recueil de nouvelles

Publié le 30 Janvier 2019

L'OMBRE QUI VIENT DE L'ESPACE d'August Derleth et Howard Phillip Lovecraft

Ce recueil reprend une série de textes écrits par August Derleth afin de prolonger l’univers de Lovecraft. C’est, en effet, en partie grâce à Derleth, loué soit-il, que le reclus de Providence connait aujourd’hui la célébrité et n’a pas sombré dans l’oubli qui a englouti la plupart de ses contemporains ayant œuvré pour Weird Tales et autres magasine « pulp ». Derleth a ainsi retrouvé de nombreuses esquisses plus ou moins complètes sur lesquelles il a brodé avec plus ou moins de réussite. Il a transformé le panthéon de Lovecraft en imaginant le champ de bataille cosmique des Anciens Dieux. Il a aussi inventé de nombreux nouveaux grimoires maléfiques à ranger aux côtés du Necronomicon, développant une véritable bibliothèque de l’étrange ensuite largement reprise par les continuateurs du mythe. Tous ces éléments, souvent seulement cités chez Lovecraft, ont ainsi pris de plus en plus d’ampleur avec Derleth et les autres disciples lovecraftien au point qu’ils paraissent aujourd’hui indissociables des histoires « dans le style de Lovecraft ».

De plus, Derleth reprend le style de Lovecraft, avec un souci de mimétisme rendant difficile de déterminer ce qui appartient au maitre et ce qui relève de son épigone. Le style se montre donc volontairement ampoulé, un brin daté, avec une multiplication d’adjectifs et d’adverbes qui surchargent les phrases. Tout y est « répugnant », « obscène », « abominable », « indicible », etc. On peut se gausser de ces hyperboles ou trouver qu’elles traduisent la folie dans laquelle sombrent les protagonistes de ces récits, pour la plupart racontés à la première personne et à la construction similaire.

La première histoire, « Le survivant », s’avère plaisante et efficace en dépit d’une chute aujourd’hui éculée. « Le jour à Wentworth » est tout aussi réussie, plus typiquement « pulp » : ce récit horrifique à base de mort sorti de sa tombe et de sorcellerie aurait très bien pu être illustré à la manière des « Tales from the crypt ». Plus conventionnel, plus banal, « L’héritage Peabody » traite de sorcellerie, de sacrifices d’enfants, etc. Classique, définitivement « pulp » mais plutôt plaisant. « La lampe d’Alhazred », court récit en forme de mise en abîme, présente un écrivain d’horreur nommé Ward Phillips qui, par l’intermédiaire d’une vieille lampe à huile, découvre un monde parallèle. Une idée similaire est développée dans « La fenêtre à pignons » qui fonctionne de belle manière en dépit d’une construction très convenue et d’une chute attendue. « L’ancêtre » constitue, pour sa part, une curiosité : Lovecraft avait rédigé un résumé du roman « The Dark chamber » de Leonard Cline, publié en 1927 et qu’il tenait en haute estime. Retrouvant ces notes, Derleth pensa qu’il s’agissait du plan d’une nouvelle inédite et rédigea ce texte, encore une fois très classique mais efficace jusqu’à sa conclusion prévisible. La dernière nouvelle, « L’ombre venue de l’espace » se montre ambitieuse : Derleth y développe (et trahit) la mythologie de son maître à penser en la teintant de christianisme, imaginant la terre comme un champ de bataille pour deux races extra-terrestres, l’une bienveillante, l’autre redoutable. On peut tiquer devant cette interprétation manichéenne du mythe mais aussi apprécier que, pour une fois, Derleth apporte une vision plus personnelle et moins empruntée à ses récits.

Les continuateurs de Lovecraft sont nombreux, à l’image des successeurs de Robert E. Howard ou Conan Doyle. Si nombreux, aujourd’hui, que leurs récits éclipsent complètement, du moins par la quantité, les authentiques nouvelles de Lovecraft. Il y a évidemment du bon et du moins bon (voire du très mauvais) dans ces continuations. Dans ce style de pastiche L’OMBRE VENUE DE L’ESPACE est loin d’être inintéressant et, dans l’ensemble, les histoires sont réussies et capturent bien l’esprit du maître.

D’agréables « à la manière de… » pour les nostalgiques.

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Publié le 25 Janvier 2019

LES MEURTRES DE L'EPOUVANTAIL de Joseph Commings

Joseph Commings (1913 – 1992) écrivit de nombreuses nouvelles policières assorties de chambres closes et autres crimes impossibles. Sa série la plus célèbre concerne le sénateur Brooks U. Banner, héros de 33 nouvelles publiées entre 1947 et 1984 (la 33ème le fut en 2004 de manière posthume). Roland Lacourbe en a sélectionné seize, réparties sur deux recueils : LES MEURTRES DE L’EPOUVANTAIL et LE VAMPIRE AU MASQUE DE FER.

Ce premier recueil débute par la toute première enquête du sénateur, « Meurtre sous cloche », une « chambre close » particulière puisqu’il s’agit d’un crime commis sous une énorme cloche de verre. Un bon début avec une fin ingénieuse quoique moyennement crédible.

Plus originale, « L’empreinte fantôme » illustre un meurtre commis au cours d’une séance de spiritisme dont tous les participants sont sanglés dans des camisoles de force. Or même Houdini pouvait certes s’en échapper mais surement pas en remettre une dans de telles conditions. Qui a donc pu tuer et comment ? Une solution originale (inédite ?) et ingénieuse, cette fois tout à fait plausible à condition de laisser parler son imagination. Et n’est-ce pas le propre des crimes impossibles de titiller la plausibilité pour le plaisir de suivre l’auteur dans les méandres de son cerveau ?

« Le spectre du lac », plus courte que de coutume (les nouvelles faisant en moyenne une trentaine de pages) fonctionne sur le principe de la malédiction et de l’atmosphère, la solution étant évidente (il ne peut y en avoir d’autre) en empruntant à une célèbre enquête de Sherlock Holmes, le « Problème du pont de Thor ». Agréable, sans plus.

« La légende du moine noir » tutoie l’excellence : situation insolite, décor macabre, personnages pittoresques, malédictions et légendes pesantes, disparition impossible d’un moine meurtrier dans une pièce close, solution à la simplicité déconcertante et à l’efficacité totale…Un classique de la « chambre close ».

Classique mais bien mené, « Les meurtres de l’épouvantail », qui donne son titre au recueil, constitue un fort bon récit à l’atmosphère bien développée. Après la mort de Beverly, son frère Hudson est à son tour assassiné. Les traces du meurtrier conduisent à un épouvantail isolé au milieu d’un champ. Devant cette menace apparemment surnaturelle, le sénateur Banner enferme tous les habitants d’une maison pour dissuader l’assassin de récidiver mais une jeune femme est agressée à nouveau…elle identifie le coupable comme un épouvantail ! Cette longue nouvelle (35 pages) capture joliment l’atmosphère de superstition et de suspicion jusqu’à une chute étonnante et bien amenée. Du grand art.

Plus courte et moins originale, « Feu sur le juge » se montre cependant efficace : après avoir manifesté son intention de fermer un théâtre présentant des spectacles « licencieux », le juge Hawthorne reçoit des menaces de mort. Il s’enferme dans un petit pavillon gardé par des policiers conduits par le sénateur Banner. Pourtant, le juge sera retrouvé abattu de trois balles de révolver…Une intrigue classique et un « truc » vieux comme le récit de chambre close mais l’art et la manière de Commings font la différence et rendent le tout agréable à lire.

« Meurtre au champagne », une autre courte nouvelle, voit une actrice découverte morte mystérieusement…la seule arme envisagée est une bouteille de champagne mais des analyses démontrent qu’elle n’était pas empoisonnée. Alors comment a pu procéder le meurtrier ? Ce récit plaisant mais mineur fonctionne sur la méthode originale utilisée par l’assassin pour commettre son crime en chambre close.

L’ultime récit, « Une dame de qualité », s’éloigne des crimes impossibles pour plonger dans le récit d’espionnage à base de documents volés et de séduisantes espionnes. Malheureusement, ce n’est pas une grande réussite et on peut penser que le sénateur Banner se montrait plus à son aise dans la résolution d’insolubles problèmes, ce que confirme d’ailleurs la postface. Une relative fausse note pour terminer cette anthologie sinon d’excellente tenue complétée par des résumés et de courts avis sur les 32 enquêtes du sénateur.

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Publié le 14 Janvier 2019

L'AVANT POSTE DES GRANDS ANCIENS de Brian Lumley

Né en 1937, l’année même du décès de Lovecraft, Brian Lumley fut souvent présenté comme son plus fervent admirateur et continuateur, une grande partie de son œuvre se plaçant sous l’influence revendiquée du reclus de Providence. Lumley débute ainsi par le cycle de Titus Crow, six romans édités dans la seconde moitié des années ’70 puis republiés d’abord sous la forme de deux recueils au Fleuve Noir (L'ABOMINABLE CTHULHU et L'INVINCIBLE CTHULHU) et ensuite en intégrale chez Mmenos (LA LEGENDE DE TITUS CROW). Mnemos réédita également une autre trilogie lovecraftienne, TERRE DES REVES, en 2015. Par la suite, Lumley s’éloigna des conventions établies par Lovecraft pour engendrer une nouvelle très longue saga consacrée au vampirisme dont seuls les trois premiers tomes (NECROSCOPE, WAMPHYRI et NECROSCOPE : LES ORIGINES) furent traduits en français. Lumley reçut le prix World Fantasy et le prix Bran Stocker en 2010, obtenant dans les deux cas le statut de Grand Maître pour l’ensemble de sa carrière.

Sous de très belles couvertures, les éditions Néo éditèrent dans les années ’80 trois recueils de nouvelles rassemblées par l’enthousiaste Richard D. Nolane : LE SEIGNEUR DES VERS, COMPARTIMENT TERREUR et cet AVANT POSTE DES GRANDS ANCIENS dont le titre, évocateur à souhait, attise immédiatement la curiosité. Précédé d’une introduction par Nolane et d’un court entretien avec l’auteur, le livre (de 192 pages) comporte huit nouvelles reprenant des idées typiques de Lovecraft : une conque qui parasite un homme, un mollusque aux pouvoirs hypnotiques,…D’autres récits sont plus originaux, comme cette bataille épistolaire entre deux sorciers qui se moque des clichés de la fantasy et de ses duels de mages tout puissants. Necros, adaptée pour la série télévisée « Les Prédateurs », traite, pour sa part, du thème du vampirisme, de manière efficace mais sans grande originalité. On pardonnera cette baisse de régime car, dans l’ensemble, le recueil se montre satisfaisant. Comme toujours certaines nouvelles paraissent plus réussies, d’autres souffrent d’un manque de développement ou d’une chute pas pleinement à la hauteur des attentes mais le lecteur amateur d’un fantastique horrifique traditionnel (avec de nombreuses références à Lovecraft) appréciera ces huit histoires fort sympathiques qui de dégustent au coin du feu et avec un bon Single Malt. Très plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 4 Janvier 2019

LES ROIS DES SABLES de George R.R. Martin

Si aujourd’hui George R.R. Martin semble indissociable de sa saga du TRONE DE FER, il ne faut pas négliger ses œuvres antérieures.  Il est d’ailleurs quelque peu surprenant que Martin soit apprécié pour ce roman interminable alors qu’il a surtout brillé par ses qualités de nouvelliste. Et ce dès le début des années 70 puisqu’il obtient son premier Hugo, du meilleur roman court, pour « Une chanson pour Lya » en 1975. Le recueil qui inclut ce texte gagne, pour sa part, le Locus en 1977. Devenu écrivain à plein temps, Martin écrit de nombreuses nouvelles de qualité. Ce recueil obtient à nouveau le Locus en 1982. Il comporte surtout deux récits extraordinaires et fort justement primés : « Les rois des sables » (Hugo, Nebula et Locus de la meilleure nouvelle longue excusez du peu !) et « Par la croix et le dragon » (Hugo et Locus de la meilleure nouvelle).

« Les rois des sables » (adapté à la télévision pour AU DELA DU REEL L’AVENTURE CONTINUE) décrit les aventures de Simon, passionnés par les « bestioles exotiques ». Il achète pour son terrarium quatre races de « rois des sables », des sortes d’insectes extraterrestres évolués pour lesquels il va jouer à dieu. Il les affame pour les forcer à guerroyer, se réjouit lorsqu’ils s’entretuent, apprécient les statues à son effigies,…Mais les rois des sables ne risquent-ils pas de se détourner de ce dieu cruel ? En dépit de son côté un poil linéaire et d’une chute relativement prévisible, la nouvelle emporte l’adhésion et mérite tous les éloges reçus, un véritable classique de la science-fiction !

« Par la croix et le dragon » est un fantastique récit spéculatif très cynique à l’égard des religions : un inquisiteur se voit chargé de détruire une étrange hérésie développée par une secte ayant déifié Judas et l’ayant transformé en héros d’une bible revisitée où s’affronte des dragons. Une analyse très bien ficelée du besoin irrépressible des Hommes de trouver dans la religion une réponse à leurs interrogations.

Autre réussite, « la dame des étoiles » qui transpose un univers très romans noirs à la David Goodis dans un contexte science-fictionnel : putes (pas toujours au grand cœur), mac lâche, brigands,…tous vivent leur vie misérable dans cette histoire « sans héros » où les dialogues, façon novlange, sont remplis de néologismes pourtant immédiatement compréhensibles.

« Vifs amis » est également une histoire d’amour impossible revisité par la SF et constitue une jolie petite histoire. Les deux dernières, « La cité de pierre » et « Aprevères » sont moins convaincantes et manquent d’un petit quelque chose pour s’élever au-delà de la moyenne. Cependant, elles se laissent lire.

La réédition en 2013 du recueil compte une longue novella, DANS LA MAISON DU VER que Pygmalion a également édité en mai 2017 sous la forme d’un petit roman indépendant…au prix fort. Bref, autant se replonger dans ce recueil très fréquentables dont au moins deux textes sont des incontournables de l’auteur.

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Publié le 26 Novembre 2018

PERIODE D'ESSAI d'Isaac Asimov
PERIODE D'ESSAI d'Isaac Asimov

Jadis (au milieu des années ’70) découpé en quatre recueils distincts (DANGEREUSE CALLISTO, NOEL SUR GANYMEDE, CHRONO MINETS et LA MERE DES MONDES), ce pavé de près de 1 100 pages (intitulé dans son édition originale « The Early Asimov ») fut finalement traduit et rassemblé en un unique volume en 2016. Il rassemble 27 nouvelles de jeunesses écrites par le Grand Maitre de la science-fiction durant sa troisième décennie. Bien sûr certains textes importants, déjà abondamment publiés (comme « Quand les ténèbres viendront ») n’y figurent pas et le recueil omet logiquement tous les textes relevant des cycles de FONDATION et des ROBOTS. N’empêche, l’amateur du bon docteur y trouvera largement son compte.

Si certains récits paraissent à présent trop classiques, stéréotypés ou manquent tout simplement de maitrise, difficile de faire la fine bouche en se rappelant qu’Asimov les écrivit à 20 ans et qu’elles sont néanmoins, pour la plupart, dans la bonne moyenne de la SF encore tâtonnante de cet âge d’or (l’entre-deux Guerres).

Asimov étant souvent présenté comme vaniteux ou austère, les textes explicatifs très intéressants qui accompagnent chaque récits tempère l’opinion que l’on peut avoir de l’écrivain : il se montre certes confiant dans ses capacités mais fait également preuve de modestie, reconnaissant la faiblesse de certains textes (« Cette histoire n'est pas bonne, je le reconnais, mais non dépourvue d'un certain intérêt. »), admet la supériorité d’autres auteurs (Heinlein notamment) et l’apport déterminant de l’éditeur John W. Campbell (d’Astounding). Ce-dernier, par ses conseils pertinents, s’avère prépondérant dans la construction du style Asimov, permettant une progression indéniable dans la qualité de ses textes, lesquels deviennent plus long et mieux construits, moins schématiques également dans la caractérisation de ses protagonistes, au départ très clichés, Asimov n’ayant pas encore de véritable « expérience de vie », notamment dans ses relations amoureuses lors de l’écriture de ses premiers  récits.

Les lecteurs actuels pourront certes trouver beaucoup de ces nouvelles décevantes ou inabouties (ébauches de thèmes que d’autres – ou Asimov lui-même – développeront bien mieux par la suite) mais, pourtant, leur lecture se révèle agréables.

A quelques exceptions près, la plupart sont intéressantes, proposant d’ailleurs des éléments qui reviendront par la suite dans l’œuvre d’Asimov, comme le concept de psycho-histoire et Trantor qui apparaissent dans « Homo Sol » avant de trouver leur véritable ampleur avec FONDATION.

Bien sûr, la naïveté de certains juvéniles reste évidente (« L’arme trop effroyable pour être utilisée ») mais l’humour fonctionne (par exemple dans « Le Petit Bonhomme du métro » écrit en collaboration avec Frederick Pohl qui questionne le besoin des humains de divinité ou « Super Neutron » qui préfigure les réunions du Club des Veufs Noirs).

Plus axée sur le fantastique « Auteur Auteur » explore le thème (exploité par Stephen King dans LA PART DES TENEBRES) du personnage de roman qui prend vie pour demander des comptes puis menacer son créateur. « Arrêt de mort » traite des fameux robots positroniques tandis que « Aucun rapport » s’inscrit dans la tradition des espèces animales ayant accédés à l’intelligence (dans la lignée de LA PLANETE DES SINGES ou DEMAIN LES CHIENS) avec ses ursidés archéologues accueillant des réfugiés chimpanzés alors que le monde s’approche de la destruction nucléaire.

Forcément inégal, sans doute mineur par rapport aux chefs d’œuvres ultérieurs du Bon Docteur, PERIODE D’ESSAI se lit pourtant avec une facilité et un plaisir incroyable et ces 1 100 pages se dévorent si vite que le lecteur a ensuite pour seule envie de se plonger davantage dans l’œuvre d’Asimov, par exemple en piochant dans ses innombrables nouvelles ou en s’attelant à sa monumentale autobiographie. En résumé : sitôt l’ouvrage refermé on en redemande. Une somme !

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Publié le 31 Octobre 2018

TALES FROM THE CRYPT TOME 1
TALES FROM THE CRYPT TOME 1

Ce très beau recueil édité par Akileos remonte aux sources des célèbres fascicules horrifiques en compilant, dans l’ordre chronologique de leur parution, des récits tirés de trois numéros de CRYPT OF TERROR (les 17, 18 et 19) et trois numéros de TALES FROM THE CRYPT (les 20, 21 et 22) soit vingt-quatre « nouvelles » de quelques planches. A noter que si le premier intitulé de la série était CRIME PATROL, la publication changea de titre pour trois numéros (les CRYPT OF TERROR) avant d’opter pour le définitif et plus connu TALES FROM THE CRYPT qu’elle garda jusqu’à la fin (au numéro 46), tuée par le fameux pamphlet anti-comics SEDUCTION OF THE INNOCENTS.

Tous les grands thèmes de l’épouvante, du fantastique et du thriller sont abordés dans ces petites histoires narrées par le fameux Gardien de la Crypte ou, parfois, ses acolytes la Vieille Sorcière et le Gardien du Caveau.

TALES FROM THE CRYPT TOME 1

Un bourreau prend en main la justice et applique la peine capitale aux prisonniers jugés innocents (« The man who was death »), une main coupée revient se venger (« The maestro’s hand »), un vieillard trompe la mort par des opérations chirurgicales contrenature (« Death must come »), l’unique témoin d’un meurtre - commis par un médecin - est internée par ce dernier (« Madness at manderville »), un couple rencontre un bateau fantôme dans le Triangle des Bermudes (« Ghost Ship »), un homme des cavernes est ramené à la vie après décongélation et sème la terreur dans un musée (« Cave Man »), un reporter enquête sur les rites vaudou (« Zombie »), un passager est terrifié par une étrange créature dans une cabine hantée (« The thing from the sea »), un homme est persuadé d’être un loup-garou (« Curse of the full moon »), sans oublier de plus classiques machinations criminelles pour se débarrasser, par exemple, d’un mari gênant, avec toutes les variations possibles sur ce thème classique.

Si les chutes, volontiers macabres, apparaissent aujourd’hui attendues, les histoires fonctionnent plaisamment : les auteurs réussissent à condenser, en six, sept ou huit planches, une intrigue efficace saupoudrée d’un humour noir bienvenu. La plupart sont, en outre, servies par des dessins (en noir et blanc) classiques mais réussis et évocateurs.

La morale, pour sa part, se montre constante d’une histoire à l’autre, avec comme principe général un « tel est pris qui croyait prendre facétieux ». En effet, dans la majorité des récits, la machination orchestrée par le criminel se retourne contre son initiateur avec des conséquences abominables.

Pour tous ceux qui ont grandi devant les films à sketches de la Amicus ou la série télévisée des années ’90, ce recueil constitue une superbe occasion de se replonger aux sources de la bande dessinée horrifique américaine. Vivement conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Thriller

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Publié le 8 Septembre 2018

DESIRS CRUELS de Michel Pagel

Michel Pagel, alors à ses débuts, signe ce roman dans la collection Anticipation du Fleuve Noir.

Roman ? Pas vraiment puisqu’il reprend le principe de Schéhérazade (ici rebaptisée Marilith et qu’on devine immédiatement maléfique) pour nous conter quatre récits liés par un fil conducteur quelque peu artificiel mais plaisant (et plus ou moins imposé par l’éditeur frileux sur les recueils de nouvelles, une « astuce » également utilisée par l’auteur pour son excellente uchronie ORAGES EN TERRE DE FRANCE).

Anticipation ? Absolument pas ! Nous sommes ici dans le pur fantastique horrifique. Marilith, une jeune voleuse, s’introduit (par hasard ?  Sans doute pas mais nous en saurons  davantage à la fin du livre) dans la propriété d’un écrivain agonisant qui souffre de la page blanche. Celui-ci demande à la demoiselle de lui conter des histoires afin qu’il puisse les écrire et, par ricochet, retrouver sa jeunesse et sa vigueur, notamment sexuelle.

Les récits sont de styles variés : le premier, « Rosie », est dédié à Richard Nolane et S.K. Sheldon et concerne une auto stoppeuse, le second traite d’une « île des révélations » où se joue un combat biblique entre le Bien et le Mal. « Les mains de Farah Yole », dédicacé à Clive Barker, montre l’enquête d’un journaliste voulant interviewer l’artiste peintre Farah Yole. Il découvrira le secret de ses créations…

Enfin, « La ballade du Luna Park », ultime nouvelle (la plus longue et la plus maitrisée) rappelle quelque peu Stephen King ou Ray Bradbury. Pagel imagine une véritable « foire des ténèbres » moderne où se croisent divers individus dont un dragueur invétéré épris d’une femme pouvant se changer en gorille. Une suite d’événements horribles vont, dès lors, se succéder. Une nouvelle dédicacée à Roland C. Wagner dans laquelle Pagel s’amuse à reprendre les divers pseudonymes de l’écrivain pour nommer ses protagonistes.

Proche des bandes dessinées horrifiques à la TALES FROM THE CRYPT et manifestement inspiré par les classiques LIVRES DE SANG de Barker, ce recueil (ensuite repris dans le plus vaste ensemble de la « Comédie inhumaine ») constitue une très agréable lecture, vivement conseillée aux amateurs de nouvelles fantastiques ne lésinant pas sur l’horreur et une dose d’érotisme parfois trouble.

Très réussi !

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Publié le 6 Septembre 2018

ORAGES EN TERRE DE FRANCE de Michel Pagel

Publié au Fleuve Noir cette uchronie se déroule dans un monde proche du notre mais dans lequel la Guerre de 100 ans s’est prolongée au point de devenir la Guerre de 1000 ans…

Les oppositions entre la France et l’Angleterre, essentiellement basées sur la religion, répercutent les positions divergentes du Pape et de l’archevêque de Canterbury. En dépit du véto religieux un jeune scientifique aide un vieil inventeur à fabriquer des machines volantes. Le télé évangéliste Frédéric d’Arles anime l’émission la plus regardée de la télévision, « Confessions directes », mais sa notoriété finit par devenir gênante pour les hautes instances qui délèguent une tentatrice pour le conduire au péché. Pendant ce temps, sur le front, des machines ressuscitent brièvement les morts pour alimenter en zombies les armées qui s’entretuent depuis un millénaire.

Si les quatre histoires proposées sont intéressantes, la dernière est sans doute la plus réussie. Elle aurait d’ailleurs pu se voir décliner en roman : on y croise des Français, des Anglais, une aristocrate zombifiée membre de l’Internationale Athée, deux psychopathes, des débrouillards du marché noir, etc.

En peu de pages, Michel Pagel propose quatre récits qui forment un tout cohérent mais, collection « anticipation » oblige, ne peuvent développer réellement un background pourtant très réussi. Ainsi, le lecteur apprend que si la seconde guerre mondiale a bien eu lieu, la révolution française a avorté et la monarchie s’est maintenue. De son côté, la technologie s’avère différente et pourtant proche de celle développée dans notre réalité. Certains choix sont d’ailleurs peu expliqués : si on admet l’interdit frappant les avions, difficile d’accepter que les chefs religieux autorisent le rappel des morts à la vie pour combattre. Mais ce ne sont que des broutilles, le roman (ou les quatre nouvelles imbriquées) étant très efficace et démontrant une réelle originalité, d’une part en raison de la « divergence historique » choisie (cela change des victoires nazies uchroniques) et d’autre part car l’auteur choisit de s’intéresser davantage aux petites gens (soldats, scientifiques, etc.) plutôt qu’aux puissants.

De la belle uchronie !

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Publié le 29 Décembre 2017

BOUCHERS, VANDALES ET COMPAGNIE de Peter Lovesey

Peter Lovesey, grand spécialise anglais du récit d’énigme humoristique, nous propose un recueil de nouvelles à chute d’excellent niveau, de petites pépites de mécanique policière saupoudrées d’humour noir. Difficile d’en isoler une tant elles se révèlent chacune originales, bien pensées et joliment rythmées.

Deux employés de boucherie découvrent leur patron, mort gelé dans la chambre froide. Le cadenas sur la porte ne laisse aucun doute : il s’agit d’un meurtre et le vieux Percy est le seul suspect. Cinquante ans de boulot et jamais la moindre considération, on comprend qu’il ait eu envie de supprimer le boss avant de se faire oublier en Espagne. Les deux employés, touchés, décident de cacher les preuves : après tout, sans le cadenas, personne n’aurait pensé à un crime et chacun aurait conclu à l’accident stupide. Bien sûr, tout ne se déroule pas comme prévu.

Une femme, jalouse du succès de sa défunte sœur, sculpteuse célèbre, rachète toutes les poteries de cette dernière afin d’organiser une exposition en son honneur. Mais sa conception de l’art confine au vandalisme.

Mr Buttery, un bouquiniste de 34 ans, n’a guère de chance auprès des femmes. A dire vrai, en dépit d’une bonne connaissance théorique du sujet (deux rayonnages dans son échoppe), il n’en a encore connu aucune. Bibliquement s’entend. Aussi lorsqu’une de ses clientes, la séduisante et peu heureuse en ménage Mildred, lui signale qu’il a en sa possession une statuette de grande valeur, l’effigie d’un célèbre assassin britannique, Buttery y voit un signe du destin. Il met la sculpture aux enchères et en retire plus de mille livres. Suffisamment pour inviter Mildred à passer avec lui des vacances à Orléans. Malheureusement la jeune femme ne semble pas décidée à « aller plus loin » et le pécule du bouquiniste fond comme neige au soleil.

Durant la guerre, Gorman, un soldat poursuivi par la déveine, cherche sans succès à déserter l’armée. Un jour il a l’occasion d’usurper l’identité d’un de ses camarades, décédés lors d’une attaque. Pourquoi ne pas en profiter pour rendre visite à la fiancée du défunt ? Bien évidemment, tout cela aura des conséquences sinistres.

Une infirmière accueille, une fois par semaine, son « amant caché », un véritable gentleman à qui elle prépare de succulents petits plats sans pour autant se montrer plus intime. Mais, un jour, la jeune femme apprend qu’elle n’est pas la seule à qui ce gentleman rend visite. Toutes les deux imaginent un plan pour se débarrasser de l’indélicat.

Ce recueil comporte encore trois nouvelles supplémentaires, toute fort efficaces, à découvrir par le lecteur. Dans l’édition originales, le livre (intitulé « Butchers ») compte seize histoires, celles n’ayant pas trouvé place ici ayant été publiées dans O MES AYEUX ! Pour les amateurs de récits policiers drôles et surprenants, dans la tradition des « Alfred Hitchcock présente » et autre anthologies de ce style, BOUCHERS VANDALES ET COMPAGNIE constitue un incontournable.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Recueil de nouvelles, #Peter Lovesey

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Publié le 30 Août 2017

NE PAS DEPASSER LA DOSE PRESCRITE de Peter Lovesey

Né en 1936, l’Anglais Peter Lovesey défend, depuis près de quarante ans, les couleurs du roman d’énigme « à l’ancienne », dans une tradition typiquement british quelque peu délaissée en ces temps de polars noir dominant. On lui doit les enquêtes, à l’époque victorienne, du sergent Cribb (8 romans adaptés au petit écran sous le titre « Cribb »), les aventures du désoeuvré Bertie, Prince de Galles et futur roi Edward VII et bien d’autres romans policiers.

NE PAS DEPASSER LA DOSE PRESCRITE rassemble quinze nouvelles dont les ingrédients principaux sont l’humour, l’art de la « chute » et le sens du suspense, à l’image des récits jadis rassemblés dans les (souvent) excellentes anthologies ALFRED HITCHCOCK PRESENTE. Nous avons ainsi deux récits consacrés au précité Bertie, qui s’interroge sur la mort d’un participant à une régate et va également résoudre une mystérieuse affaire d’incendies volontaires. Le pyromane semble obéir à une routine bien établie et se contenter de détruire des bâtiments inoccupés.

Les autres récits sont variés et, sans exception, de très grande qualité.

Une expédition montagnarde entre de vieux amis perdus de vue depuis plusieurs décennies tourne à la tragédie lorsque des secrets enfouis sont dévoilés sur le ton de la plaisanterie. Un des amis en question anime, en effet, une émission télévisée basée sur le principe de la « confession » et a filmé les conversations - en apparence innocente - de ses deux compagnons. Malgré tout, ceux-ci ne le tuerait pas pour si peu quand même ? A moins que…

Souhaitant se débarrasser de son épouse, un homme a recours aux services d’un de ses employés qui connait un tueur à gages. En réalité, ce-dernier souhaite garder l’acompte et ne pas commettre le crime. Mais ne risque-t-il pas de se trouver piégé à son propre jeu ?

Un veuf décidé à conquérir une alerte sexagénaire se force à partager sa passion des souris de compagnie et se réjouit de la voir gagner un prochain concours. Mais ses nouveaux voisins se lancent, eux aussi, dans l’aventure et mettent toutes les chances de leur côté en faisant l’acquisition de rongeurs de grand prix. Heureusement, notre veuf possède un chat…et les chats n’aiment-ils pas les souris par-dessus tout ? Surtout ce chat-là, grand chasseur devant l’Eternel. Bien sûr l’auteur nous réserve un retournement de situation aussi amusant qu’inattendu.

Et que dire de ce vieux couple sans histoire, ensemble depuis 47 (ou 48 ans, la question fait débat), n’ayant jamais connu la moindre dispute. Tout n’est-il pas parfait dans ce ménage, excepté cette manie de l’épouse de se réveiller vers 2 heures du matin pour brancher sa bouilloire et remplir sa bouillotte ? On est frileuse ou on ne l’est pas. Cela réveille Monsieur mais est-ce une raison suffisante pour qu’il veuille l’électrocuter avec sa couverture chauffante. Au bout de 47 (ou 48 ans) peut-être bien que oui…

Le recueil verse dans le fantastique avec « La malédiction d’Odstock » basé sur le folklore anglais : Joshua Scamp a endossé la responsabilité d’un crime pour protéger sa fille et fut exécuté par erreur. Une fois son innocence établie, une malédiction fut lancée à l’encontre de l’église du village : quiconque en fermerait la porte à clé périrait dans l’année. La seule manière d’échapper au sortilège consiste à invoquer l’esprit de Scamp le soir d’Halloween pour qu’il s’empare de l’âme d’une autre personne.  

Le 31 octobre, un incrédule, après avoir donné une conférence démontant les superstitions locales, décide de donner un fatidique tour de clé…Un excellent récit qui mêle le policier au fantastique et à l’épouvante dans la lignée de « Rendez-vous avec la peur ». Une très belle réussite.

Un voleur récemment décédé expédie à son neveu un magnifique Ara. Mais, persuadé que le perroquet peut répéter le numéro du coffre où le défunt a planqué sa fortune en diamants, un homme s’en empare.

Une jeune fille prude et réservée, victime d’une remarque blessante de l’amant de sa mère, envisage de se venger de celui-ci en cachant dans sa voiture un caleçon, véritable « remède contre l’amour », appartenant à sa génitrice. Mais la rencontre impromptue de la demoiselle avec un charmant punk voleur de voiture change la donne.

Dans l’immédiat après-Guerre, un pudding « comme il faut » (comprenez gardé longtemps et à l’intérieur duquel la cuisinière a glissé une pièce porte bonheur) entraine un conflit familial qui se résoudra dans le sang.

Le narrateur d’« Erreur sur la personne », invité à l’enterrement d’un ancien ami, soupçonne sa trop jeune et séduisante épouse de l’avoir assassiné. N’est-ce pas bien commode d’avoir un beau-frère médecin afin de signer, sans poser de question, le certificat de décès ? Avec cette coquette assurance-vie la jeune veuve pas vraiment éplorée s’installe sous les tropiques en compagnie de son amant. Mais notre narrateur s’improvise détective…et pourquoi pas justicier ? Une construction minutieuse dont le premier « twist » se devine avant un second particulièrement surprenant et efficace. De la belle ouvrage !

Avec « Vidéo Gag », Peter Lovesey prend une fois de plus le lecteur par surprise : celui-ci croit deviner où l’histoire le mène et, au final, la chute (au sens propre et figuré !) le prend de court. Le récit s’intéresse à un couple persuadé de pouvoir toucher le jackpot en envoyant une vidéo hilarante à l’émission télévisée « vidéo gag » (souvenez-vous). Leur idée consiste à provoquer la chute d’une caravane du haut d’une falaise : l’homme se jettera du véhicule au dernier moment pendant que son épouse filme la scène. Ils empruntent le caméscope du voisin, lui achètent sa caravane et se mettent en quête de l’endroit le plus approprié au tournage. Evidemment tout ne se déroule pas comme prévu, à la plus grande joie du lecteur surpris par les dernières lignes d’un récit se terminant par un joli coup de théâtre.

La dernière nouvelle, « Des imprimeurs à la fête », débute par les aveux de la séduisante Patty Noble à la police : au cours d’une dispute, elle a lancé à la tête de son époux ivre une théière qui l’a tué sur le coup. Enfin pas tout à fait puisque l’autopsie révèle que la victime a été préalablement poignardée dans le dos. Qui a porté le coup mortel ? Encore une fois, Lovesey ballade le lecteur jusqu’à une révélation finale à la fois parfaitement logique (tous les indices qui y conduisent sont présents et bien en évidence) et complètement inattendue.

En résumé, un recueil de nouvelles d’une exceptionnelle qualité : pas le moindre texte faible ou même moyen, tout oscille entre le très bon et le formidable avec un dosage d’une précision impeccable entre l’humour noir et le suspense jusqu’à la chute finale toujours surprenante et mémorable. Hautement recommandé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Recueil de nouvelles

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