thriller

Publié le 14 Octobre 2019

GUERILLA de Laurent Obertone

Entre roman catastrophe, thriller d’action, faux reportage, satire politico-sociale et anticipation, GUERILLA est le roman idéal pour hérisser la clique de Médiapart et consort. Bref, un bon coup de pied au cul du politiquement correct. Le bouquin débute par une intervention policière à la Courneuve. Tombé dans une embuscade, trois policiers sont pris à partie par une dizaine de « jeunes ». L’un des flics est tué, un autre riposte et utilise son arme pour se défendre alors que les politichiens appellent à ne surtout « pas faire de vague ». Notre gardien de la paix abat six des « jeunes ». Aussitôt, les événements se précipitent et le chaos se propage, relayé par des appels dans les quartiers à tuer les Français. Et la guerre civile ethnico-religieuse commence.

De part sa construction, GUERILLA rappelle les premiers romans de James Herbert sauf que l’auteur se passe de rats et d’autres êtres surnaturels pour s’intéresser à des nuisibles plus dangereux, de jeunes banlieusards assoiffés de sang. Et pourtant, en dépit du chaos, les « fragiles » s’attachent aux « sacro-saintes valeurs de la République » pour excuser l’inexcusable. Obertone présente ainsi une série de personnages tellement englués dans leur « très bien vivre ensemble » qu’ils refusent de nommer l’ennemi, y compris face aux hordes barbares venant mettre Paris à feu et à sang. Pour la « blogueuse féministe » (pléonasme) le coupable ne peut être que le « patriarcat colonialiste ». Le Black Block abruti (pléonasme encore) s’en prend aux « flics fachos ». Et la militante gauchiste aux cheveux verts (re pléonasme) englobe carrément tout ce « pays de merde » pour expliquer les exactions des voyous.

Au milieu de la grande déroute chacun cherche à tirer son épingle du jeu : le président se sent prêt à tous les compromis pour acheter la paix sociale, les médias jettent de l’huile sur le feu mais ne veulent surtout pas « faire le jeu de l’extrême droite » et le leader musulman, jusque là modéré de façade, propose à la France de payer un impôt pour continuer à exister.

Le roman, non dénué d’humour, se veut plausible sans chercher le réalisme à tout prix, il est aussi volontiers outranciers Son écriture se montre simple, trahissant le passé d’Obertone, journaliste bien connu qui narre les faits de façon souvent détachée, détaillant l’embrasement généralisé de la France durant trois jours. Sur le même thème, le SOUMISSION de Houellebeck parait plus probable mais les deux romans racontent la défaite de l’Occident et le triomphe de l’islamisme. Obertone jongle aussi avec une sorte de « novlange » à la Orwell puisque les clandestins sont devenus des « itinérants » et les terroristes des « déséquilibrés ». Et puis « surtout pas d’amalgame ! », refrain braillé par toute la clique politique alors que le pays s’effondre.

Sur trois jours, l’auteur reprend les conventions de différents genres littéraires. Dans la première partie on est en plein « roman de zombies » sauf que les morts vivants laissent la place aux barbares décérébrés armés de barre de fer. Ensuite, on arrive sur les terres du gros bouquin d’action : un avion, abattu par un missile terroriste, se crashe sur la capitale, les militaires musulmans prennent fait et cause pour les insurgés et Marseille se transforme en champ de bataille avec combats de chars dans les rues, des villages entiers sont massacrés, trente-cinq milles parisiennes violées,…Bref des centaines de milliers de barbus attaquent et Chuck Norris n’est pas là pour contre-attaquer, le seul héros étant un militant identitaire qui profite du chaos pour faire un peu de ménage, Punisher style. Enfin, la dernière partie du roman donne dans le post-apo et annonce une séquelle à la Mad Max.

Au final, GUERILLA constitue une lecture très plaisante qui plaira évidemment aux amateurs de littérature réactionnaire à la droite de la droite. Les autres se pinceront le nez d’un air dégoutté, tant pis pour eux.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Thriller, #anticipation

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Publié le 23 Septembre 2019

LES MUTILES de Gwenn Aël

 

A 35 ans, Gabriel quitte Paris pour Laval, dans le Tarn, un petit village perdu où la criminalité se résume à quelques bagarres le samedi soir et à l’assassinat d’une poignée de volailles. Il semble heureux de couper avec le rythme de la capitale et de savourer cette quasi retraire. Pourtant, peu après, un homme est découvert le crane éclaté dans un bois. Gabriel, persuadé d’avoir affaire à un tueur en série, va devoir le coincer avant qu’il ne récidive tout en se confrontant à ses propres démons intimes.

Fan de Masterton, la romancière, après avoir livré deux romans d’horreur (d’ailleurs tous deux finalistes du Prix Masterton), semble ici plus proche d’un Dean Koontz. En effet, elle propose cette fois un thriller horrifique teinté de fantastique basé sur une ambiance sombre et oppressante. Nous plongeons dans l’enquête au côté d’un capitaine de police torturé devant faire face à son passé et à ses erreurs, lesquelles reviennent le hanter (au sens propre ou figuré ? le lecteur jugera). C’est surtout sur ce personnage que se concentre la plume de Gwenn Ael puisqu’elle va disséquer ses pensées et plonger au plus profond de sa culpabilité. Les thèmes de la culpabilité, tout comme celui des erreurs passées, des regrets et de la solitude traversent d’ailleurs le roman qui prend son temps pour installer son climat poisseux.

Après une introduction relativement posée, le rythme monte ensuite crescendo en dépit d’une pagination conséquente (plus de 500 pages) jusqu’à une dernière partie nerveuse dans laquelle tous les secrets enfouis sont, évidemment, dévoilés.

Dans la tradition de Maxime Chattam  (pour prendre un exemple immédiatement parlant) voici un très efficace thriller sur le sujet des « tueurs en série », ponctué de passages violents mais surtout intéressant pour son côté psychologique fouillé et convaincant.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Polar, #Thriller

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Publié le 13 Août 2019

LE COMPLOT DU CROISSANT de Clive et Dirk Cussler

Depuis MAYDAY, publié en 1973, Dirk Pitt a vécu bien des aventures…pratiquement une tous les deux ans, les dernières en date étant coécrites par Cussler et son fils, Dirk Cussler. LE COMPLOT DU CROISSANT constitue ainsi la vingt-et-unième mission de Pitt, escorté (depuis VENT MORTEL) par ses enfants, Dirk Junior et Summer.

Lorsqu’une série d’attentats visent des mosquées turques et égyptiennes chacun regarde Israel au risque de voir le Moyen-Orient s’embraser. Dirk Pitt, après avoir découvert des trésors romains enfouis, va se lancer sur la piste d’un groupe terroriste islamique décidé à rendre à l’Empire Ottoman sa puissance d’avant Ataturk. Pendant ce temps, Summer recherche un mystérieux « manifeste » datant des débuts de la chrétienté et qui pourrait remettre en question certains dogmes de l’Eglise…

Avec LE COMPLOT DU CROISSANT, les Cussler père et fils poursuivent leur grande saga d’aventures maritimes, quelque part entre Indiana Jones et James Bond en y ajoutant une touche de thriller religieux / ésotérique alors en vogue (souvenez vous de Dan Brown) avec un mystérieux artefact qui inquiète depuis longtemps l’Eglise. C’est sur fond d’attentats islamiques et d’accroissement des tensions religieuses que le clan Pitt va parcourir le monde. Le lecteur voyage donc avec eux, les grosses scènes d’action sont toujours présentes (ici un tanker fou menaçant d’annihiler Istamboul), tout comme les fusillades, courses poursuites et opérations de sauvetage improbable.

Comme toujours, la recette fonctionne de belle manière et les Cussler maitrisent l’art du page-turner (souvent décrié par les adeptes de la « grande littérature » et pourtant pas si évident) pour tenir en haleine le lecteur durant 650 pages. Chapitres courts (100 !), alternance des points de vue, cliffhangers à intervalles réguliers,… rien de neuf au programme d’un récit qui n’atteint pas l’excellence des meilleurs romans de la série (SAHARA, ONDE DE CHOC, ATLANTIDE,…) mais n’en demeure pas moins un excellent divertissement estival.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Thriller

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Publié le 6 Mai 2019

GRAVE SUR CHROME de William Gibson

Dans ce recueil de nouvelles nous retrouvons neuf textes qui firent la gloire de William Gibson et lancèrent la vague cyberpunk. A chaque fois, le lecteur embarque par conséquent dans un monde déprimant, bouffé par la technologie envahissante, dans lequel les individus, perpétuellement connectés, s’amusent à modifier leur corps par des implants et se shootent quasi en permanence. Les gouvernements ont capitulé et le pouvoir est tombé aux mains des megacorporations ultra capitalistes. Bienvenue dans la dystopie ultra-connectée du XXIème siècle.

Gibson avait démontré ses capacités de visionnaires dans ces récits (écrits avant l’avènement d’Internet) et, à l’époque, ils avaient fait l’effet d’une véritable bombe, comparable à la « new wave » de la décennie précédente, dans le petit monde de la SF. Qu’en reste-t’il aujourd’hui ? Des récits toujours intéressants, toujours actuels, pas toujours facile d’accès (non pas à cause de leur thématique - finalement très abordable - mais plutôt du style de Gibson parfois aride) mais que l’on relit avec intérêt. « Johnny Mnemonic », typique de l’auteur, reste un classique, tout comme « Fragment de rose en hologramme ». Plus original, « le genre intégré » ajoute à l’ambiance cyberpunk un climat poisseux et un fantastique quasi lovecraftien pour une fiction « weird » réussie. On continue avec « Hinterland » et « Etoile rouge blanche orbite » (pour ma part) moins convaincants.

Co-écrite avec Michael Swanwick, « Duel aérien » fonctionne de belle manière quoique son cadre (voulu futuriste) ait pris un coup de vieux (lunapark, jeu de simulation de combat,…disquettes !).

« Gravé sur chrome » reste probablement la meilleure nouvelle du recueil et un parfait témoignage du courant cyberpunk avec tous les ingrédients indispensables : affrontements de hackers dans le cyberspace, mur de glace protégeant les corporations des intrusions intempestives et trame générale inspirée par le polar hard boiled mais revisitée dans un cadre anticipatif très sombre aux influences nipponnes plus ou moins affirmées.

Aujourd’hui, le cyberpunk semble quelque peu délaissé au profit d’une littérature plus centrée sur l’évasion (steampunk, urban fantasy, etc.). Sans doute parce que la réalité a tellement rattrapé les « élucubrations » des romanciers du genre que ces intrigues n’apparaissent pratiquement plus comme de la science-fiction mais s’apparente aujourd’hui quasiment à de la chronique sociale d’un monde agonisant.

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Publié le 26 Avril 2019

J-77 (Dernier meurtre avant la fin du monde tome 2) de Ben H. Winters

Ben H. Winters livre ici le second volet de sa trilogie apocalyptique débutée avec DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE.

Un gigantesque astéroïde va percuter la Terre et anéantir la quasi-totalité de l’Humanité. Nous sommes à 77 jours de l’impact…. Bruce Willis n’étant pas disponible la population se résout à l’inévitable, sachant que la plupart vont mourir. Pour les rares survivants ce sera de toutes façons l’enfer. Du coup chacun baisse les bras et se décide à vivre au maximum avec tous les excès que cela implique. Hank Palace, un flic à la retraite anticipée, accepte pourtant d’aider son ancienne nourrice à retrouver son mari mystérieusement disparu…

Ce deuxième épisode de la saga de Ben H. Winters s’avère de bonne facture mais, néanmoins, en deçà du premier. Evidemment, l’originalité de la situation n’est plus de mise ce qui constitue un sacré défi tant le mélange de thriller et de récit catastrophe rendait le premier volet passionnant.

Toutefois, la situation a évolué : là où le premier roman décrivait un monde essayant de continuer « bon gré mal gré », ce J-77 nous montre une planète à l’abandon. Découragement généralisé, marché noir pour trouver les dernières denrées disponibles, excès en tous genres, émeutes et explosions de violences… Et, bien sûr, émergence de pseudo sectes comme ces étudiants vaguement hippie qui virent le personnel de leur université, déclarent la « république » et passent leurs dernières journées dans le sexe, la drogue et le rock&roll tout en gardant des préoccupations politiquement correctes complètement stupides (calculer le pourcentage d’interventions émanant des personnes de couleur par exemple).

Si le premier volet s’inscrivait résolument dans le polar teinté d’anticipation catastrophique, ce J-77 prend davantage le chemin d’un roman apocalyptique et l’enquête policière, pas toujours très intéressante, semble accessoire. Elle sert surtout à justifier les déambulations du héros et ses rencontres avec divers personnages haut en couleur. L’auteur pose aussi la question des réactions face à l’inéluctable et pour le héros, droit dans ses bottes, il est « impossible de trahir ses promesses simplement parce que c’est la fin du monde ». Guère optimiste sur l’Humanité (mais surement très réaliste), l’auteur observe la dissolution complète de la civilisation à l’approche de l’anéantissement total. Malgré les défauts de ce second volume en demi-teinte on est suffisamment impatient pour ne pas trainer à lire l’ultime volet, IMPACT.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Policier, #Thriller, #anticipation, #Catastrophe

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Publié le 8 Mars 2019

L’OUTSIDER de Stephen King

Après FIN DE RONDE, le lecteur a dit adieu à Bill Hodges mais pas à son amie détective Holly, laquelle n’intervient cependant qu’à la moitié de ce nouveau roman qui débute à la manière d’un « policier » classique. Du pur « procédural », avec la découverte du corps d’un petit garçon violé et assassiné dans un parc de Flint City et l’enquête, minutieuse, pour retrouver le coupable. Les témoignages et empreintes accusent rapidement l’entraineur de l’équipe sportive local, Terry Maitland, homme marié sans histoires aimé de tous. Si tout l’accuse, Terry possède pourtant un alibi parfait : sa présence, au moment du meurtre, à une conférence donnée à plus de 100 km par Harlan Coben. Terry a même été filmé et un livre trouvé sur place porte ses empreintes. Un alibi trop parfait ? Comment Terry aurait-il pu être à deux endroits à la fois ? L’inspecteur Ralph Anderson soupçonne que tout n’est pas normal dans cette histoire…de là à croire en des entités surnaturelles proches des vampires vus dans des films d’horreur mexicains il y a cependant un pas. Un pas qu’Holly, elle, peut franchir car elle a jadis été confrontée au paranormal.

King revient ici à un mélange de fantastique et de policier très efficace, un subtil équilibre entre le rationnel et le surnaturel qui commence à la manière d’un thriller pour basculer dans le fantastique teinté d’épouvante. Le King s’appuie à présent sur cinquante ans de métier et autant de romans avec, certes, quelques ratés mais une incroyable collection de classiques incontournables. Il maitrise toutes les ficelles de la narration et livre un condensé de son œuvre, passant du fantastique quelque peu tapageur de ses débuts au polar noir plus subtil qu’il semble priser depuis une bonne dizaine d’années. L’OUTSIDER n’est donc pas sans rappeler les grandes réussites de son rival Dean Koontz qui s’était un temps spécialiser dans ce style de récit aux indéniables qualités de « page turner ». Alors bien sûr l’écrivain se laisse parfois aller à délayer son récit, l’étirant sur près de 600 pages là où un rythme plus resserré (et un plus raisonnable 400 pages) n’aurait pas été de refus. Mais c’est devenu à ce point une habitude chez King de « prendre son temps » qu’on peut difficilement encore considérer cela comme un défaut. On parlera donc plus volontiers d’un style personnel, sans doute volontairement plus lent, plus posé, plus travaillé aussi, notamment dans la construction des personnages, que la majorité des thrillers fantastiques actuels. A plus de 70 ans, King ne changera sans doute plus sa méthode, sa recette pourrait-on dire, mais comme il reste le meilleur pour cuisiner ce genre de plat le lecteur ne s’en plaindra pas.

Dans L’OUTSIDER, forcément, Holly vole la vedette à l’inspecteur Anderson, sorte de substitut à Bill Hodges, pourtant bien campé. Mais rien à faire, on préfère Holly. Holly et ses manies, ses tics, ses petits carnets dans lesquels elle note les milliers de films qu’elles visionnent (notamment les Kubrick mais pas « Shining »… qu’elle n’aime pas évidemment).

En filigrane au fantastique, King scrute toujours l’Amérique, et reste toujours à l’écart des grandes villes : après le Maine il voyage cette fois vers le Texas aux côtés d’un paquet d’« Américains moyens », ni ange ni démon, qui ont subi les effets du 11 septembre et de la crise de 2008 sans s’en remettre vraiment. Des Américains prompts à lyncher le coupable désigné dans des scènes frisant l’hystérie collective. Mais des personnages bien brossés et loin de la caricature.

S’il n’est pas le meilleur livre de son auteur, L’OUTSIDER prouve néanmoins que le roi du fantastique en a encore sous le capot. D’ailleurs, dans son domaine, il ne connait aucun rival.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Polar, #Policier, #Thriller

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Publié le 1 Mars 2019

LE REGARD de Ken Liu

Après l’exceptionnel L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE, Ken Liu (chouchou des éditions Le Belial) revient dans la formidable collection « Une heure lumière » avec une novella de haute volée mélangeant polar cyberpunk et anticipation.

L’écrivain nous propose ici de découvrir une détective, Ruth Law, « améliorée et augmentée » par diverses technologies illégales qui accroissent ses capacités. Elle porte aussi un « régulateur », un gadget capable de gérer ses émotions et de lui assurer une neutralité complète lors de ses enquêtes. Le seul moyen pour Ruth de surmonter un drame personnel. Le « régulateur » ne peut, normalement, être utilisé qu’un temps limité par jour mais Ruth le laisse fonctionner en permanence afin d’anesthésier totalement ses émotions. Cela va lui être bien utile pour une nouvelle investigation : retrouver le meurtrier d’une prostituée asiatique énuclée par un serial killer mystérieux. Mais cela risque également de la détruire psychologiquement.

Avec cette longue nouvelle (ou court roman) situé à Boston dans un futur proche, Ken Liu s’inscrit dans la tradition des polars science-fictionnelles conjuguant une ambiance de films noirs à l’anticipation cyberpunk. A la manière du classique BLADE RUNNER ou des plus récents CARBONE MODIFIE et QUANTUUM, Ken Liu empreinte aux policiers « hard boiled » d’antan (Chandler, Spillane, etc.) une intrigue complexe (meurtre de prostituées par un tueur en série aux motivations apparaissant peu à peu) et l’infuse dans un univers à la fois futuriste et crédible. Sa principale innovation réside dans ce « régulateur » d’émotions portée par l’enquêtrice, forcément dépressive et marquée par un tragique événement personnel. Une manière d’apporter l’originalité de la SF cyberpunk à un récit sinon classique quoique très efficace.

Si l’auteur n’évite pas certains clichés, il démontre également sa capacité à ficeler une intrigue à la fois intelligente et divertissante auquel on pardonnera, par conséquent, l’une ou l’autre invraisemblance ou facilités. En alternant les points de vue de la détective « augmentée » et ceux du tueur en série, Ken Liu maintient l’intérêt au fil d’un récit enlevé qui, sous couvert d’une enquête classique, pose des questions sur le futur proche de l’humanité et ce fameux transhumanisme si cher aux auteurs cyberpunk.

Beaucoup moins ambitieux que L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE, ce REGARD n’en demeure pas moins un texte très plaisant qui confirme tout le bien que l’on pense de ce nouveau cador de la science-fiction.

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Publié le 15 Février 2019

FIN DE RONDE de Stephen King

Après l’excellent MR MERCEDES, le second tome de la trilogie de Stephen King consacré au flic Bill Hodges (CARNETS NOIRS) avait déçu. Trop étiré, trop différent, il perdait le côté thriller surnaturel si réussi du premier volet. Pourtant, les dernières pages, prometteuses, annonçaient le retour de Brady, le fameux psychopathe adepte des voitures meurtrières surnommé Mr Mercedes. Si la tuerie date à présent de plusieurs années, elle continue d’affecter bien des infortunés ayant eu la malchance de croiser Mr Mercedes. Nous retrouvons ainsi Bill Hodges, policier à la retraite devenu détective privé en compagnie de la très bizarre Holly. Brady, pour sa part, est toujours alité à l’hôpital mais possède à présent la capacité d’investir mentalement divers gadgets, notamment de petites consoles de jeux portables. Il prend ainsi le « contrôle » d’une poignée d’individus qu’il pousse au suicide. Mais, en bon psychopathe, Brady a un plan à grande échelle…Peut-être pas la conquête du monde mais une vaste entreprise de destruction à laquelle seule Bill peut s’opposer. Un Bill à qui les médecins viennent de diagnostiquer un cancer. Un Bill en fin de ronde qui veut cependant régler ses comptes et partir en beauté.

Avec ce troisième tome, King change une fois de plus de registre et plonge dans un thriller techno geek horrifique proche de classique du cinéma comme « Patrick » ou « La grande menace ». Brady devient donc une menace grandissante auquel se confronte l’ancien flic atteint d’un cancer incurable. Bref, Bill n’a plus beaucoup de temps devant lui pour stopper le malade mental à présent doté de capacités télékinésiques. Le King a déjà abordé ce thème dans CARRIE et surtout CHARLIE mais, évidemment, les protagonistes de ces romans étaient bien plus fréquentables que l’infâme Brady.

Au final, cette FIN DE RONDE s’avère satisfaisante et certainement plus convaincante que CARNETS NOIRS. On reste néanmoins en deçà de Mr MERCEDES (sans doute un des meilleurs King du XXIème siècle) et le lecteur peut parfois ressentir un léger ennui (une fois de plus le King se permet pas mal de longueurs et de digressions pas toujours palpitantes en dépit de son talent de conteur). Tout cela est tempéré par le plaisir ressenti à retrouver cette petites « famille » dysfonctionnelle autour de Bill, en particulier Holly (qui reviendra dans le spin off THE OUTSIDER) et Jérome. Ce sont les personnages, plus que le récit en lui-même, qui fonctionnent ici et rendent la lecture de cette FIN DE RONDE constamment plaisante malgré l’une ou l’autre facilité et un scénario pas toujours très crédible. Mais qu’importe, au final, le lecteur passe un bon moment jusqu’au final où il faut bien se résoudre à dire au revoir au sympathique Bill.

Un mot sur l’adaptation télévisuelle à présent : si la première saison de « Mr Mercedes » suivait relativement fidèlement le bouquin, la deuxième saison (la série ayant fait l’impasse – on peut le comprendre – sur les CARNETS NOIRS) s’éloigne drastiquement du roman et, à mi-parcours, prend une tout autre direction pour un résultat décevant à l’intérêt très limité. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Policier, #Thriller, #Stephen King

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Publié le 28 Novembre 2018

L'EXECUTEUR: SANG POUR SANG A SAN SALVADOR de Chuck Rogers

Mack Bolan part pour le San Salvador afin de stopper les agissements d’un redoutable gang mafieux. Mais la situation est encore pire que prévue puisque les criminels se sont associés avec des terroristes arabes d’Al Quaida afin d’infecter les Etats Unis avec le virus de la variole. La course contre la montre débute pour empêcher l’apocalypse bactériologique promise !

Datant de 2006, le roman, comme bien d’autres « EXECUTEUR » de cette époque illustre le changement de paradigme de la série (du moins en ce qui concerne les romans américains et non pas les « adaptations » françaises): Bolan n’est plus seulement le tueur de mafieux des premiers volumes, il est à présent un agent du gouvernement décidé à contribuer à la « guerre contre la terreur » en zigouillant du terroriste arabe à tour de bras.

Toujours emballé en environ deux cents pages, l’ensemble se veut un classique divertissement « pour hommes » focalisé sur une action toujours soutenue et souvent très violente. Le prolifique auteur Chuck Rogers, une fois de plus inspiré, déroule son intrigue à cent à l’heure et multiplie les passages explosifs à la manière d’un blockbuster hollywoodien (le roman donnerait certainement un film super excitant) qui ne laisse aucunement le temps de souffler au lecteur, lequel pardonne ainsi certaines invraisemblances ou passages un peu trop tirés par les cheveux. Mais qu’importe, n’est-ce pas une constance du genre depuis la glorieuse époque de la Cannon, compagnie qui eut surement rêvé de porter à l’écran les aventures de Bolan. Comme dans « Delta Force » ou « Invasion USA », notre invincible héros surgit toujours là où le terrorisme menace le mode de vie américain afin d’en découdre avec tous les ennemis du monde libre.

On note aussi quelques clins d’œil typiquement bis puisque le grand méchant se nomme Jess Franco et qu’il est aidé dans ses œuvres par la séduisante et dangereuse Soledad Miranda Korda. Les connaisseurs apprécieront le clin d’œil. Bref, du divertissement rondement mené et l’assurance d’une lecture tout à fait plaisante pour les fans de l’Exécuteur.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Exécuteur, #Gérard de Villiers, #Polar, #Thriller, #Espionnage

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Publié le 31 Octobre 2018

TALES FROM THE CRYPT TOME 1
TALES FROM THE CRYPT TOME 1

Ce très beau recueil édité par Akileos remonte aux sources des célèbres fascicules horrifiques en compilant, dans l’ordre chronologique de leur parution, des récits tirés de trois numéros de CRYPT OF TERROR (les 17, 18 et 19) et trois numéros de TALES FROM THE CRYPT (les 20, 21 et 22) soit vingt-quatre « nouvelles » de quelques planches. A noter que si le premier intitulé de la série était CRIME PATROL, la publication changea de titre pour trois numéros (les CRYPT OF TERROR) avant d’opter pour le définitif et plus connu TALES FROM THE CRYPT qu’elle garda jusqu’à la fin (au numéro 46), tuée par le fameux pamphlet anti-comics SEDUCTION OF THE INNOCENTS.

Tous les grands thèmes de l’épouvante, du fantastique et du thriller sont abordés dans ces petites histoires narrées par le fameux Gardien de la Crypte ou, parfois, ses acolytes la Vieille Sorcière et le Gardien du Caveau.

TALES FROM THE CRYPT TOME 1

Un bourreau prend en main la justice et applique la peine capitale aux prisonniers jugés innocents (« The man who was death »), une main coupée revient se venger (« The maestro’s hand »), un vieillard trompe la mort par des opérations chirurgicales contrenature (« Death must come »), l’unique témoin d’un meurtre - commis par un médecin - est internée par ce dernier (« Madness at manderville »), un couple rencontre un bateau fantôme dans le Triangle des Bermudes (« Ghost Ship »), un homme des cavernes est ramené à la vie après décongélation et sème la terreur dans un musée (« Cave Man »), un reporter enquête sur les rites vaudou (« Zombie »), un passager est terrifié par une étrange créature dans une cabine hantée (« The thing from the sea »), un homme est persuadé d’être un loup-garou (« Curse of the full moon »), sans oublier de plus classiques machinations criminelles pour se débarrasser, par exemple, d’un mari gênant, avec toutes les variations possibles sur ce thème classique.

Si les chutes, volontiers macabres, apparaissent aujourd’hui attendues, les histoires fonctionnent plaisamment : les auteurs réussissent à condenser, en six, sept ou huit planches, une intrigue efficace saupoudrée d’un humour noir bienvenu. La plupart sont, en outre, servies par des dessins (en noir et blanc) classiques mais réussis et évocateurs.

La morale, pour sa part, se montre constante d’une histoire à l’autre, avec comme principe général un « tel est pris qui croyait prendre facétieux ». En effet, dans la majorité des récits, la machination orchestrée par le criminel se retourne contre son initiateur avec des conséquences abominables.

Pour tous ceux qui ont grandi devant les films à sketches de la Amicus ou la série télévisée des années ’90, ce recueil constitue une superbe occasion de se replonger aux sources de la bande dessinée horrifique américaine. Vivement conseillé !

TALES FROM THE CRYPT TOME 1

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Thriller

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