lovecraft

Publié le 4 Juin 2021

L'AFFAIRE CHARLES DEXTER WARD de I.N.J. Culbard et H.P. Lovecraft

Le court roman de Lovecraft se voit ici transposé par le dessinateur britannique I.N.J. Culbard, fan de Sherlock Holmes (qu’il adapta à quatre reprises), Tintin et Adèle-Blanc-Sec. Des influences évidentes dans ce récit où se mêlent intrigue policière (la très belle couverture sous forme de puzzle ne ment pas), aventures mystérieuses et fantastique.

A Providence, en 1918, le jeune Charles Dexter Ward se passionne pour la vie d’un de ses ancêtres, Joseph Curwen, ayant fui Salem durant la chasse aux sorcières. Peu à peu, Ward, devenu obsédé par Curwen, se pique à son tour d’occultisme et son comportement devient de plus en plus étrange au point que ses parents, dépassés par les événements, font appel au docteur Willet pour étudier son cas. Le médecin va finalement mettre à jour une incroyable réalité.

Culbart (dont les quatre transpositions de Lovecraft furent rassemblées dans un épais volume intitulé QUATRE CLASSIQUES DE L’HORREUR) use ici d’un style dépouillé, sorte de ligne claire épurée, qui permet au lecteur de se concentrer totalement sur l’intrigue. Cette dernière s’avère parfois complexe à suivre de par la transformation du héros, possédé par son ascendant, et les événements se déroulant à deux époques différentes. Si beaucoup d’éléments du roman sont éludés par cette adaptation, le résultat reste néanmoins satisfaisant et constitue une porte d’accès aisée à l’univers de Lovecraft. Il est toutefois préférable de lire d’abord le court roman L’AFFAIRE CHARLES DEXTER avant de se plonger dans cette mise en image très correcte mais sans doute un peu trop sage pour emporter totalement l’adhésion.

L'AFFAIRE CHARLES DEXTER WARD de I.N.J. Culbard et H.P. Lovecraft

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Horreur, #Fantastique, #Lovecraft

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Publié le 6 Mai 2021

LES AGENTS DE DREAMLAND de Caitlin R. Kiernan

Après une nouvelle récemment publiée dans Bifrost et située dans le même univers (« Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis »), Caitlin R. Kiernan propose un court roman (environ 120 pages) qui reste tout aussi déstabilisant. Nous sommes vraiment dans le « weird », cette forme particulière de l’imaginaire qui (sans entrer dans les définitions complexes ou les querelles de clocher) mélange science-fiction, enquête sous forme de thriller paranoïaque, fantastique, urban fantasy, horreur, références aux mythes, etc. Avec LES AGENTS DE DREAMLAND l’autrice offre une synthèse d’un siècle de « bizarrerie » allant, pour faire court, de Lovecraft à « X-Files ».

L’intrigue ne s’avère donc pas spécialement simple à aborder. C’est le moins que l’on puisse dire ! Alors disons simplement que nous nageons en plein thriller parano science-fictionnel déjanté. Nous avons deux agences de renseignements avec leurs agents secrets, le Signaleur et Immacolata Sexton, dépêchés pour enquêter sur des phénomènes étranges et notamment un cadavre mutilé découvert dans le désert. Une survivante à un massacre de secte annonce l’holocauste à venir et la fin de l’Humanité. Pendant ce temps, une sonde spatiale, New Horizons, voyage vers Pluton. Pour trouver quoi ?

Dans ce court roman, Caitlin R. Kiernan mêle la fiction et la « réalité » de belle manière, évoquant par exemple une adaptation d’Edgar Rice Burroughs par James Whale qui, bien sûr, n’existe pas. Cette démarche rappelle quelque peu l’intertextualité du steampunk lorsque les auteurs s’amusaient à provoquer des rencontres entre personnages ne s’étant, dans la véritable Histoire, jamais croisés. Beaucoup de thèmes science-fictionnelles sont donc revisités ou, parfois, simplement effleurés pour épaissir et opacifié encore davantage un récit décousu. L’intrigue brode ainsi autour des voyages dans le temps, du post apocalypse, des extra-terrestres, des entités cosmiques à la Lovecraft, etc. Les personnages principaux, pour leur part, restent flous et mystérieux, avec d’un côté un type revenu de tout (sauf de la bouteille) et de l’autre une sorte d’exploratrice temporelle. Enfin peut-être car, au final, le lecteur ne peut pas vraiment en être certain. D’ailleurs il ne peut être certain de rien. Les références culturelles et même la chronologie restent également peu clairs. Tout est opaque, comme si l’autrice avait volontairement sabré dans les passages explicatifs de son roman pour garder son caractère sybilin. Bien sûr, tout cela est voulu : le lecteur doit accepter d’errer dans le brouillard et ne pas obtenir toutes les pièces du puzzle, un peu comme si Fox Mulder devait résoudre L’APPEL DE CTHULHU mais que la série avait été annulée avant sa conclusion.

Tout comme « Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis », cette novella provoque par conséquent des sentiments contradictoires qui peuvent aller de la fascination à l’irritation, pratiquement d’une page à une autre. Cependant, le positif l’emporte et la lecture des AGENTS DE DREAMLAND reste largement recommandable, le voyage, bien que ténébreux, étant fort agréable à condition d’être prêt à embarquer (pour Arkham aurait dit Robert Bloch !) pour un voyage n’ayant pas de réelle fin. Alors avouons-le c’est bien, voire très bien..mais on n’y comprends rien (ou du moins pas grand-chose). On salue donc la traduction de Mélanie Fazi qui a du galérer à transposer ce casse-tête.  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Lovecraft, #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 19 Mars 2021

LA MALEDICTION QUI S'ABATTIT SUR GOTHAM

Publié dans la gamme Elseworld (des récits hors continuités) de DC au tout début des années 2000, LA MALEDICTION QUI S’ABATTIT SUR GOTHAM suit une expédition de sauvetage organisée, en 1928, par Bruce Wayne partie à la recherche non pas des Montagnes Hallucinées (quoique…) mais bien d’une précédente expédition lancée par Oswald Cobblepot. Wayne découvre un bloc de glace et une créature tentaculaire avant de rentrer à Gotham où divers événements étranges surviennent. Pas de doute, « la chose s’en vient ».

Mike Mignola, ultra célébré pour son HELLBOY également pétri de références lovecraftiennes, imagine cette histoire uchronique après le succès de son GOTHAM BY GASLIGHT, déclinaison steampunk du Chevalier Noir sortie en 1989. Dans LA MALEDICTION QUI S’ABATTIT SUR GOTHAM le lecteur retrouve plusieurs personnages familiers de l’univers « Batman » comme Double Face, le Pingouin, Man Bat, Oliver Queen, etc. Le démon rimeur Etrigan est également de la partie, ce qui constitue un plus à mon sens (il est toujours agréable de revoir cet étonnant et intriguant Etrigan !). Certains personnages sont conformes (globalement) à leur version classique, d’autres diffèrent de manière plus ou moins drastique. Nous sommes devant une réinvention de la mythologie de l’Homme chauve-souris bien réalisée et suffisamment rafraichissante pour emporter l’adhésion.

LA MALEDICTION QUI S'ABATTIT SUR GOTHAM

L’intrigue, de son côté, s’avère un brin touffue et parfois légèrement confuse. Elle traite d’un grimoire maudit, sorte de Necronomicon bis rédigé par Ra’s Al Ghul avant que ce-dernier ne soit dévoré vivant par un être invisible. Oui, cela rappelle quelque chose…Au-delà des nombreux clins d’œil à Lovecraft (on croise le maire Whateley ou Ludwig Prinn, entre autres), l’histoire se développe à la manière d’un pulp avec des personnages costumés qui utilisent une technologie (alors) futuriste pour combattre des créatures surnaturelles. Bref, DOC SAVAGE ou THE SHADOW ne sont pas très loin et la présence de Talia donne aussi à l’ensemble un côté polar de série noire délicieusement suranné avec leurs vamps aux mystérieuses intentions qui croisent la route des héros. 

Au niveau des dessins, Troy Nixey dessine de manière très similaire à Mike Mignola et les amateurs d’HELLBOY seront donc en terrain connu. C’est joli et efficace, bref du bon boulot !

Sans être un incontournable absolu, LA MALEDICTION QUI S’ABATTIT SUR GOTHAM constitue une lecture plaisante, une fusion convaincante entre l’univers de Batman, les romans pulp des années ’30 et les horreurs indicibles chères à Lovecraft. Pour qui aime les crossovers improbables (ceux où Batman se bat contre Dracula ou des aliens…) cette BD s’avère un divertissant très estimable à lire ou à relire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Batman, #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Superhéros, #DC Comics

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Publié le 3 Mars 2021

LA CHOSE DES TENEBRES de H.P. Lovecraft, A. Derleth, etc.

Les anthologies consacrées au Mythe de Cthulhu sont souvent de véritables casse-têtes pour l’amateur. On plaint d’ailleurs le lecteur d’avant Internet qui devait se retrouver dans ce fatras. LA CHOSE DES TENEBRES, « présentée » par Lovecraft et Derleth fut ainsi également publiée sous le titre LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU TOME 2. Mais ce n’est que le début du dédale car les nouvelles qui composent ce recueil se sont également retrouvées dans de nombreux bouquin. A tout saigneur tout horreur, nous commençons avec Lovecraft lui-même et son hommage amusé à Robert Bloch, « La Chose des ténèbres ». Le récit figura dans les recueils LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH, PAR DELA LE MUR DU SOMMEIL, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LE CYCLE DE NYARLATOTHEP, CTHULHU LE MYTHE et LA MAISON MAUDITE, sans oublier, forcément, la volumineuse INTEGRALE LOVECRAFT de chez Laffont. Pour compliquer les choses la nouvelle (« The haunter of the dark » en VO) fut tour à tour affublée des titres suivants : « la chose des ténèbres », « L’habitué des ténèbres », « La créature de la nuit », « celui qui hante les ténèbres » et « celui qui hante la nuit ».

La « réponse » donnée par Robert Bloch, « The shadow from the steeple », eut pratiquement autant de succès puisqu’on la retrouve non seulement dans LA CHOSE DES TENEBRES mais également dans les recueils AUX PORTES DE L’EPOUVANTE, HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, LES YEUX DE LA MOMIE, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. On reste avec Robert Bloch et son « manuscrit trouvé dans une maison abandonnée », là aussi maintes fois publié : HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, HISTOIRES D’HORREUR, LES YEUX DE LA MOMIE, ENFANTS ROUGES, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Une histoire classique mais convaincante.

« Epouvante à Salem » de Harry Kuttner se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, dans LE LIVRE DE IOD et bien sûr dans L’INTEGRALE LOVECRAFT qui, décidément, fut une bénédiction pour le déchiffreur du Mythe. Cette nouvelle efficace reprend les thématiques classiques de la maison maudite absorbant, tel un vampire, la force vitale de ses habitants et l’influence pernicieuse exercée par une sorcière jadis exécutée.

« La Chose dans le cimetière » de John Vernon Shea se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Pareil pour le « Sueurs froides » de Ramsey Campbell et « La cité sœur » de Brian Lumley (auquel on peut ajouter une publication dans COMPARTIMENT TERREUR) et « Le rempart de béton » du même Lumley (également trouvable dans COMPARTIMENT TERREUR et RECITS CTHONIENS). La plus-value de ce recueil était donc le plus rare « Ceux des profondeurs » de James Wade et « Le retour des Lloigors » de Colin Wilson…qui se retrouveront, par la suite, dans L’INTEGRALE LOVECRAFT. Le présent recueil ne sera donc indispensable qu’à ceux qui ne possède pas cette brique (en trois tomes !) sur H.P.L. ou les collectionneurs maladifs. Mais les nouvelles sont, pour la plupart, plaisantes et méritent bien une relecture, « Ceux des profondeurs » bien que classique fonctionne efficacement et « Le retour des Lloigors », une novella de 80 pages bien tassée s’élève au-dessus de la mêlée. Wilson, très intéressé par l’occultisme, y combine divers thèmes mystérieux : le manuscrit Voynich (qui serait en réalité le Necronomicon originel), la disparition du continent de Mu, les anciens astronautes (venus des étoiles et ayant réduits l’Homme en esclavage), les légendes galloises (déjà évoquées par Machen), sans oublier des considération philosophiques et ésotériques. Une réussite qui, en se basant sur des thèmes classiques déjà évoqués par HPL, renouvelle habilement l’épouvante cosmique chère à Lovecraft.

Dans l’ensemble un très bon recueil de textes relativement variés (thèmes, longueurs, modernisme ou récits à l’ancienne) inspirés par les écrits de Lovecraft. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 3 Janvier 2021

RECITS CHTONIENS de Brian Lumley & co

La courte introduction générale nous permet de mieux connaitre Brian Lumley, considéré comme un des meilleurs disciples de Lovecraft, et nous présente une série de nouvelles signées par l’auteur et ses épigones, lesquels reprirent à leur compte les créations (grimoires, Anciens, lieux imaginaires) de Lumley.

L’anthologie comprend donc 2 nouvelles de Brian Lumley, accompagnées d’un court poème. « Un monde de béton » se montre une jolie réussite qui lie des activités sismiques inhabituelles au réveil des Grands Anciens. Bien sûr, l’amateur de Lovecraft connait bien ce récit déjà publié, au choix, dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, COMPARTIMENT TERREUR, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU 2, LA CHOSE DES TENEBRES ou L’INTEGRALE LOVECRAFT…Cela reste cependant un véritable classique (le nombre de publication ne ment pas sur la qualité de la nouvelle !) qui réussit à reprendre un thème typiquement lovecraftien et des procédés éprouvés (dont l’interruption de l’histoire par l’irruption des forces maléfiques) tout en le modernisant. La deuxième nouvelle, « Spaghetti », est inédite en français : longue d’une cinquantaine de pages, elle s’intéresse à deux « chercheurs de trésor » décidés à découvrir une fortune en pièces anciennes dissimulées dans une vieille demeure promise à la démolition. Bien qu’elle ne soit pas spécialement originale, l’intrigue se montre efficace et prenante, mêlant les éléments coutumiers de Lovecraft (demeure maudite, grimoires sinistres, sorciers reclus,…) à un contexte plus moderne. Le tout prend de l’ampleur au fil du récit pour se conclure de belle manière sur une chute teintée d’humour noir.

Tous les autres récits sont inédits et souvent écrits par des auteurs peu connus. Ils utilisent des thématiques souvent classiques entre hommage et (plus rarement) second degré comme par exemple dans l’étrange « Aspiratout ». On croise dans ces nouvelles l’asile d’aliénés d’Oakdeeene (où Jack l’éventreur a terminé ses jours), le démon du vent Ithaqua, assimilé au Wendigo, etc.

Globalement, la plupart des histoires sont d’un bon niveau et, comme celles de Lovecraft, mélangent science-fiction, fantastique, mythologie dévoyée, horreur et aventures. « Infiltration », « Le Temple de Yig » et « Laissez venir les Vers » sont relativement traditionnels mais effectifs, « Du ventre de sa fille » se veut plus moderne, plus glauque (proche d’une certaine body-horror), « Aspiratout » joue la carte de la quasi parodie. « Remous dans les hautes sphères » et « Une audience d’enfer » fonctionnent agréablement. Rien de véritablement renversant mais rien de déshonorant : le lecteur ne sera pas subjugué par « La » nouvelle qui renouvelle (oups !) le Mythe mais il lui sera également épargné les hommages patauds ou les médiocres déclinaisons versant dans la parodie involontaire.

En résumé, ces RECITS CTHONIENS sont l’assurance d’un bon moment et un bouquin plaisant dans lequel l’amateur de Lovecraft pourra aisément piocher pour passer une bonne soirée en compagnie des Grands Anciens. Recommandable et, dans la masse poulpesque des anthologies dédiées à Cthulhu et ses amis, c’est déjà pas mal !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 20 Décembre 2020

NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN, MERCI de Daryl Gregory

Jan Sayer forme un groupe de paroles à visées thérapeutiques, un peu sur le modèle des Alcoolique Anonymes, pour une poignée de personnes traumatisées par des événements horrifiques ou paranormaux. Le court roman va nous détailler leur rencontre avec des êtres maléfiques, des tueurs en série, des monstres indicibles, etc.

Encensé par de nombreux critiques, NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI constitue une œuvre assez déstabilisante, sorte d’hommage / réinvention à l’épouvante moderne. Un entretien avec l’auteur nous éclaire d’ailleurs sur son objectif : proposer un roman consacré non pas à l’horreur mais plutôt à son « après ». Bref, que se passe-t-il vraiment pour, par exemple, les survivants d’un slasher : lorsque la Final Girl a défait le tueur fou va-t-elle pour autant retrouver sa vie d’avant ? Sans doute pas et pourtant cette partie de l’histoire n’est jamais abordée. Ce court roman se veut donc, entre guillemet, celui du « post-générique ». Nous allons suivre, au cours de leurs discussions (mais aussi de leurs silences et hésitations), Harrison, victime adolescent de monstruosités cosmiques lovecraftiennes devenu principal protagoniste de comics. Et Martin qui ne quitte jamais des lunettes de réalité virtuelle lui révélant le monde « réel ». Ou Stan, réduit à un homme-tronc après que tous ses amis aient été découpés par une famille de bouchers cannibales. Sans oublier Barbara et ses os sur lesquels un tueur en série a gravé ses secrets et prophéties. Et enfin la trop belle Greta complètement scarifiée par une secte…

NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI débute de belle manière, en présentant les personnages et les raisons de leur présence dans ce groupe de parole, lequel rappelle celui de films comme « Freddy 3 » ou « Bad Dreams ». A cela s’ajoute les références plus ou moins évidentes : « Massacre à la tronçonneuse », « Se7en », « La colline a des yeux », « Invasion Los Angeles » et puis, de façon plus générale Lovecraft, le slasher, les zombies, etc. De bonnes intentions !

La première partie du bouquin (qui ne compte que 180 pages en tout) se montre très réussie et intrigante. Mais la suite ne se montre pas vraiment à la hauteur de cette originalité : le dernier acte fonctionne nettement moins bien et se montre beaucoup plus classique. Après une centaine de pages d’angoisse, de suspense psychologique et d’horreur en mode « less is more », les cinquante dernières pages reviennent à un récit plus balisé…et moins convaincant.

Par rapport aux critiques élogieuses, voire dithyrambiques, lues un peu partout, NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI reste donc une déception, certes intéressante et souvent plaisante mais une déception malgré tout. Entre un début fracassant et une conclusion tout juste passable se cache donc un roman moyen. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Horreur, #Lovecraft, #Fantastique

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Publié le 21 Juillet 2020

L'ABOMINATION D’INNSWICH d'Edward Lee

Fanatique de Lovecraft, le riche Foster Morley, quelques années après le décès de son idole, entreprend de visiter ces régions du Massachussets qui l’inspirèrent. Morley découvre ainsi le petit bled côtier d’Innswich, modèle évident pour le mythique Innsmouth…mais à quel point Lovecraft s’est-il basé sur la réalité pour construire son univers ? Foster Morley s’apprête à le découvrir.

Ecrivain ayant déjà une belle carrière derrière lui, Edward Lee (né en 1957) donne volontiers dans le « splatter punk » et l’excessif comme en témoigne ses recueils de nouvelles (non traduits) généralement gratinés qui ne lésinent jamais sur l’horreur sanglante et le sexe explicite. Les titres parlent d’eux-mêmes : BRIDES OF THE IMPALER, HOUSE INFERNAL, NIGHT LUST, etc.

Il s’est attaqué plusieurs fois à Lovecraft avec des pastiches HAUNTER OF THE THRESHOLD ou DUNWICH ROMANCE et, comme son titre l’indique, cette ABOMINATION D’INNSWICH constitue son hommage aux classiques LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH et L’ABOMINATION DE DUNWICH. Excepté ce court roman seuls trois de ses nouvelles furent traduites en français.

Cependant, Lee écrit d’une manière totalement différente de Lovecraft, quoiqu’il lui reprenne certains « tics » (construction alambiquée, vocabulaire suranné, etc.) et surtout son écriture se montre nettement plus frontale. Sans être érotique, ce court roman patauge dans la sexualité, devenue pivot central d’une intrigue à la fois référentielle et déjantée. L’horreur, elle aussi, y est décrite frontalement, avec tout ce que cela implique de monstruosités tentaculaires gluantes. Et comme l’auteur n’hésite jamais à en faire trop il convoque même, lors d’un final outrancier,…Non ! n’en disons pas plus et laissons la surprise au lecteur qui passera un bon moment avec cette ABOMINATION D’INNSWICH très fréquentable.

Bien sûr il faut accepter un certain second degré (plus ou moins volontaire) et la modestie de l’entreprise qui se contente de reproduire LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH en y ajoutant un paquet de sexe et de sang. On imagine très bien le présent récit servant d’inspiration à une bonne série B cradingue après le passage de Lovecraft au rouleau compresseur de producteurs avides (« bon coco, ton histoire elle est sympa mais si tu pouvais y mettre des filles à poil qui baisent avec des bestioles à tentacules ça serait quand même plus vendeur »). Pour le meilleur et pour le pire, le tout se rapproche beaucoup du roman graphique NEONOMICON d’Alan Moore qui, lui aussi, revisitait dans le sang et le foutre, la mythologie lovecraftienne. Plus récemment, le Suédois Anders Fager a suivi, lui-aussi, une voie similaire avec ces recueils LA REINE EN JAUNE et LES FURIES DE BORAS. Bref, après des décennies d’auteurs imitant plus ou moins habilement Lovecraft (ou Derleth !), voici venir les « cultistes » du XXIème siècle, plus démonstratifs et délirants.

Pas un chef d’œuvre, loin de là, L’ABOMINATION D’INNSWICH reste un divertissement tout à fait acceptable qui eut très bien pu figurer dans les pages de la Collection Gore durant les années 80.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Fantastique, #Gore, #Horreur, #Lovecraft, #Roman court (novella)

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Publié le 22 Mai 2020

LES MEILLEURS RECITS DE WEIRD TALES VOLUME 3 de Jacques Sadoul

Dernière anthologie de Sadoul consacrée à Weird Tales, ce volume aborde la période sans doute la moins glorieuse du magazine, après son âge d’or évoqué dans le volume 2. Les grands noms sont cependant toujours de la partie : Henry Kuttner (deux fois… dont le lovecraftien « L’Hydre » qui convoque les Grands Anciens), Robert Bloch, Clark Ashton Smith,…

Catherine L. Moore nous offre également une nouvelle aventure de son héros Northwest Smith co-écrite avec le collectionneur fou de la science-fiction, Forrest J. Ackerman. Sympathique.

Moins connu, David H. Keller (redécouvert avec son recueil de nouvelles LA CHOSE DANS LA CAVE) propose une plaisante histoire avec « La déesse de Zion » dont le héros a vécu une extraordinaire aventure sept siècles plus tôt. Assez classique mais intéressant.

Robert Barbour Johnson, totalement oublié, nous offre avec « Tout au fond » un excellent pastiche lovecraftien (dans lequel Lovecraft est cité en tant qu’initié de connaissances interdites…un rôle qui lui sera, par la suite, souvent réservé dans les « pastiches » de Cthulhu) au sujet de goules rodant dans les souterrains du métro (on pense, sur le même thème, à une nouvelle de Clive Barker ou au plaisant roman L’HORREUR DU METRO). Une très bonne lecture !

Seabury Quinn, le plus prolifique et populaire des auteurs de Weird Tales (plus de 500 nouvelles à son actif !) revient avec « Routes » (qui, pour une fois, n’a pas pour héros son détective de l’étrange Jules de Grandin). On a déjà mentionné tout le mal que Lovecraft disait à propos de Quinn. Disons donc que, comme pas mal de récit de l’âge d’or, ses nouvelles ont connu trois stades : d’abord encensées par le public puis massacrées par la critique (qui n’y voyait que ringardises abrutissantes) avant, à nouveau, d’être appréciées par un public certes non dupe de leur qualité mais content d’y retrouver la fougue et l’inventivité (confinant souvent au n’importe quoi) du pulp. Son histoire, divisée en trois parties, se montre plutôt inventive et réussie quoique le twist se devine à des kilomètres (sans que cela nuise réellement à l’ensemble). Très plaisant.

Fritz Leiber boucle le bouquin avec une angoissante histoire brodant sur le thème de la vie antérieure avec ce personnage entrant peu à peu dans la peau de son oncle, un ancien flic qui cachait de sombres secrets. Brillant et fort adroitement mené.

En résumé, si ce troisième volet ne se montre pas aussi glorieux que ses deux prédécesseurs, il reste une très agréable anthologie fantastico-horrifique pour les amateurs.

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Publié le 8 Avril 2020

LE DEMON DU VENT de Brian Lumley

Quatrième volume de la vaste saga de Titus Crow écrite par Brian Lumley dans les années ’70 pour revisiter à sa manière les mythes de Lovecraft (avant que ceux-ci ne soient cuisinés à toutes les sauces). Depuis célébré pour sa grande série du NECROSCOPE, Lumley, alors relativement débutant, transformait le Mythe en récit de Fantasy et d’aventures, affaiblissant certes les concepts de Lovecraft mais sans négliger un réel potentiel divertissant. La première partie du roman montre ainsi nos héros échoués sur Borée et luttant contre les séides d’Ithaqua qui chevauchent des loups en compagnie de guerriers et de leurs ours dressés.

Si les puristes n’ont, à l’époque, gouté à cette saga que du bout des lèvres (voire en dissimulant mal leur dégoût), relire aujourd’hui ces romans s’avère franchement divertissant à l’heure où le Mythe se décline de toutes les manières possibles (jusqu’au Monopoly Cthulhu !).

Considérés comme de simples « romans populaires » loin des horreurs cosmiques imaginés par Lovecraft, les bouquins de Lumley n’en sont pas moins efficaces et ont le mérite d’une réelle originalité. Bien sûr ils se rapprochent souvent davantage de John Carter ou Conan que de HPL lui-même. Qu’importe, c’est bien l’âge d’or de la « science fantasy » à l’ancienne que convoque ce DEMON DU VENT qui aurait très bien pu se voir publié par Weird Tales voici 80 ans ! Rien ne manque, en effet, à l’appel : la poignée de héros exilés sur un monde désolé et hostile, la femme déesse super sexy (fille d’Ithaqua mais ça ne se voit pas), les pierres magiques permettant de se protéger des forces du mal, les pouvoirs télépathiques, les armées ennemies accompagnées de loups et d’ours dressés, les pouvoirs divinatoires, le traitre qui en veut à notre valeureux héros terrien, les vaisseaux de guerre qui filent sur la neige, les combats nombreux et le rythme haletant. Car LE DEMON DU VENT ne perd pas de temps et ne traine jamais en route, à l’image des romans d’Edgar Rice Burroughs il boucle son récit en 220 pages hautement distrayantes et plaisantes. Alors bien sûr, le livre n’a pas l’ambition de L’ABOMINATION D’INNSMOUTH ou de L’APPEL DE CTHULHU mais, pris pour un pur plaisir de fantasy old school, il n’en reste pas moins fort recommandable et appréciable. Bon, allez, la suite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Lovecraft, #science-fiction

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Publié le 25 Mars 2020

LE GRAND DIEU PAN d'Arthur Machen

Arthur Machen n’est pas seulement l’inventeur des fameux « Anges de Mons », c’est aussi un grand spécialiste des croyances et mythes celtiques, très à l’aise avec le « Petit peuple », autrement dit les fées, lutins et autres farfadets… beaucoup plus inquiétants chez lui que dans nos contes de fées actuels.

Classique du fantastique ayant notamment beaucoup influencé Lovecraft, en particulier dans sa manière d’aborder l’horreur à la manière d’une enquête policière aux révélations successives, LE GRAND DIEU PAN est un court roman datant de 1890. A l’époque décrié par la critique (toujours clairvoyante n’est-ce pas), il s’est imposé depuis comme un incontournables de l’épouvante gothique et une date clé du genre à l’instar de DRACULA. Dans ce récit, il est question d’une jeune femme, Mary, devenue folle après avoir vu le dieu Pan, et qui va exercer son influence néfaste, à la manière d’une succube, sur différents gentlemen. N’en disons pas plus, le bouquin est court, se lit en deux heures, et mérite la découverte par le curieux !

D’une lecture aisée en dépit de tournures de phrases quelque peu archaïques, d’une construction typique de son époques et d’un vocabulaire légèrement suranné, LE GRAND DIEU PAN n’effraie plus mais garde intact son pouvoir de fascination. En une centaine de pages, Machen nous permet de découvrir le côté obscur du monde, ces régions où subsistent les pouvoirs antiques et les ancestrales divinités païennes. Ainsi que ces cultes encore rendus par des adeptes fervents à des entités ayant existés bien avant la chrétienté et continuant à exercer leur puissance sur le monde. Les Grands Anciens ne sont pas loin…

Une agréable lecture à découvrir impérativement pour les amateurs de fantastique classique. 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Roman court (novella)

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