meurtre en chambre close

Publié le 12 Juin 2019

L'AURA MALEFIQUE de John Sladek

Ecrivain de science-fiction, John Sladek a écrit deux classiques du crime en chambre close : L’INVISIBLE MONSIEUR LEVERT et cette AURA MALEFIQUE, qui mettent tous deux en scène son détective excentrique au nom délirant de Thackeray Phin. Ce dernier, un Américain vivant à Londres au cœur des années ’70, possède suffisamment de biens pour vivre oisivement et s’adonner à ses passions, notamment la recherche de faux médiums qu’il aime démasquer. Il s’invite ainsi dans une communauté de « psychiques » dans laquelle on trouve un assortiment de personnages haut en couleur comme un prêtre, une star du rock, etc. Au cours d’une soirée de « recherches paranormales », Phin assiste à la disparition inexplicable d’un protagoniste qui pénètre dans une salle de bain pour ne plus en ressortir. Un prélude à un second tour de force puisque notre star du rock s’enferme à son tour sur un balcon avant de se mettre à léviter devant de nombreux témoins…puis de chuter sur le sol où il se tue. A Phin de résoudre cet impossible problème.

Avec L’AURA MALEFIQUE (celle qui, selon les spirites, entoure les futurs défunts), Sladek propose un hommage distancié mais respectueux aux classiques de l’âge d’or du roman policier. Il se confronte ainsi à un des poncifs du « crime impossible » avec cette séance de spiritisme qui tourne mal devant des témoins plus ou moins crédules. L’auteur offre donc deux disparitions inexplicables et cet incroyable chute au cours d’une lévitation forcément expliquée de manière cartésienne (et fort convaincante) dans les dernières pages. Ce tour de force de rigueur reste évidemment mémorable et justifie à lui seul l’inclusion de ce roman parmi les classiques du crime impossible.

Mais l’énigme du « howdunit » n’est pas tout et, heureusement, Sladek ne se limite pas à fournir une explication élégante aux diverses impossibilités. Son whodunit se montre surtout bien mené, rythmé par des dialogues incisifs et ponctué de nombreuses touches d’humour bienvenues. Quelques légers défauts (l’enquête reste un peu lâche) n’entament pas la grande réussite de ce classique de la « chambre close ».

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Impossible Crime, #Meurtre en chambre close, #Policier, #Whodunit

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Publié le 25 Janvier 2019

LES MEURTRES DE L'EPOUVANTAIL de Joseph Commings

Joseph Commings (1913 – 1992) écrivit de nombreuses nouvelles policières assorties de chambres closes et autres crimes impossibles. Sa série la plus célèbre concerne le sénateur Brooks U. Banner, héros de 33 nouvelles publiées entre 1947 et 1984 (la 33ème le fut en 2004 de manière posthume). Roland Lacourbe en a sélectionné seize, réparties sur deux recueils : LES MEURTRES DE L’EPOUVANTAIL et LE VAMPIRE AU MASQUE DE FER.

Ce premier recueil débute par la toute première enquête du sénateur, « Meurtre sous cloche », une « chambre close » particulière puisqu’il s’agit d’un crime commis sous une énorme cloche de verre. Un bon début avec une fin ingénieuse quoique moyennement crédible.

Plus originale, « L’empreinte fantôme » illustre un meurtre commis au cours d’une séance de spiritisme dont tous les participants sont sanglés dans des camisoles de force. Or même Houdini pouvait certes s’en échapper mais surement pas en remettre une dans de telles conditions. Qui a donc pu tuer et comment ? Une solution originale (inédite ?) et ingénieuse, cette fois tout à fait plausible à condition de laisser parler son imagination. Et n’est-ce pas le propre des crimes impossibles de titiller la plausibilité pour le plaisir de suivre l’auteur dans les méandres de son cerveau ?

« Le spectre du lac », plus courte que de coutume (les nouvelles faisant en moyenne une trentaine de pages) fonctionne sur le principe de la malédiction et de l’atmosphère, la solution étant évidente (il ne peut y en avoir d’autre) en empruntant à une célèbre enquête de Sherlock Holmes, le « Problème du pont de Thor ». Agréable, sans plus.

« La légende du moine noir » tutoie l’excellence : situation insolite, décor macabre, personnages pittoresques, malédictions et légendes pesantes, disparition impossible d’un moine meurtrier dans une pièce close, solution à la simplicité déconcertante et à l’efficacité totale…Un classique de la « chambre close ».

Classique mais bien mené, « Les meurtres de l’épouvantail », qui donne son titre au recueil, constitue un fort bon récit à l’atmosphère bien développée. Après la mort de Beverly, son frère Hudson est à son tour assassiné. Les traces du meurtrier conduisent à un épouvantail isolé au milieu d’un champ. Devant cette menace apparemment surnaturelle, le sénateur Banner enferme tous les habitants d’une maison pour dissuader l’assassin de récidiver mais une jeune femme est agressée à nouveau…elle identifie le coupable comme un épouvantail ! Cette longue nouvelle (35 pages) capture joliment l’atmosphère de superstition et de suspicion jusqu’à une chute étonnante et bien amenée. Du grand art.

Plus courte et moins originale, « Feu sur le juge » se montre cependant efficace : après avoir manifesté son intention de fermer un théâtre présentant des spectacles « licencieux », le juge Hawthorne reçoit des menaces de mort. Il s’enferme dans un petit pavillon gardé par des policiers conduits par le sénateur Banner. Pourtant, le juge sera retrouvé abattu de trois balles de révolver…Une intrigue classique et un « truc » vieux comme le récit de chambre close mais l’art et la manière de Commings font la différence et rendent le tout agréable à lire.

« Meurtre au champagne », une autre courte nouvelle, voit une actrice découverte morte mystérieusement…la seule arme envisagée est une bouteille de champagne mais des analyses démontrent qu’elle n’était pas empoisonnée. Alors comment a pu procéder le meurtrier ? Ce récit plaisant mais mineur fonctionne sur la méthode originale utilisée par l’assassin pour commettre son crime en chambre close.

L’ultime récit, « Une dame de qualité », s’éloigne des crimes impossibles pour plonger dans le récit d’espionnage à base de documents volés et de séduisantes espionnes. Malheureusement, ce n’est pas une grande réussite et on peut penser que le sénateur Banner se montrait plus à son aise dans la résolution d’insolubles problèmes, ce que confirme d’ailleurs la postface. Une relative fausse note pour terminer cette anthologie sinon d’excellente tenue complétée par des résumés et de courts avis sur les 32 enquêtes du sénateur.

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Publié le 16 Janvier 2019

HAWK & FISHER de Simon R. Green

Hawk et Fisher sont deux capitaines de la garde dans la ville de Haven. Ils sont aussi mari et femmes et probablement les seuls représentants intègres de la loi dans ce bled gangréné par la corruption et les magouilles politiques. Pourtant, un mage, Gaunt, a décidé de nettoyer la fange en s’attaquant à un des pires quartiers de la cité, surnommé le Crochet du Diable. William Blackstone, pour sa part, est un homme politique idéaliste et honnête. Lui aussi désire remettre un peu d’ordre à Haven mais, avant de pouvoir lancer ses grandes réformes, Blackstone organise une réunion du gotha local où se croisent son épouse infidèle Katherine, la sorcière Visage, le général Hightower, le légendaire héros Stalker, et quelques autres. Pas de bol, Blackstone meurt assassiné dans sa chambre bien évidemment close (sinon ce ne serait pas drôle). Du coup le brave sorcier lance un sort d’isolement et tous les suspects se trouvent confinés dans la maison…Hawk et Fisher ont jusqu’à l’aube pour découvrir le coupable.

Simon R. Green mélangeait efficacement polar et urban fantasy dans sa série du NIGHTSIDE, il combine ici le médiéval fantastique avec le whodunit « old school ». Il faudra évidemment aimer ces deux genres (et posséder une certaine ouverture d’esprit) pour apprécier cette improbable fusion.

Que les fans d’énigmes se rassurent : si nous sommes dans le registre du fantastique et que l’auteur en appelle à diverses créatures mythologiques (vampire, loup-garou, sorcier, etc.), l’explication des crimes n’en reste pas moins bien agencée et logique. Celle de la chambre close, pour sa part, s’avère aussi simple qu’efficace, guère neuve (bien des auteurs ont usés du truc) mais suffisamment bien amenée pour emporter l’adhésion.

De manière générale, l’enquête s’avère classique avec interrogatoire des suspects, fouille des pièces, recherches d’indices et quelques moments de tension où nos protagonistes n’hésitent pas à sortir l’épée du fourreau. On imagine très bien quelques amateurs de jeu de rôles organiser une vraie « murder party » sur ce thème. Si les deux héros sont sympathiques ils paraissent néanmoins quelque peu dépassés et ne rivalisent pas vraiment avec Poirot ou Sherlock. Heureusement pour eux le meurtrier n’en restera pas à un seul crime, ce qui réduit rapidement le nombre de suspects. D’où de nouveaux rebondissements. Et à la fin il n’y eut plus personne…Ou presque. Simon Green appuie en effet sur l’accélérateur dans le dernier acte et multiplie les meurtres sanglants, pointant logiquement tous les soupçons vers le coupable…que le lecteur a probablement déjà deviné puisque l’auteur se montre fair-play et balance un énorme indice à mi-parcours. On prend néanmoins plaisir à suivre la fin de cette enquête et on apprécie la manière dont la magie est adroitement utilisée sans nuire à l’énigme proprement dite.

En déplaçant les schémas traditionnels du « cosy murder mystery » dans un univers de Fantasy, Simon Green renouvelle habilement les recettes et réussit à faire du neuf avec du vieux. Comme le roman est court et rythmé, l’ensemble s’avère très plaisant et divertissant. Sans plus ni moins mais ce premier volume constitue une bonne lecture de détente assurée et encourage à poursuivre l’exploration de Haven. Ce n’est déjà pas mal.

A noter que ce roman a été réédité en poche avec ses deux premières suites sous le titre général LES EPEES DE HAVEN.

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Publié le 17 Septembre 2018

LA MAISON DES HOTES de Jean Sargues

Un ermitage perdu, dans les Pyrénées et non loin de la frontière espagnole. Reconverti en maison d’hôtes il accueille une poignée de touristes désireux de s’isoler durant quelques jours loin des tracas de la société. Pour accroitre le sentiment de tranquillité l’unique accès, une grille, est fermé chaque soir. Les hommes peuvent ainsi jouer aux cartes et les femmes se reposer. Pourtant, c’est dans cette maison qu’un inconnu meurt abattu d’un coup de pistolet. Nul ne le connait, nul n’a pu tirer le coup fatal. Alors comment, dans cet environnement clos, le mystérieux visiteur a-t-il été tué ? D’autant qu’en réalité il semble établi que l’inconnu ait en réalité succombé quelques heures plus tôt…d’un coup de poignard ! Un journaliste, Sargent, mène l’enquête et les soupçons se portent rapidement sur le gardien, Belcanto, et la cuisinière, Rose. Mais personne ne peut expliquer comment l’assassin aurait pu procéder.

Ecrivain oublié, le Français Jean Sargues a publié au Masque, en 1941, cet excellent whodunit doublé d’un howdunit du plus bel effet : une galerie de personnages très bien typés, un cadre original, des suspects à la pelle, une enquête minutieuse et un très beau crime impossible n’ayant rien à envier aux cadors du genre comme John Dickson Carr. L’explication finale, très astucieuse, semble évidente (tous les indices ont été distillés au fil des pages) mais peu de lecteurs pourront sans doute découvrir le fin mot de l’histoire avant les derniers chapitres. Du très bel ouvrage !

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Publié le 31 Mai 2018

LA PIERRE DE SANG de Paul Doherty

Paul Doherty (parfois dissimulé sous divers pseudonymes comme C.L. Grace, Paul Harding, Michael Clynes, Ann Dukthas, Anna Apostolou et Vanessa Alexander) est un incontournable forçat du « thriller historique », ficelant avec une facilité déconcertante de tortueuses énigmes (pratiquement toujours assorties de meurtres en chambre close et autre crime impossible) que vont résoudre ses limiers tels Hugh Corbett ou Frère Athelstan. C’est ce dernier qui officie dans LA PIERRE DE SANG, onzième enquête qui nécessite la sagacité du débonnaire homme d’Eglise.

AU XIVème siècle, la compagnie des Guivres revient de la campagne de Poitiers avec une pierre sacrée, le Passio Christi formé, selon la légende, par le sang du Christ. Cette pierre de sang atterrit dans les mains de Sir Robert Kilverby. Bien des années plus tard, en 1380, alors que Kilberby doit rendre le joyau à l’abbaye de St Fulcher, il meurt mystérieusement empoisonné dans sa chambre close. Son assassin réussit également à s’emparer du Passio Christi sans que nul ne puisse expliquer ce miracle. La même nuit un soldat membre de la compagnie des Guivres est décapité. Frère Athelstan, accompagné du coroner londonien John Cranston, va mener l’enquête.

Apparus pour la première fois dans LA GALLERIE DU ROSSIGNOL, les deux limiers moyenâgeux revinrent ensuite à intervalles réguliers puisque Doherty leur écrivit huit aventures supplémentaires en autant d’années. Après LA TAVERNE DES OUBLIES, publié en 2003, l’ecclésiastique avait lui aussi été oublié du romancier, occupé à d’autres époques (une trilogie consacrée à Alexandre le Grand, une autre – inédite en français – dédiée à Akhénaton). Heureusement, en 2011, Cranston et Athelstan revinrent pour une enquête particulièrement complexe…les explications des différents crimes (dont un meurtre en chambre close et un incendie « impossible » dans une pièce fermée) occupent d’ailleurs le dernier chapitre, long d’une vingtaine de pages, et intitulé logiquement « le jugement ».

Comme souvent, Doherty prend son temps pour présenter la vie et les mœurs de l’époque : c’est très détaillé et précis bien que parfois un brin didactique. Il y a donc quelques longueurs et quelques lourdeurs. Rien de vraiment rédhibitoire, d’ailleurs on peut dire cela de tous les romans de Doherty : certains de ses collègues choisissent de reléguer ces détails à la fin du récit, dans des annexes explicatives, lui préfère les intégrer directement dans l’intrigue. C’est son choix et il n’est pas plus mauvais que l’autre, au lecteur de trancher selon sa sensibilité ou son envie d’aller directement à l’énigme proprement dite quitte à survoler certains passages plus descriptifs.

Néanmoins, les crimes se multiplient rapidement (une demi-douzaine !) permettant au roman d’avancer à un rythme soutenu en suivant les pas d’un Athelstan quelque peu dépassé par tous ces mystères : un commerçant empoisonné dans une pièce fermée, une pierre dérobée sans que l’on puisse comprendre la méthode employée, un incendie tout aussi incompréhensible, une décapitation, etc.

Les explications des mystères se montrent assez simples et crédibles (nous sommes loin des procédés parfois invraisemblables – mais tellement divertissants – d’un John Dickson Carr ou d’un Paul Halter) mais la résolution des crimes demande un bon niveau d’attention pour ne pas se perdre dans la multitude de protagonistes.

Au final un bon polar historique, sans doute pas le meilleur du genre ni de son auteur mais une lecture agréable, instructive et plaisante à conseiller aux amateurs de récits médiévaux et de whodunit complexe.

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Publié le 16 Mars 2018

L'HOMME QUI EXPLIQUAIT LES MIRACLES de John Dickson Carr

Ce troisième recueil des nouvelles de John Dickson Carr difficilement trouvables, proposées par Roland Lacourbe, débute par la novella qui lui donne son titre, « L’homme qui expliquait les miracles », la dernière énigme résolue par Sir Henry Merrivale à nouveau confronté à l’impossible : un empoisonnement au gaz dans une pièce close et des menaces proférées par un fantôme. Pas franchement original pour l’auteur mais de bonne facture.

« Aux portes de l’épouvante » confronte un jeune homme, dans une auberge située dans la campagne orléanaise, à une mystérieuse chose qui saisit et qui broie. Là encore, on devine assez rapidement où Carr veut en venir mais le résultat se lit néanmoins avec plaisir.

« Le Pentacle en diamant » est une plaisante histoire au sujet du vol impossible d’un bijou, avec une fin bien trouvée et satisfaisante. Changement de registre avec « Immunité diplomatique », un récit d’espionnage toutefois agrémenté de la disparition impossible d’une jeune femme qui entre dans une tonnelle pour s’évanouir à la vue de tous (une solution classique que l’on jugerait décevant si elle n’était pas aussi bien amenée). Le récit suivant demeure une des pièces radiophoniques les plus célèbre de Carr, « Le mari fantôme » (alias « Cabin B 13 »), une histoire intrigante et joliment conduite jusqu’à sa conclusion efficace, bref un bon petit classique du crime impossible.

L’anthologie y ajoute un très rare juvénile, « A l’auberge des sept épées », qui, comme son titre l’indique, constitue un récit historique proche du cape et épée avec le conflit entre l’amour et le devoir, critique de la religion (« je hais […] cette religion qui vénère Dieu sous le prétexte qu’elle fait souffrir l’homme »). Surprenant mais non dénué d’intérêt.

Enfin, « Le mouchard » (situé dans la France du Second Empire) et « Le testament perdu » (New York, en 1849), couronnée du prix de la meilleure nouvelle par le jury d’Ellery Queen Magazine, complètent le sommaire de ce recueil varié. « Le testament perdu » n’a d’ailleurs pas volé sa récompense et rend un très bel hommage à son ancêtre littéraire au titre similaire (« la lettre volée » d’Edgar Poe) jusqu’à une conclusion à la fois référentielle très plaisante. Sans doute la meilleure nouvelle du recueil et peut-être même une des plus belles réussites de Carr dans le domaine du format court. En tout cas une excellente manière de conclure ce recueil forcément inégal mais dans l’ensemble divertissant et agréable.

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Publié le 12 Mars 2018

LA TOMBE INDIENNE de Paul Halter

Le prolifique spécialiste alsacien du crime impossible s’intéresse cette fois à la voyance. Dans un bar chinois de Soho, le Dragon Rouge, un homme, William Riggs, consulte la voyante Ylang Li, laquelle entre en contact avec Lisette, la cousine de Riggs, disparue depuis des années. Disposant de peu d’indices, le jeune homme et sa petite amie se lancent cependant sur la piste de la fillette et aboutissent finalement à une star déchue du cinéma muet vivant en recluse en compagnie de ses enfants adoptifs.

Avec ce roman, Paul Halter semble signer la fin d’une époque, celle du roman d’énigme classique et de ses protagonistes distingués engoncés dans leurs bonnes manières. Nostalgique, voici apparemment l’état d’esprit du romancier qui situe l’intrigue au milieu des années ’60, en plein bouleversement culturel et social. Les jeunes filles prennent leur indépendance et mènent l’enquête : elles usent de leur charme (et de leur mini-jupe) en écoutant « Yesterday » (autre morceau nostalgique) ou les Rolling Stones. Ne pas avoir de références n’est plus, pour une domestique, un handicap infranchissable. Même Scotland Yard s’apprête à fermer boutique pour déménager dans de nouveaux locaux, dépourvus d’histoire mais plus fonctionnels. Et le couple vieillissant au cœur du récit se compose d’une ancienne gloire du cinéma muet, aujourd’hui totalement oubliée, et de son époux qui vit dans le passé en admirant les photos datées de sa femme. Bref, les temps changent…Même le docteur Twist, promis par la quatrième de couverture, n’apparait que brièvement. Aujourd’hui octogénaire, il surgit lors de l’épilogue afin d’expliquer le phénomène de voyance. L’inspecteur Hurst, fréquemment mentionné, n’apparait, lui, pas du tout.

L’Alsacien est-il arrivé au bout d’un cycle ? On peut le penser. Le récit s’éloigne d’ailleurs des conventions du roman d’énigme et la première partie tient davantage du thriller psychologique ou du suspense avec sa demoiselle qui essaye de découvrir la vérité sur une disparition vieille de plusieurs années. Si Paul Halter propose un « meurtre en chambre close » pour contenter ses admirateurs celui-ci se montre nettement moins complexe que ceux de ses précédentes œuvres. Le procédé employé est d’ailleurs rapidement (et classiquement) explicité, comme si Halter voulait faire comprendre à son lectorat que l’important n’était plus là. Une fois de plus l’ancien temps est révolu. L’identité du coupable suivt la même voie : pas de révélations fracassantes, pas de retournement inattendu (style « le moins suspect s’avère le véritable coupable ») et un nombre de suspect très restreints puisqu’ils sont six au départ. Un nombre que l’on peut réduire à deux ou trois avant que le nouvel enquêteur, Briggs, ne dévoile l’assassin en usant d’un procédé discutable. Halter laisse cependant planer le doute sur sa réelle culpabilité lors d’un épilogue semi-ouvert assez typique du romancier.  

« Les limiers de la vieille école n’était hélas plus là. Il était le dernier survivant. La vie avait changé, tout comme les gens. Pour lui c’était un signe des temps, le monde qu’il avait connu était en train de disparaitre, inéluctablement. L’affaire qui l’occupait était sans doute la dernière. »

Voici donc un roman original, certes pas aussi époustouflant que les plus grandes réussites de l’auteur (LA SEPTIME HYPOTHESE, LE CERCLE INVISIBLE, LA MORT VOUS INVITE ou LE VOYAGEUR DU PASSE), mais néanmoins réussi et prenant : le climat de suspicion teinté de macabre (enfants emmurés vivants, prédictions sinistres, etc.) fonctionne et l’explication du phénomène de voyance se montre superbement imaginé. L’énigme principale, pour sa part, reste efficace en dépit de son classicisme et d’une résolution un brin décevante. Pas un chef d’œuvre mais assurément un bon cru et le souci de l’écrivain de renouveler habilement ses thèmes de prédilections doit être souligné. Très plaisant.

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Publié le 13 Décembre 2017

LA MORT DE JEZABEL de Christianna Brand

Très célèbre (et célébré) dans les pays anglo-saxons, LA MORT DE JEZABEL se retrouve régulièrement dans les tops consacrés aux meilleurs crimes impossibles et autres chambres closes. Pourtant, quoique fort plaisant, le livre ne réitère pas la réussite totale de NARCOSE, la précédente enquête de l’inspecteur Cockrill. Cela reste néanmoins un livre amusant (le ton se veut léger et frôle parfois la parodie), bien mené et dont la construction se montre ingénieuse.

L’intrigue, évidemment, est complexe à souhait : une représentation théâtrale est organisée, reconstitution spectaculaire d’événements historiques anglais au cours de laquelle une jeune femme, Isabel Drew, meurt à la suite d’une chute depuis le décor d’une tour médiévale. Sur scène se trouve à ce moment onze chevaliers en armures montés sur leurs chevaux. Il apparait rapidement qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un crime puisqu’Isabel – surnommée Jezabel en raison de ses mœurs légères – a été étranglée. Mais, pourtant, le meurtre semble impossible : la porte menant à la tour est verrouillée et gardée tandis que les suspects – les chevaliers – étaient constamment à la vue du public. L’inspecteur Cockrill, accompagné de son collègue Charlesworth, vont mener l’enquête, ponctuée de références humoristiques à de précédents romans de Brand (Charlesworth ne manque pas de rappeler à Cockrill à quel point il a été confus lors de « cette affaire dans un hôpital du Kent »).

L’humour surgit ainsi régulièrement lors des échanges entre nos deux représentant de la loi, l’un accusant l’autre de « parler et d’agir comme dans un roman policier ». Cockrill précise aussi que les romanciers ne connaissent rien aux véritables méthodes procédurales. Mais son collègue lui rétorque, en une véritable attaque contre les adeptes du vérisme absolu, qu’il est heureux que les écrivains ne se conforment pas entièrement à la réalité : « ce serait si ennuyeux s’ils le faisaient, leur boulot c’est de divertir » et non pas de se préoccuper de ce qui est possible, de ce qui est arrivé ou de ce qui aurait pu arriver. Bref, un roman policier doit être « amusant à lire et non pas aussi assommant qu’un traité juridique ».  

La suite de LA MORT DE JEZABEL va tenter de démêler cet impossible crime avant un inévitable second meurtre dont la victime est découverte décapitée. Pratiquement une routine pour Cockrill qui avait débuté sa carrière dans le très plaisant VOUS PERDEZ LA TÊTE. L’inspecteur aura fort à faire pour démêler le vrai du faux lorsque les divers suspects, pour diverses raisons, se mettront à s’accuser du meurtre entre deux reconstitutions des événements. Ce qui permet à Christianna Brand de s’attaquer aux clichés coutumiers du whodunit de l’âge d’or : un personnage tente ainsi de prouver qu’une jeune femme est en réalité un homme et qu’il s’agit du jumeau perdu de vue d’une des victimes. L’auteur imagine donc de nombreuses solutions ingénieuses (par exemple une collusion entre plusieurs meurtriers afin de se débarrasser de leurs ennemis en se conférant mutuellement un alibi à la manière de L’INCONNU DU NORD EXPRESS).

En proposant des personnages bien typés et en saupoudrant son intrigue d’un humour constant, Brand nous offre une belle réussite du policier sans doute amoindrie par une traduction un peu lourde qui empêche de vraiment s’impliquer dans le récit. Il est aussi quelque peu agaçant de voir chaque protagoniste affublé d’un surnom quelque peu ridicule (Maman Chérie, Vieux Galant, Brian Deux Fois, etc) ce qui nuit à la fluidité de l’histoire.

Quoiqu’il en soit, en dépit de ces bémols, LA MORT DE JEZABEL demeure un classique du crime impossible et un whodunit (assorti d’un howdunit) particulièrement retors et complexe qui se lit avec beaucoup de plaisir. Conseillé !

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Publié le 22 Novembre 2017

LE REPOS DE BACCHUS de Pierre Boileau

Avant de s’associer avec Thomas Narcejac pour devenir le plus célèbre duo du roman policer français, Pierre Boileau (1906 – 1989) avait déjà signé, dans la seconde moitié des années ’30, une poignée de romans d’énigme pure mettant en scène le limier André Brunel. La plupart relèvent du crime impossible et du meurtre en chambre close, citons ainsi LA PIERRE QUI TREMBLE et surtout son chef d’œuvre, SIX CRIMES SANS ASSASSIN, dont le titre résume l’ambition.

Plus modeste dans « l’impossible », LE REPOS DE BACCHUS propose néanmoins trois mystères apparemment insolubles. Monsieur le Comte de Moncelles, un vieil homme solitaire, a pour seule passion sa collection de peintures, exposées dans la galerie de son château. La plus belle de ses toiles est, sans conteste, « Le repos de Bacchus » de Leonard de Vinci. Le Comte ouvre parfois les portes de son antre pour que des visiteurs viennent admirer ses tableaux, sous la surveillance d’un guide bien entendu. Or, au cours d’une visite, le guide est assassiné et un criminel, surnommé Bras Roulé, s’échappe avec le « Bacchus ». Pourtant, l’alerte étant donnée, notre gredin est stoppé avant d’avoir pu quitter le domaine. Mais nulles traces du tableau, apparemment volatilisé ! Peu après un nouveau maraudeur s’introduit dans le château. Repéré, il gagne la grille d’entrée, un paquet de la taille du « Bacchus » à la main. Et, sous les yeux de témoins dignes de foi, s’échappe en passant à travers les barreaux. La confusion grimpe encore d’un cran lorsque le fourgon blindé transportant un Bras Roulé condamné à mort s’évanouit dans la nature ! André Brunel intervient alors pour dissiper le mystère.

Couronné par le Grand Prix du Roman d’Aventures, ce classique du « crime impossible » déroule son intrigue en 150 pages bien tassées. Dans la grande tradition du roman d’énigme à la John Dickson Carr, le romancier délaisse les personnages et les notations psychologiques (le Comte, néanmoins, se montre bien brossé avec un minimum de phrases) pour miser sur le mystère, captivant le lecteur par l’apparente impossibilité des faits énoncés.

Bien sûr, l’auteur expliquera tout durant le dernier chapitre, dissipant l’insolubilité des événements par un raisonnement logique et sans recourir à des passages secrets ou des explications tarabiscotés à outrance : en prenant l’affaire par le « bon bout de la raison » et en examinant les faits après avoir retranché l’impossible, son détective comprend comment le criminel a pu agir. Un roman très plaisant, à l’écriture fluide, admirablement rythmé et qui ne laisse aucun répit, bref un bouquin qui répond à la définition que l’auteur donna du « policier : une machine à lire ». Un page turner dirait-on aujourd’hui de cet incontournable ayant étonnamment bien vieilli malgré ses 80 ans ! A lire et à relire.

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Publié le 6 Novembre 2017

LE GEANT DE PIERRE de Paul Halter

Au milieu des années ’80, Paul Halter (né en 1956) a ressuscité le roman d’énigme en chambres closes avec une série de titres publiés au Masque comme LA MALEDICTION DE BARBEROUSSE ou LA QUATRIEME PORTE (récompensé par un Prix à Cognac) et LE BROUILLARD ROUGE (lauréat du Prix du roman d’aventures).

Devenu le plus prolifique épigone de John Dickson Carr, Halter a écrit une quarantaine de livres qui renouvellent toutes les situations classiques du crime impossible : chambre close, pièce surveillée par des témoins dignes de foi, corps découvert environné de neige ou de sables, prémonition, bilocation, réincarnation, voyage dans le temps, etc. On lui doit ainsi quelques chefs d’œuvres du genre comme LA MORT VOUS INVITE, LE CERCLE INVISIBLE, l’extraordinaire LA SEPTIEME HYPOTHESE ou le formidable LE VOYAGEUR DU PASSE, véritable tour de force de récit policier tarabiscoté.

D’emblée, LE GEANT DE PIERRE apparait comme quelque peu différent du reste de la production de l’auteur. En effet, le crime en chambre close, commis aux temps minoens, s’avère ici anecdotique, l’intrigue principale se consacrant à « la plus grande énigme de tous les temps », à savoir la disparition de l’Atlantide. Autre différence notable avec la plupart des romans d’Halter : le livre approche des 300 pages.

Ce mélange d’énigme historique et de crime en chambre close aurait pu donner une grande réussite mais, malheureusement, tout cela n’est pas très convaincant. Le narrateur, après la mort de son épouse durant l’éruption du mont Saint Helens, décide d’employer l’argent de son héritage (cinq millions de dollars !) à résoudre le mystère entourant la disparition de l’Atlantide. Un jour, en 1980, il rencontre Hélène, une jeune femme un peu hippie qui abuse de la marijuana et semble avoir des réminiscences d’un passé très lointain. Passionné par l’Atlantide, notre héros décide d’en découvrir l’emplacement, qu’il situe à l’île de Santorin. Accompagné d’Hélène, il se rend sur cette île où il retrouve un ami de la jeune femme, Guy. Or, au cours d’une plongée, ce-dernier meurt transpercé par un trident. Un crime inexplicable, à moins d’invoquer la colère de Poséidon…

Avec LE GEANT DE PIERRE, Paul Halter, passionné par l’Antiquité, tente de résoudre l’énigme de l’Atlantide. Le voici donc sur les traces de l’île engloutie en retournant aux sources du récit de Platon et en expliquant les principales hypothèses sur le sujet, ce qui rend l’histoire plutôt bavarde. Les lecteurs peu intéressé par ce mystère peuvent passer leur chemin tant Halter nous abreuve de détails sur cette civilisation disparue. Toutefois, pour contenter ses admirateurs, l’écrivain concocte un crime impossible (un nageur tué par un trident sans quel nul n’ait pu l’approcher) qui renvoie à un autre meurtre commis peu avant la destruction de l’Atlantide. Un grand prêtre s’enferme dans une pièce après avoir blasphémé contre les dieux, ce qui entraine la colère de Poséidon : lorsque la porte s’ouvre on découvre son corps percé d’un trident. Ces deux crimes impossibles ne sont pas vraiment à la hauteur de ce que l’auteur nous a précédemment proposé : les solutions sont assez classiques et évidentes. L’explication de la mort du plongeur, en particulier, s’impose immédiatement…ce qui conduit le lecteur à comprendre où Halter veut nous mener. Or, la pirouette finale déçoit (tout comme les explications de LA MALEDICTION DE BARBEROUSSE) et laisse une impression amère. A croire que la partie policière a été plaquée par l’écrivain sur son intrigue afin de rassurer ses fans.  La partie historique, pour sa part, n’intéressera que les curieux de l’Atlantide. Bref, LE GEANT DE PIERRE n’est pas un mauvais roman (demeure le talent de conteur d’Halter et les notations historiques pour ceux qui aiment ça) mais constitue une déception indéniable et sans doute un des trois ou quatre romans les moins réussis de Paul Halter. Dommage.

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