recueil de nouvelles

Publié le 29 Septembre 2021

LES TAMBOURS DU DIEU NOIR de Phenderson Djèlí Clark

Phenderson Djèlí Clark nouveau venu dans le domaine du fantastique, est un historien et professeur américain qui débute en littérature en 2011, publiant sa première nouvelle majeure, « L’étrange affaire du djinn du Caire » en 2016. On la retrouve dans ce recueil qui se compose également d’une novella, « les tambours du dieu noir ».

« Les tambours du dieu noir » se situe à la Nouvelle-Orléans, peu avant les célébrations du Mardi Gras, dans une Amérique dévastée par une guerre de Sécession interminable. La Nouvelle-Orléans, devenu territoire libre, abrite une arme magique mystérieuse, les fameux tambours divins, qui attisent les convoitisent de nombreux malandrins. La jeune voleuse adolescente Jacqueline LaVrille, aidée d’une capitaine pirate lesbienne, tentent de découvrir l’arme en question et se plongent dans une suite de complots et trahisons tandis qu’une apocalypse menace de détruire la cité. Voici un court roman enlevé et bien rythmé, dont on regrettera simplement une conclusion un rien hâtive. L’auteur aurait facilement pu développer sur quelques dizaines de pages supplémentaires son univers sans donner l’impression de tirer à la ligne. Quoiqu’il en soit, ce mélange de fantasy urbaine, de fantastique classique et d’uchronie dans un esprit steampunk reste très agréable à lire. On mettra quand même une réserve sur la traduction très « petit nègre » du parler créole, laquelle se montre parfois un peu pénible.

« L’étrange affaire du djinn du Caire » se révèle au moins aussi réussi avec son mélange d’enquête surnaturelle, de fantasy, d’uchronie et de fantastique oriental. Nous sommes en 1912, au Caire. Des êtres surnaturels se sont imposés, chassant l’Anglais et vivant en compagnie des humains. Djinn, Efrit, Anges,… Une jeune femme, membre du Ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, mène une investigation suite à la mort d’un Djinn, être normalement immortel qui se serait peut-être suicidé. Exploration d’un univers uchronique avec quelques touches Hellboy / Lovecraft dans cette confrontation entre des spécialistes du surnaturel et des créatures extra-dimensionnelles, le récit est conduit par une jeune femme habillée à l’occidentale devant faire face à l’hostilité des hommes musulmans qui doutent de ses compétences.

Deux textes efficaces, classiques dans leur thème mais originaux de part la nature de leurs protagoniste principaux et l’univers développé, en particulier dans la seconde novella qui explore un merveilleux très « mille et une nuits » convaincant. Conseillé !

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Publié le 20 Septembre 2021

LE CLOCHER DE NOEL ET AUTRES CRIMES IMPOSSIBLES de Roland Lacourbe

Roland Lacourbe s’est fait le spécialiste des récits de meurtres en chambre close et autres crimes impossibles via de nombreuses collections de nouvelles souvent efficaces. Cette nouvelle anthologie ne surprendra donc pas l’amateur, d’autant que la plupart des textes furent précédemment publiés dans d’autres « compilations » de Lacourbe. Heureusement, les récits s’avèrent de bonne tenue et les lire (ou, le plus souvent, les relire) permet de passer un bon moment.

Les nouvelles sont souvent anciennes, notamment « Le suicide de Kiairos » de Frank L. Baum (auteur du fameux MAGICIEN D’OZ) datée de 1897 que l’on peut donc qualifier de classique ou de précurseur du thème. Matthias McDonnel Bodkin propose de son côté une amusante enquête à propos de diamants disparus tandis que la Machine à Penser, le fameux détective de Jacque Futrelle, brille à nouveau avec une histoire de boule de cristal et de voyance fort bien orchestrée. Une des réussites du recueil qui invite à se pencher sur le « best of » que Lacourbe a consacré spécifiquement à Futrelle, écrivain disparu voici plus d’un siècle lors du naufrage du Titanic.

Dans les grands classiques que l’on prend plaisir à lire ou relire « Le problème du pont de Thor » demeure une des rares occasions où Sherlock Holmes s’est trouvé confronté à un crime apparemment impossible. La solution, très ingénieuse dans sa simplicité, ne déçoit pas. Une des meilleurs énigmes concoctées par Conan Doyle. Michel Leblanc, lui aussi, a offert un meurtre impossible dans la tradition du MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE à son Arsène Lupin confronté à une mort inexplicable dans une cabine de chambre. Pas mauvais mais un peu trop inspiré de Leroux.

De son côté, G.K. Chesterton se sert, une fois de plus, du récit policier pour permettre à son Père Brown de discourir de manière philosophique tout en résolvant un crime dont la victime serait une sorte de vampire. L’Oncle Abner, autre détective de l’âge d’or, débroussaille une énigme insoluble à la solution certes tarabiscotée mais fort ingénieuse. Plaisant.

Autre classique, « l’indice de la feuille de thé », récit quasi archétypal du meurtre impossible déjà publié à maintes reprises. La simplicité de la solution et son élégance en rendent la lecture toujours aussi agréable.

Lacourbe termine par deux nouvelles plus récentes : « du mouron pour les petits poissons » qui témoigne une nouvelle fois de l’imagination débordante de Joseph Commings en proposant le meurtre d’un scaphandrier, poignardé alors qu’il explore, seul, un navire naufragé. Enfin, dans un registre tout aussi imaginatif, Edward D Hoch termine ce recueil avec son fameux docteur Hawthorne, lequel tente de disculper un Bohémien du meurtre du prêtre local, assassiné dans son clocher. L’auteur propose ici une première solution (quelque peu décevante) avant une seconde, plus élaborée, qui s’assortit d’une réflexion sur la justice personnelle.

Au final, une bonne anthologie que l’on conseillera néanmoins plutôt aux lecteurs profanes, la plupart des nouvelles étant bien connues des amateurs, lesquels seront toutefois satisfaits de cette sélection de bonne qualité.

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Publié le 19 Juillet 2021

SI CA SAIGNE de Stephen King

Stephen King se montre généreux. Au lieu de publier quatre courts romans, il les assemble dans un gros recueil à la manière de DIFFERENTES SAISONS. Voici donc un copieux bouquin (450 pages) qui alterne le meilleur et le…moins convaincant.

Dans la première nouvelle, « Le téléphone de Mr Harrigan », un jeune garçon fait la lecture à un vieil homme pas spécialement recommandable, en tout cas capable d’une grande rudesse envers ses ennemis. Celui-ci fait l’acquisition d’un Iphone et ne peut plus vraiment s’en détacher. Lorsqu’il meurt le garçon enterre Mr Harrigan avec son téléphone. Ce qui leur permet de reste en contact, le décédé accomplissant les souhaits de l’enfant. Si le début rappelle un peu « Un élève doué » pour cette amitié qui se noue entre un garçon et un vieillard, le récit dévie rapidement vers un récit de vengeance post mortem. Très classique mais bien mené, un peu à la manière des bandes dessinées TALES FROM THE CRYPT, voici du King en pilotage automatique mais qui assure le boulot. Et même très bien ! (4/5)

La seconde novella, LA VIE DE CHUCK, déstabilise. Elle débute par la présentation d’un monde apocalyptique dans lequel tout se détraque (Internet, l’électricité, etc.) tandis que des messages de remerciement à un mystérieux Chuck se multiplient. Chuck est décédé à 39 ans et avec lui le monde se dirige vers sa fin. Ensuite, nous remontons le temps à deux étapes de la vie de ce Chuck, d’abord âgé de près de 30 ans et emporté dans une danse improvisée par la rythmique d’un musicien de rue. Et ensuite, alors que Chuck à 7 ans et qu’il vient de perdre ses parents. L’intrigue est originale (surtout par sa chronologie inversée), avec un côté monde truqué que n’aurait pas renié Philip K. Dick. La morale (évidente) affirme que lorsqu’un homme meurt un univers entiers disparait. Efficace et mélancolique, bien écrite et prenante, du grand King, sans doute le récit le plus réussi de cette anthologie. (4/5)

SI CA SAIGNE aurait pu être publié de manière indépendante vu sa longueur (200 pages). De plus il s’agit de la suite de L’OUTSIDER, lui-même spin off de la trilogie Mr MERCEDES. King revient donc une cinquième fois sur ses personnages favoris de ces dernières années : Holly, Jérome, etc. Ce « long court roman » (hum) reprend, grosso modo, le schéma de L’OUTSIDER : après une explosion dans une école, Holly soupçonne quelque chose de louche et entame une (languissante) enquête. Pour elle, un nouvel « outsider » est responsable, une sorte de vampire psychique qui se nourrit de la souffrance. Le principal suspect ? Un présentateur télé opportunément présent sur les lieux de différentes catastrophes. Sauf que, lassé d’attendre que la prochaine se produise, il a décidé de passer à la vitesse supérieure et de les provoquer…Bon, c’est peut-être personnel mais j’avoue que cette énième resucée ne m’a pas vraiment convaincu. Après un début intriguant, le roman s’enlise dans une intrigue peu originale et guère passionnante. Trop étiré pour constituer une nouvelle prenante ou, au contraire, trop ramassé pour permettre de développer la mythologie des vampires psychiques, le tout a le cul entre deux chaises. Les admirateurs inconditionnels de Holly seront cependant heureux de la retrouver même si cette nouvelle enquête n’apporte pas grand-chose par rapport aux précédentes. Bof. (2/5)

La dernière nouvelle, RAT, peine également à convaincre, surtout que le King a déjà traité bien souvent du thème de l’écrivain confronté à la page blanche. Ici un auteur de nouvelles part s’isoler pour enfin réussir à boucler son grand roman (un western) qu’il n’a jamais réussi à écrire dans le train-train du quotidien. Coincé par une tempête, dans une ambiance désespérante (un petit côté SHINING), l’écrivain s’apprête à vivre un nouvel échec : le bouquin qui partait si bien s’enlise et échoue sur une voie de garage. Que faire ? Un rat viendra proposer à notre romancier en galère un pacte faustien pour accéder à la notoriété. Encore un récit typé « tales from the crypt » qui semble un peu trop en pilotage automatique et souffre du défaut habituel de l’auteur, à savoir un délayage parfois visible, d’autant qu’ici la fin laisse quelque peu dubitatif. (2,5/5)

Au final, un recueil dont le lecteur ressort quelque peu mitigé, les deux premières nouvelles, très réussies, compensant les faiblesses des deux suivantes. Bref, King ne surprend pas vraiment avec SI CA SAIGNE mais rassure néanmoins sur sa capacité à encore proposer des textes de qualité. Tous les récits sont d’ailleurs déjà promis à de futures adaptations, au cinéma ou à la télévision.

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Publié le 27 Mai 2021

LA CLAIRVOYANCE DU PERE BROWN de G.K. Chesterton

Le Père Brown reste un des premiers grands détectives modernes en compagnie de Sherlock Holmes et de Dupin. Ce recueil reprend ses faits d’armes pour démêler diverses énigmes, des enquêtes publiées dans des magazines en 1910 et 1911. Autrement dit nous sommes au tout début (et même un peu avant !) de cette période ensuite dénommée le « golden age » de l’histoire de détection. La première originalité reste, évidemment, la personnalité de ce petit prêtre rondouillard, débrouillard et sagace qui profite des énigmes rencontrées pour professer une philosophie d’ailleurs plus humaniste que simplement religieuse en dépit de la conversion de l’auteur au catholicisme.

Occupant la 57ème place du fameux « top 100 » des meilleurs livres policiers établi par la Mystery Writers of America, LA CLAIRVOYANCE DU PÈRE BROWN garde son intérêt historique et propose quelques mystères bien ficelés. On peut, par exemple, citer « Le jardin secret », prototype souvent réédité des meurtres en chambre close (ou en jardin clos ici), « L’Homme invisible » dont le thème (ce qui est visible et ce qui nous est devenu invisible tellement nous avons perdu l’habitude de nous y intéresser) sera fréquemment repris dans les problèmes de crimes impossibles, « Le marteau de dieu », sans doute la nouvelle la plus connue de Chesterton traitant, encore une fois, d’un assassinat apparemment insoluble ou encore « Les 3 instruments de la mort » à la résolution hautement improbable mais cependant astucieuse et non dénuée d’un plaisant humour. Enfin l’original « Œil d’Apollon » fonctionne de belle manière et se clôt sur une chute efficace qui en font un des meilleurs récits de ce recueil.

Cependant, à côté de ces récits efficaces et réussis, d’autres paraissent plus datés comme tous ceux où intervient le cambrioleur Hercule Flambeau. Le style volontiers excessif et archaïque de l’auteur peut également s’avérer rébarbatif sur la longueur et il est sans doute préférable de lire ces histoires à petite dose plutôt qu’en une fois, sous peine d’indigestion.

En résumé ce recueil comprend une série d’histoires plaisantes, à l’intérêt historique indéniable, mais quelques peu inégales…Cinq ou six récits divertissants et réussis compensent néanmoins les nouvelles moins convaincantes ou trop datées pour passionner. Une lecture intéressante, instructive et sans doute nécessaire pour les amateurs de policiers traditionnels.

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Publié le 20 Mai 2021

QUI A PEUR D'ED GARPO? de Fred Kassak

Sous ce titre en forme de clin d’œil à l’inventeur du roman policier se cache une série de dix nouvelles de longueur variée, certaine étant vraiment très courtes (3 ou 4 pages pour « Dédicace » et « L’âge des problèmes » qui misent tout sur leur chute), caractérisée par un humour noir prononcé, une ambiance macabre et une chute finale inattendue. Les sujets sont, eux, variés, et n’hésitent pas à plonger dans le fantastique afin de rendre davantage hommage à Edgar Poe. La nouvelle titre, en particuliers, s’inspire du « Cœur révélateur » de l’écrivain américain et suit un romancier français apprécié de la critique (mais guère lu) qui donne un petit coup de main à son neveu pour que celui-ci puisse publier une bande dessinée (horreur !) illustrant Poe (re-horreur !). Evidemment le jeune prodige reçoit tous les honneurs tandis que le grincheux écrivain sombre dans l’oubli. Jusque la chute.

On apprécie aussi « le bon motif » dans laquelle des agents d’assurances cherchent la petite bête afin, à chaque fois, de trouver une faille dans les contrats signés par leurs clients. Le but étant bien sûr de ne jamais payer les indemnités mais, à la manière des TALES FROM THE CRYPT, tel sera pris qui croyait prendre.

Dans ce recueil de 150 pages le lecteur croisera encore un homme capable de voir à travers les corps et découvrant donc les gens sous forme de squelettes en mouvement, un espion russe qui fait échouer le plan parfait d’une criminelle ayant apparemment pensé à tout, un spécialiste de l’envoutement, une femme qui fait un faux numéros et tombe à plusieurs reprises sur le même correspondant… et bien d’autres personnages originaux et bien brossés.

Les récits combinent donc joyeusement polar, fantastique, humour noir et comédie grinçante avec une prédilection pour les « bons moments » et les répliques qui fusent, sans s’interdire de verser dans l’absurde et en portant toujours un regard décalé sur des protagonistes le plus souvent malheureux voire pathétique. Kassak rappelle ici les maitres de la nouvelle très courte comme Robert Bloch ou Fredric Brown qui, eux aussi, donnaient volontiers dans un mélange d’ambiance « noire », de fantastique décalé et de comique acide. Un recueil très divertissant qui se déguste rapidement !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Humour, #Policier, #Recueil de nouvelles

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Publié le 9 Mai 2021

HARRY DICKSON: LES ETOILES DE LA MORT de Jean Ray

Harry Dickson a été longtemps présenté comme le « Sherlock Holmes américain ». On sait également depuis des années la méthode employée par Jean Ray : ne pas traduire les fascicules originaux mais laisser libre cours à son imagination pour développer une intrigue à partir des illustrations. Alors celui qui attend des enquêtes rigoureuses à la Holmes risque d’être déçu. En réalité, Harry Dickson, enquêteur de Baker Street, est bien plus proche du Holmes passé dans l’imaginaire collectif que du détective créé par Conan Doyle. Car Harry Dickson résout des énigmes complètement farfelues, dignes du serial ou des romans pulp, nous sommes davantage dans l’esprit d’un Doc Savage que du « canon » holmésien. Dans ce recueil, l’enquêteur se confronte à des singes dressés transformés en pyromanes, à des savants fous mi-homme mi-primate, à des cabinets de magie secrets,… Il recherche également le « miroir noir » du mage John Dee, etc. Bref, nous sommes loin, très loin, du « vrai » Sherlock Holmes…et finalement plus proche du Sherlock des continuateurs de Conan Doyle, celui qui se confronte au surnaturel, au rat géant de Sumatra et identifie le coupable à partir d’un grain de terre qui ne peut provenir que d’une région particulière.

En deux nouvelles d’une soixantaine de pages, Jean Ray nous offre donc un pur concentré de littérature de gare « pulp » : des histoires ramassées, découpées en chapitres courts terminés par des cliffhangers ou des révélations, avec des personnages schématiques et réduits à l’état de « personnages non joueurs » permettant simplement à l’enquête de progresser. Mieux vaut d’ailleurs ne pas trop réfléchir à la méthode de Dickson ou à ses déductions tarabiscotées, l’auteur sortant de son chapeau les éléments nécessaires à la progression, finalement très linéaire de son détective : il part d’un point A (le mystère), rencontre divers protagonistes étranges, découvre des éléments fantastiques et aboutit au point B (la résolution). Les explications finales, elles-aussi, feront se hérisser les cartésiens. Une fois encore nous sommes loin de Conan Doyle. Est-ce un bien ou un mal ? Probablement un bien finalement, celui qu’on présente comme un simple clone de Holmes acquiert ainsi son identité propre et devient un détective de l’étrange à la manière du Jule de Grandin de Seabury Quinn.  

Certainement suranné mais ayant aussi bien vieilli qu’un bon whisky, Harry Dickson propose un divertissement très plaisant et énergique. Alors on ne lira probablement pas toute la saga d’une traite (le côté mécanique de l’écriture apparait rapidement) mais une nouvelle de temps en temps est l’assurance d’une petite heure de distraction. Et ce recueil, qui propose deux histoires très sympas, une bonne manière de commencer son exploration.

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Publié le 15 Avril 2021

CONAN (Tome 1) de Robert E. Howard, Lyon Sprague de Camp et Lin Carter

Ce premier volume correspond au grand cycle chronologique de Conan établit par L. Sprague De Camp et Lin Carter à partir des nouvelles et fragments laissés par Robert Howard.  Depuis, bien sûr, le puriste a pu se procurer les versions originales non retouchées des aventures du Cimmérien. Est-ce à dire qu’il faut se débarrasser de ces remaniements ? Certes non ! D’abord parce que, souvent, les lecteurs plus âgés ont découverts par ce biais le célèbres barbare. La nostalgie joue donc son rôle et ravive les souvenirs. Ensuite car cette progression chronologique, quoiqu’elle ne soit ni proposée ni voulue par Howard (qui écrivit les nouvelles dans le désordre) fonctionne bien. L’œuvre, une fois assemblée et complétée, dépeint une biographie fantasmée d’un héros plus grand que nature. L. Sprague De Camp et Lin Carter ont rempli les blancs, complétés les passages manquants, écrit certaines nouvelles parfois à partir de notes, de brouillons ou, simplement, en laissant aller leur imagination. Faut-il les en blâmer ? Laissons cela aux exégètes et aux puristes…

Dans ce premier recueil nous avons droit à trois nouvelles de Howard seul, à deux nouvelles de Howard et L. Sprague De Camp, à une nouvelle de Howard et Carter et, enfin, à une nouvelle située dans l’adolescence de Conan, par les seuls L. Sprague De Camp et Lin Carter.

Le récit adopte par conséquent un aspect « fix-up » puisque les nouvelles sont liées par quelques lignes d’introduction qui explicitent le parcours de Conan. Encore une fois, bien que ce n’était pas la volonté d’Howard, celà fonctionne plutôt bien. Après « la chose dans la crypte » où le Cimmérien se confronte (surprise !) à… une chose dans une crypte alors qu’il n’a que quinze ans, nous entrons dans le vif du sujet avec la célèbre « Tour de l’Eléphant ». Dans cette nouvelle classique, Conan s’allie à un voleur réputé pour dérober un trésor dans une tour bien gardée. Les nouvelles suivantes suivent le même schéma et démontrent les talents d’un Conan plus malin qu’on le pense souvent. Il est voleur, mercenaire, esclave, combattant,…Il affronte également diverses créatures improbables. L’écriture est enlevée, quelque peu archaïque mais sans que cela nuise au plaisir ressenti, bien au contraire. Ecrites voici près d’un siècle, ces nouvelles ont gardé intactes leur force évocatrice, leur énergie bouillonnante et leur façon de dépayser le lecteur.
Hautement recommandé, tous les dix ans il faudrait relire CONAN, pour retourner aux bases les plus saines. Quitte à prier ensuite Crom et à rêver de tailler ses ennemis en tranches à coup de hache.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Golden Age, #Fantasy, #Recueil de nouvelles

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Publié le 3 Mars 2021

LA CHOSE DES TENEBRES de H.P. Lovecraft, A. Derleth, etc.

Les anthologies consacrées au Mythe de Cthulhu sont souvent de véritables casse-têtes pour l’amateur. On plaint d’ailleurs le lecteur d’avant Internet qui devait se retrouver dans ce fatras. LA CHOSE DES TENEBRES, « présentée » par Lovecraft et Derleth fut ainsi également publiée sous le titre LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU TOME 2. Mais ce n’est que le début du dédale car les nouvelles qui composent ce recueil se sont également retrouvées dans de nombreux bouquin. A tout saigneur tout horreur, nous commençons avec Lovecraft lui-même et son hommage amusé à Robert Bloch, « La Chose des ténèbres ». Le récit figura dans les recueils LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH, PAR DELA LE MUR DU SOMMEIL, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LE CYCLE DE NYARLATOTHEP, CTHULHU LE MYTHE et LA MAISON MAUDITE, sans oublier, forcément, la volumineuse INTEGRALE LOVECRAFT de chez Laffont. Pour compliquer les choses la nouvelle (« The haunter of the dark » en VO) fut tour à tour affublée des titres suivants : « la chose des ténèbres », « L’habitué des ténèbres », « La créature de la nuit », « celui qui hante les ténèbres » et « celui qui hante la nuit ».

La « réponse » donnée par Robert Bloch, « The shadow from the steeple », eut pratiquement autant de succès puisqu’on la retrouve non seulement dans LA CHOSE DES TENEBRES mais également dans les recueils AUX PORTES DE L’EPOUVANTE, HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, LES YEUX DE LA MOMIE, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. On reste avec Robert Bloch et son « manuscrit trouvé dans une maison abandonnée », là aussi maintes fois publié : HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, HISTOIRES D’HORREUR, LES YEUX DE LA MOMIE, ENFANTS ROUGES, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Une histoire classique mais convaincante.

« Epouvante à Salem » de Harry Kuttner se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, dans LE LIVRE DE IOD et bien sûr dans L’INTEGRALE LOVECRAFT qui, décidément, fut une bénédiction pour le déchiffreur du Mythe. Cette nouvelle efficace reprend les thématiques classiques de la maison maudite absorbant, tel un vampire, la force vitale de ses habitants et l’influence pernicieuse exercée par une sorcière jadis exécutée.

« La Chose dans le cimetière » de John Vernon Shea se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Pareil pour le « Sueurs froides » de Ramsey Campbell et « La cité sœur » de Brian Lumley (auquel on peut ajouter une publication dans COMPARTIMENT TERREUR) et « Le rempart de béton » du même Lumley (également trouvable dans COMPARTIMENT TERREUR et RECITS CTHONIENS). La plus-value de ce recueil était donc le plus rare « Ceux des profondeurs » de James Wade et « Le retour des Lloigors » de Colin Wilson…qui se retrouveront, par la suite, dans L’INTEGRALE LOVECRAFT. Le présent recueil ne sera donc indispensable qu’à ceux qui ne possède pas cette brique (en trois tomes !) sur H.P.L. ou les collectionneurs maladifs. Mais les nouvelles sont, pour la plupart, plaisantes et méritent bien une relecture, « Ceux des profondeurs » bien que classique fonctionne efficacement et « Le retour des Lloigors », une novella de 80 pages bien tassée s’élève au-dessus de la mêlée. Wilson, très intéressé par l’occultisme, y combine divers thèmes mystérieux : le manuscrit Voynich (qui serait en réalité le Necronomicon originel), la disparition du continent de Mu, les anciens astronautes (venus des étoiles et ayant réduits l’Homme en esclavage), les légendes galloises (déjà évoquées par Machen), sans oublier des considération philosophiques et ésotériques. Une réussite qui, en se basant sur des thèmes classiques déjà évoqués par HPL, renouvelle habilement l’épouvante cosmique chère à Lovecraft.

Dans l’ensemble un très bon recueil de textes relativement variés (thèmes, longueurs, modernisme ou récits à l’ancienne) inspirés par les écrits de Lovecraft. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 21 Janvier 2021

DEMONS INTIMES de Dean Koontz

« Strange Highways », copieux recueil américain, s’est vu scindé en deux pour son édition française : d’un côté ETRANGES DETOURS et de l’autre DEMONS INTIMES. Le contenu de ce dernier est également quelque peu étonnant puisque nous avons un court roman, « Chase » (version remaniée de LA PEAU DES HEROS  écrit en 1972 et jadis disponible à la série noire mais ici réactualisé et surtout raccourci pour lui donner davantage d’efficacité). Il s’agit d’un bon thriller au sujet d’un certain Benjamin Chase, héros de guerre ayant un sérieux problème de boisson qui se lance sur la piste d’un tueur en série.

Le reste du recueil se compose de nouvelles explorant différents sous-genres : « Bruno » est une très plaisante parodie science-fictionnel de polar dans lequel un flic fait équipe avec un ours venant d’un monde parallèle dans lequel Walt Disney est un fabriquant d’armes. « Nous trois » traite du sujet de trois enfants mutants partant à la conquête du monde grâce à leurs immenses pouvoirs. « Le dur » illustre le jeu de chat et la souris entre un flic dur à cuire et un criminel mais tout n’est pas aussi simple et l’intrigue vire progressivement au fantastique. « Les chatons », écrit en 1966, se situe davantage dans l’horreur psychologique et se termine par une chute finale particulièrement glauque. « La nuit de la tempête » traite du sujet classique des robots qui, partant se balader pour une partie de chasse, tombent sur d’étranges traces et se demandent s’il n’existerait pas d’étranges créatures légendaires nommées les Hommes quelque part sur la planète. Enfin, « le crépuscule de l’aube » se montre surprenante en suivant un athée convaincu qui, peu à peu, en vient à envisager la possibilité du divin.

Ces différentes nouvelles offrent, au final, un panorama convaincant de Dean Koontz. Ecrites entre 1966 et la fin des années ’80, elles témoignent de sa pluralité d’inspiration : thriller, polar, humour, science-fiction, fantastique, merveilleux, pouvoirs paranormaux, monstres et horreur trop humaine…Le catalogue des éléments qui assureront le succès de l’écrivain se retrouve dans ce voyage rétrospectif fort plaisant terminé par une intéressante postface expliquant la genèse des textes proposés.

Conseillé.

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Publié le 3 Janvier 2021

RECITS CHTONIENS de Brian Lumley & co

La courte introduction générale nous permet de mieux connaitre Brian Lumley, considéré comme un des meilleurs disciples de Lovecraft, et nous présente une série de nouvelles signées par l’auteur et ses épigones, lesquels reprirent à leur compte les créations (grimoires, Anciens, lieux imaginaires) de Lumley.

L’anthologie comprend donc 2 nouvelles de Brian Lumley, accompagnées d’un court poème. « Un monde de béton » se montre une jolie réussite qui lie des activités sismiques inhabituelles au réveil des Grands Anciens. Bien sûr, l’amateur de Lovecraft connait bien ce récit déjà publié, au choix, dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, COMPARTIMENT TERREUR, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU 2, LA CHOSE DES TENEBRES ou L’INTEGRALE LOVECRAFT…Cela reste cependant un véritable classique (le nombre de publication ne ment pas sur la qualité de la nouvelle !) qui réussit à reprendre un thème typiquement lovecraftien et des procédés éprouvés (dont l’interruption de l’histoire par l’irruption des forces maléfiques) tout en le modernisant. La deuxième nouvelle, « Spaghetti », est inédite en français : longue d’une cinquantaine de pages, elle s’intéresse à deux « chercheurs de trésor » décidés à découvrir une fortune en pièces anciennes dissimulées dans une vieille demeure promise à la démolition. Bien qu’elle ne soit pas spécialement originale, l’intrigue se montre efficace et prenante, mêlant les éléments coutumiers de Lovecraft (demeure maudite, grimoires sinistres, sorciers reclus,…) à un contexte plus moderne. Le tout prend de l’ampleur au fil du récit pour se conclure de belle manière sur une chute teintée d’humour noir.

Tous les autres récits sont inédits et souvent écrits par des auteurs peu connus. Ils utilisent des thématiques souvent classiques entre hommage et (plus rarement) second degré comme par exemple dans l’étrange « Aspiratout ». On croise dans ces nouvelles l’asile d’aliénés d’Oakdeeene (où Jack l’éventreur a terminé ses jours), le démon du vent Ithaqua, assimilé au Wendigo, etc.

Globalement, la plupart des histoires sont d’un bon niveau et, comme celles de Lovecraft, mélangent science-fiction, fantastique, mythologie dévoyée, horreur et aventures. « Infiltration », « Le Temple de Yig » et « Laissez venir les Vers » sont relativement traditionnels mais effectifs, « Du ventre de sa fille » se veut plus moderne, plus glauque (proche d’une certaine body-horror), « Aspiratout » joue la carte de la quasi parodie. « Remous dans les hautes sphères » et « Une audience d’enfer » fonctionnent agréablement. Rien de véritablement renversant mais rien de déshonorant : le lecteur ne sera pas subjugué par « La » nouvelle qui renouvelle (oups !) le Mythe mais il lui sera également épargné les hommages patauds ou les médiocres déclinaisons versant dans la parodie involontaire.

En résumé, ces RECITS CTHONIENS sont l’assurance d’un bon moment et un bouquin plaisant dans lequel l’amateur de Lovecraft pourra aisément piocher pour passer une bonne soirée en compagnie des Grands Anciens. Recommandable et, dans la masse poulpesque des anthologies dédiées à Cthulhu et ses amis, c’est déjà pas mal !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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