recueil de nouvelles

Publié le 16 Mai 2020

LE MANOIR DES ROSES - L'EPOPEE FANTASTIQUE

Publié une première fois en 1978, voici une anthologie de la Fantasy qui trouva, originellement, sa place dans la fameuse collection du « Livre d’Or de la science-fiction », véritable mine de textes rares et de nouvelles primées à même de satisfaire tous les amateurs de récits courts.

Avec ce « best of » édité bien avant l’explosion commerciale de la Fantasy, nous retrouvons évidemment des histoires fondatrices comme celles de Lord Dunsany, Hannes Bok ou Clark Ashton Smith, sans oublier quelques poésies signées de Robert E. Howard, William Morris et Mervyn Peake.

Effectuons un bond avec le très plaisant et humoristique « Les 17 vierges », lauréat du Prix Jupiter, signé Jack Vance et consacré à son fameux anti-héros Cugel l’astucieux. On retrouve également l’inévitable Ursula K. LeGuin avec « La boite d’ombre » et, pour rester dans les plumes féminines, Tanith Lee avec « La trêve » et Andre Norton, bien plus célèbre aux USA qu’en Europe, avec « Le forgeur de rêves ».

En dépit d’une réputation pas toujours flatteuse, Lin Carter offre une nouvelle bien ficelée avec « Les dieux de Niom Parma » au sujet d’un dieu allant s’égarer chez les humains pour y vivre une existence simple.

Enfin, Thomas Burnett Swann, auteur de la réputée « Trilogie du Minotaure », clôt cette anthologie avec la novella qui lui donne son titre, « Le manoir des roses ». Avec un style riche et imagé, l’auteur nous propulse dans un Moyen-âge légèrement alternatif où rode la magie. Nous accompagnons ainsi deux adolescents, l’un fils de chatelain, l’autre manant, décidés à partir en croisade à Jérusalem et rencontrant sur leur chemin une jeune fille, Ruth, qu’ils assimilent à un ange puis soupçonnent d’être une Mandragore, créature magique prenant la place des humains. Le trio poursuit ensuite son voyage jusqu’au mystérieux manoir des roses habité par une étrange femme. Un court roman (environ 80 pages) réussi et original, aux personnages fort bien campés et à l’ambiance prenante et subtile, bref hautement recommandé !

LE MANOIR DES ROSES, en dépit du côté forcément inégal des textes choisis, offre un joli panorama de la Fantasy des origines aux années 70, avant la grande vague commerciale du genre. A l’heure où la plupart des écrivains ne conçoivent plus leurs récits que sous forme de trilogie de centaines de pages, se replonger dans ces nouvelles s’avère fort agréable.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantasy, #Golden Age, #Recueil de nouvelles, #Roman court (novella)

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Publié le 12 Mai 2020

JUSQU'A LA QUATRIEME GENERATION d'Isaac Asimov

Troisième et dernier recueil francophones des nouvelles d’Asimov regroupées dans le pavé américain « Nightfall and other stories ». Les récits proposés vont de 1953 avec le petit conte fantastique humoristique « Les mouches » consacré à Belzébuth à 1967 avec « Ségrégationniste » jadis publié dans une revue médicale en vue de susciter la réflexion des médecins.

Les 9 nouvelles rassemblées ici sont pour la plupart courtes (le recueil ne fait que 196 pages) avec quelques exemples de très courts récits à chute comme « Introduisez la tête A dans le logement B » écrit en une demi-heure en guise de défi. « Le sorcier à la page » est une parodie des comédies musicales de Gilbert & Sullivan au sujet d’un philtre d’amour répandu dans le punch d’une soirée estudiantine. « La machine qui gagna la guerre » constitue un autre court récit à chute (ici bien trouvée et surprenante) consacrée au fameux super ordinateur Multivac. « Mon fils le physicien », moins convaincant, fonctionne de la même manière : un récit à chute amusant basé sur une astuce (le genre de nouvelles qu’Asimov livra à la pelle avec sa série policière des Veufs Noirs). « Jusqu’à la quatrième génération », rare exemple de récit influencé par le judaïsme, convainc moins.

Plus long et original, « Le briseur de grève » traite des tabous culturels et confronte ici un homme spécialisé, sur un astéroïde habité, dans le recyclage des excréments avec l’ostracisme du reste de la population. Enfin, « Les yeux ne servent pas qu’à voir » est une nouvelle mélancolique réussie bien qu’elle fut refusée par Playbloy.

Ce recueil dans la lignée des précédents (tous trois furent d’ailleurs réédités en un très épais volume intitulé QUAND LES TENEBRES VIENDRONT – L’INTEGRALE assortis d'intéressants commentaires de l'auteur.) montre la variété d’inspiration d’un Asimov allant du fantastique satirique à la science-fiction humoristique en passant par des thèmes plus sérieux. Du bon boulot.

 

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Publié le 4 Mai 2020

L'AMOUR VOUS CONNAISSEZ? d'Isaac Asimov

Voici le deuxième recueil des nouvelles d’Asimov paru en France au début des années ’70 et qui correspondait à une partie (un tiers) du gros recueil américain « Nightfall and other stories ».

Les deux premières, « Vide-C » et « En une juste cause… » traitent du thème classique de l’affrontement entre les Terriens et des extraterrestres belliqueux. Deux manières différentes d’approcher cette thématique traditionnelles et deux façons opposées d’imaginer la victoire des Terriens.

« Et si… » constitue une petite nouvelle humoristique sur le thème de l’amour, des mondes parallèles et des événements pouvant mener à un certain choix…ou à un autre. Thème encore une fois classique du changement infime qui modifie radicalement la vie d’un couple…ou pas ? Tout rentrera t’il en ordre à la fin ? Un récit amusant.

« Sally » anticipe les voitures autonomes et également la nouvelle de Stephen King qui conduira au film « Maximum Overdrive ». Une façon originale d’évoquer la fameuse révolte des robots (ou des machines) souvent abordée par la science-fiction. Une des meilleures réussites du recueil.

Autre récit concernant la « révolte des machines », « Personne ici sauf… » traite de la construction d’un ordinateur et de sa prise de puissance, contrariée par deux informaticiens.

Dans le monde futuriste de « Quelle belle journée » (qui anticipe des romans d’Asimov comme FACE AUX FEUX DU SOLEIL), le monde s’est replié sur lui-même et les individus ne supportent plus l’idée de sortir à l’extérieur de leurs habitations ultra sécurisées. Les seuls déplacements tolérés se font au moyen de « portes », sorte de passages permettant la téléportation. Mais un jeune garçon, sans doute inadapté, commence à sortir se balader dans la nature…après tout c’est une belle journée.

Enfin, « L’amour vous connaissez » qui donne son titre au recueil a été écrit en réaction à une parodie de la science-fiction proposée par Playboy inspirée par un éphémère magasine des années ’40, Marvel Science Stories, qui publiait des nouvelles de SF « sexy » (selon les standards de l’époque). Playboy proposa, en 1960, un article sur le sujet intitulé « Girls of the Slime God », ce qui amena finalement Asimov a proposé sa propre satire. Belle réussite pour cette histoire de deux extraterrestres enlevant au hasard un homme et une femme pour les forcer à procréer avec des résultats inattendus.

Au final, une plaisante anthologie qui, en sept nouvelles et 250 pages, offre un bel aperçu du talent d’Asimov et montre qu’au-delà de son aspect sérieux, le bon docteur avait également un solide sens de l’humour.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Isaac Asimov, #Recueil de nouvelles, #science-fiction

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Publié le 28 Avril 2020

QUAND LES TENEBRES VIENDRONT d'Isaac Asimov

La longue nouvelle qui donne son titre à ce recueil, écrite en 1941, reste une des plus connues et célébrées de la science-fiction, souvent considérée comme la meilleure d’Asimov et même une des 2 ou 3 meilleures nouvelles de SF de tous les temps. Inutile donc de s’appesantir sur cette exceptionnelle réussite d’une très grande originalité thématique et qui se déploie jusqu’à sa chute vertigineuse. Ceux qui l’on déjà lu dans une des nombreuses publications l’ayant republiée la relirons avec plaisir, ceux qui ne la connaissent pas vont découvrir un joyau de la science-fiction.

« Les taches vertes », au sujet d’une race extra-terrestre parasitaire, s’avère plus classique mais reste une belle réussite, agréable et rythmée jusqu’à sa conclusion.

« Hôtesse » se montre également très originale avec cette rencontre entre deux terriens et un émissaire extraterrestre venu se renseigner sur les particularités de l’Humanité tandis que toutes les autres espèces intelligentes connues développent une « mort par inhibition » qui, lorsqu’elle se déclenche, les tue en une année. Mais la résistance des Humains au phénomène a une explication qui pourrait conduire à un conflit galactique.

Soucieux de traiter de l’énergie atomique dont on venait de mesurer le potentiel destructeur, « Y a-t-il un homme en incubation… » s’intéresse à la problématique de l’attaque et la défense, les deux devant fatalement s’équilibrer pour maintenir un équilibre guerrier acceptable…avec la découverte de la bombe atomique il importe donc de finaliser un champ de force atomique capable de s’en protéger.

Une courte nouvelle (« Taches vertes ») et trois novellas d’environ soixante pages forment donc un excellent recueil de 220 pages de haute qualité. Quatre textes qui datent des années 40 au début des années 5O et qui, globalement, non pas pris une ride. Bonne pioche pour les fans du Docteur Isaac !

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Publié le 23 Avril 2020

SERPENTINE de Mélanie Fazi

En dix nouvelles, Mélanie Fazi nous convie, pour ce premier recueil, à un tour d’horizon d’un fantastique quasiment quotidien et réaliste, loin du tape-à-l’œil de nombreux récits courts.

Nous explorons ainsi des lieux à l’apparence banale, comme ce salon de tatouage où l’on utilise des encres aux propriétés spéciales (« Serpentine ») ou cette aire d’autoroute (« Nous reprendre à la route ») où se croisent quelques fantômes égarés. « Elégie » parle d’une mère, d’enfants disparus et d’un arbre bizarre, le thème rappelle un peu le sous-estimé « La Nurse » de William Friedkin mais le traitement, pour sa part, s’avère complètement différent et bien plus intimiste. Une caractéristique qui s’applique d’ailleurs à chacune de ces histoires, pour la plupart racontées à la première personne et de manière pudique, sans effets de peur facile et sans « jump scare », mais, au contraire, de façon apaisée en donnant la priorité au climat et à l’atmosphère. Nous faisons également connaissance avec cette étrange chanteuse, « Mathilda » qui revient donner un concert de reformation exceptionnelle de son groupe des années après sa dissolution. Et nous pénétrons, en compagnie d’Achille, dans le restaurant grec tenu, à notre époque, par Circée. Par la suite nous suivons le jeune Anton, dévoré par sa culpabilité depuis l’assassinat de Rebecca. Ou nous explorons le petit théâtre de la vie quotidienne du métro avec ses personnages étranges, ses jeunes filles à la dérive, ses clochards et ses fantômes. Rare nouvelle non racontée à la première personne, « Le faiseur de pluie » traite des dernières vacances de deux enfants dans une maison italienne promise à la vente prochaine…des vacances constamment pluvieuses pour une rencontre avec un esprit triste.

Dix nouvelles efficaces, douces-amères, tristes, prenantes,…autant de plongées dans le fantastique, l’étrange et la magie,…Dix réussites (pour la plupart inédites, certaines ayant été publiées dans des anthologies antérieures) pour un premier recueil de très grande qualité, à découvrir pour les amateurs de récits courts fort joliment ciselés.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Recueil de nouvelles

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Publié le 21 Avril 2020

DEMAIN LES CHIENS de Clifford D. Simak

Grand classique de la SF, ce recueil « unifié » de nouvelles (ou de « contes ») brosse un tableau de l’avenir de l’Humanité jusqu’au départ de la quasi-totalité des Humains vers Jupiter où, transformés pour s’adapter aux conditions de vie apparemment impossibles, ils accèdent à une vie paradisiaque. Qui va donc hériter de la Terre si ce n’est les Chiens après une série de mutations ?

Bien avant LA PLANETE DES SINGES, Simak envisageait lui aussi que l’Homme finirait par être supplanté comme espèce dominante. Mais, ici, le legs de la Terre aux canidés se fait doucement et au terme de plusieurs milliers d’années. L’auteur en profite pour livrer des réflexions philosophiques (au sens large) pas spécialement optimiste : « pour l’Homme la seule voie menait à l’arc et à la flèche ». Ou, autrement dit, au meurtre, à la guerre et à la bombe atomique. Mélancoliques, les contes proposés (on privilégiera l’édition Omnibus qui offre la version la plus complète en ajoutant un ultime neuvième conte, « Epilogue »), constituent une de ses fameuses « possibles Histoires du futur » prisée des auteurs de SF. Nous suivons également la trajectoire d’une famille, les Webster, qui jouera un rôle majeur dans l’évolution humaine au point que les Chiens finiront par nommer les Hommes des webster (sans majuscule). Simak lie d’ailleurs ces récits relativement indépendants par des commentaires retraçant les querelles d’experts canins qui se demandent si l’Homme a bel et bien existé ou si tout ça ne forme qu’un vaste mythe. Et que dire alors des Fourmis ?

Ecrit à partir de 1944 (pour la première nouvelle, « La cité »), ce recueil / roman reste très moderne et actuel dans ces thèmes. Si certaines avancées technologiques sont forcément battues en brèches, les questionnements de Simak ont, eux, gardés toute leur pertinence : l’Homme va-t-il laisser place à une autre espèce, la Terre berceau sera-t-elle abandonnée pour conquérir l’espace, une société sans guerre ni meurtre est-elle envisageable, que se passerait-il si on réduisant le nombre d’Hommes aux habitants d’un gros village ou si au contraire la surpopulation devenait ingérable…

Dans ce monde menés par les Chiens (qui guident les autres espèces comme les ours ou les loups sur le « bon » chemin) et « surveillé » par des robots (dont beaucoup sont retournés à la vie sauvage faute de maître à servir), l’Homme n’est plus qu’une légende dont les haut-faits sont devenus de simples contes racontés au coin du feu.

Un incontournable ! On peut d’ailleurs se demander combien de romans de SF actuels accuseront aussi bien les années après trois quart de siècle !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Recueil de nouvelles, #science-fiction

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Publié le 18 Mars 2020

HISTOIRES MYSTERIEUSES d'Isaac Asimov

Réédité en un seul épais volume, les deux tomes des HISTOIRES MYSTERIEUSES d’Asimov rassemblent les textes du Docteur mêlant science-fiction et policier. Les plus intéressantes donnent la vedette à Wendell Urth, spécialiste des extraterrestres n’ayant jamais, par peur des moyens de transport, quitté son petit chez lui. Asimov pousse ici à son paroxysme le principe du « armchair detective » des romans whodunit de l’âge d’or puisque notre héros résout toutes les énigmes insolubles sans bouger de sa maison.

D’autres nouvelles fonctionnent sur l’humour et se moquent gentiment des milieux scientifiques (« La cane aux œufs d’or ») ou se basent sur des calembours (« Cache-cash »). « Le patronyme accusateur », histoire purement policière mais basée sur la science, annonce les solutions à la fois astucieuse, évidente (une fois la chute dévoilée) et amusante du Club des Veufs Noirs tandis que « A port Mars sans Hilda » se veut un pastiche gentiment coquin (ça reste ultra soft, Asimov oblige) de James Bond mais ne réussit pas à convaincre. Comme dans les classiques du policier, Asimov joue « fair play » et offre aux lecteurs la possibilité de résoudre les énigmes proposées…bien peu y arriveront évidemment !

On retrouve également une historie de pure sf, « Au large de Vesta », qui ne comporte pas d’élément policier (mais reste construite comme un puzzle à résoudre). Explication à cette inclusion ? Asimov reviendra en guise d’hommage à ce texte de jeunesse 20 ans plus tard avec « Anniversaire » dans lequel un trio d’astronautes (les survivants miraculés de la nouvelle précédente) se lance sur la piste d’un mystérieux objet de grande valeur disparu dans la destruction de leur vaisseau. Technologiquement bien daté (même si Asimov avait imaginé un Internet très primitif avec son omniscient ordinateur Multivac) mais plaisant. Deux nouvelles (Le très réussi « Mortelle est la nuit », le plaisant « La poussière qui tue ») traitent de sujets similaires : un individu pense commettre un crime parfait mais un détail révélateur accuse le criminel. Dans les deux cas ce sont les habitudes, liées aux voyages spatiaux, qui incriminent le coupable. Dans « Le carnet noir » un homme invente le voyage temporel et en profite pour « simuler » sa mort à des fins publicitaires en profitant de la création d’un « double » temporel. Amusant en dépit d’un côté très prévisible un peu gênant.

« La clé » donne à nouveau l’occasion à Wendell Urth de résoudre une énigme d’apparence insoluble (la localisation d’un artefact extraterrestre) tandis que la « Boule de billard » utilise les théories de la physique pour permettre à un chercheur revanchard de commettre le crime parfait.

Dans l’ensemble, ce recueil s’avère une très plaisante lecture avec des textes certes parfois un peu datés (dans leur construction), obsolètes par les progrès scientifiques (Asimov s’en excuse avec humour), peu convaincants (encore une fois, « A port Mars sans Hilda » s’impose comme le texte le moins réussi) ou quelque peu prévisibles mais, dans l’ensemble, voici une anthologie divertissante et astucieuse combinant policier d’énigme et science-fiction.

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Publié le 6 Mars 2020

OEUVRES TOME 3 de Howard Phillips Lovecraft et August Derleth

Si cette dernière anthologie rassemble les textes de Lovecraft concernant les « Contrées du Rêve » (avec quelques classiques comme « la quête de Kadath »), le gros morceau de ce recueil se consacre aux « collaborations » entre HPL – August Derleth. Soit plus de 600 pages en (très) petits caractères qui permettent une vue globale de l’évolution du mythe de Cthulhu à la suite du décès de HPL.

Outre des récits tirés des précédents recueils disponibles en français (L’OMBRE VENUE DE L’ESPACE, le roman LE RODEUR DEVANT LE SEUIL, LE MASQUE DE CTHULHU, LA TRACE DE CTHULHU), l’anthologie offre des textes moins facilement accessibles rassemblés sous l’intitulé LES VEILLEURS HORS DU TEMPS, une traduction de l’ultime recueil de Derlteth, « The Watchers out of time » jusqu’ici inédit en français. Si le célèbre « La chambre condamnée » était proposé dans le recueil L’AMULETTE TIBETAINE (et précédemment dans « Histoires insolites ») « Le pêcheur du Falcon Point », « Le trou des sorcières », « L’ombre dans la mansarde », « Les frères de la nuit », « L’horreur de l’Arche centrale », « L’argile bleue d’Innsmouth » et « Les veilleurs hors du temps » seront autant de découvertes pour l’amateur.

« La chambre condamnée » est typique de Derleth, une séquelle lointaine de « L’abomination de Dunwich » de Lovecraft. Guère original mais plutôt efficace. Nous sommes à Dunwich et nous retrouvons un certain Abner Whateley ayant hérité (bâillement) des papiers de son grand-père Luther et d’un vieux moulin transformé en lieu de résidence. Rien de franchement transcendant pour les lecteurs de Lovecraft qui devinent la suite des événements mais la nouvelle, très linéaire, se lit sans déplaisir. Elle fut assez médiocrement portée à l’écran sous le titre « La malédiction des Whateley ».

« Le pêcheur du Falcon Point », beaucoup plus courte, traite, une fois de plus, des amours contre nature entre les humains et ceux des profondeurs. Derleth réussit une sorte de plaisant « conte de fées » macabre plutôt agréable à lire.

Le problème de Derleth, dans ses pastiches lovecraftien, a souvent été de tourner autour des mêmes thématiques, reprenant des éléments tirés du fameux « Livre de raison » de Lovecraft (pour justifier le principe de la « collaboration » post mortem) en les incluant dans des « remakes » déguisés des histoires les plus connues du Maitre. « Le trou des sorcières » n’échappe pas à ce travers mais demeure une des plus belles réussites de l’écrivain. Un jeune professeur débarque dans une école rurale d’Arkham et se confronte à un jeune garçon manifestement « différent », Andrew Potter. Peu à peu le narrateur arrive à la conclusion que la famille d’Andrew est sous l’influence d’une force maléfique provenant des étoiles (Hastur probablement) et, avec l’aide d’un collègue et des fameuses pierres portant le sceau de R’lyeh, il tente de combattre cette influence nuisible. Si, de prime abord, « Le trou des sorcières » ne se distingue aucunement des nombreuses autres « collaborations » entre Derleth et Lovecraft en ressassant des thématiques déjà abordées par HPL (l’histoire mélange des éléments du « Monstre sur le seuil » et de « La couleur tombée du ciel »), le tout fonctionne parfaitement. On y retrouve un Derleth à son meilleur, plus terre à terre que son mentor, plus bis sans doute, plus classique aussi (avec l’opposition du Bien et du Mal et les talismans permettant de s’en protéger) mais rudement efficace.

De son côté, « L’ombre dans la mansarde » débute de manière conventionnelle : le narrateur, Adam Duncan, hérite de son grand-oncle (bâillements à nouveau) à la réputation sinistre (sorcellerie, grimoires maudits, disque de Gims,…on connait la chanson) une maison à Arkham, la ville aux « toits en croupe ». Bref, rien de franchement original : Derleth reprend sa bonne vieille technique du « mash up littéraire » en combinant des éléments venants de « La maison de la sorcière », « L’affaire Charles Dexter Ward », « Le monstre sur le seuil », etc. Le tout se lit sans déplaisir ni passion. A noter cependant un discret soupçon d’érotisme habituellement absent des récits de Derleth.

Peut-être la plus originale des nouvelles, « Les frères de la nuit » voit le narrateur, Arthur Phillips, rencontrer, à Providence, Edgar Allan Poe…puis plusieurs Poe…Forcément cela cache quelque chose. Voici un récit divertissant qui, pour une fois, ne semble pas décalqué une nouvelle antérieure de Lovecraft. Certes, tout n’est pas toujours réussi (le plan général des extraterrestres parait aussi folklorique que le fameux « Plan 9 » de Ed Wood) mais la bizarrerie de voir une série de clones d’Edgar Poe hanter Providence en invoquant les Grands Anciens démontre un talent certain pour l’humour absurde et le twist final constitue une belle réussite. De plus, les clins d’œil à HPL sont ici bien intégrés sans paraitre plaqués sur l’intrigue ou envahissants. « Les frères de la nuit » mérite vraiment l’attention, quel dommage que Derleth n’ait pas signé davantage de textes de ce style.

Avec « L’horreur de l’Arche centrale » nous retrouvons le Derleth le plus classique, le plus critiqué (et le plus critiquable) qui, en partant d’une courte notice de Lovecraft dans son « Livre de raison » ressort la grosse artillerie. Ambrose Bishop a hérité d’une maison située à Dunwich qui appartenait jadis à son grand- oncle Spetimus (et re bâillements) disparu depuis 1929 suite aux événements mystérieux mais bien connus contés par HPL. Et on repart pour l’hostilité des villageois, les « choses maléfiques » revenant à la vie, etc. Une recette déjà éprouvée dans « La chambre condamnée » et « L’ombre de la mansarde » dont cette nouvelle constitue une simple resucée. Autant dire qu’on est content d’arriver au bout.

« L’argile bleue d’Innsmouth » s’inspire apparemment d’une note du « livre de raison » de Lovecraft mais son thème n’est guère original et remonte à la mythologie et aux croyances ancestrales (façon Golem) avec ce jeune artiste qui, après divers rêves érotiques au sujet d’une déesse aquatique, soupçonne une statue façonnée dans une argile venue d’Innsmouth de prendre vie. Rien d’original mais un petit récit plaisant et gentiment sexy qui se lit sans ennui. C’est déjà pas mal.

« Les veilleurs hors du temps », publié initialement par Arkham House en 1974, demeure la dernière nouvelle de Derleth. La mort empêcha d’ailleurs le romancier de la terminer et nous sommes par conséquent en présence d’un texte incomplet…et donc à réserver aux complétistes (hum !).

Près de 400 (!) pages supplémentaires terminent cette somme avec des articles divers qui font de ce troisième volume un nouvel incontournable pour les fans de l’écrivain et, plus généralement, de fantastique « old school ».

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Publié le 25 Février 2020

OEUVRES VOLUME 2 de Howard Phillips Lovecraft

Deuxième volet d’une somme considérable (ne parlons pas d’intégrale mais on s’en rapproche) consacrée à Lovecraft, ce deuxième tome contient lui aussi son lot de classiques : « de l’au-delà », « je suis d’ailleurs », « Herbert West, réanimateur », « La peur qui rôde », « Air froid », etc. Des textes que l’on trouvait déjà dans de précédents recueils consacrés à l’auteur mais que l’on apprécie de voir rassemblé ici aux côtés des fameuses « révisions » effectuées par HPL.

Cependant le lecteur sera ravi de retrouver quelques textes aujourd’hui difficiles à dénicher. Ainsi, « L’horreur venue des collines », un court roman de Frank Belknap Long, a jadis été publié dans la revue Weird Tales et, en France, dans « Crépuscule » de Richard D. Nolane. Frank Belknap Long (1901 – 1994) a écrit de nombreuses nouvelles, rassemblées dans deux recueils, LE GNOME ROUGE et LE DRUIDE NOIR chez Marabout. On lui doit aussi un des plus fameux pastiches de Lovecraft, « les chiens de Tindalos ». Il livre ici un récit maitrisé quoiqu’un peu bavard, effectuant un surprenant flashback au temps de la Rome antique pour assister aux célébrations impies des adorateurs des Anciens Dieux. L’écrivain introduit d’ailleurs un nouveau membre de ce panthéon noir avec Chaugnar Faugn. Avec la permission de Lovecraft il incorpore d’ailleurs un rêve de ce-dernier, relaté dans une lettre, dans sa narration. Voilà, sans hésiter, une bonne raison de se procurer ce recueil pour les admirateurs de HPL et de ses disciples.

Une grande partie du recueil est ensuite consacré aux révisions de HPL, des textes que Lovecraft va remodeler, réviser, améliorer, voire réécrire. « Dépanneur du fantastique », Lovecraft se fait donc nègre littéraire pour de nombreux auteurs qui seraient, aujourd’hui, complètement oublié sans le coup de pouce du maitre. La plupart de ces récits furent compilés dans deux anthologies très plaisantes : L’HORREUR DANS LE CIMETIERRE et L’HORREUR DANS LE MUSEE et d’autres étaient proposées dans DAGON ou encore NIGHT OCEAN. Cependant les archéologues de Laffont y ajoutent des textes jusqu’ici inédits en français

Trois textes d’Henry S. Whitehead sont inclus. Le premier, « Piège », était disponible dans un précédent recueil, le très « fond de tiroirs » NIGHT OCEAN. Il s’agit d’un court récit science-fictionnel, aujourd’hui très classique (mais probablement original à l’époque de sa rédaction) sur un étrange miroir maudit (de Loki) et sur la possibilité de s’y retrouver coincé. Le second, « Cassius », figurait au sommaire d’un recueil consacré à Whitehead, LA MORT EST UNE ARAIGNEE PATIENTE. Une belle variation sur le thème du jumeau maléfique, assez proche dans son déroulement d’un film comme « Basket Case », dans lequel un esclave se voit persécuté par un étrange homoncule. Très efficace. Whitehead a composé sa nouvelle sur la base d’un plan fourni par Lovecraft, lequel avait une vision complètement différente de l’intrigue au point qu’il envisageait d’ailleurs d’écrire sa propre version alternative, ce qu’il n’a pas fait. Le dernier, « Bothon », était inédit mais n’est guère convaincant puisqu’il reprend le schéma classique de la vie antérieure dont se remémore le protagoniste ayant jadis vécu sur le mythique continent de Mu. Pas désagréable mais pas transcendant.

Trois nouvelles de Clifford M Jr Eddy avaient déjà été proposées au lecteur francophone, le recueil en ajoute une supplémentaire, « Cendres », une petite histoire pas désagréable qui fonctionne sur le cliché de la machine à désintégrer cher à la science-fiction d’antan. Déroulement et chute prévisible mais plaisant.

Deux textes de Duane W. Rimel complètent l’anthologie au rayon des inédits : « le déterré » et « L’arbre sur la colline ». Le premier constitue une excellente variation sur le thème du zombie (au sens Vaudou du terme, donc créé à partir d’une poudre simulant la mort) et fonctionne de belle manière jusqu’à sa chute effective. Le second traite d’une sorte d’univers parallèle pouvant être visualisé par le héros mais reste anecdotique.

Le court récit de Richard F. Searight (« le coffre scellé ») n’était jusqu’ici disponible que dans une anthologie consacrée à Weird Tales, on apprécie donc son inclusion, tout comme celle du plaisant « Les serviteurs de Satan » disponible dans le recueil hommage de Robert Bloch EMBARQUEMENT POUR ARKHAM.

Enfin, le recueil ajoute l’article de HPL « Horreur et surnaturel en littérature », de très nombreuses poésies et une quinzaine d’articles divers pour un total de 1350 pages.

Nouvelles connues mais rassemblées de manières pratiques, raretés difficiles à se procurer, y compris chez les bouquinistes, et inédits…que demandez de plus ? Une anthologie indispensable.

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Publié le 20 Février 2020

OEUVRES de Howard Phillips Lovecraft

La bibliographie de Lovecraft a longtemps été éparpillée au fil des nombreuses publications francophones, ce qui rendait difficile la constitution d’une réelle une intégrale. Les Omnibus de Laffont rendent aujourd’hui cette tâche bien plus simple, sans être totalement exhaustive (mais est-ce possible, notamment sur le sujet des continuateurs ou des réécritures).

Mais, dira le lecteur avare, si on possède déjà tout quel est l’intérêt ? Et bien il est possible, voire même probable, que l’on n’avait pas tout en réalité. Ainsi, dans le premier tome, se trouve, outre les récits de Lovecraft lui-même, des nouvelles provenant des anthologies LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LA CHOSE DES TENEBRES et HUIT HISTOIRES DE CTHULHU rédigées par des épigones du maîtres. Bref, un culte en expansion comme le souligne Francis Lacassin. Même si on possède les différents recueils précités, cet épais tome peut intéresser le « complétiste » pour quelques récits non pas inédits mais plus difficile à dénicher et opportunément rassemblés ici.

Ainsi « la chose ailée sur le toit » de Robert E. Howard, court mais efficace petit conte fantastique jadis disponible dans le recueil L’HOMME NOIR de Howard (ou, chez Bragelonne, dans LES OMBRES DE CANAAN consacré aux histoires d’horreur d’Howard). Howard toujours avec le réussi « Le feu d’Asshurbanipal”, dans lequel, en une vingtaine de pages, le créateur de Conan nous emmène au coeur du désert à la recherche d’une gemme mythique cachée dans une cite maudite protégée par les Djinns. Un mélange d’aventures (on y trouve même un parfum à la Indiana Jones avec son “aventurier aux nerfs d’acier”), de fantasy, de conte orientaux et d’épouvante lovecraftienne. De la belle ouvrage, tiré du recueil LE PACTE NOIR et plus récemment republié dans LES DIEUX DE BAL SAGOTH.

 « L’Héritier des ténèbres », une nouvelle traitant de la peur de la mort, de la crainte de servir de nourriture aux goules et de la nécessité de la crémation (dans le désordre) constitue une autre belle réussie de Clark Ashton Smith à découvrir pour ceux qui ne possèdent pas le recueil LES ABOMINATIONS DE YONDO. On retrouve aussi dans ce recueil phénoménal l’excellent « Chiens de Tindalos » de Frank Belknap Long, « Horreur à Salem » de Kuttner, « L’habitant de l’ombre » de Derleth, « Le visiteur venu des étoiles » de Bloch, « Sueurs froides » de Campbell, etc.

En ce qui concerne Lovecraft lui-même, voici une bonne occasion de lire ou relire certains de ses textes les plus célèbres et réussis comme « Dagon », « L’appel de Cthulhu », « La couleur tombée du ciel », « L’abomination de Dunwich », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Le cauchemar d’Innsmouth » et les courts romans « L’affaire Charles Dexter Ward » et « Les Montagnes hallucinées ».

Des lettres, des contes de jeunesse, des notes, des brouillons, des articles, etc. complètent le sommaire, sans oublier de nombreux textes de présentation sur les différents sujets abordés.

Bref, voici un ouvrage indispensable si on souhaite découvrir HPL ou parfaire ses connaissances sur l’auteur phare du fantastique du XXème siècle.

Une somme !

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