roman court (novella)

Publié le 10 Octobre 2019

LES AIGLES DE VISHAN LOUR de Pierre Bottero

Ce court roman (davantage une longue nouvelle en réalité) a été publié une première fois en 2005 dans un numéro « spécial Heroic Fantasy » du magazine « Je bouquine ». Après la mort de l’auteur et afin que l’ensemble de son œuvre « fantasy » soit facilement accessible, le texte a été réimprimé chez Rageot. C’est intéressant pour les fans de Bottero, les inconditionnels diraient-on, car la majorité du public risque de trouver ce petit bouquin un peu cher : 12 euros pour environ 80 pages. Ces considérations pécuniaires mises à part, l’ouvrage s’avère plaisant mais quelque peu décevant.

On y découvre deux jeunes héros attachants (Plume et Esteblan, l’une est une voleuse / aventurière, l’autre un apprenti chevalier au cœur pur), un univers prometteur mais encore peu développé (nous ne sommes qu’aux prémices d’une aventure plus grandiose), un récit rapide et efficace…et puis voilà, le lecteur parvient déjà au terme de ce récit qui annonçait probablement une suite. Or, forcément, celle-ci ne verra jamais le jour, nous laissant légitiment frustrés.

Cependant, l’ensemble demeure plaisant. Nous sommes dans de la fantasy « young adults » classique avec de belles valeurs, des rebondissements, des créatures fabuleuses et la promesse d’aventures ultérieures d’une toute autre ampleur que nous ne pouvons qu’imaginer. Le style est alerte, précis, rythmé, très abordable et cette petite histoire remplit son contrat de divertissement. Le tout se lit en une petite heure et pourrait servir d’introduction à la Fantasy pour les plus jeunes à qui on peut la lire dès le plus jeune âge, ou presque (à partir de six – sept ans sans doute).

Bref, LES AIGLES DE VISHAN LOUR constitue moins une œuvre réellement aboutie qu’une passerelle pour explorer le monde plus vaste de la littérature de l’imaginaire. C’était sans doute le but de l’auteur en 2015 et c’est toujours le but quinze ans plus tard : initier les plus jeunes à la Fantasy de qualité.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Jeunesse, #Roman court (novella)

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Publié le 4 Septembre 2019

L’ŒUF DE DRAGON (90 ANS AVANT LE TRONE DE FER) de GEORGE R.R. MARTIN

 

Situé dans l’univers du TRONE DE FER mais 90 ans avant les événements contés dans les romans principaux (et la série) ce court roman suit les pas d’un Chevalier Errant, Dunk, escorté d’Aegon, dit l’œuf, jeune homme de sang royal. Dunk survit en effectuant divers tournois et le voici invité chez Jehan le Ménétrier afin de jouter pour célébrer les noces de Lord Beurpuits. Le gagnant du tournoi recevra un inestimable œuf de Dragon. Mais, durant les festivités, divers complots sont ourdis. Dunk et son écuyer vont s’y trouver mêlés.

Nous abordons ici le monde de Westeros (avec les Targaryen, les Stark, les Fer-Nés, le Nord, etc.) par la petite histoire, celle d’un vieux chevalier errant piégé malgré lui au coeur de diverses intrigues de cour. L’histoire est donc nettement moins spectaculaire mais n’en reste pas moins intéressante et on y retrouve les jeux d’alliances et autres manigances qui assureront le succès du TRONE DE FER. Comme dans cette saga, l’univers ici détaillé se veut réaliste, nous sommes clairement dans un Moyen-âge alternatif dans lequel la magie et les côtés fantastiques de l’Heroic Fantasy n’ont droit qu’à la portion congrue. Les joutes médiévales sont donc reconstituées avec précision et Martin s’attarde sur l’ambiance très « jeu du cirque » de ces combats codifiés.

Bref, une très agréable novella dans l’univers du TRONE DE FER qui pourrait même plaire à ceux qui, comme moi (ouch) n’accroche guère à l’œuvre maitresse dans son versant littéraire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Historique, #Roman court (novella)

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Publié le 29 Août 2019

L'EMPIRE ELECTRIQUE de Victor Fleury

Cet épais (et très beau) volume rassemble six longues nouvelles (voire des novellas) toutes situées dans un monde uchronique d’inspiration steampunk (l’auteur lui préfère le terme « voltapunk » puisque l’électricité remplace la vapeur). La France domine le monde sous la direction de Napoleon qui a établi sa capitale à Lyon et impose sa loi grâce aux merveilles de l’électricité domptées par le génial inventeur Victor Frankenstein.

Nouveau venu, Victor Fleury livre ici une authentique fanfiction en maniant avec dextérité l’art délicat du crossover littéraire. On pense à quelques prédécesseurs talentueux comme Xavier Mauméjean (et son LORD KRAVEN), Alan Moore (et ses GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES), Philip José Farmer (et ses TARZAN) ou encore, peut-être le titre le plus proche dans l’esprit, ANNO DRACULA de Kim Newman. Car l’écrivain emprunte à une vingtaine d’auteurs leurs personnages les plus emblématiques et les faits se croiser au gré de son imagination débordante. Ainsi dans « Le Gambit du détective », le fameux Sherlock Holmes, emprisonné pour activité anti-impériales est tiré du bagne pour aider la police à coffrer un redoutable et insaisissable criminel. Il croisera même la route d’un étrange voyageur équipé d’une curieuse machine imaginée par H.G. Wells.

La seconde histoire se révèle un peu moins originale mais tout aussi plaisante en revisitant le mythe de Frankenstein via la vie mouvementée de son petit-fils, Marc, médecin au service de l’Empereur qui croisera la route de la célèbre créature. Et qui rencontrera même, au final, un enthousiaste épigone créé par HP Lovecraft mais n’en disons pas davantage.

Dans le troisième récit nous partons dans le bayou avec le héros masqué Zorro, bien vieillissant mais encore capable d’exploits grâce à une armure de combat conçue par Loveless (des « Mystères de l’Ouest »). Il va aborder, en pleine révolte d’esclave, un homme destiné à finir sa vie la main tranchée et le visage dévoré par des abeilles. Les fans de Clive Barker comprendront.

Pour la quatrième histoire direction l’Australie aux côtés de Gavroche, décidé à s’évader, en compagnie de Cosette, d’un bagne dirigé par une sorte d’ordinateur voltaïque animé de sinistres intentions. Un récit très prenant avec son côté roman feuilleton assumé et sa manière de revisiter les lieux communs du steampunk de manière originale en s’appuyant sur la tradition littéraire française.

Dans « Les Eventreurs » nous irons traquer Jack The Ripper en compagnie de John Watson associé au gentleman cambrioleur Arsène Lupin décidé à empêcher les sinistres expériences médicales du Dr Moreau.

Enfin, la dernière intrigue, plus courte (50 pages), nous emmène « à la poursuite du Nautilus » et d’un capitaine Nemo qui ira au bout de l’océan se confronter à une gigantesque baleine blanche.

Cet épais recueil réinvente habilement le steampunk en changeant la géographie du récit (Lyon plutôt que Londres en « capitale mondiale ») et les divergentes uchroniques, optant pour l’électricité plutôt que la vapeur. Style alerte, rythme soutenu, lecture agréable (on peut lire cet EMPIRE ELECTRIQUE d’une traite ou nouvelle par nouvelle), vocabulaire un brin précieux,…Tout cela est très plaisant bien que l’on puisse y trouver l’un ou l’autre défauts (un côté un peu prévisible dans les récits et leurs conclusions, une orgie de références certes ludiques mais qui donnent parfois une impression de trop plein). Il s’agit néanmoins d’une œuvre fort réussie qui réinvente avec brio la littérature populaire et qui offre un véritable plaisir de lecture dans la lignée des classiques LES VOIES D’ANUBIS ou ANNO DRACULA. Et on poursuivra l’exploration de cet univers « voltaïque » avec la suite, L’HOMME ELECTRIQUE.

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Publié le 15 Juillet 2019

AUX CONFINS DE L'ETRANGE de Connie Willis

Sorti dans sa version originale en 1993, ce recueil de Connie Willis (couronné par le Locus) succède aux VEILLEURS DU FEU et rassemble, après une préface de Gardner Gozoi, onze titres assortis, à chaque fois, d’une courte présentation. Nous débutons avec le célèbre « le dernier des Winnebago » lauréat du Nebula, du Hugo et du Prix Asimov dans la catégorie des « romans courts ». Il s’agit d’un texte mélancolique sur la fin d’un monde (le nôtre) plus que sur la fin du monde puisque celle-ci se déroule chaque jour et voit disparaitre diverses espèces. L’auteur effectue ainsi un parallèle entre la fin des caravanes Winnebago, symbole d’une Amérique disons post-soixante-huitarde et l’extinction de certains animaux comme les chiens.

On continue avec une nouvelle récompensée par le Nebula, le Hugo, le Locus et le Asimov (!) : « Même sa majesté », texte humoristique anti féministe écrit par une femme, une belle réussite souvent très drôle.

« Ado » est un autre excellent texte court humoristique, une des histoires les plus mémorables imaginées par Connie Willis au sujet de la censure des œuvres littéraires par diverses associations bien pensantes style Social Justice Warriors et autres abrutis. Immanquable et terriblement actuel.  

Le court roman « Pogrom spatial », récompensée par le prix Asimov, ne m’a pas spécialement convaincu mais n’est pas mauvais pour autant juste (à mon sens) un peu longuet. « Temps mort » et ces abracadabrantes théories sur le voyage temporel assorties de romance (on pense parfois à la très chouette rom-com science-fictionnel « About time ») fonctionne de plus belle manière mais peut apparaitre un peu confuse au lecteur. Le début semble également un peu long à se mettre en place (voire laborieux) et il faut attendre les dernières pages pour que la construction narrative de Willis se déploie réellement.

« A la fin du crétacé » constitue une autre nouvelle humoristique, ou plutôt satirique, qui vise les Universités américaines. Malgré quelques notes amusantes elle risque de laisser sur le carreau les lecteurs moins familiers avec cet univers et apparait comme anecdotique. « Conte d’hiver » et « Hasard », plaisants, pâtissent de la comparaison avec l’excellent « Rick ». Situé dans le cadre de Londres durant le blitz, un univers bien connu de l’écrivaine puisqu’elle le revisitera dans son fameux diptyque BLACK OUT / ALL CLEAR (BLITZ), cette longue nouvelle (80 pages) revisite avec brio un thème classique du fantastique. Prenant son temps pour aborder le « genre », le récit montre que, durant la dernière guerre  mondiale, certains trouvèrent leur vocation, de la jeune fille soudainement entourée de soupirants au sauveteur cachant une créature bien connue du « bestiaire ».

Enfin, « Au Rialto », gagnant du Nebula, termine ce recueil sur une nouvelle note humoristique en effectuant un parallèle entre deux mondes incompréhensibles : la physique quantique et Hollywood. Les théories des physiciens paraissent aussi délirantes que les tentatives d’apprentis réceptionnistes / comédiens de percer dans la cité des Anges. Cette nouvelle, dans lequel le lecteur se sent logiquement perdu, permet de passer un bon moment et termine sur une note positive un recueil forcément inégal mais dans l’ensemble très plaisant. A noter que les trois textes primés se retrouveront logiquement dans l’anthologie « best of » LES VEILLEURS.

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Publié le 5 Juillet 2019

BOB MORANE Vs L’OMBRE JAUNE : DOUBLE DOSE D’AVENTURES d'Henri VernesBOB MORANE Vs L’OMBRE JAUNE : DOUBLE DOSE D’AVENTURES d'Henri Vernes

Les deux premiers romans de l'intégrale "L'Ombre Jaune 2"

L’HERITAGE DE L’OMBRE JAUNE

Se replonger dans un Bob Morane passé quarante ans c’est l’assurance de retrouver une partie de son adolescence. En effet, ce qui est bien avec Bob Morane c'est l’assurance d’y retrouver toutes les conventions (les mauvaises langues disent clichés mais ils ne savent pas ce qu’ils perdent! ) du roman d'aventures : complot diabolique, super-méchant développant une étrange relation de respect / aversion pour son adversaire, intrigues farfelues qui dérapent régulièrement dans le fantastique, belle demoiselle mystérieuse, inventions délirantes détaillées avec un luxe de détail qui les rendraient presque crédibles, etc. Ajoutez à cela un cliffhanger toutes les quinze pages (soit une montée d'adrénaline typique de la littérature populaire qui conclut chaque chapitre afin de donner envie de voir ou lire la suite) et un rythme soutenu qui maintient l’attention et vous obtenez tous les ingrédients nécessaires à un vrai divertissement sans temps morts capable de vous dépayser pour deux bonnes heures par une chaude après-midi d’été. Bien sûr, n'espérez pas y trouvez de réflexions philosophiques pointues mais ne méprisons pas la littérature d’évasion, souvent plus intéressante et sympathique que certaines briques indigestes pondues par des auteurs en vue. Alors que ces derniers croient proposer de l'art en diluant leur récit sur des centaines de pages où ils ne se passent strictement rien Henri Vernes nous donne du rythme et de l’action. Que se passerait-il si l’héroïque Bob Morane entrait en possession des ressources de son terrible ennemi Mr Ming, dit l’Ombre Jaune ? Pour le savoir il suffit de se replonger dans cette centaine de pages rapidement lues qui procure un plaisir instantané, légal et sans risque. Alors pourquoi se priver ?

LES GUERRIERS DE L’OMBRE JAUNE

Bob Morane, l’Ombre Jaune,…Que dire de plus? Cette histoire on l’a déjà lu dix, vingt, trente fois (selon son degré de “finitude” envers l’Aventurier. Et pourtant on prend encore plaisir à suivre, durant deux heures, les démêlées de Bob et de Monsieur Ming. Ce-dernier dispose cette fois d’une nouvelle armée de guerriers, des combattants atteints d’une maladie mortelle jadis cryogénisés. A présent « décongelés » et guéris ils viennent grossir les rangs des suppôts de l’Ombre Jaune.

Capturés, Bob et Bill sont promis à un sort similaire après un lavage de cerveau mais l’intervention opportune de Tania permet à nos héros de triompher de leur éternelle Nemesis.

Henri Vernes anticipe ici la mode des « zombies » en lançant des êtres ressuscités et fanatisés aux trousses de notre héros. La première partie, faite de mystère et d’un siège en règle de la demeure où Bob et Bill se sont réfugiés reste la plus prenante. La suite se montre plus convenue : Mr Ming explique son plan, ne supprime pas nos héros (ce serait trop facile) et finit par être vaincu…du moins provisoirement.

Rien de bien neuf mais un petit bouquin sympathique et enlevé qui permet de se détendre durant deux heures.

BOB MORANE Vs L’OMBRE JAUNE : DOUBLE DOSE D’AVENTURES d'Henri Vernes

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Publié le 4 Juillet 2019

DEFAILLANCES SYSTEMES (JOURNAL D'UN ASSASYNTH TOME 1) de Martha Wells

Voici une novella de science-fiction multi primée, premier volume d’une saga, par une auteur oeuvrant habituellement dans la Fantasy.

Un androïde de sécurité de genre indéterminé (on n’échappe pas au ridicule « iel », heureusement utilisé avec parcimonie… toutefois lire cette stupidité d’écriture inclusive donne déjà envie de refermer le livre) se révolte et nous suivons ses aventures, racontées à la première personne, entre visionnage de séries télévisées et missions de sécurité. Bref, une intrigue classique, pour ne pas dire simple que Martha Wells saupoudre de considérations sur l’éveil à la conscience de son / sa « robot tueur » (en réalité la chose est en partie composée de matériel biologique cloné et se définit elle-même du bien trouvé « AssaSynth »). Après avoir accédé à 35 000 heures de divertissement humain sous forme de musique, séries, livres, films, etc., notre AssaSynth accède à « l’humanité » et entretient dès lors des rapports ambigus avec les humains.

L’ensemble a plu et a récolté une tripotée de prix (Hugo, Nebula, Locus) dans la catégorie du « roman court ». Pourtant, rien de tout cela ne s’avère franchement original. BLADE RUNNER (le livre et plus encore le film), l’excellent DES LARMES SOUS LA PLUIE (inspiré du précédent), les animés « Ghost in the Shell », le récent LE RGEARD de Ken Liu, voire l’émouvant classique L’HOMME BICENTENAIRE d’Asimov (et d’autres récits sur les robots) et bien d’autres ont abordés ces thématiques tout aussi finement, voire de manière bien plus intéressante.

Que reste t’il à apprécier dans ce court roman? Certainement pas l’univers, très classique avec son mélange de politique fiction à tendance sociale typique du (post ?) cyberpunk : compagnies toutes puissantes, hybrides de robots et d’humains, etc. Les contraintes de pagination empêchent l’auteur de développer ce monde pour se focaliser sur l’intrigue proprement dite. Cette dernière reprend le modèle du thriller d’action / polar hard boiled / espionnage typique d’une littérature de l’imaginaire post William Gibson. Le style, lui, n’a rien de remarquable, ni en bien ni en mal, il s’avère tout à fait correct et permet une lecture rapide : en effet, en dépit d’un récit pas franchement passionnant, ces 150 pages sans aspérité se lisent sans trop d’ennui. On peut cependant reprocher le ton froid, voire plat, utilisé par Martha Wells mais celui-ci s’explique par la narration effectuée par un être artificiel.

En résumé, DEFAILLANCES SYSTEMES m’a semblé banal et, sans être désagréable, ce roman court ne propose rien de suffisamment original ou mémorable pour s’élever au-dessus d’une honnête moyenne. La dernière partie, pourtant plus axée sur l’action, m’a même semblé pénible. Bref, j’avais hâte d’en terminer, ce qui, pour un bouquin aussi court, se montre problématique.

Dès lors la pluie de prix récoltés outre Atlantique laisse rêveur. A moins d’estimer qu’un personnage principal « gender fluid » sous la plume d’une écrivaine soit suffisamment dans l’air du temps « politiquement correct » pour avoir convaincu un large public.

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Publié le 27 Juin 2019

LE VOL DU DRAGON d'Anne McCaffrey

Premier roman publié (en 1968 !) dans la très longue saga de Pern, LE VOL DU DRAGON s’apparente à un fix-up de quatre novellas, certaines précédemment publiées en revue: « La Quête du Weyr », « Le Vol du Dragon », « Poussières » et « Le Froid Interstitie » qui établissent l’univers de Pern. Un début en fanfare puisque « La Quête du Weyr » obtint le Hugo du meilleur roman court tandis que « Le Vol du Dragon » gagnait pour sa part le Nebula l’année suivante.

Le monde de Pern est défini comme de la « science-fantasy » néologisme assez barbare de prime abord mais finalement parlant puisque nous sommes dans un univers proche du médiéval fantastique à ceci près que la magie y est remplacée par la science, laquelle a permis de créer, par mutations, des êtres fantastiques. Capables de cracher du feu, de se téléporter et liés télépathiquement à leur maitre humain ces monstres fabuleux sont surnommés, par analogie avec les créatures légendaires, des dragons.

Dans « La Quête du Weyr » un chevalier-dragon recherche une jeune femme afin de la recruter pour devenir une dame du Weyr, télépathiquement liée à une reine dragon nouvellement née. Lessa sera ainsi désignée pour ce rôle et, par la suite, nous suivrons sa vie avec son dragon, Ramoth, et divers combats contre les menaçants Fils qui menace régulièrement Pern.

Par la suite on apprendra comment les dragons peuvent également voyager dans le temps afin de réorganiser les Weyrs et de permettre la défense efficace de Pern face à la menace des Fils. Cette révélation rapproche encore la saga de la science-fiction et change agréablement du pur contexte médiéval de nombreux romans de Fantasy. Et nous verrons quelques combats épiques entre les chevaliers dragons et leurs ennemis, là encore une demande de John W. Campbell qui avait suggéré le voyage temporel.

Ecrit voici cinquante ans, LE VOL DU DRAGON n’a guère vieilli : une héroïne forte et active, des créatures légendaires, un mélange de politique, d’intrigues de cours et de romance (qui deviendra la norme absolue d’une large part de la production Fantasy), une alternance de l’intimiste et du spectaculaire bien gérée,…Bref une grande réussite et un classique incontournable dans son genre. A lire ou à relire.

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Publié le 26 Juin 2019

FUTURS A BASCULE présenté par Isaac Asimov

Les anthologies ASIMOV PRESENTE rassemble des nouvelles « présentées » par Asimov, en réalité issus de la prestigieuse revue Asimov's Science Fiction (en activité depuis 1977). Ici, nous avons droit à cinq textes, deux nouvelles courtes, deux nouvelles longues et un court roman signé Lucius Shepard.

On entame avec le primé « La révolution des casses noisettes», vainqueur du Prix Asimov et du Hugo, une longue nouvelle (plus de 50 pages) humoristiques et inventives, très plaisante, signée Janet Kagan (1946 – 2008) dont il s’agit malheureusement de l’unique œuvre disponible en français (excepté un roman « Star trek » paru jadis au Fleuve Noir). Une révolution non violente franchement agréable à lire.

Un très bon début pour ce recueil qui embraie avec un texte de Tim Sullivan, « Atlas à 8 heures du mat’ » au sujet de la boucle temporelle qui emporte, chaque jour, le narrateur. Encore un auteur très peu traduit (3 nouvelles traduites chez nous) pour un court texte d’ambiance plutôt intéressant. Richard Paul Russo n’a pas non plus été beaucoup traduit : un texte dans Fiction, un autre dans Bifrost et deux romans (dont le très réputé LA NUIT DES FOUS). Il nous propose ici « Vas-y fonce », un récit de voyage dans des mondes parallèles là aussi assez agréable.

On poursuit avec « Temps mort » et ses abracadabrantes théories sur le voyage temporel assorties de romance (on pense parfois à la très chouette rom-com science-fictionnel « About time »). Le récit fonctionne de belle manière mais peut apparaitre un peu confus au lecteur. Le début semble ainsi un peu long à se mettre en place (voire laborieux) et il faut attendre les dernières pages pour que la construction narrative de Willis se déploie réellement.

Toutefois, la grande réussite de ce recueil reste le formidable « Bernarcle Bill le Spatial » de Lucius Shepard, situé sur une station spatiale loin d’une terre effondrée et dévastée où nous allons, entre autre, rencontrer le simple d’esprit Bernacle Bill et un agent de la sécurité qui tente de le protéger alors que s’installe une secte religieuse dangereuse. Un court roman (une centaine de pages) très efficace récompensé par une kirielle de prix (Asimov, Hugo, Nebula, etc.)

Le texte de Willis fut ensuite repris dans son recueil AUX CONFINS DE L’ETRANGE tandis que celui de Shepard était notamment inclus dans le recueil SOUS DES CIEUX ETRANGERS.

En résumé :

« La révolution des casses noisettes » = 4 étoiles

« Atlas à 8 heures du mat’ », « Vas-y fonce »,  « Temps mort » = 3 étoiles

Bernarcle Bill le Spatial = 5 étoiles

Au final, une anthologie de qualité très agréable à découvrir même si on eut aimé une présentation un peu plus soignée, comme une préface et une petite présentation des différents textes et auteurs choisis. On se consolera avec la qualité des cinq nouvelles proposées.

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Publié le 25 Juin 2019

HELSTRID de Christian Leourier

HELSTRID signe le retour d’un vétéran de la SF française, Christian Leourier, accueilli dans la prestigieuse collection « Une heure lumière » qui rassemble les meilleures novellas (autrement dit les « courts romans ») de l’imaginaire. A l’heure des gros pavés de milliers de pages il est agréable de pouvoir découvrir ces textes à la pagination nettement plus raisonnable (entre 90 et 150 pages) mais souvent tout aussi intéressants et maîtrisés que les interminables sagas. HELSTRID, planet opéra façon survival spatial en témoigne à nouveau.

Direction donc la planète Helstrid et ses conditions climatiques plus qu’inhospitalières : vent très violents, atmosphère irrespirable, température glaciale,…Mais l’Homme est décidé à exploiter ses ressources et des prospecteurs y partent donc et aboutissent sur Helstrid au terme d’un long voyage en hibernation. Une manière commode, pour certains, de laisser leur passé derrière eux à l’image de Vic qui tente de surmonter un chagrin d’amour. Le jeune homme se retrouve ainsi dans une sorte de camion d’exploitation supervisé par l’Intelligence Artificielle Anne-Marie. Hélas, sur le chemin du retour, le voyage normalement sans histoire devient une véritable lutte pour la survie en milieu hostile.

Leourier a débuté avec LES MONTAGNES DU SOLEIL, édité chez Robert Laffont en 1972, déjà un « planet opera » tout comme ce HELSTRID, roman d’aventures spatiales teinté de hard science ou, du moins, scientifiquement plus rigoureux que la plupart des romans de ce style. L’intrigue, assez simple, laisse la part belle à l’aventures proprement dite (et à la manière dont le héros va tenter de survivre dans un environnement très hostile) tout en proposant des réflexions sur la mortalité, le travail de deuil (un voyage de 25 ans en hibernation est ici envisage comme le meilleur moyen d’oublier un chagrin d’amour) et les rapports entre l’Homme et l’Intelligence Artificielle.

Par son cadre, ce court roman fait parfois penser au film « Seul sur Mars » ou à la série télévisée « Lost In Space » (dans son incarnation de 2018) en jouant sur l’ingéniosité humaine pour se sortir d’une situation apparemment sans espoir. Une jolie réussite qui offre ce qu’on attend de cette collection : deux petites heures (ou une seule pour les lecteurs allant à la vitesse de la lumière) de divertissement intelligent.

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Publié le 21 Juin 2019

CE QUE DISENT LES MORTS de Philip K. Dick

Datée de 1967, cette longue nouvelle se base sur un postulat original très ingénieux (et typiquement Dickien) : la semi-vie. Autrement dit la prolongation de l’existence par une sorte d’hibernation permettant de ramener, pour un court moment, les défunts à la vie pendant des années. Enfin, tant que les héritiers paient les frais de cet « entretien ». Le riche Louis Sarapis, ancien businessman, vit ainsi une pseudo existence et continue à influencer son entourage qui aurait bien aimé en être débarrassé. Surtout que Louis prend des décisions surprenantes, souhaitent que sa fille droguée lui succède et que son ami Gam soit élu président. Or, de manière incompréhensible, Louis peut à présent utiliser tous les canaux de communication pour imposer ses vues : à la télé, au téléphone, partout, tout le temps, le monde entend sa voix. Mais doit-on toujours écouter ce que disent les morts ?

Si l’évolution politique et technologique peut sembler datée (télégramme, Union soviétique,…), les thématiques restent intéressantes et pertinentes. Dick les développera d’ailleurs peu après dans son chef d’œuvre, UBIK, dont cette novella apparait comme un brouillon plutôt réussi. L’écriture se montre efficace, l’univers (excepté les notes surannées déjà mentionnées) crédible et les personnages originaux. On aurait toutefois aimé que l’auteur creuse davantage leur personnalité mais, dans les limites d’un texte relativement court (une centaine de pages), l’ensemble tient la route. Finalement, le principal regret réside dans un final un peu trop explicatif et rationaliste qui revisite l’intrigue sous l’angle d’un complot certes en phase avec les théories conspirationnistes chères à Dick mais ici moins convaincant que les hypothèses précédemment évoquées dans le récit.

Malgré ce bémol, une très plaisante manière d’occuper une heure de son temps et de découvrir un auteur majeur de la science-fiction.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #science-fiction, #Philip K. Dick

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