policier

Publié le 3 Mai 2017

LE TROISIEME TROU (PERRY MASON) de Erle Stanley Gardner

Créé par Erle Stanley Gardner (1889 – 1970), le personnage de l’avocat enquêteur Perry Mason effectue ses débuts en 1933 avec PERRY MASON SUR LA CORDE RAIDE. Par la suite, sous le pseudonyme d’A.A. Fair, l’écrivain lance une nouvelle série, consacrée aux détectives Cool & Lam. Nouveau succès pour Gardner qui abandonne son métier d’avocat et écrit, chaque année, plusieurs romans policiers jusqu’à son décès. Au final, Perry Mason vivra 82 aventures et Cool & Lam résoudront 29 énigmes.

Dans ce court roman (180 pages dans l’édition originale), Kerry Dutton débarque dans les bureaux de Mason pour avouer un détournement de fonds. Très vite, il apparait que Dutton été animé des meilleures intentions : en effet, le père de l’insouciante Desere Ellis lui avait confié la gestion d’une importante somme d’argent. Or, Desere semble être tombée sous la coupe d’un jeune beatnik désireux d’utiliser la fortune de la demoiselle afin de lancer un nébuleux projet d’aide aux artistes. Amoureux de Desere, Kerry Dutton a voulu l’empêcher de dilapider cet argent et a procédé à différents placements, obtenant au final un joli bénéfice en son nom propre qu’il souhaite laisser à la jeune fille. Une affaire de meurtre, commis près du troisième trou d’un parcours de golf, complique la situation et Mason devra sauver de la mort un Dutton que tout accuse.

Datant des années ’60 (il s’agit d’une des dernières enquêtes de Mason), le bouquin a plutôt bien vieilli, décrivant un milieu de jeunes artistes oisifs voulant utiliser l’argent d’autrui pour leurs combines (« Desere fréquentait surtout des garçons aux cheveux longs et aux ongles sales, des idéalistes d'extrême gauche, qui n'hésitaient pas à piocher dans son argent tout en continuant à la tenir à l'écart. »). Le style de Gardner est, en version originale, parait-il exécrable et il faut, si cela est exact, saluer la traduction de Maurice-Bernard Endrèbe (lui-même romancier et créateur du personnage d’Elvire, la Vieille dame sans merci) qui, dénuée de circonvolution, n’en reste pas moins très efficace et va droit à l’essentiel : peu de description mais beaucoup de dialogues, un peu à la manière d’une pièce de théâtre et, d’ailleurs, les jeux de manches entre avocats ne sont-ils pas les meilleurs héritiers du théâtre classique avec l’unité de lieu (le prétoire), de temps (la durée – courte – du procès) et d’action (qui relève du pur whodunit) ?

Si l’enquête est réussie (quoique les premières pages, assez techniques, peuvent rebuter pour les non familiers des problèmes juridiques), les personnages sont, eux-aussi, intéressants : Perry Mason est aidé de sa secrétaire forcément énamourée (Della Street) et d’un détective qui enquête sur le terrain, Paul Drake. Face à lui, Mason doit compter avec Hamilton Burger (sacré patronyme !) bien décidé à incriminer le pauvre Dutton. Une fois de plus, la vérité sera dévoilée durant les dernières pages, menées à un rythme des plus soutenu et même si l’identité du coupable n’est pas franchement surprenante, la recette fonctionne impeccablement. Un plaisant whodunit, une énigme bien construite, un zeste de romance, une pincée d’humour,…cette première rencontre avec le plus célèbre des avocats s’avère très agréable et donne envie de découvrir d’autres enquêtes de cette longue série. Du divertissement pur (il ne fait pas en attendre de la grande littérature ou une quelconque recherche stylistique) qui se lit quasiment d’une traite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Perry Mason

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Publié le 25 Avril 2017

VOUS PERDEZ LA TETE de Christianna Brand

Christianna Brand (1907 – 1988) débute sa carrière au début des années ’40 avec LA MORT EN TALONS HAUTS. Peu après, elle publie son deuxième roman dans lequel elle crée son enquêteur récurent, l’inspecteur de police Cockrill. Après cette première apparition dans ce classique whodunit (assorti d’un apparent crime impossible) datant de 1941 l’inspecteur reviendra dans six autres romans (dont cinq furent traduits en français) et plusieurs nouvelles. Par la suite, Christianna Brand se spécialisa dans la littérature jeunesse, concevant notamment le personnage de Nanny McPhee (campée par Emma Thompson dans les deux adaptations cinématographiques tournées en 2005 et 2010).

VOUS PERDEZ LA TETE se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale alors que les Londoniens se sont réfugiés à la campagne pour échapper aux bombardements. A Pigeonsford Manor, par exemple, quelques personnes sont réunies, dont Grace Morland, une vieille fille tombée amoureuse du forcément séduisant quinquagénaire Stephen Pendock, dit Pen, lequel semble davantage attiré par la jeune nymphette Francesca, une fille « exquise et si jolie qu’on en était mal à l’aise ». Cette dernière exhibe son nouveau cadeau, un chapeau, qui attise la jalousie de Grace, laquelle déclare avec dédain, en référence à un précédent meurtre ayant ensanglanté la région, qu’elle n’aimerait pas mourir avec un tel couvre-chef sur la tête. Or, peu après, Grace est découverte décapitée…avec le chapeau en question sur sa tête tranchée. L’inspecteur Cockrill vient investiguer le crime et établit rapidement que le meurtrier appartient à la maison et n’a pu provenir de l’extérieur, ce qui limite à six le nombre de suspects. Par la suite, un nouveau meurtre survient : là encore la victime est retrouvée décapitée mais, cette fois, le crime semble impossible puisque aucune empreinte n’apparait sur la neige entourant le corps. 

Avec ce whodunit typique, Christianna Brand se lance dans le « country house mystery » si cher aux auteurs de l’Age d’Or du roman policier et il ne lui faudra que 185 pages pour résoudre l’énigme pourtant complexe proposée. En effet, en comptant un précédent meurtre commis un an avant les évènements relatés, la romancière donne à son inspecteur la lourde tâche de résoudre trois crimes. Mais Cokrill se montrera à la hauteur et l’assassin sera, logiquement et classiquement, dévoilé lors du dernier chapitre.

Si le roman ne se montre pas très original, le style est très agréable et l’écriture fluide, plaisante, sans les scories de certains auteurs du Golden Age. Brand propose des descriptions vivantes, des dialogues ciselés et confère un bon rythme à son récit empreint d’un certain humour noir et d’un côté macabre, voire grand-guignolesque, appréciable.

Le principal bémol réside dans la conclusion : contrairement à la tradition du whodunit, le plus suspect s’avère être le coupable. Si on peut saluer le réalisme d’une telle fin (à l’opposé des retournements de situations peu crédibles de nombreux romans d’énigme), le lecteur peut se sentir quelque peu floué. Plus embêtant, le mobile de l’assassin se base sur des données médicales erronées et pas vraiment convaincantes. Le processus, qui a été ultérieurement repris plusieurs fois dans la littérature policière, devait cependant être original au début des années ’40. Enfin, l’énigme de l’absence d’empreintes sur la neige se voit évacuée avec une désinvolture déstabilisante (après que plusieurs hypothèses plausibles aient été avancées) et n’a finalement aucune importance. Frustrant.

Malgré ces défauts, VOUS PERDEZ LA TÊTE constitue un bon début pour l’inspecteur Cockrill, personnage intéressant même si pas encore pleinement développé. Le roman se lit en tout cas avec plaisir et reste suffisamment moderne dans son écriture pour ne pas rebuter le lecteur. Le tout donne envie de poursuivre les aventures de Cockrill qui allait résoudre pas moins de trois « crimes impossibles » (dans LA MORT DE JEZABEL, SUBITEMENT DECEDEE et TOUR DE FORCE). Conseillé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Christianna Brand, #Whodunit, #Impossible Crime

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Publié le 20 Avril 2017

CRIME A BLACK DUDLEY  de Margery Allingham

 

Né en 1904, Margery Allingham débute sa carrière littéraire à 19 ans mais accède au succès avec ce CRIME A BLACK DUDLEY publié en 1929, première apparition de son détective favori, Albert Campion, que l’on retrouva dans dix-huit autres romans. Ici, il n’a qu’un rôle secondaire, un peu perdu au milieu des invités rassemblés à Black Dudley pour participer à un rituel familial consistant à se passer une dague dans l’obscurité. Durant ce jeu, le colonel Coombe meurt d’une crise cardiaque apparente. En réalité, il a été poignardé par une bande d’escrocs décidés à garder les invités prisonniers à Black Dudley.

Débutant comme un classique whodunit typique du Golden Age (protagonistes rassemblés dans un lieu clos, malédiction familiale, jeu tournant au drame, etc.), le roman se transforme ensuite en récit de gangsters avec papiers de grande valeur perdu (ou détruits), enlèvements, séquestrations, évasions, etc. On pense à certains John Dickson Carr des débuts ou, plus gênants, à Edgar Wallace tant le tout parait daté dans une veine feuilletonesque, proche du serial, qui multiplie les surprises mais demeure plus fatiguant que divertissant.

Destiné à devenir le héros récurent d’Allingham, Albert Campion n’a ici qu’un rôle secondaire, tandis que le pathologiste travaillant pour Scotland Yard, George Abbershaw, tient le haut de l’affiche. Le roman part donc dans plusieurs directions sans parvenir à passionner, quoique l’écriture alerte, les rebondissements nombreux et quelques touches d’humour parviennent à éviter au lecteur un complet désintérêt.

On trouve heureusement une plaisante ambiance de « country house mystery » avec des invités au passé mystérieux, des passages secrets et même un rituel familial folklorique (cependant moins obscur que celui des Musgraves). Toutefois, CRIME A BLACK DUDLEY se révèle décevant et l’identité de l’assassin (la dernière partie du roman revient à un whodunit plus traditionnel) quelque peu prévisible quoique son mobile soit, lui, plus original.

En dépit de ce quasi faux-départ, Albert Campion s’imposa comme un des grands détectives de l’Age d’Or et Allingham prit sa place aux côtés des trois autres reines du crime : Christie, Marsh et Sayers.

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Rédigé par Hellrick

Publié dans #Whodunit, #Golden Age, #Policier, #Margery Allingham

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