voyage dans le temps

Publié le 3 Décembre 2022

AVENGERS FOREVER de Kurt Busiek et Carlo Pacheco

Vaste saga en douze épisodes, ce comics très dense (il demande un temps de lecture conséquent, beaucoup d'attention et une bonne connaissance de l'univers Marvel) nous entraine aux côtés de Rick Jones, l'homme qui a jadis rassemblé les Avengers. Or, après la guerre entre les Krees et Skrulls, Rick Jones s'est découvert de nouveaux pouvoirs. Il fut par la suite le side-kick de Hulk et même Captain Marvel. A la suite d'un concours de circonstances compliquées, Rick rassemble une équipe hétéroclite d'Avengers issus de différentes époques. Captain America, venant de dévoiler les manigances politiques de l'Empire Secret, doute du bien-fondé de sa mission. Hawkeye n'a plus son équipement et se contente d'un banal arc et de quelques flèches. Le Pourpoint Jaune, un Hank Pym en pleine crise de personnalité qui s'apprête à convoler avec Wasp, voisine avec Goliath, un autre avatar de Pym venu d'une autre ligne temporelle. L'équipe comprend également le fils de Captain Marvel et la super-vilaine Songbird, en provenance d'un futur où elle a rejoint le camp des Avengers.

Tout ce petit monde se retrouve embarqué dans une guerre temporelle dans laquelle s'affronte le Pharaon Rama-Tu, l'assoiffé de pouvoir Kang le Conquérant et l'érudit plus "pacifique" Immortus. Trois versions du même être à différentes époques. Or Kang, connaissant son destin, celui de renoncer à la conquête pour devenir le plus sage Immortus, s'y refuse et entraine les Avengers dans une "guerre modificatrice" comme aurait dit Fritz Leiber.

Kurt Busiek se propose de revisiter quatre décennies de continuité Marvel, gommant certaines anomalies en invoquant la présence de nos vilains, Kang et/ou Immortus, qui manipulent le conntinuum. Le résultat est impressionnant, redonnant à l'univers en roue libre de la Maison des Idées une belle cohérence. Est-ce toujours simple à suivre? Non, loin de là!  Nous sommes dans un gros comics "adulte" et ambitieux, loin des petites castagnes sur vingt pages des débuts des Avengers. La lecture doit être lente, attentive et, surtout, se reporter aux très intéressantes notes de fin de volume, lesquelles se révèlent très éclairantes et explicatives. Même ainsi le volume ne se destine pas aux novices. Ceux qui ne connaissent les Avengers que par quelques BD des années 80 ou par les films du MCU se sentiront complètement largués dès la fin du premier chapitre. C'est ainsi. Il existe de nombreuses sagas réussies et plus abordables pour les lecteurs qui ne souhaitent pas un tel investissement, notamment UNDER SIEGE.

AVENGERS FOREVER dose adroitement le spectaculaire, avec des scènes de batailles impressionnantes impliquant parfois des dizaines d'adversaires, et l'intimiste. Le personnage de Captain America est fort bien brossé: déjà en proie au doute et déprimé il se désole des visions de l'avenir et finit par remettre en cause le bien-fondé d'un combat apparemment perdu d'avance. Mais Kang / Immortus s'avère tout aussi réussi, les tentatives du premier pour en pas devenir le second étant aussi une belle illustration de l'inéluctabilité du temps qui passe.

Servi par les excellents dessins de Carlos Pacheco (décédé en novembre 2022), AVENGERS FOREVER, originellement publié en 1998, demeure, un quart de siècle après sa sortie initiale, un classique absolu de Marvel et un des meilleurs récits des Avengers.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Avengers, #Marvel Comics, #Superhéros, #Voyage dans le temps

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Publié le 4 Octobre 2022

L'AVENTURE DE LA CITE ULTIME de Sylvie Denis

Les pastiches de Sherlock se multiplient de manière exponentielle ces dernières années, le personnage étant tombé dans le domaine public. Il a également été « réactivé » de manière moderne par les deux très réussies séries télévisées « Sherlock » et « Elementary », sans oublier les films avec Robert Downey Jr.

Sylvie Denis y apporte sa touche avec ce récit science-fictionnel respectueux. En une cinquantaine de pages, l’autrice emmène Sherlock et Watson dans un très lointain futur. Un petit paradis, apparemment, où nul ne se presse et où tous flânent dans une complète nonchalance. La semaine de 12 heures laisse, effectivement, beaucoup de temps pour se divertir. De plus, tout le monde vit en paix, les meurtres ont disparus, la guerre également. Bref, nous sommes dans l’univers de LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS de Wells à la différence que les Morlocks n’existent pas. Et pourtant, dans cet Eden, l’impensable s’est produit : des crimes sadiques l’ensanglantent et – horreur – les victimes sont de plus en plus jeunes. Une gamine vient d’être d’ailleurs découverte la gorge tranchée. Mais dans ce lointain futur où n’existent plus ni police ni détective qui pourra résoudre cette énigme ? La réponse semble évidente : Sherlock Holmes, tiré de son appartement londonien dans lequel il vivotait dans l’ennui et la cocaïne. Aidé de Watson, il va effectuer un grand bond dans le temps pour résoudre le mystère. Quitte à se montrer trop perspicace.

L’AVENTURE DE LA CITE ULTIME plonge le limier dans un univers différent et déstabilisant. Watson estime d’ailleurs que, dans ce monde futuriste, sa fameuse méthode sera inefficace. Bien sûr, le prince des détectives réussit à détromper le médecin débonnaire. Si la solution parait attendue, le dépaysement fonctionne et le rythme alerte empêche tout ennui. On eut aimé que Sylvie Dénis développe davantage le background de son « futur foutraque » (le titre du recueil dans lequel cette nouvelle – initialement publiée dans Bifrost – a ensuite été incluse) mais le lecteur passe un bon moment avec ce plaisant pastiche. Il y a certes de meilleurs « faux Sherlock » mais il y en a aussi beaucoup de bien moins réussis.

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Publié le 8 Septembre 2022

DOCTOR WHO - TIME LORD VICTORIOUS: ALL FLESH IS GRASS de Una Mc Cormack

Suite et fin du méga crossover « Time Lord Victorious ». Pour les lecteurs, les romans seuls ne peuvent donner qu’une fraction de l’intrigue mais suffisent à embrasser le tableau global de cette vaste histoire dans laquelle le Docteur défie la mort elle-même.

Le Huitième Docteur, embarqué dans un vaisseau Dalek, et son successeur, Neuf, à bord d’un navire cercueil plein de vampires tentent de stopper Dix, lequel veut arrêter les Kotturuh, autrement dit supprimer la Mort et devenir enfin le Seigneur du Temps Victorieux. Mais que deviendra le futur une fois cela accompli ?

ALL FLESH IS GRASS est un récit rapide, sans prétention, vite lu et plutôt agréable, dans la tradition de ces nombreux romans dérivés de séries à succès. Il succède au roman THE KNIGHT, THE FOOL AND THE DEAD (et à de nombreux produits dérivés : nouvelle, récits audio, escape game, etc.) et résout, en quelques pages, le cliffhanger des trois Docteurs en plein « mexican stand off » spatial. La suite nous montre nos héros tenter de réparer les dégâts antérieurs.

En 199 pages, l’auteur concentre un maximum de matière en un minimum d’espace : vampires, aliens destructeurs, Daleks, paradoxes temporels et pas moins de trois Docteurs. D’où un rythme quasi frénétique. On eut même apprécié que le bouquin se permette de ralentir un peu pour davantage « se poser ». Mais on se console par l’énergie du récit.

Si le crossover n’est pas complètement à la hauteur des attentes, le lecteur passe néanmoins un bon moment en suivant les aventures de nos trois Docteurs décidés à empêcher l’Apocalypse et à devenir, ni plus ni moins, les vainqueurs de la dernière grande guerre du temps. Un peu inconséquent mais plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Doctor Who, #Space Opera, #Voyage dans le temps, #science-fiction

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Publié le 15 Mai 2020

A TRAVERS TEMPS de Robert Charles Wilson

Moins porté sur la spéculation scientifique et la hard science que la plupart des romans de l’auteur, ce livre (qui anticipe quelque peu le 22/11/63 de King) se consacre à Tom Winter, ingénieux alcoolique se remettant d’une rupture sentimentale. Reconverti dans la vente de voiture dans une petite ville, Tom achète une maison abandonnée où se déroulerait, selon l’agent immobilier, des phénomènes étranges. Il constate en effet que, par exemple, la vaisselle sale est systématiquement nettoyée le lendemain matin. Fantômes ? Lutins ? Ou autre chose ? Après diverses investigations, Tom découvre un tunnel temporel dissimulé dans la maison capable de lui faire remonter le temps de pratiquement trois décennies. Désespéré par l’état du monde en 1989 (s’il connaissait la suite !), Tom se réfugie ainsi dans le milieu bohème du Village de 1962 et y rencontre Joyce, chanteuse hippie et militante du changement social en devenir.

A TRAVERS TEMPS se centre sur quelques personnages bien typés et, en particulier, ce Tom décidé à retrouver un peu de sérénité en se réfugiant dans une époque sans doute loin d’être parfaite mais rassurante. Moins de pollution, moins de violence, pas de sida,…bien sûr le spectre d’une guerre nucléaire planait sur l’époque mais Tom sait bien qu’elle n’arrivera pas. Autrement dit, l’assurance de 30 ans de paix et de tranquillité, 30 ans à « déjeuner en paix ». L’auteur s’intéresse aussi à un agent immobilier peu crédule mais cependant fasciné par les « phénomènes étranges », à une baba-cool se rêvant chanteuses protestataire et même à Billy, mystérieux combattant venu du futur dans une armure high-tech.

Sur un thème classique (déjà exploré, notamment, par Richard Matheson dans un roman superbement adapté au cinéma sous le titre « Quelque part dans le temps »), Wilson livre un récit très réussi, sans temps morts (une pagination parfaitement adéquate de 400 pages suffit à explorer de nombreuses pistes sans se perdre dans d’inutiles longueurs), avec un bel équilibre entre la partie science-fictionnelle, l’anticipation (nous avons quelques visions d’un avenir assez sombre mais crédible) et le relationnel via une poignée de personnages attachants.

Sans rivaliser avec le côté vertigineux des CHRONOLITHES ou de SPIN, voici un roman réussi et prenant qui se lit facilement et avec beaucoup de plaisir. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Voyage dans le temps

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Publié le 19 Septembre 2018

L'HOMME QUI MIT FIN A L'HISTOIRE de Ken Liu
L'HOMME QUI MIT FIN A L'HISTOIRE de Ken Liu

Dans un proche avenir deux scientifiques, le Chinois Evan Wei et son épouse d’origine japonaise Akemi Kirino, parviennent à mettre au point une machine à voyager dans le temps. Mais ces déplacements temporels sont soumis à diverses restrictions : on ne peut retourner qu’une seule fois à une époque donnée et il est impossible de modifier les événements. Cette invention va notamment permettre à Evan Wei de lever le voile sur certains des plus sombres secrets de l’Histoire. Ainsi, la machine sert à prouver les exactions de l’Unité 731, dirigée par le général Shiro Ishii, à l’encontre des Chinois : expérimentations humaines, tortures, massacres divers. L’Unité 731 est responsable de près d’un demi millions de morts mais le gouvernement japonais ne reconnut son existence, du bout des lèvres, qu’en 2002. Avec la machine à voyager dans le temps plus moyen de nier…Du moins en théorie car, en réalité, la disparition des informations oblige à admettre comme unique vérité le témoignage d'une personne, souvent peu neutre car en lien avec les victimes de ces crimes de guerre. De plus, cela anéantit en quelque sorte certain pans de l'histoire qui ne seront plus jamais accessibles aux « observateurs ». Il faudra dès lors admettre un unique rapport comme vérité. En voulant œuvrer pour le plus grand bien, Evan Wei met ainsi un terme à l’Histoire.

Avec ce court roman, Ken Liu frappait un grand coup et récoltait une pluie de prix dont le Hugo et le Nebula. Sous-titré en anglais « a documentary », la novella, en une centaine de pages, adopte les manières d’un documentaire (ou d’un documenteur) et intègre dans sa narration témoignages, extraits de journaux, sites web, compte rendus divers, sondages ou documents gouvernementaux, associé à des avis de quidams convaincus (ou pas) par le procédé. Tout cela compose une vision à la fois froide et horrible des exactions de l’unité 731. Les amateurs de cinéma déviant se souviennent du très éprouvant « Camp 731 » et de ses diverses suites beaucoup plus outrancières mais la plupart des lecteurs ne connaissent probablement pas cette unité japonaise responsable d’incroyables atrocités durant les années ’30 et ’40.

Ken Liu, en présentant un panel de témoignages de descendants des victimes, interroge rapidement sur les notions de neutralité historique. L’invention du voyage temporel, supposé rendre la vérité accessible à tous, rend au contraire les témoignages recueillis sujets à caution et, rapidement, des voix dissidentes ou carrément négationnistes s’élèvent.

Avec ce texte, Ken Liu frappe très fort mais s’abstient de jugement véritable, en véritable ordonnateur de ce documentaire historique il livre des informations et ouvre des pistes de réflexions. Bref, en une centaine de pages le romancier livre un véritable classique instantané et fait mieux que bien des pensums beaucoup plus longs. Un tour de force !

L'HOMME QUI MIT FIN A L'HISTOIRE de Ken Liu
L'HOMME QUI MIT FIN A L'HISTOIRE de Ken Liu

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