technothriller

Publié le 15 Décembre 2017

LE SOUS-MARIN DE LA DERNIERE CHANCE de Patrick Robinson

Patrick Robinson se lance, à la fin des années ’90, sur le marché du techno thriller maritime et militariste, suivant ainsi les pas de Tom Clancy, Michael DiMercurio ou Clive Cussler. Après NIMITZ en 1997 voici donc la deuxième aventure de l’Amiral Morgan. Nous sommes, comme avec les auteurs précités, dans une sorte d’univers alternatif, une histoire parallèle située dans un très proche futur, ce qui permet évidemment de s’affranchir d’un complet réalisme pour embrasser une anticipation spéculative basée sur le principe du « et si on disait que ».

Et que dit on cette fois ? L’auteur imagine l’acquisition, par la Chine, d’une dizaine de sous-marins de classe « Kilo », de petits engins quelque peu déclassés mais cependant silencieux et capables, à eux seuls, de « tenir » la mer aux environs de Taiwan et, par conséquent, de renverser l’équilibre des forces dans cette partie du monde. Les Américains décident donc de couler les « Kilo » en se disant que personne n’y trouvera rien à redire et que détruire sans la moindre provocation ni raison deux poignées de navires chinois ne provoquera aucune répercussion. Bien sûr, comme Robinson, quoique britannique, salue la bannière étoilée matin et soir ce plan hautement peu crédible fonctionne…Comme il s’agit d’une « opération noire » chacun regarde ailleurs et fait semblant de ne pas voir à quel point les actes américains constituent une déclaration de guerre qui, dans la réalité, pourrait tout droit mener à un affrontement mondial entre la Russie, les USA et la Chine. Mais les Chinois sont surtout, on le sait, préoccupé de ne pas perdre la face donc ils laissent couler (au propre comme au figuré).

En dépit d’une intrigue peu vraisemblable, LE SOUS MARIN DE LA DERNIERE CHANCE se veut précis au point de vue technique et militaire. L’auteur, d’abord journaliste sportif, trouve sa voie en rédigeant une biographie de Sandy Woodward, chef de guerre anglais lors du conflit des Malouines. Patrick Robinson plonge alors (hum !) dans le thriller militariste : il rédige une quinzaine de romans maritimes (la moitié ont été traduits) et d’autres récits guerriers, notamment LE SURVIVANT qui donne au cinéma « Du sang et des larmes » de Peter Berg.

Avec LE SOUS MARIN DE LA DERNIERE CHANCE, le lecteur n’échappe pas au jargon technique et au blabla, lequel parasite quelque peu l’action sans que cela soit réellement problématique. Les moins férus de tactiques militaires pourront se contenter de survoler certains passages rébarbatifs pour se concentrer sur l’action et l’aventure. Malheureusement celle-ci est incroyablement verbeuse. Alors que le roman débute de manière agréable la suite s’enlise rapidement en dépit des commentaires élogieux de Sandy Woodward, lequel affirme que le livre « se lit d’une traite » et qu’il est à la fois clair, documenté et passionnant.

On peut ne pas être d’accord. Certes, à la manière d’un James Bond, le romancier nous emmène sur le vaste monde, de Washington à la Russie en passant par la Chine ou le cercle polaire. Certes quelques passages surnagent et réactivent l’intérêt défaillant du lecteur. Mais que de longueurs, que de situations étirées au-delà des limites acceptables, que de palabres entre personnages caricaturaux et inintéressants. Le tout pourrait néanmoins divertir à la manière d’un blockbuster des années 80 (dans le genre des production Cannon) si Robinson se souciait davantage de divertir au lieu d’engluer son intrigue au rythme léthargique. Et puis plus de cinq cent pages est-ce bien raisonnable ? La moitié aurait sans doute suffit. L’honnêteté me pousse d’ailleurs à dire qu’après avoir péniblement lu 250 pages le bouquin m’est littéralement tombé des mains. Soporifique !

Si l’idée de base semblait prometteuse et la perspective d’un techno thriller maritime avait suffi à motiver l’achat je crains que Robinson ne rejoigne DiMercurio sur ma liste des auteurs imbuvables. Rendez-moi Cussler !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #anticipation, #Technothriller

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Publié le 4 Décembre 2017

MIRAGE de Clive Cussler & Jack Du Brul

Clive Cussler, né en 1931, écrit depuis 50 ans (son premier roman publié fut MAYDAY ! quoique le premier écrit soit VORTEX). Par la suite, il poursuivit les aventures de son héros récurent, Dirk Pitt, avec ICEBERG et RENFLOUEZ LE TITANIC (adapté de manière assez médiocre à l’écran sous le titre « La Guerre des abîmes »). La saga, toujours en cours, compte à présent 24 livres dont les derniers furent co-écrits par son fils, Dirk Cussler.

Depuis le début des années 2000, Cussler a également multiplié les collaborations, inscrivant la plupart de ses récits dans un « univers partagé » plus vaste : il lance ainsi « les dossiers de la NUMA », « Oregon », « Fargo », « Isaac Bell »,…Difficile d’estimer ce qui est véritablement écrit par Cussler dans ces séries aux « co-auteurs » (nègres ?) interchangeables comme Craig Dirgo, Paul Kempos, Jack Du Brul, Boyd Morrison, Paul Garrison, etc.

En tout cas, Cussler occupe adroitement l’espace médiatique puisque trois ou quatre romans sortent chaque année, l’auteur étant devenu une marque à la manière de Tom Clancy ou Robert Ludlum. Tout comme ces derniers, il est probable que même la mort ne puisse empêcher la sortie, pour encore de nombreuses années, de nouveaux romans « signés » Clive Cussler.

MIRAGE appartient à la saga de l’Oregon, dont il constitue le neuvième épisode, et conte les aventures de Juan Cabrillo, président de l’organisation « Corporation » et capitaine d’un navire ultra sophistiqué, l’Oregon, camouflé en vieux rafiot. Cabrillo, qui possède une jambe artificielle truffée d’armes et de gadgets, intervient en tant que mercenaire pour sauvegarder la paix mondiale. L’Oregon et son équipage apparurent pour la première fois dans RAZ DE MAREE (de la série « Dirk Pitt ») mais possèdent à présent une « existence » propre quoique les romans ne perdent jamais une occasion d’effectuer quelques clins  d’œil à Pitt, la Numa ou d’autres protagonistes de Cussler.

MIRAGE se réfère à la légendaire expérience de Philadelphie, laquelle visé à rendre invisible un navire, le USS Eldridge, mais aurait abouti à sa téléportation avec des conséquences désastreuses pour la santé physique et mentale des marins. Le roman reprend certains éléments fréquemment associés à cette « théorie du complot », notamment l’utilisation d’une invention inconnue du fameux Nikola Tesla, devenu, dans la culture populaire, synonyme de génie incompris ayant mis au point la téléportation, la réplication de la matière, les rayons de la mort, etc.

A la manière d’un James Bond, MIRAGE débute par un « prégénérique », une longue scène qui voit Cabrillo s’infiltrer dans une prison sibérienne afin de libérer son ami Borodin, emprisonné par le dangereux Pytor Kenin. Au cours de l’opération, Borodin meurt et ses dernières paroles lancent Cabrillo sur les traces d’un mystère maritime de plus d’un siècle et d’un bateau inventé par Nikola Tesla. Après avoir récupéré une colossale fortune, l’équipage de l’Oregon tente d’empêcher une nouvelle guerre sino-japonaise et de détruire des navires furtifs menaçant la paix mondiale.  

« En matière de technologie ce qui était impossible hier sera sur le marché demain. Ton téléphone mobile a plus de capacités de calcul que l’atterrisseur qui a permis à l’homme de poser le pied sur la lune ». Voilà qui donne le ton d’un roman que l’on pourrait facilement qualifier d’invraisemblable ou de délirant. La principale qualité de MIRAGE réside dans l’incorporation, au sein du récit, des théories complotistes concernant Tesla et, en particulier, de la célèbre « expérience de Philadelphie » (qui donna lieu à un très plaisant long-métrage en 1984). Toutefois, certaines sous-intrigues semblent plaquées sur l’histoire principale afin d’allonger la sauce. Ainsi la récupération d’une fortune dans le « container » - quoique divertissante - parait n’avoir aucune relation avec le récit et aurait pu servir de base à un tout autre bouquin. Cependant, ce défaut mineur n’entame pas la réussite de MIRAGE qui demeure un « page tuner » efficace dans la tradition de Cussler : un mélange d’aventures maritime, d’action et d’espionnage saupoudré d’une touche de science-fiction (ou d’anticipation). Si l’ensemble s’avère linéaire et quelque peu prévisible, ce roman reste un bon cru hautement distrayant qui maintient l’attention du lecteur durant plus de 400 pages bien tassées.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Thriller, #anticipation, #Technothriller, #Clive Cussler

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Publié le 13 Novembre 2017

CLONE CONNEXION de Christophe Lambert

Dans un futur proche seuls les déclassés de la technologie continueront à surfer sur l’Internet. Le vrai réseau c’est l’Intersphère, créé par la société Amalgam, un champ d’énergie invisible qui ceinture la terre et où circulent les données. Pour en bénéficier, il faut posséder une connexion cérébrale, autrement dit être un « plugged ». Cependant, l’accès à cette Intersphère nécessite l’intervention d’humains aux capacités spéciales, les connecteurs. L’un d’entre eux, Frédéric Lorca, se voit engager par Amalgam et mène rapidement la grande vie, passant son temps de travail dans un caisson d’isolement et son temps libre auprès de la Jet set. Mais Lorca découvre qu’Amagalm dissimule bien des secrets : contacté par une jeune femme appartenant à une brigade de contrôle éthique, notre héros réalise qu’il est peut-être un clone. Pour en avoir le cœur net, il s’enfuit vers l’Ecosse en compagnie d’une employée d’Amalgam, Sarah Klein. Son objectif ? Demander des comptes au grand patron, Willy Van der Braden, vivant reclus dans son castel des Highlands en véritable Maitre du Haut Château…

Christophe Lambert propose ici un avenir crédible où la fracture technologique s’est élargie au point qu’elle divise l’humanité en deux : d’un côté les « plugged » capables de surfer sur l’Intersphère, de l’autre les laisser pour compte « unplugged » condamnés à la lenteur exaspérante de l’Internet. Si les nantis semblent mener une vie agréable, le monde a poursuivi sa décrépitude : la pollution s’est accrue (les eaux de la Seine sont à ce point polluées qu’y plonger vous tue en quelques secondes), les animaux ont mutés, le tunnel sous la Manche a été détruit par un attentat,… Les véritables dirigeants ne sont plus les hommes politiques mais les patrons de multinationales, à l’image de Van der Braden, mélange (assumé) entre Bill Gates et Ozymandias (des Watchmen). Ce-dernier veut le bien du peuple mais à n’importe quel prix,  ce qui le conduit à transgresser les lois et à se lancer dans le clonage humain, pourtant interdit.

Voici une nouvelle réussite de Lambert dans le domaine de la littérature jeunesse (quoique les adultes y trouveront, eux aussi, largement leur compte) : un mélange de suspense, d’aventures et de questionnements éthiques et philosophiques. Ceux-ci sont dispensés avec efficacité, sans jamais ralentir le rythme de cette course poursuite dans les Highlands. L’auteur se permet également quelques clins d’œil envers son lectorat plus âgés, notamment à son homologue « qui fut acteur au siècle dernier ». Car, comme souvent, Lambert ponctue le récit de références discrètes (Star Wars, le cinéma de Spielberg, etc.). On sent aussi, plus nettement, l’influence de Philip K. Dick et cette intrigue renvoie aux questionnements du Blade Runner Rick Deckard sur sa propre humanité mais aussi, plus généralement, aux intrigues de Dick basées sur des faux semblants et une réalité toujours quelque peu fluctuante. L’interrogation finale du héros en témoigne d’ailleurs : à qui peut on se fier ?  Qui est réellement humain ?

Contrairement à de nombreux romans de SF très épais mais vides, CLONE CONNEXION est un roman aussi court (200 pages) que riche et passionnant. A lire ou relire d’urgence !

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Publié le 20 Octobre 2017

ORIGINE de Dan Brown

ORIGINES constitue la cinquième aventure du professeur de symbologie Robert Langdon, à nouveau embarqué dans une énigme qui menace la stabilité mondiale. Crée en l’an 2000 dans l’efficace ANGES & DEMONS, Langdon acquiert la célébrité suite au triomphe inimaginable de DA VINCI CODE, vendu à ce jour à 86 millions d’exemplaires. Ces deux romans furent adaptés avec succès au grand écran. Par la suite, Dan Brown poursuivit la saga avec LE SYMBOLE PERDU et INFERNO (lui aussi adapté pour le cinéma mais sans guère de réussite au box-office).

Cette cinquième livraison reprend une formule à présent balisée : un « prégénérique » intriguant puis l’introduction de Langdon, à nouveau confronté au mystère. Un de ses anciens étudiant, Edmond Kirsch, a, en effet, rencontré trois délégués du « Parlement des religions » (un rabbin, un archevêque et un imam) pour leur annoncer que ses découvertes allaient remettre en question les fondements de leurs croyances. Athée convaincu, expert futurologue et milliardaire des nouvelles technologies, Kirsch organise, trois jours plus tard, une réunion au musée Guggenheim de Bilbao à laquelle est convié son vieux professeur Robert Langdon. Kirsch promet d’apporter une réponse aux deux questions fondamentales de l’Humanité : « d’où venons-nous et où allons-nous » ce qui, selon lui, conduira inévitablement à la fin des trois grands monothéismes. Mais, avant qu’il ait pu annoncer sa découverte, Kirsch est abattu par un ancien amiral espagnol. Et voici Langdon, accompagné d’Ambra, la directrice du musée (et accessoirement future reine d’Espagne), lancé sur la piste du mot de passe qui permet d’accéder aux découvertes de son élève. Pour l’aider, il peut compter sur Winston, une intelligence artificielle dernier cri, sorte de « Siri ultra améliorée ».

Construit sur la recette familière de l’auteur (et qui, malheureusement, se voit appliquée dans les trois quarts des techno thrillers actuels), ORIGINE est avant tout une course poursuite, pas si éloignée des films d’Hitchcock dans lesquels un quidam se voyait embarqué dans une affaire d’envergure mondiale au risque d’y laisser la vie. Les grandes révélations théologiques tiennent donc lieu de McGuffin et permettent de dérouler un suspense mené à cent à l’heure entrecoupé des habituelles – mais plutôt réussies – digressions de l’auteur sur les religions, l’intelligence artificielle ou l’art contemporain (qu’il ne semble guère apprécié).

Bien sûr, Dan Brown ne serait pas Dan Brown s’il ne recourait pas aux ficelles des sectes, des assassins illuminés croyant servir une juste cause et des collusions entre les différences instances du pouvoir, notamment la religion et la politique. Ici, l’écrivain s’intéresse à une dissidence de l’Eglise catholique lancée en 1978, l’église palmarienne. Son fondateur, proclamé pape sous le nom de Grégoire XVII, récuse l’autorité du Pontife romain et professe une doctrine ultra conservatrice. Par la suite, la secte canonise de nombreuses personnalités (dont Franco). Le roman insiste sur l’oppression exercée à l’encontre des fidèles, le refus des adeptes de « tendre l’autre joue » pour proclamer la loi du talion et l’ambition de mener une guerre sainte totale contre les ennemis du Christ.

L’auteur joue aussi les guides touristiques, notamment à Barcelone, sur les traces de Gaudi avec sa Casa Mila et sa Sagrada Familia. Le roman se voit d’ailleurs rattrapé par l’actualité puisqu’il décrit une Espagne souffrant d’instabilité politique qui s’interroge sur l’abandon de la monarchie. De plus un des personnages a vu sa famille décimée par un attentat anti-chrétien et décide de réagir en menant se propre guerre sainte.

Pour le reste, les grandes révélations annoncées par le héros martyrisé pourraient-elles réellement mettre à bas les religions ? Peu crédible puisque la foi, par définition, est personnelle. Les religions ont toujours réussi à s’adapter, intégrant les découvertes successives pour continuer d’exister en opérant un subtil jeu d’équilibre entre croyance et science. La révélation finale, un peu longuette et fort verbeuse (l’auteur semble vouloir tout expliciter pour ne pas lâcher son lecteur), n’est finalement pas si extraordinaire que ça et on voit mal ce qui empêcherait les religions de rebondir et de continuer à prospérer. Si Brown semble croire au triomphe prochain de la raison et de l’athéisme sur le fondamentalisme religieux l’actualité parait pourtant le démentir. Qu’importe, l’essentiel réside, une fois de plus, dans la capacité d’émerveillement procuré par l’auteur, souvent dénigré et pourtant doté d’un solide métier dans l’art du divertissement et du « page turner ». Une fois de plus, toutes les informations sont d’ailleurs présentées comme authentiques et Brown enrichit la narration d’extraits d’un site web (fictif) conspirationniste afin de relancer l’intérêt.

Bien sûr, Langdon lui-même reste toujours schématique et stéréotypé : son implication véritable est minime, il se contente de courir d’un coin à l’autre de l’Espagne, visite des lieux emblématiques et déchiffre des énigmes. Mais Brown a parfois le sens de la formule : lorsque l’emballement médiatique atteint son plus haut niveau et que l’affaire est suivie par deux cent millions de curieux, il déclare « le reste du globe est devenu le studio d’une émission de téléréalité ».

Comme dans les précédents romans de l’écrivain, le grand jeu de piste finit toutefois par lasser le lecteur, embarqué dans une énième chasse au trésor qui retarde au maximum les révélations attendues depuis les premières pages. Mais on pardonnera ce bémol car, si les recettes sont connues (chapitres très courts, cliffhangers nombreux, retournements de situation, alternance de point de vue), elles demeurent mitonnées avec une efficacité éprouvée qui place Brown, que l’on le veuille ou non, dans le peloton de tête des auteurs de thrillers politico-ésotérico-anticipatifs actuels.

Au final, un bon divertissement.

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Publié le 11 Octobre 2017

T-REX de Douglas Preston

Prologue. 1972. L’expédition Apollo 17 ramène de la lune des échantillons de roche qui finissent par disparaitre, mystérieusement « égarés ». Trois décennies plus tard, Marston Weathers est abattu, au Nouveau Mexique, par un tueur à gages, Jimson Maddox. Avant de mourir, l’agonisant confie à un certain Tom Broadbent un carnet, rédigé en code, qu’il destine à sa fille, Robbie. N’ayant guère confiance dans la police, Tom s’adresse à un personnage improbable comme il n’en existe que dans les romans : Wyman Ford, ancien expert en décryptage de codes secrets reconverti moine dans un monastère perdu. Mais Maddox cherche, lui aussi, à mettre la main sur le fameux carnet.

Spécialiste du techno-thriller, Douglas Preston est fréquemment associé à Lincoln Child, notamment pour la très réussie série consacrée à Pendergast. Il a également écrit, seul, une poignée de romans dans un style similaire et qui démontrent son solide métier de « page turner ». Les chapitres sont très courts (généralement 3 ou 4 pages) et donc fort nombreux (une centaine pour un total de 500 pages) : ils nous baladent avec une science éprouvée entre les principaux protagonistes, tous assez peu vraisemblables mais bien typés. Tom Broadbent, apparu dans CODEX, le précédent bouquin de Preston rassemble ainsi toutes les qualités du pur héros de roman, aussi riche qu’honnête, prêt à tout risquer pour tenir la promesse faite à un inconnu agonisant. Jimson Maddox est un tueur à gages sadique traditionnel qui ne tarde pas à enlever l’épouse du héros, bien décidé à la violer. Le moine ancien de la CIA, Wyman Ford, aussi original que peu crédible, reviendra dans plusieurs romans ultérieurs de Preston. Nous trouvons également l’assistante en mal de reconnaissance d’un paléontologue et un scientifique désireux de s’emparer du squelette d’un tyrannosaure.

Le roman alterne donc les points de vue des protagonistes afin de maintenir l’intérêt et l’auteur n’hésite pas à proposer de nombreux (petits) cliffhangers qui relancent régulièrement la machine. Pourtant, le tout ne parait pas franchement original : T-REX s’inscrit dans la tradition du techno-thriller littéraire à grand spectacle qui mélange joyeusement aventures et action avec une pointe d’espionnage et une dose de science-fiction. Un style popularisé, entre autre, par Clive Cussler, Michael Crichton ou Tom Clancy et depuis repris par bien des auteurs américains, Dan Brown en tête. Preston accommode efficacement sa tambouille sans éviter les nombreux clichés.  Malgré la couverture et l’accroche prometteuse (« mort il y a soixante-cinq millions d’années il peut encore tuer ») qui annonçait une sorte de JURASSIC PARK le lecteur ne verra jamais le tyrannosaure en action, il faudra se contenter de son squelette. On peut donc avoir l’impression de s’être fait avoir jusqu’à l’os, d’autant que les descriptions de l’animal régulièrement dispensées par l’auteur tiennent finalement de l’anecdote et n’auront aucune incidence sur l’intrigue.

La courte poursuite voulue haletante, l’intervention de militaires au service du gouvernement désireux d’étouffer l’affaire, la révélation finale, l’enlèvement de l’héroïne,…Rien de bien neuf, que du déjà lu et relu avec néanmoins une impression générale d’efficacité : T-REX se lit donc très rapidement mais ne peut échapper au syndrome de la grenouille se prenant pour le bœuf. Autrement dit, tout cela ressemble fort à un de ses petits bouquins de gare qui pullulait dans les années ‘70 et ‘80 sauf qu’ici l’auteur se prend davantage au sérieux et s’étend sur 500 pages (au lieu de 200) pour boucler son intrigue. De plus, à force de surenchère dans le dernier acte la crédibilité, déjà entamée, en prend un coup et les personnages sont définitivement trop stéréotypés et manichéens pour que l’on puisse douter une seule seconde de la fin.

Bref, T-REX s’impose comme un divertissement correct (quoique longuet) mais qui manque vraiment d’originalité, de suspense ou même d’une certaine hargne tant l’ensemble prend soin de rester très grand public, y compris lors des scènes violentes.

Si le livre « fait le job », il ne peut prétendre dépasser la moyenne des (trop nombreux) bouquins d’aventures de ce style.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Aventures, #Thriller, #Technothriller, #Douglas Preston

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Publié le 26 Mai 2017

QUANTUM de Peter Hamilton

L’Anglais Peter Hamilton (né en 1960) s’est fait le spécialiste des space-opéras gigantesques et des récits s’étendant sur des centaines, voire des milliers de pages, comme en témoigne son magnum opus, L’AUBE DE LA NUIT, œuvre fleuve (de plus de six mille pages) divisée en six tomes bien épais et qui serait, de fait, le plus long roman de SF jamais écrit. Hamilton aime les séries et celle de Greg Mandell en constitue une autre, trilogie cyberpunk mêlant science-fiction réaliste, politique fiction et énigme policière. Le premier tome, MINDSTAR, pose les bases d’un univers encore développé dans ce second opus, QUANTUM, situé dans un XXIème siècle dévasté par le réchauffement climatique.

Ancien militaire ayant combattu les djihadistes durant la guerre de Turquie, Greg Mandel travaillait pour la Mindstar, une branche des forces armées britanniques dont les agents disposent de pouvoirs psychiques (empathie, télépathie, préscience, intuition, etc.) augmentés par divers implants neuronaux. L’Angleterre se reconstruit après la période la plus sombre de son histoire : en effet, durant dix ans, le président Armstrong a imposé une infâme dictature socialiste sous l’égide du Parti Socialiste Populaire. Heureusement, aujourd’hui, le parti est tombé suite à un attentat ayant couté la vie à Armstrong. La chute des gauchistes a permis la seconde restauration et l’accession au pouvoir d’un gouvernement capitaliste néo conservateur bien plus apprécié du peuple qui chasse et extermine les derniers sympathisants socialistes. Directrice de la compagnie Event Horizon, la milliardaire Julia Evans fait appel aux services de Mandel pour élucider la mort d’un spécialiste de la physique quantique, Edward Kitchener, vénéré par ses élèves et disciples tel un véritable gourou. Mandel enquête, découvre l’attraction physique exercée par le défunt sur ses étudiantes mais également l’impossibilité apparente de ce crime : personne n’a pu venir de l’extérieur mais tous les suspects semblent innocents, ce que confirment les dons psychiques de Mandel.

QUANTUM est un roman touffu qui brasse de nombreux thèmes (physique quantique, voyages dans le temps, voyages interstellaires, problématique du réchauffement climatique, pouvoirs psy amplifiés par des implants,…) typiques du cyberpunk et qui, associés au contexte politique développé avec une réelle originalité (la suprématie conservatrice et libérale, associé à la toute-puissance des mégacorporations, comme solution après dix ans de tyrannie socialiste), offrent un background fouillé et intéressant à une énigme policière assez classique dans l’esprit des romans de l’âge d’or. Nous ne sommes pas loin des « cosy murder » et des « country house mystery » avec cette investigation menée par un enquêteur perspicace devant élucider le meurtre impossible d’un savant retranché dans un lieu isolé. Pour coller à son époque, l’auteur recourt néanmoins à la technologie et ajoute à son énigme une bonne rasade d’action, en particuliers durant les cent dernières pages, créant ainsi un hybride, ma foi fort efficace, entre le policier d’énigme, le polar hard boiled et la science-fiction politisée.

Certes, on peut regretter quelques longueurs (le bouquin fait quand même 540 pages, à peine une nouvelle selon les standards de son auteur mais un pavé pour la plupart des écrivains de SF), des digressions parfois un brin ennuyeuses ou exagérément étirées (était-il nécessaire de consacrer autant de pages à l’opposition entre la milliardaire Julia Evans et la présentatrice télé qui se moque de ses tenues ?) mais, dans l’ensemble, QUANTUM reste un divertissement bien mené, prenant et réussi dans lequel on ne s’ennuie pas.

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Publié le 24 Avril 2017

TEMPETE POLAIRE de Clive Cussler et Paul Kamprecos

 

Auteur américain, Clive Cussler crée au début des années 70 le personnage de Dirk Pitt, aventurier baroudeur employé par la Numa (l’Agence nationale américaine marine et sous-marine). Série phare du romancier (nous en sommes actuellement à 24 romans), la saga prend de l’ampleur, passant au fil des ans de romans d’aventures maritimes à des techno-thrillers spectaculaires, équivalents littéraires des James Bond cinématographiques mâtinés d’Indiana Jones. A l’orée du vingt-et-unième siècle (Cussler ayant alors 70 ans), il s’associe avec une poignée d’auteurs pour proposer des spin-off basés sur d’autres héros, eux-aussi affiliés à la Numa, comme Kurt Austin ou Juan Cabrillo, lesquels ont à présent vécus une douzaine d’aventures autonomes. Dans la plupart d’entre-elles la menace se fait mondiale et implique souvent un grand méchant mégalomane là aussi fortement influencé par les antagonistes de l’agent 007.

Pour sa sixième apparition (écrite en 2005), Kurt Austin apprend qu’un riche businessman associé à un groupuscule anarchiste radical, les Fils de Lucifer, s’apprête à utiliser les théories d’un génial savant, Lazlo Kovaks (disciple du fameux Nikola Tesla), pour provoquer une inversion des pôles (à la manière du film 2012). Une catastrophe qui, une fois déclenchée, pourrait entrainer la fin du monde. Austin et les autres membres de la Numa

Reprenant une formule à présent bien rodée (un prologue historique, ici situé durant la Seconde Guerre Mondiale, des chapitres courts avec nombreux cliffhangers), TEMPETE POLAIRE n’en dévie pas un instant: le héros sauve le monde, tombe la demoiselle (intelligente, intrépide et « aussi belle que la plus belle des top-modèles ») et les méchants sont punis (le final avec sa catastrophe avortée semble d’ailleurs un rien précipité).

L’écriture, pour sa part, est professionnelle, alerte et adopte les techniques classiques du bestseller d’action avec ses personnages nombreux, ses sous-intrigues farfelues (dont la découverte d’une espèce de mammouth nains ayant survécus jusqu’à notre époque dans une cité préhistorique souterraine) et ses chapitres courts (souvent en dessous de dix pages) qui relancent l’intérêt. On peut se demander quelle est la part réelle de Cussler à ce roman (comme à tous ceux écrits en « collaboration ») quoique son nom soit écrit en caractères beaucoup plus gros que celui de Paul Kamprecos, sans doute le véritable auteur.

L’ensemble, entre aventures, science-fiction, récit catastrophe et « espionnage » tient en haleine mais manque un peu d’originalité pour réellement passionner.  Cela reste un bon divertissement typique du style Cussler, capable de plaire aux fans avec ses clins d’œil et « caméos » bien amenés (Dirk Pitt effectue une apparition en fin de récit) sans toutefois totalement les combler. L’aspect répétitif des schémas narratif apparait en effet dans les bouquins publiés depuis le début du XXIème siècle et on n’y retrouve pas l’invention constante des meilleurs Cussler (comme CYCLOPE ou SAHARA).

Toutefois, malgré ces réserves, TEMPETE POLAIRE reste un bon « blockbuster littéraire » qui ne laisse guère le temps de souffler à son lecteur emporté dans une série d’aventures échevelées, entre tourmente océanique et gigantesques vagues scélérates (un phénomène naturel rare mais authentique) menaçant d’engloutir la terre entière.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Thriller, #Technothriller, #Aventures, #Clive Cussler

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