienne à un homme : il va tuer sa femme. C’est un court récit où le fantastique se réduit à cette clairvoyance et qui se veut surtout humoristique. Ca se lit, ça s’oublie mais ce n’est pas désagréable.

« Les sables de Crooken” joue aussi la carte de l’humour mais plus subtilement. Le récit rappelle un peu le point de départ du récent film “Le daim” avec cet Anglais suffisant qui, parti en Ecosse, veut absolument porter le magnifique costume traditionnel. Sauf qu’il se rend ridicule mais, par vanité, continue de le porter en dépit des moqueries. Une histoire de double (doppelganger), de fantôme et de malédiction planant sur des sables mouvants ajoute un élément fantastique à ce récit.

La dernière nouvelle, « Le secret de l’or qui croit » emprunte beaucoup à Poe mais annonce également d’innombrables récits ultérieurs (pensons simplement aux comics façon TALES FROM THE CRYPT) avec ses cheveux d’une jeune femme assassinée sortant des murs du salon où son amant l’a dissimulée.

Dans l’ensemble, ce petit recueil permet de découvrir Stoker, écrivain très connu grâce à DRACULA mais dont la popularité du Seigneur de la Nuit a aujourd’hui totalement occulté le reste de l’œuvre. Or on apprécie ces nouvelles agréables, bien écrites, au style joliment recherché mais facile d’accès et pas du tout vieillot. Plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #Horreur, #Recueil de nouvelles

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Publié le 11 Décembre 2019

LA MALEDICTION DE BETHANY de Robert McCammon

 

Voici un des premiers romans de Robert McCammon qui deviendra une des valeurs sûres de l’horreur et du fantastique. L’intrigue est relativement classique avec son couple venant s’installer, en compagnie de leur petite fille, dans une petite ville tranquille au nom étrange, Bethany’s Sin. L’homme, Evan, écrivain de son état, y voit une opportunité de rédiger un article et se renseigne sur les origines du patelin. Très vite, bien sûr, il découvre certaines zones d’ombre aidé en cela par ses capacités paranormales de clairvoyance via ses rêves.

Premier bémol : le roman prend un temps certain à assembler les pièces de son puzzle…il faut attendre la moitié du livre (autour de la page 160) pour que la vérité se dévoile. Ce ne serait pas dramatique si la quatrième de couverture ne levait pas tout mystère sur la véritable nature du Mal qui se cache à Bethany…du coup mieux vaut éviter de lire ce résumé pour garder le suspense intact. Heureusement les personnages s’avèrent étoffés et relativement originaux. Bien sûr on n’échappe pas au cliché de l’écrivain s’installant dans un bled perdu pour écrire tranquillement mais son passé traumatisant au Viet Nam et ses talents de prémonitions lui donnent une certaine épaisseur. Dommage que l’épouse paraisse souvent bien stupide dans ses réactions et se refuse, quasiment jusqu’au bout du roman, a accordé foi à ses mises en garde concernant ce village maudit.

Si le roman suit une ligne bien tracée, le Mal qui peuple Bethany s’avère surprenant et rarement utilisé dans la littérature fantastique…ni sorcière ni vampires ni loups-garous mais bien…bon je ne le dirais pas mais c’est étonnant. McCammon aime l’Histoire (comme en témoigne son formidable L’HEURE DU LOUP) et LA MALEDICTION DE BETHANY lui permet donc d’explorer le passé, réel et / ou mythologique pour nourrir son intrigue.

Au final, LA MALEDICTION DE BETHANY constitue une lecture agréable mais pas exceptionnelle : l’auteur a encore des progrès à accomplir pour mieux gérer le rythme, la construction du récit et les relations entre les protagonistes. Néanmoins, c’est loin d’être désagréable. Pour un second roman, écrit à 28 ans, c’est même fort solide et bien des écrivains n’auront pas atteint une telle maitrise après des années de boulot. La dernière partie, plus mouvementée, fonctionne plaisamment et, dans l’ensemble, LA MALEDICTION DE BETHANY reste un honnête divertissement fantastico-horrifique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 29 Novembre 2019

LES FURIES DE BORAS d'Angers Fager

Petit recueil ayant retenu l’attention de la critique à sa sortie, LES FURIES DE BORAS s’apparente à une relecture des grands mythes du fantastiques de façon souvent très rentre-dedans. Le style de l’auteur (qualifié de « Lovecraft suédois sous acide ») s’avère simple et les phrases paraissent souvent éructées : courtes et hachées elles usent d’un vocabulaire volontiers familier pour plonger le lecteur au cœur d’une action frénétique. Si l’influence de Lovecraft se montre patente dans les intrigues, Fager s’éloigne cependant du reclus de Providence dans son traitement et se place à l’opposé du puritanisme de son inspirateur. Nous sommes davantage proche d’Edward Lee pour ce mélange d’horreur cosmique, de thématiques contemporaines, de gore, de drogues diverses et de sexe explicite.

La première nouvelle, « les furies de Boras », donne le ton avec cette bande de gonzesses excitées s’en allant baiser dans les bois avant d’offrir en sacrifice un jeune homme aux Grands Anciens. Tentacules phalliques, foutre et sang, Fager ne fait pas dans la dentelle mais le côté brut de son écriture compense la prévisibilité de l’intrigue.

La nouvelle suivante nous plonge en pleine guerre au XVIIIème siècle avec toute la violence attendue avant l’intervention d’une célèbre entité « qui marche sur le vent ». Encore une fois le côté outrancier et agressif de l’écriture compense un récit très classique.

« Trois semaines de bonheur » pourrait être la nouvelle la plus réussie du recueil, l’auteur dépeignant avec beaucoup de subtilité sa principale protagoniste dont il dévoile peu à peu la monstruosité. Comme les autres récits, celui-ci mélange horreur aquatique poisseuse et déviance sexuelle mais de manière moins frontale. Cette relative retenue rend le résultat plus convaincant et marquant avec une « héroïne » pathétique et attachante en dépit de sa différence.

En dépit d’une réelle originalité, plusieurs nouvelles laissent malheureusement une impression mitigée par leurs fins ouvertes qui semblent parfois inachevées. « Encore ! Plus fort ! » constitue ainsi un texte érotico-fantastique original dans lequel deux amants s’étranglent durant l’acte sexuel afin d’atteindre les contrées du rêve (ils ne devaient pas posséder la clé d’argent de Randolph Carter) mais le tout échoue à offrir une conclusion satisfaisante. « Un pont sur Vasterbron » décrit de façon très détachée une situation extraordinaire ayant mené au suicide de très nombreuses personnes âgées. L’auteur ouvre quelques hypothèses mais laisse au lecteur le soin de trancher. Le climat fantastique et la complète étrangeté de l’histoire s’avère toutefois intéressante. Même constat pour « L’escalier de service » qui nous ramène aux débuts de la psychothérapie, du temps où les médecins soignaient l’hystérie par le laudanum et les « massages » intimes afin de relâcher les tensions. Un récit très efficace jusqu’à une conclusion un peu trop attendue, pas à la hauteur de ce qui précède. Ce qui s’applique également au dernier récit de ce recueil.

Si LES FURIES DE BORAS déçoit parfois, nul doute que le recueil possède une véritable force accentuée par les « fragments », de très courtes nouvelles (plutôt des tranches de vie) amenant le lecteur à accepter la résurgence, dans la Suède du XXIème siècle, des manifestations des Grands Anciens. Au final, une lecture agréable qui offre un regard neuf sur les horreurs lovecraftiennes.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Fantastique, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 27 Novembre 2019

NEONOMICON d'Alan Moore

NEONOMICON constitue l’hommage d’Alan Moore (V POUR VENDETTA, WATCHMEN, FROM HELL,…) à Lovecraft. Le prologue, narré par l’agent spécial Aldo Sax, multiplie déjà les références : dans le nightclub Zothique, situé à Red Hook, se produit le groupe Les Chats d’Ulthar mené par la punkette Randolph Carter. Sax contacte Johnny Carcosa (en réalité l’avatar de Nyarlathotep) pour obtenir une nouvelle drogue. Mais Sax devient fou et mutile plusieurs jeunes femmes.

Cette première partie, évocatrice et mystérieuse, se compose de deux cases verticales par pages, ce qui permet au dessinateur Jacen Burrows de donner sa pleine mesure. L’histoire principale sera, pour sa part, essentiellement construite par l’utilisation de quatre cases horizontales par page, donnant là aussi l’ampleur nécessaire (façon cinémascope) au récit d’Alan Moore consacré à deux agents du FBI, Gordon Lampers et Merril Brears. Dans une volonté de pervertir l’univers de Lovecraft, Moore donne ainsi la vedette à un Noir et une nymphomane.

L’intrigue, linéaire, s’avère facile à suivre et ne ménage guère de surprise, ce qui n’empêche pas l’ensemble de posséder une grande force évocatrice. L’auteur n’hésite pas à plonger dans les tréfonds de l’horreur glauque et de la sexualité débridée avec des scènes d’orgies contre-nature dans lesquelles l’héroïne est violée à de nombreuses reprises par une créature des profondeurs.

Moore frôle souvent la parodie et se moque gentiment de l’exploitation outrancière du Mythe (« je n’ai jamais lu Lovecraft mais ces histoires sont partout aujourd’hui, ils font même des Cthulhu en peluche » déclare un enquêteur) tout en versant lui-même, par instant, dans ce travers de références multiples. On retient néanmoins quelques passages bien délirants comme ce sex-shop proposant des poupées gonflables au visage de Cthulhu ou ces godes tentaculaires, sans oublier une orgie dans une piscine souterraine abritant un Profond à l’appétit sexuel insatiable. Oui, tout ça donne parfois une impression de joyeux foutoir devant autant aux mangas pornos qu’à Lovecraft. Mais ce n’est pas désagréable à condition d’apprécier cette option « série B ».

Néanmoins, le final d’une portée réellement cosmique avec une utilisation adroite des théories sur le temps cyclique rachète les aspects parfois grand-guignolesques d’un récit globalement convaincant et original, pour amateurs avertis (comme on dit) de HPL.

NEONOMICON d'Alan Moore

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Erotique

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Publié le 22 Novembre 2019

L'HORREUR DANS LE CIMETIERRE de H.P. Lovecraft et autres

Après L’HORREUR DANS LE MUSEE voici le deuxième tome de cette série reprenant les « révisions » et autres « collaborations » de Lovecraft. Le sujet est abordé par une préface d’August Derleth suivi d’un très intéressant article de Francis Lacassin : « H.P. Lovecraft : « nègre » littéraire ou accoucheur de talent ?. Le même Lacassin fournit d’ailleurs en fin de volume une bibliographie de ses revisions (aujourd’hui toutes disponibles en français)

Le corps du recueil se compose d’une sympathique nouvelle d’Hazel Heald qui lui donne son titre, « L’horreur dans le cimetière ». Pa la suite, Hazel Heald (1896 – 1961) a admis que Lovecraft « l’a aidée pour ses histoires et a véritablement réécrit des paragraphes entiers. Il critiquait les alinéas les uns après les autres, notait au crayon des remarques marginales et les faisait ensuite réécrire jusqu’à ce qu’ils lui plaisent ». Les « révisions » effectuées par Lovecraft se montrent d’ailleurs de plus en plus importantes : si les premières histoires nécessitent une révision moins radicales et peuvent se contenter des conseils de l’écrivain de Providence (par exemple dans « L’homme de pierre » et « L’Horreur dans le cimetière »), les suivantes (« L’horreur dans le musée » et « Surgi du fond des siècles ») constituent de véritables collaborations, Lovecraft y apportant ses thématiques familières et de nombreux emprunts au Mythe de Cthulhu. En ce qui concerne le très divertissant et quasi parodique « La mort ailée », dernière « collaboration » entre Heald et Lovecraft, ce-dernier avoue, dans une lettre à August Derleth, qu’il en a écrit au moins 90%. Nous sommes donc loin d’un simple travail de correction !

Zealia Bishop est une autre romancière aidée par Lovecraft : « j’avais appris de lui les principes fondamentaux de la technique de l’écriture. Ma dette à son égard est considérable. Je considère que cela a été un grand bonheur d’avoir été au nombre de ses corresponds amicaux et de ses élèves ». Quoique sa production personnelle relève de la littérature romantique, Zealia Bishop est aujourd’hui essentiellement connue pour les trois révisions effectuées par Lovecraft. Ce-dernier détaille la genèse du plutôt réussi « La malédiction de Yig » en affirmant qu’il s’agit pratiquement d’une « composition originale du fait que tout ce dont je disposais était un ensemble de notes ». Il ajoute « toute l’intrigue et les motivations sont de moi, j’ai inventé le dieu-serpent, la malédiction, le prologue et l’épilogue,… ». Lovecraft récidiva avec « La chevelure de la Méduse » (qui a pris un bon coup de vieux et dont les aspects racistes n’aident guère à la reconnaissance de HPL) et surtout le roman « Le Tertre » à l’indéniable efficacité dans sa description d’un  monde souterrain niché sous un tertre maudit. Lovecraft a d’ailleurs confié à Clark Ashton Smith (auquel il emprunte la divinité batracienne Tsathoggua) qu’il a composé « une histoire originale à partir d’un simple photographe, pas même le germe d’une intrigue ». Lovecraft ajoute que l’idée initiale (« une histoire de tertre hanté par une paire d’Indiens fantômes ») serait « insupportablement fade et plate », d’où son idée d’y inclure les expéditions espagnoles de Coronado, le monde souterrain et la présence de Tsathoggua. Le résultat se révèle une belle réussite pour les amateurs de mondes perdus.  

Alors qu’il tentait toujours de donner à ses révisions une réelle qualité, Lovecraft baisse les bras devant « Le dernier examen » d’Adolpho De Castro qu’il juge « illisible » et « détestable ». En dépit d’un mois de travail, rien ne peut sauver le texte. Lovecraft acceptera pourtant de réviser, en 1930, « L’Exécuteur des hautes œuvres ». Pas très palpitant non plus.

Toujours modeste, Lovecraft refusait souvent, parfois même devant l’évidence, la paternité des textes révisés. Ainsi, en dépit des nombreuses retouches, suggestions et corrections qu’il fait subir aux « Deux bouteilles noires » de Wilfrid Blanch Talman il n’estime pas « sa participation suffisante pour mériter le titre de co-auteur » et incite Talman à « publier l’histoire sous votre seul nom ».

August Derleth reconnaissait le caractère forcément inégal de ces « révisions » mais ajoutaient que les meilleures d’entre elles étaient « certainement d’assez bonne qualité pour figurer parmi les histoires de Lovecraft » avant de conclure avec logique que « Lovecraft était responsable de ce qu’il y avait de plus digne d’être retenu » dans ces contes. Nous pouvons d’ailleurs ajouter que tous les écrivains « aidés » par Lovecraft sont aujourd’hui tombés dans l’oubli et que « leurs » uniques nouvelles encore publiées sont justement celles sur lesquelles Lovecraft a posé le stylo. 

Un recueil plus intéressant et historique que réellement transcendant mais qui saura satisfaire les complétistes de Lovecraft.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 14 Novembre 2019

CEUX DES PROFONDEURS de Fritz Leiber

Georg Reuter Fischer, aidé d’Albert Wilmarth, expert de Lovecraft, découvre de nombreux liens entre son histoire personnelle et celle de l’écrivain de Providence. Il comprend aussi les liens existants entre ses rêves et les abominations cosmiques décrites par Lovecraft, quitte à sombrer à son tour dans les abimes.

Fritz Leiber a connu Lovecraft qui l’avait encouragé à poursuivre dans l’écriture après avoir lu ses premiers essais. En 1976, il décide de rendre hommage au maitre à travers un court roman, CEUX DES PROFONDEURS, dans lequel apparait Lovecraft lui-même. Comme plusieurs continuateurs du Mythe de Cthulhu, Leiber adopte en effet le point de vue voulant que Lovecraft ait été un initié dont les écrits, authentiques, étaient trop terrifiants pour se voir révélés autrement que sous la forme d’histoires de fiction.

Précédemment édité dans un gros recueil de nouvelles (accompagnées d’une autobiographie) chez Lefrancq, le texte réapparait chez Mnemos ce qui le rend, forcément, plus facile d’accès. Malheureusement l’éditeur n’a pas jugé opportun de revoir la traduction or celle de CEUX DES PRONFONDEURS aurait grandement gagné à une bonne révision tant elle parait pesante, voire boiteuse. La lecture s’avère donc peu aisée car les phrases ne « coulent » pas…Evidemment, Leiber adopte ici un style ampoulé et alambiqué, riche en épithètes, dans l’esprit de Lovecraft et la traduction se doit d’être irréprochable. Comme c’est loin d’être le cas, cela rend la lecture particulièrement difficile et gâche une bonne partie du plaisir.

L’intrigue en elle-même ne s’avère pas spécialement originale mais fonctionne plaisamment, à la manière de certains pastiches de Robert Bloch qui brodent sur les thématiques lovecraftienne avec un certain talent teinté de roublardise. Le récit suit ainsi la destinée d’un personnage non seulement complètement lovecraftien (il répond à tous les clichés en vigueur de l’érudit solitaire à la généalogie tortueuse) mais en outre fort proche du réel Lovecraft. De nombreuses situations semblent provenir des nouvelles antérieures de HPL et bien des protagonistes de ses fictions reviennent effectuer un petit tour de piste dans des lieux eux aussi coutumiers aux lecteurs de Lovecraft. L’ensemble se révèle donc agréable et bien mené mais sans dépasser l’aspect hommage prononcé. CEUX DES PRONFONDEURS ressemble donc souvent à une fan-fiction pour initiés qui se délecteront des références et autres clins d’œil disséminés par Leiber. Amusant mais un peu vain.

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Rédigé par hellrick

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Publié le 31 Octobre 2019

LE CAUCHEMAR D'INNSMOUTH de Howard Phillips Lovecraft

Ce recueil reprend six nouvelles de Lovecraft, toutes intéressantes même si on réservera le qualificatif de chef d’œuvre à la première d’entre elles, celle qui donne d’ailleurs son titre à ce livre.

Sans doute un des récits les plus connus de Lovecraft, cette novella (terminée en 1931) constitue une continuation de la très courte « Dagon » écrite douze ans auparavant. Le narrateur, Robert Olmstead, se rend en Nouvelle-Angleterre pour en découvrir l’Histoire. En dépit des avertissements, il échoue dans le petit village côtier d’Innsmouth où il est accueilli de manière hostile par les habitants à l’étrange apparence batracienne. Olmstead finit par apprendre, de la bouche du vieil ivrogne Zadok Allen, que la population s’adonne au culte d’un dieu aquatique, Dagon, et n’hésite pas, en échange de richesses, à s’accoupler à des êtres venus des profondeurs.

Sorte de synthèse de l’horreur tentaculaire, cosmique et aquatique de Lovecraft, ce récit riche et efficace démarre de manière posée pour ensuite s’enfoncer dans l’indicible au fur et à mesure des rencontres du principal protagoniste avec les abominations nichées dans ce paisible (en apparence) village côtier. Souvent mentionné, que ce soit par Lovecraft lui-même ou par ses continuateurs, Innsmouth s’est imposé comme un lieu essentiel de son univers aux côtés d’Arkham. 70 pages denses et passionnantes (tout juste peut-on trouver le parler « alcoolisé » de Zadok Allen un brin pesant) à lire ou relire dont Stuart Gordon tira l’excellent DAGON, sans doute le long-métrage le plus représentatif de l’univers lovecraftien.

Les autres nouvelles sont également célèbres : « La maison de la sorcière » (adaptée pour la série télévisée Master of Horror mais également sous les titres LA MAISON ENSORCELEE en 1968, HORREUR A VOLONTE en 1970 et plus récemment THE SHUNNED HOUSE en 2003), le très macabre « Air Froid » dans l’esprit des (ultérieurs) « Tales from the crypt » (porté à l’écran dans l’anthologie NECRONOMICON et précédemment dans la série télévisée « Night Gallery »), le très court « L’indicible » (dont J-P Oulette tira le sympathique mais très bis THE UNNAMABLE en 1988).

Le recueil se termine avec l’excellent « Le Monstre sur le seuil ». Au final : une belle réussite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 8 Octobre 2019

POSSESSION de Peter Tremblay

Peter Trembley, loué par Stephen King en personne (lequel affirme avoir « tremblé à sa lecture »), propose un roman qui se prétend (carrément!) le nouveau classique de l’horreur, à placer entre L’EXORCISTE et ROSEMARY’s BABY. Si il ne côtoie pas ces deux sommets, POSSESSION reste très recommandable et efficaces, les jury du Bram Stocker Award lui ayant d’ailleurs décerné leur grand prix en 2015.

Se voulant moderne, Trembley revisite donc le classique de William Peter Blatty à la mode « télé-réalité » et d’une manière quelque peu distancée. Ainsi, la sœur de la possédée nous offre la lecture de son blog consacrée à l’épouvante et revient sur les événements s’étend dérouler quelques années auparavant. Elle distille aussi de nombreux commentaires sur des films d’horreur plus ou moins récents. Avec une certaine ironie (cynique ?), l’auteur démontre également les nombreux points communs entre son récit (la possession de sa sœur ainée) et des classiques comme L’EXORCISTE ou EVIL DEAD.

Agée de huit ans au moment des faits, la gamine relate les événements subis par sa frangine, Marjorie, adolescente en pleine crise probablement possédée du démon et suivie par une équipe de téléréalité venue filmer l’exorcisme annoncé. Le roman s’attarde ainsi sur le voyeurisme d’une émission décidée à capturer les manifestations démoniaques pour le petit écran en exploitant la misère d’une famille frappée par la crise et le chômage. Peter Trembley confère ainsi un vernis social et un certain contexte politique à son récit qui repose également sur le traditionnel affrontement de la science et de la foi. Au final, le lecteur se fera sa propre opinion au sujet de Marjorie : gamine perturbée, simulatrice en quête d’un soutien familiale, jeune fille lançant un cri d’alarme, folle, possédée,…Le climax ouvre de nouvelles portes et propose un regard plus original et novateur sur le thème balisé de la possession. Au final, un roman plaisant qui procure un réel plaisir de lecture et qui, en ses temps de pavés, a le bon goût de limiter sa pagination à 330 pages.

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Rédigé par hellrick

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Publié le 24 Septembre 2019

DOGGYBAGS PRESENTE HEARTBREAKER de Céline Tran, Run, etc.

La série « Doggybags » a, en treize volumes, relancé la tradition des comics horrifiques inspirés des EC Comics (en particulier le fameux TALES FROM THE CRYPT). Lancée par Run, cette série anthologique a proposé de nombreuses histoires très sanglantes au rythme de trois épisodes par numéro. Dans le sixième volume nous avons découvert HeartBreaker, alias Celyna, contaminée par le vampire Karl et devenue une sorte de chasseresse nocturne assez proche du célèbre Blade de Marvel. Le personnage a été créé par Céline Tran (et modelé sur son physique avantageux) dont on a pu admirer les talents martiaux dans le très bourrin « Jailbreak ». Après avoir délaissé son personnage de Katsumi, Céline Tran incarne ici une héroïne nocturne aussi dangereuse que séduisante confrontée aux créatures de la nuit.

On débute avec « blood tells no tales » et son intrigue basée sur le sang du Christ, graal que poursuivent divers protagonistes : clans criminels, agent du Vatican et Celyna elle-même. Une agréable histoire servie par le joli trait de Sourya, entre polar et fantastique mâtiné de passages sexy et gore. Convaincant et bien mené.

La suite, « Bad Blood », nous promet du « sang pour sang ghetto » avec un récit de gangs urbains dans lequel les poches de sang, volées dans des hôpitaux, sont devenues la nouvelle drogue recherchée par les toxicos zombies. Chariospirale illustre tout cela et disons que son style très particuliers risque de ne pas plaire à tous les lecteurs. Le dessin se fait donc (volontairement ?) brouillon et outrancier, complètement « indé » et à l’opposé d’un trait mainstream avec des protagonistes plus gribouillés que réellement dessinés. On peut aimer ou, au contraire, trouver cela inapproprié pour un scénario sinon plaisant.

On termine avec « blood lust », le récit le plus traditionnel dans son intrigue (signé par Tran elle-même) et le plus typique du « style » Doggybags : une histoire fonçant à cent à l’heure et qui ne lésine ni sur l’érotisme ni sur le gore. Le dessin de Maria Llovet, usant volontiers de traits gras, rend hommage à ce récit classique mais agréable à l’œil et illustre son héroïne sous toutes les coutures pour le plus grand plaisir du lecteur.

Au final un « Doggybags présente » inégal mais globalement solide avec tout ce que l’on apprécie dans cette série : des intrigues référentielles, un côté série B assumé, des passages sexy, des déferlements d’hémoglobine et une bonne dose de second degré salvateur. Divertissant.

DOGGYBAGS PRESENTE HEARTBREAKER de Céline Tran, Run, etc.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Fantastique, #Gore, #Horreur, #Recueil de nouvelles

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