horreur

Publié le 6 Février 2019

CELUI QUI CHUCHOTAIT DANS LES TENEBRES d'Howard Phillips Lovecraft

Cette novella qui semble synthétiser toutes les thématiques et obsessions de Lovecraft pourrait bien être la porte d’entrée idéale pour découvrir l’écrivain. Elle commence, comme souvent, par une lettre revue par le professeur Albert Wilmarth de l’université d’Arkham spécialiste du folklore. Le courrier provient d’un autre lettré, Henry Akeley, habitant d’une région du Vermont où se produisent d’étranges phénomènes. On y entendrait, par exemple, des chuchotements dans la nuit qui seraient émis par des créatures venues d’un autre monde.

CELUI QUI CHUCHOTAIT DANS LES TENEBRES oppose classiquement deux personnalités cultivées : Wilmarth est le sceptique, qui s’intéresse aux superstitions et aux croyances mais les considèrent simplement comme des racontars. Face à lui il trouve Akeley le convaincu, persuadé qu’il existe des créatures surnaturelles dans les collines du Vermont. Il recueille des témoignages, des preuves diverses de la présence extra-terrestre comme d’étranges pierres couvertes de symboles ésotériques.

La relation épistolaire de ces précurseurs de Mulder et Scully confère au récit son originalité car, sinon, nous sommes dans le Lovecraft pur jus : un mélange de science-fiction cosmique, de fantastique et d’horreur avec les fameux grimoires maudits et autres connaissances interdites. Les différentes lettres échangées suivent la progression de l’angoisse et la multiplication des phénomènes terrifiants, créant une atmosphère étouffante. Comme toujours avec l’écrivain nous restons dans un certain flou, un mystère entretenu par des descriptions vagues et une épouvante allusive qui se refuse à donner trop d’explications. Ce texte, de part sa forme (un court roman) reste toutefois plus limpide et moins alambiqués que la plupart des nouvelles de l’écrivain, sa progression se montre plus traditionnelle et linéaire.

Comme souligné précédemment CELUI QUI CHUCHOTAIT DANS LES TENEBRES n’est peut-être pas le meilleur texte de Lovecraft mais il reste sans doute le plus représentatif, le plus…lovecraftien dirait on ! Si on apprécie ce style, cette narration parfois ampoulée, ce vocable souvent désuet alors il très probable que l’on devienne un amateur de Lovecraft. Dans le cas contraire il est sans doute préférable de ne pas poursuivre.

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Publié le 30 Janvier 2019

L'OMBRE QUI VIENT DE L'ESPACE d'August Derleth et Howard Phillip Lovecraft

Ce recueil reprend une série de textes écrits par August Derleth afin de prolonger l’univers de Lovecraft. C’est, en effet, en partie grâce à Derleth, loué soit-il, que le reclus de Providence connait aujourd’hui la célébrité et n’a pas sombré dans l’oubli qui a englouti la plupart de ses contemporains ayant œuvré pour Weird Tales et autres magasine « pulp ». Derleth a ainsi retrouvé de nombreuses esquisses plus ou moins complètes sur lesquelles il a brodé avec plus ou moins de réussite. Il a transformé le panthéon de Lovecraft en imaginant le champ de bataille cosmique des Anciens Dieux. Il a aussi inventé de nombreux nouveaux grimoires maléfiques à ranger aux côtés du Necronomicon, développant une véritable bibliothèque de l’étrange ensuite largement reprise par les continuateurs du mythe. Tous ces éléments, souvent seulement cités chez Lovecraft, ont ainsi pris de plus en plus d’ampleur avec Derleth et les autres disciples lovecraftien au point qu’ils paraissent aujourd’hui indissociables des histoires « dans le style de Lovecraft ».

De plus, Derleth reprend le style de Lovecraft, avec un souci de mimétisme rendant difficile de déterminer ce qui appartient au maitre et ce qui relève de son épigone. Le style se montre donc volontairement ampoulé, un brin daté, avec une multiplication d’adjectifs et d’adverbes qui surchargent les phrases. Tout y est « répugnant », « obscène », « abominable », « indicible », etc. On peut se gausser de ces hyperboles ou trouver qu’elles traduisent la folie dans laquelle sombrent les protagonistes de ces récits, pour la plupart racontés à la première personne et à la construction similaire.

La première histoire, « Le survivant », s’avère plaisante et efficace en dépit d’une chute aujourd’hui éculée. « Le jour à Wentworth » est tout aussi réussie, plus typiquement « pulp » : ce récit horrifique à base de mort sorti de sa tombe et de sorcellerie aurait très bien pu être illustré à la manière des « Tales from the crypt ». Plus conventionnel, plus banal, « L’héritage Peabody » traite de sorcellerie, de sacrifices d’enfants, etc. Classique, définitivement « pulp » mais plutôt plaisant. « La lampe d’Alhazred », court récit en forme de mise en abîme, présente un écrivain d’horreur nommé Ward Phillips qui, par l’intermédiaire d’une vieille lampe à huile, découvre un monde parallèle. Une idée similaire est développée dans « La fenêtre à pignons » qui fonctionne de belle manière en dépit d’une construction très convenue et d’une chute attendue. « L’ancêtre » constitue, pour sa part, une curiosité : Lovecraft avait rédigé un résumé du roman « The Dark chamber » de Leonard Cline, publié en 1927 et qu’il tenait en haute estime. Retrouvant ces notes, Derleth pensa qu’il s’agissait du plan d’une nouvelle inédite et rédigea ce texte, encore une fois très classique mais efficace jusqu’à sa conclusion prévisible. La dernière nouvelle, « L’ombre venue de l’espace » se montre ambitieuse : Derleth y développe (et trahit) la mythologie de son maître à penser en la teintant de christianisme, imaginant la terre comme un champ de bataille pour deux races extra-terrestres, l’une bienveillante, l’autre redoutable. On peut tiquer devant cette interprétation manichéenne du mythe mais aussi apprécier que, pour une fois, Derleth apporte une vision plus personnelle et moins empruntée à ses récits.

Les continuateurs de Lovecraft sont nombreux, à l’image des successeurs de Robert E. Howard ou Conan Doyle. Si nombreux, aujourd’hui, que leurs récits éclipsent complètement, du moins par la quantité, les authentiques nouvelles de Lovecraft. Il y a évidemment du bon et du moins bon (voire du très mauvais) dans ces continuations. Dans ce style de pastiche L’OMBRE VENUE DE L’ESPACE est loin d’être inintéressant et, dans l’ensemble, les histoires sont réussies et capturent bien l’esprit du maître.

D’agréables « à la manière de… » pour les nostalgiques.

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Publié le 14 Janvier 2019

L'AVANT POSTE DES GRANDS ANCIENS de Brian Lumley

Né en 1937, l’année même du décès de Lovecraft, Brian Lumley fut souvent présenté comme son plus fervent admirateur et continuateur, une grande partie de son œuvre se plaçant sous l’influence revendiquée du reclus de Providence. Lumley débute ainsi par le cycle de Titus Crow, six romans édités dans la seconde moitié des années ’70 puis republiés d’abord sous la forme de deux recueils au Fleuve Noir (L'ABOMINABLE CTHULHU et L'INVINCIBLE CTHULHU) et ensuite en intégrale chez Mmenos (LA LEGENDE DE TITUS CROW). Mnemos réédita également une autre trilogie lovecraftienne, TERRE DES REVES, en 2015. Par la suite, Lumley s’éloigna des conventions établies par Lovecraft pour engendrer une nouvelle très longue saga consacrée au vampirisme dont seuls les trois premiers tomes (NECROSCOPE, WAMPHYRI et NECROSCOPE : LES ORIGINES) furent traduits en français. Lumley reçut le prix World Fantasy et le prix Bran Stocker en 2010, obtenant dans les deux cas le statut de Grand Maître pour l’ensemble de sa carrière.

Sous de très belles couvertures, les éditions Néo éditèrent dans les années ’80 trois recueils de nouvelles rassemblées par l’enthousiaste Richard D. Nolane : LE SEIGNEUR DES VERS, COMPARTIMENT TERREUR et cet AVANT POSTE DES GRANDS ANCIENS dont le titre, évocateur à souhait, attise immédiatement la curiosité. Précédé d’une introduction par Nolane et d’un court entretien avec l’auteur, le livre (de 192 pages) comporte huit nouvelles reprenant des idées typiques de Lovecraft : une conque qui parasite un homme, un mollusque aux pouvoirs hypnotiques,…D’autres récits sont plus originaux, comme cette bataille épistolaire entre deux sorciers qui se moque des clichés de la fantasy et de ses duels de mages tout puissants. Necros, adaptée pour la série télévisée « Les Prédateurs », traite, pour sa part, du thème du vampirisme, de manière efficace mais sans grande originalité. On pardonnera cette baisse de régime car, dans l’ensemble, le recueil se montre satisfaisant. Comme toujours certaines nouvelles paraissent plus réussies, d’autres souffrent d’un manque de développement ou d’une chute pas pleinement à la hauteur des attentes mais le lecteur amateur d’un fantastique horrifique traditionnel (avec de nombreuses références à Lovecraft) appréciera ces huit histoires fort sympathiques qui de dégustent au coin du feu et avec un bon Single Malt. Très plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 31 Octobre 2018

TALES FROM THE CRYPT TOME 1
TALES FROM THE CRYPT TOME 1

Ce très beau recueil édité par Akileos remonte aux sources des célèbres fascicules horrifiques en compilant, dans l’ordre chronologique de leur parution, des récits tirés de trois numéros de CRYPT OF TERROR (les 17, 18 et 19) et trois numéros de TALES FROM THE CRYPT (les 20, 21 et 22) soit vingt-quatre « nouvelles » de quelques planches. A noter que si le premier intitulé de la série était CRIME PATROL, la publication changea de titre pour trois numéros (les CRYPT OF TERROR) avant d’opter pour le définitif et plus connu TALES FROM THE CRYPT qu’elle garda jusqu’à la fin (au numéro 46), tuée par le fameux pamphlet anti-comics SEDUCTION OF THE INNOCENTS.

Tous les grands thèmes de l’épouvante, du fantastique et du thriller sont abordés dans ces petites histoires narrées par le fameux Gardien de la Crypte ou, parfois, ses acolytes la Vieille Sorcière et le Gardien du Caveau.

TALES FROM THE CRYPT TOME 1

Un bourreau prend en main la justice et applique la peine capitale aux prisonniers jugés innocents (« The man who was death »), une main coupée revient se venger (« The maestro’s hand »), un vieillard trompe la mort par des opérations chirurgicales contrenature (« Death must come »), l’unique témoin d’un meurtre - commis par un médecin - est internée par ce dernier (« Madness at manderville »), un couple rencontre un bateau fantôme dans le Triangle des Bermudes (« Ghost Ship »), un homme des cavernes est ramené à la vie après décongélation et sème la terreur dans un musée (« Cave Man »), un reporter enquête sur les rites vaudou (« Zombie »), un passager est terrifié par une étrange créature dans une cabine hantée (« The thing from the sea »), un homme est persuadé d’être un loup-garou (« Curse of the full moon »), sans oublier de plus classiques machinations criminelles pour se débarrasser, par exemple, d’un mari gênant, avec toutes les variations possibles sur ce thème classique.

Si les chutes, volontiers macabres, apparaissent aujourd’hui attendues, les histoires fonctionnent plaisamment : les auteurs réussissent à condenser, en six, sept ou huit planches, une intrigue efficace saupoudrée d’un humour noir bienvenu. La plupart sont, en outre, servies par des dessins (en noir et blanc) classiques mais réussis et évocateurs.

La morale, pour sa part, se montre constante d’une histoire à l’autre, avec comme principe général un « tel est pris qui croyait prendre facétieux ». En effet, dans la majorité des récits, la machination orchestrée par le criminel se retourne contre son initiateur avec des conséquences abominables.

Pour tous ceux qui ont grandi devant les films à sketches de la Amicus ou la série télévisée des années ’90, ce recueil constitue une superbe occasion de se replonger aux sources de la bande dessinée horrifique américaine. Vivement conseillé !

TALES FROM THE CRYPT TOME 1

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Thriller

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Publié le 28 Septembre 2018

DANS LA MAISON DU VER de George RR Martin

Martin a écrit ce court roman au milieu des années 70. Depuis, sa notoriété s’est incroyablement accrue, ce qui explique de le voir édité chez Pygmalion, dans un format semblable à la collection « Une heure lumière » du Belial. Cependant il est également possible de trouver le texte dans la réédition du recueil LES ROIS DES SABLES.

Le récit, de 135 pages, mélange une fantasy sombre à un fantastique poisseux teinté d’épouvante, dans la tradition des précurseurs que furent Howard et Lovecraft. Nous suivons ainsi le principal protagoniste, Annelyn, dans des cavernes sombres où rodent les grouns. Ce héros, accompagné de ses amis Riess et Groff, va, pour se venger d’une humiliation du Viendard, s’enfoncer dans l’obscurité.

En peu de pages, Martin plante son décor, celui d’une civilisation à l’agonie, un monde malade qui se dirige vers sa fin. L’essentiel du récit sera donc constitué par cette partie de cache-cache dans les souterrains, face à l’inconnu et à l’obscurité. Un thème classique (revisité par des films comme « Alien » ou « The Descent ») qui laisse la part belle à l’atmosphère et à l’angoisse. On note aussi ce culte étrange au Grand Ver, ce monarque marqué par la décadence (un petit côté DUNE peut-être ?) et on se laisse prendre au jeu de cette novella agréable, riche en suspense et en scènes claustrophobes. Une lecture plaisante pour qui souhaite aborder un auteur majeur de l’imaginaire sans en passer par sa monumentale saga du TRONE DE FER.

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Publié le 8 Septembre 2018

DESIRS CRUELS de Michel Pagel

Michel Pagel, alors à ses débuts, signe ce roman dans la collection Anticipation du Fleuve Noir.

Roman ? Pas vraiment puisqu’il reprend le principe de Schéhérazade (ici rebaptisée Marilith et qu’on devine immédiatement maléfique) pour nous conter quatre récits liés par un fil conducteur quelque peu artificiel mais plaisant (et plus ou moins imposé par l’éditeur frileux sur les recueils de nouvelles, une « astuce » également utilisée par l’auteur pour son excellente uchronie ORAGES EN TERRE DE FRANCE).

Anticipation ? Absolument pas ! Nous sommes ici dans le pur fantastique horrifique. Marilith, une jeune voleuse, s’introduit (par hasard ?  Sans doute pas mais nous en saurons  davantage à la fin du livre) dans la propriété d’un écrivain agonisant qui souffre de la page blanche. Celui-ci demande à la demoiselle de lui conter des histoires afin qu’il puisse les écrire et, par ricochet, retrouver sa jeunesse et sa vigueur, notamment sexuelle.

Les récits sont de styles variés : le premier, « Rosie », est dédié à Richard Nolane et S.K. Sheldon et concerne une auto stoppeuse, le second traite d’une « île des révélations » où se joue un combat biblique entre le Bien et le Mal. « Les mains de Farah Yole », dédicacé à Clive Barker, montre l’enquête d’un journaliste voulant interviewer l’artiste peintre Farah Yole. Il découvrira le secret de ses créations…

Enfin, « La ballade du Luna Park », ultime nouvelle (la plus longue et la plus maitrisée) rappelle quelque peu Stephen King ou Ray Bradbury. Pagel imagine une véritable « foire des ténèbres » moderne où se croisent divers individus dont un dragueur invétéré épris d’une femme pouvant se changer en gorille. Une suite d’événements horribles vont, dès lors, se succéder. Une nouvelle dédicacée à Roland C. Wagner dans laquelle Pagel s’amuse à reprendre les divers pseudonymes de l’écrivain pour nommer ses protagonistes.

Proche des bandes dessinées horrifiques à la TALES FROM THE CRYPT et manifestement inspiré par les classiques LIVRES DE SANG de Barker, ce recueil (ensuite repris dans le plus vaste ensemble de la « Comédie inhumaine ») constitue une très agréable lecture, vivement conseillée aux amateurs de nouvelles fantastiques ne lésinant pas sur l’horreur et une dose d’érotisme parfois trouble.

Très réussi !

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Publié le 27 Août 2018

UN FESTIN DE RATS de Berman (Eric Vertueil)

Dès les premières pages le style de Berma rappelle les duétistes officiant sous le pseudonyme d’Eric Vertueil…guère étonnant puisque ce pseudonyme cache, lui-aussi, le dynamique duo Alain Bernier et Roger Maridat. Bernier est un vieux briscard, actif dans le domaine du roman policier depuis la fin des années ’50 (avec D’UNE PIERRE DEUX CORPS). Il s’associe avec Maridat en 1973 pour un premier roman d’angoisse, AU BOUT LA MORT. Par la suite les deux romanciers feront le bonheur du Fleuve Noir avec d’autres Angoisse, des Spécial Police et, bien sûr, une dizaine de Gore. UN FESTIN DE RATS sera, lui, publié à la concurrence, chez Maniac, sans que le résultat ne soit franchement différent de ce que « Vertueil » proposait chez Gore, à savoir une vague enquête policière et une foultitude de passages sanglants. Le tout étant saupoudré d’un humour très présent rendant plus humoristique et grotesque (dans le bon sens du terme) les détails vomitifs.

Nous sommes dans une maison de retraite de prestige, Les Ormes. Une des pensionnaires se prend de passion pour des rats et décide de leur livrer en pâture quelques personnes de son entourage. Le directeur de l’établissement découvre la vérité mais décide de se taire et organise une combine lucrative : il assassine des « petits vieux » que leurs héritiers souhaitent voir disparaitre au plus tôt et touche un pourcentage sur les recettes.

UN FESTIN DE RAT alterne le bon et le moins bon. L’idée de base, pas spécialement originale, n’en reste pas moins efficace et propice à une atmosphère plaisante, entre série noire aux personnages irrécupérables (le directeur bat des records de répugnance) et humour acide. Le problème, comme souvent avec Vertueil, réside en fait dans l’usage immodéré du gore : poussé dans ses derniers retranchements, utilisé en dépit du bon sens pour le simple plaisir de l’horrible (on peut véritablement parler de hard gore sur le modèle du porno hardcore où tout est sacrifié pour l’accumulation de scènes croustillantes), le gore finit par lasser. C’est dommage car, avec davantage de maîtrise, un peu moins de boucherie et un peu plus de psychologie tordue, Berma / Vertueil aurait pu proposer un divertissement caustique, voire une critique féroce de l’univers des maisons de retraite. Dans l’état il s’agit d’un roman gore correct, vite lu et vite oublié, pas déplaisant mais bien en deçà des espérances.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Horreur, #Roman de gare, #Gore

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Publié le 21 Août 2018

LE DOSSIER ATREE de GJ Arnaud

G.J. Arnaud signe son entrée dans la collection « Angoisse » avec ce roman qui traite du cannibalisme et des conséquences de la guerre d’Espagne.

Un journaliste, invité à goûter les plats succulents d’un restaurant secret, le House Bones, où se presse la bonne société, ne tarde pas, en effet, à comprendre la véritable nature de la viande servie dans l’établissement. Bien sûr, un secret absolu doit être gardé sur le restaurant mais il est si tentant de vouloir écrire un bel article…

Arnaud convoque ici une organisation étrange, le Bureau Universel de Recherches des Anomalies Sociologiques, pour dénouer les fils d’une intrigue touffue. En peu de pages, le romancier évoque la guerre d’Espagne, les exactions d’anciens nazis et lie le tout par le biais d’un trafic d’enfants, enlevés puis gavés avant de finir dans les assiettes de riches adeptes de la chair humaine.

L’histoire générale, assez classique finalement, se voit joliment développée par ces différentes sous-intrigues et par un intéressant procédé stylistique : les narrateurs du récit changent fréquemment, transformant le roman en une sorte de mosaïque, voire de puzzle. Nous aurons ainsi le témoignage d’un infirmier espagnol, nous découvrirons l’existence d’un enfant mutilé et obèse, gavé comme une oie, etc. De quoi conférer une originalité certaine au récit et relancer l’intérêt d’un bouquin qui aurait pu n’être qu’un « roman de gare » horrifique assez quelconque sans la science (et le solide métier) d’Arnaud.

LE DOSSIER ATREE, comme l’indique la préface, constitue un précurseur aux « Gore » de la décennie suivante quoiqu’il mette davantage l’accent sur une horreur plus insidieuse, moins frontale mais tout aussi efficace, voire davantage car débarrassé des outrances du grand guignol, lesquelles auraient pu le faire sombrer dans une parodie plus ou moins volontaire.

Malheureusement le roman, en dépit de ses qualités, souffre d’un ventre mou (un comble vu le sujet !) dans sa seconde moitié. Les agents du Bureau Universel de Recherches des Anomalies Sociologiques usent ainsi de tactiques risibles pour contrer les anciens nazis cannibales, entrainant LE DOSSIER ATREE dans certains travers des bouquins d’« espionnages » de consommation courante. Dommage car Arnaud avait soigné toute la première partie et les cent premières pages se montraient d’une efficacité exemplaire de part, justement, leur retenue et leur plausibilité.

En dépit de ce bémol, LE DOSSIER ATREE demeure un plaisant « Angoisse » qui se lit d’une traite et avec gourmandise. Pas indispensable mais fort agréable.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Horreur, #Polar, #Collection Angoisse Fleuve Noir, #GJ Arnaud

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Publié le 28 Juin 2018

LES HOMMES D'ACIER de Terence Corman

Dix ans se sont écoulés depuis l’apocalypse…Nul ne sait si ce sont les Russes, les Américains ou d’autres qui ont tirés les premiers et, aujourd’hui, tout le monde s’en fiche, le monde n’est plus qu’un amas de cendres…Dans la nouvelle capitale des USA quelques hommes tentent de reconstruire un semblant de civilisation. Un jour les militaires détectent d’étranges signaux dans un code indéchiffrable et manifestement non humain. Norton, le meilleur agent de ce monde à l’agonie, et son pilote chevronné, Robinson, partent explorer la zone dévastée.

Cinquième roman de la série, signé du pseudonyme collectif de Terence Corman, est le premier à ne pas être supervisé par Richard D. Nolane. Le style s’en ressent d’ailleurs puisque le bouquin s’avère bien plus soft que les précédents. Si le tout débute par une scène d’horreur impressionnante la suite se montre timorée et verse dans les clichés de la SF de série B (ou Z) avec ces robots tueurs (les hommes d’acier du titre) devenus autonomes et capables de s’auto générer, capturant des humains pour greffer leur cerveau sur leur corps mécanique. Ces hybrides, proches des Daleks, visent évidemment à la conquête mondiale mais on besoin, pour cela, de leur « Mom », leur créatrice.

LES HOMMES D’ACIER constitue un petit roman de gare acceptable mais peu mémorable dans une veine post nuke déjà très fréquentée (notamment par la série littéraire LE SURVIVANT et tous les succédanés fauchés de « Mad Max » et autre « New York 1997 »). Mutants cannibales affamés, créatures également mutantes (ici des araignées des sables) qui attaquent les héros, robots détraqués, lien télépathique inexplicable entre une jeune fille et le fiston du principal protagoniste condamné à vivre sous une bulle d’atmosphère protégée,…

Rien de neuf, que du classique, saupoudré d’une touche d’humour (les robots se baptisent d’après des pièces de bagnoles et en réclament de nouvelles inlassablement en dépit de la destruction du monde) et d’une pincée de gore (mais finalement cet élément est très secondaire). L’érotisme, pour sa part, est absent…Bref, la série prend une autre direction après les premiers volumes beaucoup plus rentre-dedans qui s’inscrivaient dans la tradition de la collection « Gore ». Ici nous sommes plus volontiers sur le territoire du « Fleuve Noir anticipation ». Un bouquin surement vite écrit et tout aussi vite lu (en deux heures c’est bouclé). Pas désagréable mais aussitôt oublié.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Aventures, #Horreur, #Roman de gare, #Gore

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Publié le 19 Juin 2018

LE PAS DE FRANKENSTEIN de Jean-Claude Carrière (Benoit Becker)

Toujours écrit par Jean-Claude Carrière sous le pseudonyme collectif de Benoit Becker, voici un deuxième roman d’angoisse librement inspiré par le personnage de Mary Shelley. Car « Le monstre » rode toujours et continue de battre la campagne en terrorisant les paysans d’une petite île écossaise. Un nouveau scientifique, décidé à marcher dans le pas de Frankenstein, se propose de reprendre les expériences de son prédécesseur et de donner enfin à la créature la compagne qu’il désire.

Parallèlement on note la présence dans le village d’un mystérieux Haïtien. Les locaux l’appellent simplement « le nègre » et rappellent qu’à Haïti se dérouleraient des rites étranges…d’ailleurs depuis sa venue n’a-t-on pas connu diverses exhumations et autres sacrilèges ? De là à voir des morts qui marchent…

Nullement dupe de son récit, Carrière le traite toutefois avec sérieux et respect, reprenant quelques éléments du roman originel et brodant sur un fantastique à l’ancienne, typique de la Universal. Car, à une époque où la Hammer remettait les grands monstres au goût du jour, l’écrivain paie surtout son tribut aux productions ayant succédés aux classiques de James Whale. On retrouve ainsi le côté pesant et angoissant du FILS DE FRANKENSTEIN ou délirant des dernières productions de la UNIVERSAL comme LA MAISON DE FRANKENSTEIN avec cette intrigue où, dans un environnement noyé de brume, s’affronte un « faiseur de mirales » haïtien et un scientifique, jusqu’au combat attendu entre le Monstre et des zombies ressuscités par le Vaudou.

Quelque peu prévisible dans sa linéarité, légèrement daté (ou plus précisément délicieusement suranné pour les amateurs de ce type de récit), LE PAS DE FRANKENSTEIN constitue un plaisant divertissement, un roman d’angoisse et « de gare » peut-être encore plus charmant et rafraichissant aujourd’hui qu’à l’époque de sa première sortie. Devenu introuvable, le titre fut heureusement réédité au Fleuve Noir puis, encore plus récemment, par French Pulp.

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