Publié le 11 Septembre 2017

DES AMIS DANS LA POLICE de Pierre Siniac

Avoir des relations c’est important. Et des amis dans la police encore plus. Surtout si on est la complice d’un assassinat.

Voici un roman dans la grande tradition de Pierre Siniac (1928 – 2002), défenseur de la littérature populaire qui n’hésitait pas à mélanger les deux frères ennemis que sont le polar et le récit d’énigme dans des récits « hénaurmes » mâtinés d’une fantaisie flirtant avec le fantastique et saupoudré d’une bonne louche d’humour. Il fut d’ailleurs publié aussi bien à la Série Noire qu’au Masque et cette livraison malaxe avec bonheur des personnages de polar et une intrigue abracadabrante au point de départ délirant.

Nous sommes dans la petite ville de Gisors, au pied du château-fort. Un ancien inspecteur de police pas vraiment futé, plutôt du genre pistonné, Germain Gouyaude, coule une retraite paisible en compagnie de la beaucoup plus jeune Aline. A temps partiel, l’ex flic, comme beaucoup de ses collègues, exerce le métier de gardien d’usine. Mais Germain, connu dans la ville sous le surnom de l’Albinos, est surtout un passionné de lecture qui fréquente assidument la bouquinerie de Mérouilleux. Il lui achète beaucoup de polars, quelques pornos et aussi, plus rarement, des « romans romans ». Autrement dit, de vrais livres, écrits avec des mots compliqués. Comme le dernier Sagan pris sur un coup de tête, complètement par hasard. Et dans lequel il découvre ce petit mot accusateur : « Je sais que vous avez tué une femme et que ce crime est resté impuni ». Bizarre, non ? Mais Germain n’a guère de temps pour s’interroger puisque, le soir même, il succombe à une crise cardiaque foudroyante. Y aurait-il un impensable lien de causalité ?

Aline, à son tour, découvre l’énigmatique message. Elle pourrait s’en désintéresser ou croire à une plaisanterie d’un goût douteux si, huit ans plus tôt, Germain n’avait pas tué à coup de démonte pneu son ancienne compagne, Colette. Aline a assisté à la scène sans intervenir. Elle a même aidé son homme à découper le cadavre avant de l’enterrer dans leur modeste maison de campagne. Pour tout le monde Colette est partie aux Etats-Unis, comme elle en avait toujours émis le souhait. Bref un crime tout bête, banal. Mais aussi un crime parfait dont personne n’a jamais entendu parler, que personne n’a même soupçonné. Or, aujourd’hui, Aline prend peur.  Elle s’imagine déjà victime d’un maitre chanteur, voire tuée par une main vengeresse. A qui se confier sinon au meilleur ami de Germain, l’inspecteur Jo Chalampin, bon flic insignifiant qui vivote depuis des années, trop indifférent à la politique, trop peu enclin à serrer des mains ou à cirer des pompes ? Mais par où commencer, comment entamer cette enquête, à part chez les bouquinistes ?

DES AMIS DANS LA POLICE constitue un court roman (les Anglo-saxons parleraient de « novella » puisqu’il fait 124 pages) enlevé et rythmé. Comme souvent avec Siniac (on se souvient des excellents SOMBRES SOIREES CHEZ MADAME GLAUQUE ou AIME LE MAUDIT), le point de départ est particulièrement intriguant. Jusqu’au dénouement, forcément surprenant, le lecteur baigne dans le mystère, complètement dépassé par l’impossibilité apparente de la situation : seules deux personnes étaient au courant du crime alors comment l’ancien policier peut-il se voir accusé par un message anonyme glissé entre les pages d’un livre acheté par hasard ?

Les explications finales paraitront probablement invraisemblables ou « capilotractées » mais qu’importe, elles tiennent la route (à condition d’enclencher la désormais célèbre suspension d’incrédulité) et, vu le caractère extravagant du problème posé, c’est déjà une vraie gageure d’aboutir à une solution satisfaisante. Et puis ce type de roman d’énigme, proche des crimes impossibles et des mystères en chambres closes, reste essentiellement ludique, un grand jeu où il importe davantage de s’amuser et se laisser surprendre que de chercher à battre en brèche la fragile construction narrative élaborée par l’auteur. Lequel se délecte également de nombreux clins d’œil, cultivant même l’auto citation en déclarant que certaines élites intellectuelles ne dédaignent pas lire un « Luj Inferman ». En cachette évidemment. Car les bouquins se divisent en catégories, allant de la vraie littérature (aux phrases complexes et aux mots que le lecteur moyen ne peut comprendre) à l’autre, cet indéfini qui comprend le polar, le gore, le fantastique, etc. Sans oublier, tout en bas dans la boue, le roman rose que l’on cache au fond d’un sac.  On devine Siniac plus attendri par cette littérature fangeuse que par les Académiciens.

« Chacun à sa place, comme dans la vie. Les gens convenables d'un coté - ici les romans dits littéraires, les choses psychologiques -, le petit peuple dans son coin : là les polars, les espionnages, les science-fiction, les fantastiques, les gores, enfin toute l'armée de la fiction, de l'évasion. Et dans un ghetto très spécial : les malades, les anormaux : les ouvrages licencieux, coquins, pornographiques, obscènes, excitants, louches, à lire sous la douche... »

Pour une soirée divertissante ou un petit trajet, DES AMIS DANS LA POLICE se révèle idéal et se lit en deux heures. A découvrir !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Impossible Crime, #Polar, #Pierre Siniac

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Publié le 1 Septembre 2017

RECAPITULATION...AVANT QUELQUES JOURS DE VACANCES

Après cinq mois d'existence, petite récapitulation des chroniques déjà disponibles sur le blog
 

  • Annihilation
  • Arbre à salive (L’) de Brian Aldiss
  • Assassin de Sherwood (L’) de Paul Doherty
  • Assassin habite au 21 (L’) de Stanislas André Steeman
  • Au cœur du labyrinthe de Margery Allingham
  • Batman : poids lourds
  • Bob Morane : Krouic de Henri Verne
  • Bob Morane : les yeux de l’ombre jaune d’Henri Vernes
  • Chambre rouge (la) d’Edogawa Rampo
  • Chants de la terre lointaine d’Arthur C. Clarke
  • Cherry O chez Mao de Glen Chase
  • Compartiment terreur de Brian Lumley
  • Crimes à Black Dudley de Margery Allingham
  • Détective Conan tome 11
  • Double Etoile de Robert Heinlein
  • Dragon de Thomas Day
  • En scène pour la mort d’Helen McCloy
  • Etrange vie de Nobody Owens (L’) de Neil Gaiman
  • Exécuteur : alerte rouge à Washington
  • Grands détectives n’ont pas froid aux yeux (les) de Kyotaro Nishimura
  • Griffes de la mort (les) de Michael Wolfitt
  • Horreur aux mille visages (l’) de Bill Garnett
  • Hurlements de Gary Brandner
  • Ils étaient quatre à table de John Dickson Carr
  • L’Implacable : Fatale Finale de Sapir & Murphy
  • Implacable : marche ou crève de Sapir & Murphy
  • Laissez bronzer les cadavres de Manchette & Bastid
  • La Légion écarlate (La) de Johan Heliot
  • Loque à terre (la) de JeanPierre Bouyxou
  • Lord Peter et le Bellona Club de Dorothy Sayers
  • Le mMiroir se brisa (Le) d’Agatha Christie
  • Mr Mercedes de Stephen King
  • Mystère égyptien (Le) d’Ellery Queen
  • Narcose de Christianna Brand
  • Ne pas dépasser la dose prescrite de Peter Lovesey
  • Noel tragique à Lexham Manor de Georgette Heyer
  • Obsessions de Christophe Bier
  • Perry Mason : le troisième trou d’Earl Stanley Gardner
  • Planète des singes (la) de Pierre Boule
  • Quantuum de Peter Hamilton
  • Qui portera le chapeau ? de Simon Brett
  • Ready Player One d’Ernest Cline
  • LeR reflux de la nuit (le) de JeanPierre Andrevon
  • Rendezvous avec Rama d’Arthur C. Clarke
  • Robin War
  • Saga of the Swamp Thing book 3 d’Alan Moore
  • Sherlock Holmes et le mystère du Haut Koenigsbourg de Jacques Fortier
  • Silhouettes de mort sous la lune blanche de Kââ
  • Survivant : guerre totale de Jerry Ahern
  • Tapineuses vampires de Ray Garton
  • Tempête polaire de Clive Cussler
  • Les Ttéénèbres de l’aube (Les) d’Eric Palumbo
  • Terreur déliquescente d’Harry Adam Knight
  • Titan Hunt
  • Titanic 2012 de Christophe Lambert
  • Tuer ma solitude de Dorothy B. Hughes
  • Univers X
  • Vous perdez la tête de Christianna Brand
RECAPITULATION...AVANT QUELQUES JOURS DE VACANCES

Après une petite pause de vacances, retour des chroniques d'ici une dizaine de jour avec, entre autres, les avis sur les livres suivants:

RECAPITULATION...AVANT QUELQUES JOURS DE VACANCES

Bonnes vacances et à bientôt!

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Recap'

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Publié le 31 Août 2017

L'ASSASSIN DE SHERWOOD de Paul Doherty

Né en 1946, Paul Doherty est un des spécialistes incontestés du roman policier historique, auteur de nombreuses séries de qualités, parfois signées de ses pseudonymes (C.L. Grace, Paul Harding, etc.).

La saga de Hugh Corbett, située sous le règne d’Edward 1er d’Angleterre (au XIIIème siècle), reste sans doute sa plus célèbre : débutée en 1986 avec le très bon SATAN A SAINTE MARY-LE-BOW, elle compte à présent, trente ans plus tard, pas moins de dix-huit romans. Datant de 1993, L’ASSASSIN DE SHERWOOD, septième ouvrage de la série, se consacre à un personnage légendaire : Robin des Bois.

Lorsque débute le roman, en 1302, le Shérif de Nottingham est assassiné : il meurt empoisonné dans sa chambre (forcément close comme souvent chez Doherty grand amateur de ce type de problème) alors que tout ce qu’il a bu ou mangé a précédemment été goûté. Si la méthode est mystérieuse, l’identité de l’assassin semble, pour tout le monde, évidente : il s’agit du célèbre hors-la-loi Robin des Bois lequel tire, tous les 13 du mois, trois flèches enflammées en direction du château de Nottingham. Jadis admiré de la population pour redistribuer ses richesses aux plus démunis, Robin a dernièrement changé d’attitude : devenu bien plus cruel il n’hésite pas à massacrer des collecteurs d’impôts et se comporte en véritable brigand sanguinaire. Ces violences attirent l’attention du roi Edward qui dépêche à Nottingham son fidèle limier Sir Hugh Corbett pour mener l’enquête et trainer Robin devant la justice.

Comme souvent, Doherty mêle la petite histoire (l’assassinat impossible du Shérif) à la grande (un code secret français qui permettrait à Philippe le Bel de lancer une invasion contre l’Angleterre) et à la légende (ici, celle de Robin des Bois, personnage dont l’existence réelle reste sujette à caution).

En dépit d’une intrigue complexe, Doherty confère un bon rythme à l’ensemble, ramassé sur 250 pages, et lance de nombreuses pistes qui convergent avec fluidité vers une conclusion très satisfaisante. La méthode employée pour l’empoisonnement se révèle ingénieuse et crédible (loin des mises en scènes abracadabrantes de John Dickson Carr) et la solution du mystère incluant Robin des Bois fonctionne elle aussi de belle manière quoique la solution soit prévisible. Cela pourrait s’avérer un bémol mais cela prouve sans doute l’honnêteté d’un Doherty qui joue fair-play avec son lecteur sans lui cacher d’informations importantes. Les relations entre l’Angleterre et la France offrent, pour leur part, un tableau intéressant qui permet une sous-intrigue réussie à base de code secret, proche de l’espionnage.

Comme souvent avec l’auteur, le style est agréable et précis, les annotations historiques et les considérations socio-politiques concernant la période envisagée sont adroitement intégrées à l’intrigue, apportant au lecteur de nombreuses informations sur cette époque sans la moindre lourdeur. Du bon boulot pour ce véritable maître du roman policier médiéval. Vivement conseillé.

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Publié le 30 Août 2017

NE PAS DEPASSER LA DOSE PRESCRITE de Peter Lovesey

Né en 1936, l’Anglais Peter Lovesey défend, depuis près de quarante ans, les couleurs du roman d’énigme « à l’ancienne », dans une tradition typiquement british quelque peu délaissée en ces temps de polars noir dominant. On lui doit les enquêtes, à l’époque victorienne, du sergent Cribb (8 romans adaptés au petit écran sous le titre « Cribb »), les aventures du désoeuvré Bertie, Prince de Galles et futur roi Edward VII et bien d’autres romans policiers.

NE PAS DEPASSER LA DOSE PRESCRITE rassemble quinze nouvelles dont les ingrédients principaux sont l’humour, l’art de la « chute » et le sens du suspense, à l’image des récits jadis rassemblés dans les (souvent) excellentes anthologies ALFRED HITCHCOCK PRESENTE. Nous avons ainsi deux récits consacrés au précité Bertie, qui s’interroge sur la mort d’un participant à une régate et va également résoudre une mystérieuse affaire d’incendies volontaires. Le pyromane semble obéir à une routine bien établie et se contenter de détruire des bâtiments inoccupés.

Les autres récits sont variés et, sans exception, de très grande qualité.

Une expédition montagnarde entre de vieux amis perdus de vue depuis plusieurs décennies tourne à la tragédie lorsque des secrets enfouis sont dévoilés sur le ton de la plaisanterie. Un des amis en question anime, en effet, une émission télévisée basée sur le principe de la « confession » et a filmé les conversations - en apparence innocente - de ses deux compagnons. Malgré tout, ceux-ci ne le tuerait pas pour si peu quand même ? A moins que…

Souhaitant se débarrasser de son épouse, un homme a recours aux services d’un de ses employés qui connait un tueur à gages. En réalité, ce-dernier souhaite garder l’acompte et ne pas commettre le crime. Mais ne risque-t-il pas de se trouver piégé à son propre jeu ?

Un veuf décidé à conquérir une alerte sexagénaire se force à partager sa passion des souris de compagnie et se réjouit de la voir gagner un prochain concours. Mais ses nouveaux voisins se lancent, eux aussi, dans l’aventure et mettent toutes les chances de leur côté en faisant l’acquisition de rongeurs de grand prix. Heureusement, notre veuf possède un chat…et les chats n’aiment-ils pas les souris par-dessus tout ? Surtout ce chat-là, grand chasseur devant l’Eternel. Bien sûr l’auteur nous réserve un retournement de situation aussi amusant qu’inattendu.

Et que dire de ce vieux couple sans histoire, ensemble depuis 47 (ou 48 ans, la question fait débat), n’ayant jamais connu la moindre dispute. Tout n’est-il pas parfait dans ce ménage, excepté cette manie de l’épouse de se réveiller vers 2 heures du matin pour brancher sa bouilloire et remplir sa bouillotte ? On est frileuse ou on ne l’est pas. Cela réveille Monsieur mais est-ce une raison suffisante pour qu’il veuille l’électrocuter avec sa couverture chauffante. Au bout de 47 (ou 48 ans) peut-être bien que oui…

Le recueil verse dans le fantastique avec « La malédiction d’Odstock » basé sur le folklore anglais : Joshua Scamp a endossé la responsabilité d’un crime pour protéger sa fille et fut exécuté par erreur. Une fois son innocence établie, une malédiction fut lancée à l’encontre de l’église du village : quiconque en fermerait la porte à clé périrait dans l’année. La seule manière d’échapper au sortilège consiste à invoquer l’esprit de Scamp le soir d’Halloween pour qu’il s’empare de l’âme d’une autre personne.  

Le 31 octobre, un incrédule, après avoir donné une conférence démontant les superstitions locales, décide de donner un fatidique tour de clé…Un excellent récit qui mêle le policier au fantastique et à l’épouvante dans la lignée de « Rendez-vous avec la peur ». Une très belle réussite.

Un voleur récemment décédé expédie à son neveu un magnifique Ara. Mais, persuadé que le perroquet peut répéter le numéro du coffre où le défunt a planqué sa fortune en diamants, un homme s’en empare.

Une jeune fille prude et réservée, victime d’une remarque blessante de l’amant de sa mère, envisage de se venger de celui-ci en cachant dans sa voiture un caleçon, véritable « remède contre l’amour », appartenant à sa génitrice. Mais la rencontre impromptue de la demoiselle avec un charmant punk voleur de voiture change la donne.

Dans l’immédiat après-Guerre, un pudding « comme il faut » (comprenez gardé longtemps et à l’intérieur duquel la cuisinière a glissé une pièce porte bonheur) entraine un conflit familial qui se résoudra dans le sang.

Le narrateur d’« Erreur sur la personne », invité à l’enterrement d’un ancien ami, soupçonne sa trop jeune et séduisante épouse de l’avoir assassiné. N’est-ce pas bien commode d’avoir un beau-frère médecin afin de signer, sans poser de question, le certificat de décès ? Avec cette coquette assurance-vie la jeune veuve pas vraiment éplorée s’installe sous les tropiques en compagnie de son amant. Mais notre narrateur s’improvise détective…et pourquoi pas justicier ? Une construction minutieuse dont le premier « twist » se devine avant un second particulièrement surprenant et efficace. De la belle ouvrage !

Avec « Vidéo Gag », Peter Lovesey prend une fois de plus le lecteur par surprise : celui-ci croit deviner où l’histoire le mène et, au final, la chute (au sens propre et figuré !) le prend de court. Le récit s’intéresse à un couple persuadé de pouvoir toucher le jackpot en envoyant une vidéo hilarante à l’émission télévisée « vidéo gag » (souvenez-vous). Leur idée consiste à provoquer la chute d’une caravane du haut d’une falaise : l’homme se jettera du véhicule au dernier moment pendant que son épouse filme la scène. Ils empruntent le caméscope du voisin, lui achètent sa caravane et se mettent en quête de l’endroit le plus approprié au tournage. Evidemment tout ne se déroule pas comme prévu, à la plus grande joie du lecteur surpris par les dernières lignes d’un récit se terminant par un joli coup de théâtre.

La dernière nouvelle, « Des imprimeurs à la fête », débute par les aveux de la séduisante Patty Noble à la police : au cours d’une dispute, elle a lancé à la tête de son époux ivre une théière qui l’a tué sur le coup. Enfin pas tout à fait puisque l’autopsie révèle que la victime a été préalablement poignardée dans le dos. Qui a porté le coup mortel ? Encore une fois, Lovesey ballade le lecteur jusqu’à une révélation finale à la fois parfaitement logique (tous les indices qui y conduisent sont présents et bien en évidence) et complètement inattendue.

En résumé, un recueil de nouvelles d’une exceptionnelle qualité : pas le moindre texte faible ou même moyen, tout oscille entre le très bon et le formidable avec un dosage d’une précision impeccable entre l’humour noir et le suspense jusqu’à la chute finale toujours surprenante et mémorable. Hautement recommandé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Recueil de nouvelles

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Publié le 29 Août 2017

LA PLANETE DES SINGES de Pierre Boulle

Classique incontournable de la science-fiction, le film « La planète des singes » (version 1968) eut droit à quatre séquelles variablement inspirées (« Les évadés de la planète des singes » et « La conquête de la planète des singes », de franches réussites, méritent la redécouverte), deux séries télévisées oubliées, un remake dispensable (pourtant signé Tim Burton) et un formidable reboot sous forme de préquelle (« La planète des singes : les origines ») lui-même suivi de deux suites de qualité.

En dépit de ce riche univers cinématographique, il est intéressant de se replonger dans le texte fondateur écrit par Pierre Boulle en 1963. Quoiqu’il ait écrit plus de vingt romans, Boulle reste à jamais associé à deux réussites, « La planète des singes » et « Le Pont de la Rivière Kwai », d’ailleurs en partie éclipsées par leur formidables adaptations pour le grand écran.

Si « La planète des singes » de 1968 reprent la structure du roman (et que la version de Tim Burton – cette fois située sur une planète lointaine et non la Terre - s’y montre également relativement fidèle), le livre s’en distingue par son ton plus porté sur la satire socio-politique saupoudrée de considérations philosophiques. Dans un registre plus purement science-fictionnelle Boulle fut d’ailleurs précédé par LE REGNE DU GORILLE, de L. Sprague de Camp à la thématique similaire, à savoir l’accession des primates au rang d’espèce dominante après la fin de la civilisation humaine.

L’histoire, pour sa part, est (dans ses grandes lignes) connue :

En l’an 2500, trois astronautes se dirigent vers une planète susceptible d’abriter la vie, Soror, située à deux années de la Terre dans le système de Betelgeuse. Parmi eux, le journaliste Ulysse Mérou se montre le plus enthousiaste, persuadé que ce voyage donnera lieu à un reportage sensationnel et ce même si la relativité le fera revenir sur Terre plusieurs siècles après son départ. Cependant, le journaliste est capturé et emprisonné par des singes parlants. Sur Soror, en effet, l’évolution fut différente : alors que l’humanité a stagné, les primates ont dominé le monde. Ceux-ci se répartissent en trois classes (avec peu d’exception) : les gorilles adeptes de l’autorité, de la force et de la chasse ; les orangs outans, des traditionnalistes qui incarnent la science officielle souvent obtuse et, enfin, les chimpanzés, l’élite intellectuelle lettrée avide de recherches. L’intrusion d’un Homme doué de raisons remets en cause toutes leurs certitudes. Deux chimpanzés, Zira et Cornelius, acceptent le récit d’Ulysse Mérou tandis que les orang outans, engoncés dans leurs préjugés, le considèrent comme un usurpateur.

Moins porté sur l’action que le long-métrage, LA PLANETE DES SINGES se déroule sur une planète semblable à la Terre (sans l’être, donc n’attendez pas la statue de la liberté pourtant présente sur certaines éditions du roman) et se montre fort descriptif. Le récit est, en effet, rédigé sous la forme d’un manuscrit placé dans une bouteille et lancé dans l’espace par le narrateur, Ulysse Mérou, qui découvre le monde des singes. Il y rencontre Zira et Cornelius, deux chimpanzés progressistes et bien disposés à son égard. Au terme d’un procès, Ulysse prouve qu’il possède une conscience et n’est pas un simple animal.

Le roman se divise en trois parties : dans la première le héros se confronte à ce monde hostile, dans la deuxième il parvient à s’y faire reconnaitre comme doué de raison, dans la troisième il découvre, en compagnie de Cornelius, l’existence d’une civilisation humaine antérieure à celle des singes. Au fur et à mesure du roman, la différence avec sa version cinématographique progresse quoique l’on retrouve certains éléments communs (la poupée qui prouve l’existence d’une civilisation humaine antérieure à celle des singes).

Pour aller plus loin dans la découverte de la saga cinématographique, l'excellent Mad Movies Hors Série sur le sujet.

Pour aller plus loin dans la découverte de la saga cinématographique, l'excellent Mad Movies Hors Série sur le sujet.

Contrairement aux diverses adaptations cinématographiques, les primates vivent dans de grandes cités, conduisent des voitures, se déplacent en avion. Ils ont même lancé un satellite artificiel occupé par…un homme bien évidemment. Leur degré de maitrise technologique correspond, grosso modo, à celui des humains à l’aube des sixties, période où fut écrit ce roman. Si les films optèrent pour une civilisation plus archaïque c’est essentiellement pour des raisons de budget et, également, pour éviter le ridicule de singes dansant dans des boites de nuit ou jouant au golf. Car Boulle se montre moins soucieux de science-fiction que de satire. Lorsqu’il brocarde les primates, il vise surtout les humains et leurs travers, notamment leur manière de se considérer comme l’immuable stade ultime de l’évolution, la perfection incarnée. L’écrivain mélange, avec un certain bonheur et sans lourdeur, la science-fiction au conte initiatique et philosophique. Cette vision déformée de la Terre lui permet ainsi de traiter de la démocratie, de la répartition par caste, de l’intolérance, etc. Il s’intéresse également à l’expérimentation animale et transpose à l’homme la fameuse expérience de conditionnement de Pavlov. L’auteur évoque aussi les théories d’Einstein sur la relativité en expliquant que les astronautes, après avoir effectué un voyage de quatre ans, reviendront sur une terre où plusieurs siècles se sont écoulés. L’humour pointe son museau à plusieurs reprises : ainsi lorsque le héros décide finalement d’embrasser Zira celle-ci s’y refuse et lui rétorque « désolé mais tu es vraiment trop affreux ».

Tout cela est plutôt réussi et bien pensé, avec un style recherché mais sans excès. Le rythme se montre lui-aussi soutenu et la fin, qui se devine (reprise en partie par la version Tim Burton), n’en est pas moins efficace et humoristique (sans rivaliser avec celle du film de 1968). Boule n’aimait guère, parait-il, le dénouement du long-métrage et pourtant force est d’admettre son élégance, balayant les invraisemblances (comment une civilisation pourrait-elle à ce point ressembler à celle de la Terre) et aboutissant, en une simple image, à la compréhension du spectateur. Le roman, pour sa part, explique brièvement comment les singes ont réussi la conquête de la planète, de manière assez pacifique : les hommes leur ont, peu à peu, délégué les tâches quotidiennes avant de s’enfermer dans une indolence résignée, y compris le jour où les primates ont cessé d’obéir pour se comporter en dictateurs.

En dépit de son côté parfois bavard et linéaire, LA PLANETE DES SINGES constitue donc un roman plaisant à redécouvrir pour les amateurs de science-fiction satirique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction

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Publié le 28 Août 2017

OBSESSIONS de Christophe Bier

Afin de célébrer les 20 ans de l’émission Mauvais Genre (diffusée sur France Culture), l’indispensable Christophe Bier compile 132 chroniques enregistrées entre septembre 2003 et juin 2016.

Grand connaisseur du cinéma populaire, auteur d’un monumental DICTIONNAIRE DES LONGS MÉTRAGES FRANÇAIS PORNOGRAPHIQUES ET ÉROTIQUES, admirateur de comédiens typés (comme Daniel Emilfork), passionné par les nains, collaborateur sur de nombreux fanzines et magazines (dont, jadis, Mad Movies), réalisateur d’un documentaire sur Eurociné et acteur pour des cinéastes aussi divers que Jean-Pierre Mocky, Norbert Moutier, John B. Root ou Ovidie (il tient le rôle principal, celui d’un sexologue distingué, dans l’excellent « Pulsion »), Bier, en touche à tout enthousiaste, nous propose ici un véritable catalogue du « mauvais genre ».

OBSESSIONS de Christophe Bier

Que recouvre cette expression ? Difficile à dire. Disons simplement que tout ce qui n’a généralement pas droit de citer à la radio ou à la télévision, tout ce qui est ignoré du grand public et méprisé par l’intelligentsia (quoique cela soit, heureusement, en train d’évoluer) intéresse ce fin connaisseur. En empruntant les chemins de traverse de la culture « mainstream », Bier ne se cantonne pas dans un domaine mais, au contraire, brosse un large panorama du « mauvais goût » assumé. Avec, cependant, quelques points de repère, quelques jalons placés sur cet itinéraire insolite: la censure, l’érotisme (sans véritable distinction entre le soft et le hard), le fétichisme, la provocation, les freaks, les destins tragiques et les personnalités oubliées. Beaucoup de chroniques, forcément, prennent la forme d’un hommage, épitaphe gravée à la mémoire de seconds rôles disparus des écrans, de starlettes du X, de troisième couteau à la gueule immédiatement reconnaissable, de cinéastes besogneux négligés par la théorie des auteurs. Avec les années qui s’écoulent et la standardisation culturelle imposée disparaissent peu à peu, inéluctablement, les artisans ayant œuvrés dans le péplum fauché, le western spaghetti, le mondo movie crapoteux, l’érotisme bizarre, l’horreur excessive, l’exploitation non politiquement correcte, etc.

OBSESSIONS de Christophe Bier

Littérature, bande dessinée, peintures, films, expositions, etc. Bier brasse tout un pan de la sous-culture (quel vilain mot !) de ces cent dernières années : il s’intéresse aussi bien aux serials réputés « perdus » qu’à Alain Payet, chantre du hard crad français, à Mickey Hargitay, bodybuilder sadique du délirant « Vierges pour le bourreau », qu’à des bandes d’explotation comme « Super Nichons contre mafia ». Pour ne citer qu’une poignée d’exemples, la démarche de Bier étant de refuser le consensuel académisme des César pour leur préférer « l’imaginaire délirant » de l’horreur sanglante et de la pornographie.

Et, sur papier, notre érudit redécouvre les trésors du roman noir, du fumetti, invitant le curieux à fouiller les vide-greniers afin d’y dénicher du Erich von Götha, un livre de cul publié chez Media 1000 (« le cloaque de l’édition ») ou même à relire un BRIGADE MONDAINE, ces pseudo polars bardés de scènes chaudes aux titres ronflants et aux couvertures suggestives que l’on trouvait, voici une vingtaine d’années, dans les supermarchés et les relais d’autoroute. Avant qu’ils soient remplacés par des mamie porn consternants ou un énième Marc Levy.

OBSESSIONS de Christophe Bier

C’est la grande force de ces OBSESSIONS : le lecteur pourra piocher dans ces pages ce qui l’intéresse et, peut-être, poursuivre son exploration des recoins insalubres des cinémas de quartier ou des bibliothèques, se mettre à la recherche de « Drôles de zèbres », la comédie désolante de Guy Lux ("dans ce délire accablant mais frénétique, Sim se travestit bien sûr en Baronne de la Tronche en Biais, se balance à une liane et croise Coluche, Patrick Topaloff, Michel Leeb, Claude François et les Clodettes, Léon Zitrone, un nonce apostolique et un singe qui parle"), ou de « la doctoresse à des gros seins », mètre étalon (hum) de la démesure porno d’Alain Payet ("les physiques les plus variés dessinent les contours d’un univers baroque, entre Fellini et Mocky, peuplé de nains, de vieillards lubriques, de transsexuelles, de fat mamas comme celles de Miss Gélatine et ses copines"). Heureusement, certains films sortent aujourd’hui des limbes grâce au travail de passionnés comme Ecstasy of Films, Le Chat qui fume ou Bach Films, petits éditeurs dvd auxquels Bier rend également hommage.

A ces obsessions, sommes toutes attendues, on en ajoutera d’autres, plus curieuses, comme cet ode au magicien gaffeur Garcimore ou les références gay de la mythique série télévisée « Les Mystères de l’Ouest ».

Sans ordre (on devine que l’auteur lui préfère le chaos) autre que chronologique, ces 132 chroniques constituent une mine d’informations à dévorer !

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Publié le 25 Août 2017

L'ARBRE A SALIVE de Brian Aldiss

Brian Aldiss (1925 – 2017) nous a quitté ce 19 août, au lendemain de son anniversaire, à l’âge respectable de 92 ans. Sa carrière, fort riche, débute au milieu des années ’50. Il livre rapidement deux classiques, CROISIERES SANS ESCALES (qui renouvelle le thème des arches stellaires) et LE MONDE VERT pour lequel il obtient le Prix Hugo. Par la suite il va s’amuser à revisiter des thématiques classiques via divers pastiches (FRANKENSTEIN DELIVRE, adapté de manière potable à l’écran par Roger Corman, L’AUTRE ILE DU DOCTEUR MOREAU, DRACULA DELIVRE) et livrer une gigantesque trilogie de « planet opera » avec HELLICONIA. A l’origine de l’histoire (LES SUPERTOYS DURENT TOUT L’ÉTÉ) ayant abouti au superbe « Artificial Intelligence » de Steven Spielberg, bardé de prix (six British Science-Fiction, trois Hugo, deux Nébula, un Locus,…), ce « Grand Maitre » a aussi rédigé de nombreuses nouvelles et novella, dont L’ARBRE A SALIVE.

Longue d’environ 70 pages, cette novella fut d’abord publiée en revue (dans Fiction) puis rééditée dans la collection « double étoile » qui rassemblait, à chaque fois, deux romans courts. Une bonne initiative tant ces novellas, pourtant fort prisées des écrivains de science-fiction (L’ARBRE A SALIVE obtient d’ailleurs le Nébula) échappent, par leur format intermédiaire, à une publication classique.

Pour célébrer le centième anniversaire de la mort d’H.G. Wells, Brian Aldiss livre un récit inspiré par ses œuvres (LA GUERRE DES MONDES, LA NOURRITURE DES DIEUX) transformé en véritable histoire horrifique qui rappelle également Lovecraft et en particulier LA COULEUR TOMBEE DU CIEL.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle. Gregory Rolles, amoureux d’une jeune fille de ferme prénommée Nancy, est un riche oisif qui se cherche un but dans l’existence, se rêve scientifique, correspond avec le renommé H.G.Wells et imagine des lendemains qui chantent où domineraient l’utopie socialiste (quelle horreur ! :-) ). Après la chute d’un astéroïde, il constate une croissance anormale des animaux et végétaux d’une ferme toute proche. Le goût des aliments se modifie également, comme si ceux-ci étaient peu à peu adapté à des palais différents. N’y aurait-il pas, au fond de l’étang, des créatures amphibies et invisibles, venues d’un autre monde pour se repaitre des humains ?

Voici un récit haletant et rondement mené qui privilégie l’action et le suspense mais ne néglige pas les considérations philosophiques et la réflexion. On peut ainsi se demander, avec le narrateur, si des visiteurs venus d’un autre monde seront des savants éclairés et bienveillants ou, au contraire, de terribles conquérants ne se souciant pas davantage du bien-être des humains que nous des bœufs destinés à l’abattoir.

Même sans être familier de l’œuvre de Wells, on peut apprécier cet hommage à ce Grand Ancien de la science-fiction et s’amuser d’une structure très lovecraftienne d’un récit se terminant par une confrontation attendue entre l’Homme et les Etrangers. Et, fidèle à la tradition, Aldiss achève ce court roman par une mise en garde implicite que l’on pourrait résumer par « watch the skies ».

Au final, une très plaisante lecture.

L'édition française "double étoile"

L'édition française "double étoile"

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #science-fiction, #Lovecraft

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Publié le 24 Août 2017

LES GRANDS DETECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX de Kyōtarō Nishimura

Ecrivain japonais né en 1930, Kyōtarō Nishimura n’a guère été traduit en français mais on peut cependant apprécier son très divertissant LES DUNES DE TOTTORi qui renouvelle le principe de la « disparition impossible » en l’appliquant à un…train entier rempli de voyageurs ! Un joli tour de force littéraire.

LES GRANDS DETECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX constitue un autre exercice de style puisque cette enquête à « huit mains » convie Ellery Queen, Hercule Poirot, Maigret et (moins connu des Occidentaux) Kogoro Akechi (détective imaginé par Edogawa Rampo). Les quatre « plus grands détectives du monde », certes vieillissants (ils sont à présent largement sexagénaires) mais toujours prêts à résoudre une énigme. Or voici que le millionnaire Sato les convie dans le but d’enquêter sur la disparition de trois cent millions de yens (environ deux millions de dollars). Les détectives refusent, prétextant que ce type d’investigation échappe à leurs compétences et relève de la police scientifique. Mais Mr Sato a réponse à tout : il va transformer l’affaire afin que les détectives puissent la résoudre. Pour cela il imagine un plan astucieux : brosser le portrait psychologique du coupable, trouver un individu qui réponds aux critères retenus et se laisser voler trois cent millions de yens. Les quatre enquêteurs pourront, dès lors, observer le comportement du voleur et élaborer les hypothèses pouvant mener à l’arrestation du premier criminel. Evidemment tout ne se déroule pas comme prévu et, à mi livre, le voleur est découvert poignardé. L’argent, évidemment, a disparu. Un simple meurtre pour faciliter le vol pensent les policiers. Mais les grands détectives, comme chacun le sait, ont leurs manies et leurs méthodes, pas toujours très conformes aux attentes. Ainsi, sur la scène du meurtre, « Ellery Queen ne s’intéresse qu’à un chapeau haut de forme et Hercule Poirot qu'a la position du fauteuil ! Quand à Maigret, n'en parlons pas, le célèbre détective du quai des Orfèvres, en face d'un cadavre et de la disparition de trois cents millions, ne voyait pas le mobile ! »

Hommage / pastiche littéraire de haute volée, LES GRANDS DETECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX s’inscrit dans la tradition du TROIS DETECTIVE de Léo Bruce ou du TROP DE DETECTIVES de Jacques Sadoul ainsi que du film « Un cadavre au dessert ». Bref, nous avons droit à quatre enquêteurs pour le prix d’un. Et non des moindres. Avec leur défauts et qualités évidemment : la suffisance de Poirot, l’humanisme de Maigret, l’entrain de Queen, etc.

Comme le roman a été écrit en 1971, nos enquêteurs ont, grosso modo, leur âge réel, soit entre 60 et 70 ans. Insistons sur cet âge réel car, sous la plume de Kyōtarō Nishimura, Poirot, Queen, Maigret et Kogoro Akechi existent bel et bien et les romans qui relatent leurs exploits respectifs sont d’authentiques compte rendus d’affaires criminelles célèbres. A l’image de Sherlock Holmes, nos détectives sont des « créatures » autonomes qui se sont extirpées des bibliothèques pour devenir charnel et poursuivre leurs exploits dans le Japon en pleine transition des seventies. Et ce qui a débuté comme une sorte d’expérience psycho-sociologique devient une véritable enquête sur un meurtre. A ce moment tous deviennent suspects car, comme le souligne Queen : « à partir d’une certaine somme d’argent chacun peut être coupable ». Nos détectives mènent donc l’enquête, chacun à leur manière, et désorientent la police officielle qui ne comprend rien à leurs élucubrations. Les rebondissements, eux, ne manquent pas, certains prenant même nos héros au dépourvu tant de nouvelles découvertes (les billets carbonisés) remettent en cause toute leur patiente construction mentale. Mais n’ayez crainte, les détectives résoudront le mystère, Ellery Queen insistant même, à la désolation de ses collègues, pour insérer son traditionnel « défi au lecteur ».

L’auteur, manifestement, connait son sujet et se révèle un passionné du roman d’énigme qui se désole, avec les réflexions de Queen, de la prédominance de la série noire. Il brosse en quelques phrases la personnalité des détectives, rend hommage aux auteurs européens, américains et japonais et défend l’universalité du whodunit. Les dialogues sont vifs et la confrontation entre les protagonistes aboutit à un ping-pong verbal réjouissant entrecoupés de nombreuses références aux enquêtes antérieures de nos héros. Attention, donc, les balises « spoilers » n’existent pas dans ce récit qui évoque, notamment, le dénouement de L’ARCHE DE NOÉ d’Ellery Queen, LE CRIME DE L’ORIENT EXPRESS d’Agatha Christie ou LA TÊTE D’UN HOMME de Simenon.

Après la résolution de l’énigme, bien pensée et dans la pure tradition de l’Age d’Or, le lecteur aura même droit à une ultime pirouette qui achève de faire de ce roman un divertissement cinq étoiles. Recommandé et même incontournable pour les amateurs !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Ellery Queen

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Publié le 23 Août 2017

L’HORREUR AUX MILLES VISAGES de Bill Garnett

Publié chez Gore, L’HORREUR AUX MILLES VISAGES est un roman efficace qui intéressera davantage les lecteurs friands d’une intrigue solide que les inconditionnels de la boucherie littéraire.

Peter Stone, le manager d’une agence de voyage en plein essor, aime engager des secrétaires ne craignant pas les heures supplémentaires, de préférence à l’horizontale. Il porte ainsi son dévolu sur la trop jolie Roszina Janosi avec laquelle il entame une liaison torride. Hélas, Peter se lasse et, décidé à reprendre son couple en main, annonce à la demoiselle qu’il met un terme à leur idylle. Pour se venger, Rosznisa absorbe une grande quantité de médicaments et lui adresse une lettre expliquant les raisons de son geste. Ce coup de bluff se termine mal puisque la jeune femme décède. Sa mère, Magda, a connu pour sa part son lot de souffrances sous la botte des Nazis puis des Communistes. Lorsque meurt Rosznisa, sa dernière joie dans l’existence disparait. Magda entame alors un rituel afin d’évoquer une « chose » sanguinaire qu’elle lance aux trousses de Peter.

Sympathique roman gore au rythme enlevé (sans doute involontairement aidé par une traduction qui sacrifie une cinquantaine de pages sur les 215), L’HORREUR AUX MILLES VISAGES se montre fort plaisant à suivre. Au passage, le titre ne craint pas l’hyperbole puisque le monstre en question se limitera à une dizaine de visages, la « chose » changeant de forme au fur et à mesure du récit. Dès lors, le « héros » infidèle va affronter, au cours d’une excursion touristique le menant du Moyen-Orient jusqu’au Kenya, une série de manifestations horrifiques : serpent, vautour aux ailes gigantesques, etc. Une belle manière de renouveler les périls qui le menacent et d’offrir au lecteur une variété de manifestations épouvantables.

Toutefois, l’intrigue prend son temps durant sa première partie afin de présenter des personnages relativement travaillés (dans les limites du peu de pages impartis, évidemment) : un sale type arriviste, son épouse résignée, sa maitresse qui rêve du grand amour et la mère de cette dernière, une sorcière assoiffée de vengeance victime d’un passé tragique. Tout cela reste réaliste, soigné et crédible, le roman parvenant à intéresser le lecteur avec des histoires sommes toute banale d’adultère et les coucheries d’un patron volage. Par la suite, l’épouvante se manifeste de manière plus frontale. Hélas, le voyage autour du monde du « héros », certes plaisant, s’avère un peu trop rapidement expédié (des coupes sombres dans le texte originel peut-être ?) pour pleinement passionner. Un léger bémol atténué par une fin ironique attendue mais joliment amenée, à l’humour noir efficace dans la tradition des récits « à chute » façon E.C. Comics. L’assurance de quitter le récit sur une note positive.

Bill Garnett fut l’un des nombreux écrivaillons s’étant lancé dans la mode juteuse de l’horreur dans les années ’70 et ’80 mais L’HORREUR AUX MILLES VISAGES est, à ce jour, le seul de ses romans à avoir eu l’honneur d’une traduction française. Dommage car ce bouquin, certes classique et linéaire, se montre divertissant : un fantastique traditionnel à base de monstre sanguinaire et de malédiction ancestrale saupoudré de quelques passages « chocs » réussis.

L’atmosphère, bien rendue et effective, prédomine largement sur le gore (fort rare) et l’érotisme (une longue scène chaude pour contenter l’amateur) mais le tout se lit d’une traite et sans le moindre ennuit.

Dissimulé sous une couverture peu attrayante, voici une belle réussite pour une collection à l’époque vilipendée et aujourd’hui enfin réhabilitée ! A découvrir !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Gore

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Publié le 22 Août 2017

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES de Jean-Patrick Manchette & Jean-Pierre Bastid,

Premier roman de Jean-Patrick Manchette, aidé de Jean-Pierre Bastid, LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES lança, en 1971, la vague du néo polar français, faisant table rase du code d’honneur des voyous et des flics héroïques.

Nous sommes dans un petit village isolé du Midi de la France où vit Luce, une « peintresse » devenue, avec les années, plus alcoolique qu’anarchiste. Elle règne sur une petite communauté vaguement artiste, organise des soirées de débauche et vivote en compagnie de Max, un écrivain raté, et de son amant avocat, Brisorgueil. Luce accueille volontiers ceux qui viennent lui rendre visite, notamment trois personnages peu recommandables, le poète Jeannot, le restaurateur bruxellois Gros et le musculeux Rhino. Les trois bonhommes ont braqué un fourgon et commis un petit carnage avant de se réfugier dans le petit bled avec la complicité de Brisorgueil. Les gangsters sont rapidement rejoints par la femme de Max, son gosse et sa nurse. Ce petit microcosme attire l’attention de deux gendarmes, Roux (qui se prend une balle rapido) et Lambert (qui débute et voudrait démontrer ses compétences). Du coup voilà tout ce beau monde coincé dans le village ensoleillé. D’un côté les truands, de l’autre le gendarme Lambert décidé à se la jouer cow boy solitaire. Entre les deux, les (pas si) innocents dont certains sont décidés à tirer leur épingle du jeu de massacre. Les balles vont voler.

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES doit autant au polar qu’au western, surtout spaghetti. On y retrouve le schéma classique des gendarmes et voleurs coincés dans un lieu clos et prêts à s’entretuer. La situation se dégrade donc rapidement et les auteurs alternent logiquement les points de vue. Comme dans le western à l’italienne le rythme se fait tour à tour indolent, tout en lenteurs et en attentes, avec des « gros plans » sur les personnages en sueur puis brusquement explosif lors des scènes de violence qui éclatent sporadiquement. Le tout se montre d’ailleurs théâtralisé et se déroule en une unique journée dans un bled du Midi de la France dont tous ne sortiront pas indemne. Unité de temps (les heures de la journée scandent les nombreux très courts chapitres), unité de lieu, unité d’action : en réchapper en un seul morceau. Pas évident.

L’écriture est sèche, sans fioriture, le style économe, volontiers nihiliste, voire hargneux. Ca cogne, ça flingue, ça s’entretue sous le soleil. Au final beaucoup de protagonistes resteront sur le carreau ou plus précisément sur le sol brulant. Laissez bronzer les cadavres…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar

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