lovecraft

Publié le 30 Janvier 2019

L'OMBRE QUI VIENT DE L'ESPACE d'August Derleth et Howard Phillip Lovecraft

Ce recueil reprend une série de textes écrits par August Derleth afin de prolonger l’univers de Lovecraft. C’est, en effet, en partie grâce à Derleth, loué soit-il, que le reclus de Providence connait aujourd’hui la célébrité et n’a pas sombré dans l’oubli qui a englouti la plupart de ses contemporains ayant œuvré pour Weird Tales et autres magasine « pulp ». Derleth a ainsi retrouvé de nombreuses esquisses plus ou moins complètes sur lesquelles il a brodé avec plus ou moins de réussite. Il a transformé le panthéon de Lovecraft en imaginant le champ de bataille cosmique des Anciens Dieux. Il a aussi inventé de nombreux nouveaux grimoires maléfiques à ranger aux côtés du Necronomicon, développant une véritable bibliothèque de l’étrange ensuite largement reprise par les continuateurs du mythe. Tous ces éléments, souvent seulement cités chez Lovecraft, ont ainsi pris de plus en plus d’ampleur avec Derleth et les autres disciples lovecraftien au point qu’ils paraissent aujourd’hui indissociables des histoires « dans le style de Lovecraft ».

De plus, Derleth reprend le style de Lovecraft, avec un souci de mimétisme rendant difficile de déterminer ce qui appartient au maitre et ce qui relève de son épigone. Le style se montre donc volontairement ampoulé, un brin daté, avec une multiplication d’adjectifs et d’adverbes qui surchargent les phrases. Tout y est « répugnant », « obscène », « abominable », « indicible », etc. On peut se gausser de ces hyperboles ou trouver qu’elles traduisent la folie dans laquelle sombrent les protagonistes de ces récits, pour la plupart racontés à la première personne et à la construction similaire.

La première histoire, « Le survivant », s’avère plaisante et efficace en dépit d’une chute aujourd’hui éculée. « Le jour à Wentworth » est tout aussi réussie, plus typiquement « pulp » : ce récit horrifique à base de mort sorti de sa tombe et de sorcellerie aurait très bien pu être illustré à la manière des « Tales from the crypt ». Plus conventionnel, plus banal, « L’héritage Peabody » traite de sorcellerie, de sacrifices d’enfants, etc. Classique, définitivement « pulp » mais plutôt plaisant. « La lampe d’Alhazred », court récit en forme de mise en abîme, présente un écrivain d’horreur nommé Ward Phillips qui, par l’intermédiaire d’une vieille lampe à huile, découvre un monde parallèle. Une idée similaire est développée dans « La fenêtre à pignons » qui fonctionne de belle manière en dépit d’une construction très convenue et d’une chute attendue. « L’ancêtre » constitue, pour sa part, une curiosité : Lovecraft avait rédigé un résumé du roman « The Dark chamber » de Leonard Cline, publié en 1927 et qu’il tenait en haute estime. Retrouvant ces notes, Derleth pensa qu’il s’agissait du plan d’une nouvelle inédite et rédigea ce texte, encore une fois très classique mais efficace jusqu’à sa conclusion prévisible. La dernière nouvelle, « L’ombre venue de l’espace » se montre ambitieuse : Derleth y développe (et trahit) la mythologie de son maître à penser en la teintant de christianisme, imaginant la terre comme un champ de bataille pour deux races extra-terrestres, l’une bienveillante, l’autre redoutable. On peut tiquer devant cette interprétation manichéenne du mythe mais aussi apprécier que, pour une fois, Derleth apporte une vision plus personnelle et moins empruntée à ses récits.

Les continuateurs de Lovecraft sont nombreux, à l’image des successeurs de Robert E. Howard ou Conan Doyle. Si nombreux, aujourd’hui, que leurs récits éclipsent complètement, du moins par la quantité, les authentiques nouvelles de Lovecraft. Il y a évidemment du bon et du moins bon (voire du très mauvais) dans ces continuations. Dans ce style de pastiche L’OMBRE VENUE DE L’ESPACE est loin d’être inintéressant et, dans l’ensemble, les histoires sont réussies et capturent bien l’esprit du maître.

D’agréables « à la manière de… » pour les nostalgiques.

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Publié le 14 Janvier 2019

L'AVANT POSTE DES GRANDS ANCIENS de Brian Lumley

Né en 1937, l’année même du décès de Lovecraft, Brian Lumley fut souvent présenté comme son plus fervent admirateur et continuateur, une grande partie de son œuvre se plaçant sous l’influence revendiquée du reclus de Providence. Lumley débute ainsi par le cycle de Titus Crow, six romans édités dans la seconde moitié des années ’70 puis republiés d’abord sous la forme de deux recueils au Fleuve Noir (L'ABOMINABLE CTHULHU et L'INVINCIBLE CTHULHU) et ensuite en intégrale chez Mmenos (LA LEGENDE DE TITUS CROW). Mnemos réédita également une autre trilogie lovecraftienne, TERRE DES REVES, en 2015. Par la suite, Lumley s’éloigna des conventions établies par Lovecraft pour engendrer une nouvelle très longue saga consacrée au vampirisme dont seuls les trois premiers tomes (NECROSCOPE, WAMPHYRI et NECROSCOPE : LES ORIGINES) furent traduits en français. Lumley reçut le prix World Fantasy et le prix Bran Stocker en 2010, obtenant dans les deux cas le statut de Grand Maître pour l’ensemble de sa carrière.

Sous de très belles couvertures, les éditions Néo éditèrent dans les années ’80 trois recueils de nouvelles rassemblées par l’enthousiaste Richard D. Nolane : LE SEIGNEUR DES VERS, COMPARTIMENT TERREUR et cet AVANT POSTE DES GRANDS ANCIENS dont le titre, évocateur à souhait, attise immédiatement la curiosité. Précédé d’une introduction par Nolane et d’un court entretien avec l’auteur, le livre (de 192 pages) comporte huit nouvelles reprenant des idées typiques de Lovecraft : une conque qui parasite un homme, un mollusque aux pouvoirs hypnotiques,…D’autres récits sont plus originaux, comme cette bataille épistolaire entre deux sorciers qui se moque des clichés de la fantasy et de ses duels de mages tout puissants. Necros, adaptée pour la série télévisée « Les Prédateurs », traite, pour sa part, du thème du vampirisme, de manière efficace mais sans grande originalité. On pardonnera cette baisse de régime car, dans l’ensemble, le recueil se montre satisfaisant. Comme toujours certaines nouvelles paraissent plus réussies, d’autres souffrent d’un manque de développement ou d’une chute pas pleinement à la hauteur des attentes mais le lecteur amateur d’un fantastique horrifique traditionnel (avec de nombreuses références à Lovecraft) appréciera ces huit histoires fort sympathiques qui de dégustent au coin du feu et avec un bon Single Malt. Très plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 25 Août 2017

L'ARBRE A SALIVE de Brian Aldiss

Brian Aldiss (1925 – 2017) nous a quitté ce 19 août, au lendemain de son anniversaire, à l’âge respectable de 92 ans. Sa carrière, fort riche, débute au milieu des années ’50. Il livre rapidement deux classiques, CROISIERES SANS ESCALES (qui renouvelle le thème des arches stellaires) et LE MONDE VERT pour lequel il obtient le Prix Hugo. Par la suite il va s’amuser à revisiter des thématiques classiques via divers pastiches (FRANKENSTEIN DELIVRE, adapté de manière potable à l’écran par Roger Corman, L’AUTRE ILE DU DOCTEUR MOREAU, DRACULA DELIVRE) et livrer une gigantesque trilogie de « planet opera » avec HELLICONIA. A l’origine de l’histoire (LES SUPERTOYS DURENT TOUT L’ÉTÉ) ayant abouti au superbe « Artificial Intelligence » de Steven Spielberg, bardé de prix (six British Science-Fiction, trois Hugo, deux Nébula, un Locus,…), ce « Grand Maitre » a aussi rédigé de nombreuses nouvelles et novella, dont L’ARBRE A SALIVE.

Longue d’environ 70 pages, cette novella fut d’abord publiée en revue (dans Fiction) puis rééditée dans la collection « double étoile » qui rassemblait, à chaque fois, deux romans courts. Une bonne initiative tant ces novellas, pourtant fort prisées des écrivains de science-fiction (L’ARBRE A SALIVE obtient d’ailleurs le Nébula) échappent, par leur format intermédiaire, à une publication classique.

Pour célébrer le centième anniversaire de la mort d’H.G. Wells, Brian Aldiss livre un récit inspiré par ses œuvres (LA GUERRE DES MONDES, LA NOURRITURE DES DIEUX) transformé en véritable histoire horrifique qui rappelle également Lovecraft et en particulier LA COULEUR TOMBEE DU CIEL.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle. Gregory Rolles, amoureux d’une jeune fille de ferme prénommée Nancy, est un riche oisif qui se cherche un but dans l’existence, se rêve scientifique, correspond avec le renommé H.G.Wells et imagine des lendemains qui chantent où domineraient l’utopie socialiste (quelle horreur ! :-) ). Après la chute d’un astéroïde, il constate une croissance anormale des animaux et végétaux d’une ferme toute proche. Le goût des aliments se modifie également, comme si ceux-ci étaient peu à peu adapté à des palais différents. N’y aurait-il pas, au fond de l’étang, des créatures amphibies et invisibles, venues d’un autre monde pour se repaitre des humains ?

Voici un récit haletant et rondement mené qui privilégie l’action et le suspense mais ne néglige pas les considérations philosophiques et la réflexion. On peut ainsi se demander, avec le narrateur, si des visiteurs venus d’un autre monde seront des savants éclairés et bienveillants ou, au contraire, de terribles conquérants ne se souciant pas davantage du bien-être des humains que nous des bœufs destinés à l’abattoir.

Même sans être familier de l’œuvre de Wells, on peut apprécier cet hommage à ce Grand Ancien de la science-fiction et s’amuser d’une structure très lovecraftienne d’un récit se terminant par une confrontation attendue entre l’Homme et les Etrangers. Et, fidèle à la tradition, Aldiss achève ce court roman par une mise en garde implicite que l’on pourrait résumer par « watch the skies ».

Au final, une très plaisante lecture.

L'édition française "double étoile"

L'édition française "double étoile"

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #science-fiction, #Lovecraft

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Publié le 18 Août 2017

COMPARTIMENT TERREUR de Brian Lumley

A la fin des années ’80, Richard D. Nolane rassemble, pour le compte des Nouvelles éditions Oswald (Neo) une vingtaine de nouvelles de Brian Lumley, alors très peu connu du public français. Ceux qui le connaissent ne voit souvent en lui qu’un émule de Lovecraft comme en témoigne sa saga consacrée à Titus Crow. Nolane, pour sa part, désire démontrer la diversité d’un écrivain trop souvent cantonné à ce titre de « suiveur du reclus de Providence ». Il supervise ainsi trois anthologies : L’AVANT-POSTE DES GRANDS ANCIENS, LE SEIGNEUR DES VERS et ce COMPARTIMENT TERREUR qui, en dépit de la variété des thèmes abordés, assument néanmoins l’influence de Lovecraft et ce dès leur (magnifique) couverture et leur titre immédiatement évocateur.

COMPARTIMENT TERREUR se compose de sept nouvelles, agrémentées d’une courte préface de Nolan. Ces 152 pages de fantastique horrifique débutent par un long récit (plus de trente pages), « Fermentation », à l’évidente originalité en dépit d’une thématique assez classique. Nous sommes en présence d’une invasion à base de champignons venus ravager une tranquille bourgade côtière. Cette histoire, d’ailleurs récompensée par le British Fantasy de la meilleure nouvelle, se montre très efficace et prenante, un bon début pour cette anthologiqe.

Beaucoup plus courte, « Compartiment terreur » s’avère également plus traditionnelle et linéaire, avec un dénouement attendu. L’inspiration lovecraftienne se révèle lors du climax où se manifestent des créatures indicibles et tentaculaires venues, suite à une invocation dans un wagon de chemin de fer, dévorer un imprudent.

Autre récit sous l’influence du Maitre, « L’inspiration d’Ambler » nous présente un écrivain de terreur spécialisé dans les récits « à chute » abominables. Nous apprendrons, en une quinzaine de pages bien ficelées, d’où il tire son inspiration. Pas d’une originalité renversante mais rondement mené jusqu’au climax volontiers écœurant.

« La nuit où la Sea-Maid fut engloutie » et « Uzzi » reprennent également le principe des horreurs innommables chères à Lovecraft. La première traite de forages en mer du Nord qui n’atteignent pas le pétrole souhaité mais bien d’anciennes entités tapies dans les fonds océaniques. Les deux dernières histoires, « La cité sœur » et « Le rempart de béton » sont pour leur part construites sur le thème des cités disparues et des hybrides qui cherchent à regagner leur pays natal.

Les récits de Lumley reprennent les conventions de l’épouvante mythologique de Lovecraft et convoquent des entités cosmiques, des êtres mi-hommes mi poissons, des déités antiques et des créatures surgissant des flots océaniques ou rampant sous la terre pour déchiqueter leurs victimes. Nous avons aussi droit à de nombreux ouvrages cabalistiques aux noms plus ou moins imprononçables, connus ou pas (les classiques Culte des Ghoules, Histoire de la magie, etc.) et à une profusion d’adjectifs évocateurs (immonde, obscène, répugnant, etc.) qui rattachent indéniablement l’auteur à Lovecraft. Cette influence sera bien évidemment fort marquée dans LE REVEIL DE CTHULHU, le premier roman de Lumley (publié en 1974) et également le premier tome d’une saga en six volumes consacrés à Titus Crow. A noter que deux des nouvelles du recueil qui nous occupe (« La nuit où la Sea-Maid fut engloutie » et « Le rempart de béton » ) furent par la suite intégrées dans le texte de ce REVEIL DE CTHULHU tandis que Lumley démontra son originalité en renouvelant habilement le mythe du vampire avec la saga NECROSCOPE.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft

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