horreur

Publié le 25 Février 2020

OEUVRES VOLUME 2 de Howard Phillips Lovecraft

Deuxième volet d’une somme considérable (ne parlons pas d’intégrale mais on s’en rapproche) consacrée à Lovecraft, ce deuxième tome contient lui aussi son lot de classiques : « de l’au-delà », « je suis d’ailleurs », « Herbert West, réanimateur », « La peur qui rôde », « Air froid », etc. Des textes que l’on trouvait déjà dans de précédents recueils consacrés à l’auteur mais que l’on apprécie de voir rassemblé ici aux côtés des fameuses « révisions » effectuées par HPL.

Cependant le lecteur sera ravi de retrouver quelques textes aujourd’hui difficiles à dénicher. Ainsi, « L’horreur venue des collines », un court roman de Frank Belknap Long, a jadis été publié dans la revue Weird Tales et, en France, dans « Crépuscule » de Richard D. Nolane. Frank Belknap Long (1901 – 1994) a écrit de nombreuses nouvelles, rassemblées dans deux recueils, LE GNOME ROUGE et LE DRUIDE NOIR chez Marabout. On lui doit aussi un des plus fameux pastiches de Lovecraft, « les chiens de Tindalos ». Il livre ici un récit maitrisé quoiqu’un peu bavard, effectuant un surprenant flashback au temps de la Rome antique pour assister aux célébrations impies des adorateurs des Anciens Dieux. L’écrivain introduit d’ailleurs un nouveau membre de ce panthéon noir avec Chaugnar Faugn. Avec la permission de Lovecraft il incorpore d’ailleurs un rêve de ce-dernier, relaté dans une lettre, dans sa narration. Voilà, sans hésiter, une bonne raison de se procurer ce recueil pour les admirateurs de HPL et de ses disciples.

Une grande partie du recueil est ensuite consacré aux révisions de HPL, des textes que Lovecraft va remodeler, réviser, améliorer, voire réécrire. « Dépanneur du fantastique », Lovecraft se fait donc nègre littéraire pour de nombreux auteurs qui seraient, aujourd’hui, complètement oublié sans le coup de pouce du maitre. La plupart de ces récits furent compilés dans deux anthologies très plaisantes : L’HORREUR DANS LE CIMETIERRE et L’HORREUR DANS LE MUSEE et d’autres étaient proposées dans DAGON ou encore NIGHT OCEAN. Cependant les archéologues de Laffont y ajoutent des textes jusqu’ici inédits en français

Trois textes d’Henry S. Whitehead sont inclus. Le premier, « Piège », était disponible dans un précédent recueil, le très « fond de tiroirs » NIGHT OCEAN. Il s’agit d’un court récit science-fictionnel, aujourd’hui très classique (mais probablement original à l’époque de sa rédaction) sur un étrange miroir maudit (de Loki) et sur la possibilité de s’y retrouver coincé. Le second, « Cassius », figurait au sommaire d’un recueil consacré à Whitehead, LA MORT EST UNE ARAIGNEE PATIENTE. Une belle variation sur le thème du jumeau maléfique, assez proche dans son déroulement d’un film comme « Basket Case », dans lequel un esclave se voit persécuté par un étrange homoncule. Très efficace. Whitehead a composé sa nouvelle sur la base d’un plan fourni par Lovecraft, lequel avait une vision complètement différente de l’intrigue au point qu’il envisageait d’ailleurs d’écrire sa propre version alternative, ce qu’il n’a pas fait. Le dernier, « Bothon », était inédit mais n’est guère convaincant puisqu’il reprend le schéma classique de la vie antérieure dont se remémore le protagoniste ayant jadis vécu sur le mythique continent de Mu. Pas désagréable mais pas transcendant.

Trois nouvelles de Clifford M Jr Eddy avaient déjà été proposées au lecteur francophone, le recueil en ajoute une supplémentaire, « Cendres », une petite histoire pas désagréable qui fonctionne sur le cliché de la machine à désintégrer cher à la science-fiction d’antan. Déroulement et chute prévisible mais plaisant.

Deux textes de Duane W. Rimel complètent l’anthologie au rayon des inédits : « le déterré » et « L’arbre sur la colline ». Le premier constitue une excellente variation sur le thème du zombie (au sens Vaudou du terme, donc créé à partir d’une poudre simulant la mort) et fonctionne de belle manière jusqu’à sa chute effective. Le second traite d’une sorte d’univers parallèle pouvant être visualisé par le héros mais reste anecdotique.

Le court récit de Richard F. Searight (« le coffre scellé ») n’était jusqu’ici disponible que dans une anthologie consacrée à Weird Tales, on apprécie donc son inclusion, tout comme celle du plaisant « Les serviteurs de Satan » disponible dans le recueil hommage de Robert Bloch EMBARQUEMENT POUR ARKHAM.

Enfin, le recueil ajoute l’article de HPL « Horreur et surnaturel en littérature », de très nombreuses poésies et une quinzaine d’articles divers pour un total de 1350 pages.

Nouvelles connues mais rassemblées de manières pratiques, raretés difficiles à se procurer, y compris chez les bouquinistes, et inédits…que demandez de plus ? Une anthologie indispensable.

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Publié le 20 Février 2020

OEUVRES de Howard Phillips Lovecraft

La bibliographie de Lovecraft a longtemps été éparpillée au fil des nombreuses publications francophones, ce qui rendait difficile la constitution d’une réelle une intégrale. Les Omnibus de Laffont rendent aujourd’hui cette tâche bien plus simple, sans être totalement exhaustive (mais est-ce possible, notamment sur le sujet des continuateurs ou des réécritures).

Mais, dira le lecteur avare, si on possède déjà tout quel est l’intérêt ? Et bien il est possible, voire même probable, que l’on n’avait pas tout en réalité. Ainsi, dans le premier tome, se trouve, outre les récits de Lovecraft lui-même, des nouvelles provenant des anthologies LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LA CHOSE DES TENEBRES et HUIT HISTOIRES DE CTHULHU rédigées par des épigones du maîtres. Bref, un culte en expansion comme le souligne Francis Lacassin. Même si on possède les différents recueils précités, cet épais tome peut intéresser le « complétiste » pour quelques récits non pas inédits mais plus difficile à dénicher et opportunément rassemblés ici.

Ainsi « la chose ailée sur le toit » de Robert E. Howard, court mais efficace petit conte fantastique jadis disponible dans le recueil L’HOMME NOIR de Howard (ou, chez Bragelonne, dans LES OMBRES DE CANAAN consacré aux histoires d’horreur d’Howard). Howard toujours avec le réussi « Le feu d’Asshurbanipal”, dans lequel, en une vingtaine de pages, le créateur de Conan nous emmène au coeur du désert à la recherche d’une gemme mythique cachée dans une cite maudite protégée par les Djinns. Un mélange d’aventures (on y trouve même un parfum à la Indiana Jones avec son “aventurier aux nerfs d’acier”), de fantasy, de conte orientaux et d’épouvante lovecraftienne. De la belle ouvrage, tiré du recueil LE PACTE NOIR et plus récemment republié dans LES DIEUX DE BAL SAGOTH.

 « L’Héritier des ténèbres », une nouvelle traitant de la peur de la mort, de la crainte de servir de nourriture aux goules et de la nécessité de la crémation (dans le désordre) constitue une autre belle réussie de Clark Ashton Smith à découvrir pour ceux qui ne possèdent pas le recueil LES ABOMINATIONS DE YONDO. On retrouve aussi dans ce recueil phénoménal l’excellent « Chiens de Tindalos » de Frank Belknap Long, « Horreur à Salem » de Kuttner, « L’habitant de l’ombre » de Derleth, « Le visiteur venu des étoiles » de Bloch, « Sueurs froides » de Campbell, etc.

En ce qui concerne Lovecraft lui-même, voici une bonne occasion de lire ou relire certains de ses textes les plus célèbres et réussis comme « Dagon », « L’appel de Cthulhu », « La couleur tombée du ciel », « L’abomination de Dunwich », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Le cauchemar d’Innsmouth » et les courts romans « L’affaire Charles Dexter Ward » et « Les Montagnes hallucinées ».

Des lettres, des contes de jeunesse, des notes, des brouillons, des articles, etc. complètent le sommaire, sans oublier de nombreux textes de présentation sur les différents sujets abordés.

Bref, voici un ouvrage indispensable si on souhaite découvrir HPL ou parfaire ses connaissances sur l’auteur phare du fantastique du XXème siècle.

Une somme !

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Publié le 13 Février 2020

NEIGE D'ENFER de Norbert Georges Moutier

Récemment disparu (en janvier 2020), Norbert Moutier, ici (à peine) caché sous le pseudo de N.G. Mount a œuvré toute sa vie pour le fantastique et l’horreur : le fanzine Monster Bis, ses nombreux textes pour différentes revus, sa librairie parisienne, ses longs-métrages fauchés (« Mad Mutilator », « Trepanator »,…) et ses deux romans publiés chez Gore.

De cette collection, Norbert affirmait n’apprécier que les Américains, peu sensible à l’école française tout en excès porno-gore à la Necrorian. Guère étonnant que son NEIGE D’ENFER se situe aux Etats-Unis et développe une ambiance de survival classique, entre « Massacre à la tronçonneuse » et « La colline à des yeux », sans oublier les plus obscurs « Survivance » ou « The Final Terror ». Trop cher à filmer, le scénario de Norbert est donc devenu un roman gore bien calibré et efficace qui emballe en 150 pages son récit.

Ici, l’intrigue (même simpliste) prédomine et les personnages sont bien typés : jeunes gens chauds des hormones, vieille folle nympho maniaque, chercheurs d’or reconvertis dans l’extraction des dents de leurs victimes,…Moutier renvoie tout le monde dos à dos et surenchérit dans le « redneck crasseux » : les méchants sont très bêtes, très sales et très fous. Leur petite entreprise, qui trucide du touriste pour leur piquer leurs dents en or, est loufoque tant les invraisemblances abondent. Le quatuor de héros ne se montre pas beaucoup plus intelligent : ils sont antipathiques, se tirent dans les pattes à la moindre occasion, se lance des insultes,…Ce sont des opportunistes sans cervelle et Moutier ne se prive pas de les exterminer avec une certaine misanthropie rageuse assez réjouissante. Si le sexe et le gore sont bien présents ils ne deviennent pas envahissants ou excessivement gratuits, malgré des passages thrash ou chauds, Moutier évite le vomitif. Il reste dans les limites de l’acceptable à la manière d’un survival ou d’un slasher de cette époque et le bouquin aurait pu, en effet, être porté à l’écran sans grands changements. Dommage que le budget n’ait pas suivi.

Le tout prend place dans un paysage enneigé et montagnard plutôt original et bien retranscrit que l’on peut quelque peu rapprocher de l’incroyable ECHO DES SUPPLICIES de Joel Houssin.

Bref, un petit Gore très sympathique qui donne au lecteur ce qu’il attend : trois heures de divertissements sexy sanglant sans prétention.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 12 Février 2020

UBBO-SATHLA de Clark Ashton Smith

Initialement édité en 1985 chez NéO, ce recueil du poète et nouvelliste Clark Ashton Smith nous permettait de découvrir quelques classiques de la littérature fantastique de l’âge d’or. Depuis, Clark Ashton Smith s’est imposé au lectorat francophone grâce à de nombreuses rééditions : « La mort d’Ilalotha a ainsi été repris par Jacques Sadoul dans ses MEILLEURS RÉCITS DE WEIRD TALES puis dans son HISTOIRE DE LA SCIENCE FICTON.

« Le retour du Sorcier » a, lui aussi, intégré diverses anthologies lovecraftienne et son côté horriblement macabre, dans une tradition ensuite popularisée par les TALES FROM THE CRYPT fonctionne toujours de belle manière. Le récit (adapté en 1972 dans un épisode de la série télévisée « Night Gallery ») est devenu un incontournable de l’horreur inspirée par les univers de Lovecraft.

La nouvelle-titre, « Ubbo-Sathla », se montre elle-aussi lovecraftienne à souhait avec cette quête d’un initié pour retrouver les dieux primitifs dont parle le Necronomicon. Une belle réussite.

On découvre également, dans plusieurs nouvelles, le fameux Livre d’Eibon et la divinité Tsathoggua, sorte de monstrueux crapaud que repris par la suite Lovecraft (en particuliers dans son court roman LE TERTRE) et d’autres continuateurs du mythe.

Les différents récits nous font également voyager dans la légendaire Hyperborée et Clark Ashton Smith y mélange efficacement une fantasy mythique à la Robert Howard, une horreur morbide à la Edgar Poe et un fantastique teinté de science-fiction cosmique proche de Lovecraft. Bref, tout un univers qu’explorèrent par la suite les épigones de ces récits macabres « à la Weird Tales ».

Avec un style brillant, un vocabulaire précis légèrement archaïque, des phrases ciselées à la perfection et un sens du rythme hérité de la poésie, l’écrivain se révèle, en outre, d’un abord bien plus aisé que Lovecraft et d’une efficacité au moins aussi grande.

Un « grand petit recueil » (180 pages, toutes superbes !) destiné aux amateurs de fantastique de l’âge d’or mais dont les thèmes et l’écriture ont finalement fort peu vieilli. Conseillé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 5 Février 2020

LA CINQUIEME SORCIERE de Graham Masterton

Avec ce roman, Masterton ne se renouvelle guère mais plonge avec délice dans un fantastique très bis qui rappelle ses premières œuvres comme LA MAISON DE CHAIR ou LE JOUR J DU JUGEMENT. Autrement dit, le romancier jette la subtilité pour se vautrer dans son cocktail coutumier de magie noire et de démonologie agrémentée de nombreuses scènes d’horreur à grand spectacle et d’une dose d’érotisme. Dire que nous sommes loin des plus belles (et nombreuses) réussites de l’auteur (LE PORTRAIT DU MAL, TENGU, LE MIROIR DE SATAN, DEMENCES, etc.) tient donc de l’euphémisme et confirme la mauvaise passe de Masterton confirmée avec les décevants WENDIGO et PEUR AVEUGLE. Il n’est donc pas étonnant que Masterton ne fut ensuite plus traduit en France pendant une dizaine d’années (jusqu’à GHOST VIRUS).

Dans LA CINQUIEME SORCIERE, le lecteur retrouvera les recettes habituelles, notamment une scène liminaire spectaculaire et sanglante, un héros classique (veuf, rongé par la culpabilité et titillé du slip par une jeune femme qui se révèle – surprise – une sorcière et donc la seule ligne de défense contre les forces du mal comme on dit à Poudlard), un partenaire destiné à connaitre un sort tragique, des visions opportunes permettant de faire avancer l’intrigue, une présence fantômatique, des références à des mythes et croyances (l’enochian, langue des anges « découverte » par l’occultiste John Dee) et beaucoup de passages poussant très loin la suspension d’incrédulité. Car l’horreur, ici, se veut « bigger than life » et Masterton ne lésine pas sur la boucherie, décrivant par exemple l’extermination d’une centaine de policiers d’élite par des créatures maléfiques. Toutefois, en dépit des excès gore, Masterton ne cherche plus à choquer comme il pouvait le faire du temps de RITUEL DE CHAIR et le roman verse surtout dans un Grand Guignol inoffensif.

Tout cela s’avère divertissant mais, hélas, terriblement prévisible dans son déroulement (aucune surprise, même le twist final se devine à des kilomètres), fort linéaire et parfois même répétitif (les combats contre chaque sorcière dans les derniers chapitres), sans oublier une tendance de l’auteur à recycler des idées antérieures (la cécité surnaturelle rappelle PEUR AVEUGLE, le héros parait calqué sur bien des protagonistes déjà croisés chez Masterton, l’intrigue mixe les saga MANITOU et le côté fantastique spectaculaire des Jim Rook). Le tout traine également en longueur (près de 400 pages pour une intrigue assez légère)

Sans la moindre subtilité mais avec un métier suffisant pour passer un (relatif) bon moment, LA CINQUIEME SORCIERE apparait comme un Masterton très moyen, une sorte de « splatter » littéraire distrayant mais très oubliable. On peut s’en contenter en se disant que le contrat est globalement rempli ou se désoler qu’un auteur de ce calibre puisse proposer un bouquin finalement tout juste passable.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 30 Janvier 2020

LA BALLADE DE BLACK TOM de Victor LaValle

Victor LaValle, déjà plusieurs fois primé (Shirley Jackson, Locus), se voit ici pour la première fois traduit en français, l’engouement actuel démesuré pour Lovecraft ne devant pas y être étranger. L’auteur, afro-américain, dédie en effet son récit à HPL « avec mes sentiments contradictoires ». Son court roman constitue une sorte de relecture de « Horreur à Red Hook », un texte assez médiocre de Lovecraft dont on retient surtout le côté autobiographique (l’écrivain vivait dans ce quartier à l’époque) et le racisme quasiment délirant.

Victor LaValle va donc s’inspirer de cette nouvelle pour plonger son héros, un musicien raté de Harlem, Charles Thomas Tesser, surnommé Black Tom, dans l’univers des Grands Anciens. Nous sommes dans les années 20 et notre Black Tom égrène les quelques mêmes accords de guitare (les seuls qu’il connaisse) lorsqu’il croise la route d’un énergumène, le vieux Blanc Robert Suydam qui souhaite l’engager pour animer une soirée dans sa demeure…A partir de là tout dérape.

Le texte étant court, nous n’allons pas trop le détailler, ce qui enlèverait au lecteur le plaisir de la découverte. Il s’agit d’un mélange de chronique sociale sur l’entre-deux Guerres aux Etats-Unis, avec tous les problèmes d’argent qui se posent à la population (et en particulier aux Noirs), et de fantastique. Victor LaValle possède une écriture travaillée, précise et ciselée, et il l’utilise pour créer une ambiance effrayante tout en remettant la nouvelle originale de Lovecraft en perspective. Il dénonce la virulence attaque raciste lancée par Lovecraft sans charger inutilement la bête, refusant le simple pamphlet pour une approche plus subtile. Il reprend ainsi certaines idées de l’écrivain de Providence afin de s’en distancer ou de les démonter mais sans que cela transforme son roman en simple exercice. En effet, il use également à bon escient de la mythologie lovecraftienne pour offrir une intrigue réussie qui se tient parfaitement, proposant donc deux niveaux de lecture : une critique littéraire et une novella fantastique de qualité.

Dans la masse immense des pastiches « tentaculaires » sortis ces dernières années, LA BALLADE DE BLACK TOM constitue, à coup sûr, une belle réussite, un texte efficace et (relativement) original. Primé par le British Fantasy et le Prix Shirley Jackson, voici une découverte à faire pour les amateurs de HPL…et les autres. On aimerait à présent découvrir les romans de LaValle afin de vérifier qu’il sache tenir la distance sur le format long…Editeurs, à vous de jouer !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Lovecraft, #Roman court (novella)

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Publié le 24 Janvier 2020

CALLING CTHULHU - ANTHOLOGIE VOLUME I

Cette anthologie forcément lovecraftienne démarre par un texte de Thomas Lecomte, « la toile », dont l’idée n’est pas mauvaise mais qui souffre d’un certain amateurisme. Bref, pas la meilleure façon d’entamer un recueil de nouvelles…On craint le syndrome de la fan fiction tentaculaire vite torchée et du recueil de nouvelles avec du poulpe gluant à toutes les pages (et il en existe beaucoup)…Heureusement la suite s’avère nettement plus intéressante.

« Le trou » de Jean-Jacques Jouannais constitue ainsi un bel exercice de fantastique insidieux sur un thème classique : un « trou » dans le sol à l’influence maléfique, thème abordé notamment dans le roman BRECHE VERS L’ENFER de Kate Koja…mais la nouvelle de Jouannais se montre, en une trentaine de pages, plus réussie que l’interminable bouquin de Koja.

Suivent deux textes plus courts sympathiques sans être transcendants (« portraits macabres » et « Shiloh ») puis le très réussi « L’affaire Philippe Lardamour » de Fabien Lyraud, certes classique mais rondement mené et qui se lit avec plaisir.

On repart pour deux nouvelles courtes, encore une fois classiques mais correctes (« Visite guidée de R’lyeh » et « les masques de Kahnuggah ») avant un excellent « Tibériade » de Nicolas Page au sujet d’un archéologue israélien parti plonger dans les eaux du lac Tibériade en 2013…et qui y retrouve son ancienne petite amie qui l’a quitté trois ans plus tôt pour explorer le Crater Lake…Sans doute le texte le plus maitrisé et réussi de cette anthologie, un mélange de mystère vertigineux et de fantastique cosmique du meilleur tonneau.

La suite reste de haut niveau avec un original « Cthulhu le déchu » qui apporte un peu de fraicheur au mythe et les très efficace et gentiment déjanté « La bonne étoile » de Mathieu Dugas dans lequel trois cambrioleurs bras cassés supporter du FC Lens s’introduisent dans une demeure pour y dérober un artefact magique.

Sans être incontournable, CALLING CTHULHU s’avère une anthologie d’un bon niveau général qui saura contenter les inconditionnels de l’univers lovecraftien.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 23 Janvier 2020

CINEMA D'EVENTREUR de Richard Laymon

Publié chez Gore dans une version raccourcie (des 230 pages du texte originel n’en subsiste que 150 comme toujours) voici une histoire assez peu crédible sur un cinéma où sont projeté des courts métrages d’horreur très (trop) réalistes. Bien sûr, il s’agit de snuff movies et lorsque Brit reconnait une de ses amies dans un des programmes proposés, elle décide de mener l’enquête.

A première vue, CINEMA D’EVENTREUR semble prometteur, mélangeant le côté « entertainer » fou des films « Wizard of gore » ou « Incredible torture show » aux clichés du slasher sous la loupe des rumeurs de snuff movies ayant couru à la fin des années ’70 (notamment avec le piètre film « Snuff »). Malheureusement, si l’idée n’est pas mauvaise, son exécution s’avère franchement médiocre et le bouquin (peut-être une conséquence de l’édition tronquée…admettons) parait décousu et d’un intérêt limité. Même dans une édition de 150 pages bien aérées, il semble en outre longuet tant tout cela peine à susciter autre chose qu’un ennui poli. Même le gore pour lequel l’écrivain est réputé parait finalement timide et sans inspiration.

Pas la peine d’en rajouter ou d’en écrire davantage, Richard Laymon a complètement foiré son coup avec ce roman raté.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman court (novella), #Roman de gare

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Publié le 6 Janvier 2020

DOCTOR SLEEP  de Stephen King

 

N’ayant jamais caché son désamour envers le film « Shining », Stephen King se lance dans le pari, un peu casse-gueule, d’offrir une suite à son roman original. Délicat car SHINING se retrouve fréquemment cité comme un des meilleurs et des plus effrayants romans du King (avec SIMETIERRE et CA). Y revenir après 35 ans avait tout de l’entreprise risquée mais la voie choisie par l’écrivain s’avère payante : reprendre le personnage emblématique de Danny Torrance pour le retrouver trois décennies après la destruction de l’Overlook. Et proposer une nouvelle intrigue dont les liens avec SHINING ne se révèlent qu’au fil de la lecture.

Possédant toujours le « shining » (un don parapsychologique), Danny aide les mourants d’un hôpital à passer de l’autre côté en douceur. Il tente de rester à l’écart des problèmes mais sa rencontre avec une petite fille, Abra, dotée de pouvoirs colossaux va attirer sur lui l’attention d’une horde de bohémiens « vampires » (à défaut d’un terme plus adéquat).

Gros pavé, DOCTOR SLEEP prend son temps, comme toujours, pour emmener ses personnages (et le lecteur) vers une confrontation finale qui prend des allures de westerns vampiriques sur les ruines de l’Overlook. Pendant plusieurs centaines de pages, le King travaille ses protagonistes, exorcise ses vieux démons (l’alcoolisme et sa dépossession du roman SHINING par le film de Kubrick), se balade en enfance avec sa jeune héroïne et envisage le passage à l’âge adulte difficile de Danny.

Beaucoup de bonnes choses, quelques citations percutantes, un sens de la formule rarement pris en défaut (40 ans de métier quand même !) et une envie de donner une réelle ampleur à son récit avec sa maestria habituelle de conteur. Toutefois, en dépit de sa bonne volonté, DOCTOR SLEEP souffre de défauts récurrents chez King, en particulier une tendance à allonger parfois inutilement la sauce lorsqu’un « montage » plus serré aurait contribué à donner plus de tension au récit. Ce qui n’est pas toujours une question de pagination d’ailleurs puisque la même année le King offrait le monstrueusement épais et pourtant constamment passionnant 22/11/63.

DOCTOR SLEEP constitue au final un roman intéressant mais pas pleinement abouti, une œuvre mélancolique et crépusculaire sur le temps qui passe. Non sans, parfois, quelques temps morts. On peut d’ailleurs se féliciter du travail d’adaptation de Mike Flannagan puisque son film gomme la plupart des scories du livre et offre une expérience envoutante et réussie.

Un King un brin décevant sans doute (l’héritage de SHINING est, il est vrai, pesant…tant au niveau du film que du roman) mais suffisamment efficace pour que l’on passe un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 2 Janvier 2020

CHRONIQUES DU PETIT PEUPLE d'Arthur Machen

Arthur Machen (1863-1947) était un écrivain loué par Lovecraft et ce-dernier s’inspira largement de ses techniques narratives pour ses propres nouvelles consacrées à Cthulhu. Aujourd’hui, Machen s’avère hélas quelque peu oublié quoique LE GRAND DIEU PAN reste un classique souvent réédité. Machen écrivit aussi l’histoire « The Bowmen » à l’origine de la célèbre légende des Anges de Mons, une fiction considérée à présent, par beaucoup, comme un fait historique. Un glissement du mythe à la réalité qui lui inspire le très plaisant « Sortis de terre » et ses étranges rumeurs.

Ses CHRONIQUES DU PETIT PEUPLE permettent de découvrir et surtout d’approfondir son œuvre. Ces contes, fantastiques et teintés d’une épouvante subtile, bénéficient d’une écriture fine et ciselée, très moderne finalement, sans les lourdeurs qu’a pu avoir Lovecraft justement. A la lecture de « L’Histoire du cachet noir » et « la pyramide de feu », on comprend rapidement l’influence qu’a pu avoir Machen sur le père de Cthulhu. Dans les deux cas nous assistons à la mise en place progressive d’un véritable puzzle dans lequel chaque pièce s’imbrique pour former un tableau effrayant invitant le lecteur à prendre conscience de l’influence du Petit Peuple. Laquelle transparait aussi dans « La main rouge » et l’angoissant « Substitution » au sujet des Changelins.

Car chez Machen, les fées et leurs semblables (lutins, elfes et autres) sont loin des bienveillantes créatures habituellement croisés dans la Fantasy et les régions d’Angleterre où elles se cachent (mais l’imprudent peut les découvrir, généralement en empruntant un sentier arboré) recèlent bien des dangers. Les jeunes filles disparaissent, les petites filles sont inconscientes du Mal tapi dans les forêts et les bébés sont remplacés dans leur berceau par d’horribles métamorphes…Les nouvelles, quoiqu’indépendantes, se ressemblent par leur construction et leur thème, à savoir la survivance, dans les campagnes anglaises, de créatures légendaires et maléfiques et toutes aboutissent, à la manière d’un puzzle, à l’acceptation, par le lecteur, de la réalité de ces mythes britanniques ancestraux. Encore une fois la comparaison avec Lovecraft se montre pertinente…chez l’un le Petit Peuple, chez l’autre les Grands Anciens mais, dans les deux cas, l’existence d’un monde horrifique et dangereux caché aux yeux des hommes de notre temps et dont la découverte les plonge dans l’épouvante voire dans la folie.

Avec son écriture parfaitement maitrisée et son art du récit ponctué de réflexions quasiment philosophiques sur le sens du Mal (comme en témoigne le long dialogue ouvrant « Le peuple blanc ») voici un incontournable du fantastique à l’ancienne…toujours pertinent après plus d’un siècle ! Une belle découverte.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Golden Age, #Recueil de nouvelles

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