humour

Publié le 6 Janvier 2021

LES TERRES CREUSES (LES DANSEURS DE LA FIN DES TEMPS 2) de Michael Moorcock

La saga des « Danseurs de la fin des temps » de Michael Moorcock s’intéresse à une poignée d’hommes vivant à… « la fin des temps » (c’était facile à deviner !). Devenus pratiquement immortels, décadents et uniquement préoccupés de leurs plaisirs et de leurs divertissements, nos arrière-arrière-arrière-etc. descendants oisifs s’ennuient car, comme disait l’autre, « l’éternité c’est long, surtout vers la fin ». L’un d’entre eux, Jherek Carnelian, nouveau J.C. comme on en rencontre beaucoup chez Moorcock (Jerry Cornelius, Corum Jhaelen et, forcément, Jésus-Christ) décide donc de tomber amoureux. Il choisit comme élue Amelia Underwood, prude jeune femme de la fin du XIXème siècle et, bien sûr, tout ne sera pas simple. Après UNE CHALEUR VENUE D’AILLEURS, ce deuxième tome poursuit la série avec un retour de Jherek dans le Londres victorien où il retrouve sa promise. Il y rencontre également H.G. Wells, très intéressé par ce personnage semblant tout droit sorti de son roman LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS, des pirates extraterrestres et des guerrières nues venues du futur. Bref, c’est la pagaille !

Datant du milieu des 70’s, LES TERRES CREUSES anticipe joyeusement le courant steampunk (dont la naissance « officielle » date du début des années 80). Notons cependant que les premiers exemples de ce sous-genre littéraire sont contemporains de la saga de Moorcock et s’inspirent tous de Wells : MORLOCK NIGHT de K.W. Jeter et LA MACHINE A EXPLORER L’ESPACE de Christopher Priest. Le roman de Moorcock inaugure aussi la tradition du clin d’œil, le mélange de faits et fictions et les rencontres entre personnages historiques et protagonistes imaginaires qui seront, par la suite, indissociables du steampunk.

LES TERRES CREUSES témoigne aussi d’un esprit libertaire, baba cool et hippie de la SF dans ses thématiques mais aussi dans sa manière de bousculer les conventions sans se prendre au sérieux. Car le roman reste essentiellement une comédie, avec ces scènes / gags variablement inspirés (une des réussites nous montre le héros confondant une bicyclette avec une machine temporelle) et même sa grosse bagarre finale complètement loufoque où ne manquent que les tartes à la crème.

L’essentiel repose donc sur le comique de situation et les dialogues décalés, parfois théâtraux, l’intrigue n’étant, évidemment, pas prioritaire quoique le romancier soigne sa romance par-delà les millénaires, seul point véritablement traité avec sérieux dans ce déluge de situations cocasses. Si le lecteur peut parfois penser que Moorcock tire sur la ficelle en se disant que les plus courtes sont les meilleurs, l’ensemble reste divertissant et offre 200 pages plaisantes et souvent amusantes, à déguster entre deux lectures plus exigeantes.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #science-fiction

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Publié le 22 Décembre 2020

A CHRISTMAS CAROL de Jacques Sadoul

Revoici Carol Evans, ex-agent des services spéciaux, reconvertie, surtout par ennui, détective. Lorsque Dyan Marley est retrouvée étranglée dans sa chambre new-yorkaise, Carol Evans se lance sur la piste du meurtrier, un tueur en série surnommé le Lady Killer. Mais Carol rencontrera sur sa route des flics pas toujours très honnête, des criminels de Harlem, la Mafia et, également, une mannequin noire, Sharon Clarke, qui ne laisse pas indifférente Carol.

Avec la série des « Carol », Jacques Sadoul nous offre un beau personnage de détective bad-ass, sorte de version féminine (et lesbienne) de Mike Hammer. Autrement dit, la demoiselle utilise aussi bien son cerveau que ses poings et, accessoirement, le reste de son corps, d’ailleurs fort attrayant. Raconté à la première personne, le récit ne lésine pas sur un certain humour pas toujours politiquement correct (une autre époque) car Carol n’aime pas grand monde : ni les Noirs, ni les Hispaniques, ni les « gouines non maquillées », ni les communistes. D’ailleurs elle ressasse régulièrement la décadence de l’Amérique, tombée sous l’emprise de l’immonde pensée Rouge et se désole de la nullité de tous ses présidents de gauche, « excepté Reagan qui était correct ».

L’intrigue, pour sa part, se montre bien construite et complexe, à mi-chemin entre le polar hard-boiled et le policier d’énigme plus classique, dans la tradition des grands anciens à la Chandler ou Spillane. Le lecteur peut d’ailleurs se perdre dans un dédale qui mêle trafic de drogue, serial killer, guerre des gangs, etc. Sadoul, grand seigneur, récapitule heureusement les faits à deux reprises pour permettre à chacun d’emboiter les pièces. En parlant d’emboitage, Carol, pourtant ouvertement raciste, tente durant tout le roman de gagner les faveurs d’un mannequin noire au vocabulaire des plus fleuris. Ce qui donne de nombreuses scènes savoureuses entre séduction et disputes façon « comédie de mariage » (ou plutôt de couchage !). L’atmosphère de Noel et les excès de la période sont également bien rendus, ce qui offre une toile de fond plaisante qui justifie le titre en forme de calembour.

Enlevé, divertissant et bien mené, A CHRISTMAS CAROL constitue donc le polar idéal pour accompagner des fêtes de fins d’années confinées. A déguster sans modération.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Jacques Sadoul, #Polar, #Policier

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Publié le 30 Novembre 2020

C'EST PRESQUE PAREIL! de Claude Gaillard

Claude Gaillard nous revient avec un nouveau livre sur le cinéma. Mais là où les chroniqueurs s’épanchent le plus souvent sur des chefs d’œuvres reconnus du 7ème art ou pondent 300 pages pour approfondir le véritable sens d’un plan d’une demi-seconde dans un David Lynch, le Gaillard préfère le cinéma bis et les productions oubliées. Après s’être penché sur les hommes machines (CYBORGS vs ANDROIDES), les clones de Rambo (DANS L’ENFER VERT DE LA RAMBOSPLOITATION), les détournements pornos (LES PIRES PARODIES X SONT SOUVENT LES MEILLEURES) et les émules de Mad Max (RETOUR VERS LES FUTURS), l’auteur tourne son regard et sa plume ironique vers les plagiats, les fausses suites, les déclinaisons flagrantes et les décalques honteux. Bref, ces longs-métrages au rabais et les blockbusters hollywoodiens, C’EST PRESQUE PAREIL au niveau des intentions…sauf que ça n’a souvent rien à voir une fois le résultat visionné.

En 200 pages, Claude Gaillard nous ballade autour du monde et en particulier dans les contrées les plus friandes de ce genre de détournements : l’Italie, les pays asiatiques, la Turquie, le Nigéria, l’Inde,…Tout y passe en une série de courts  « chapitres » et c’est bien là le seul véritable regret : on eut aimé approfondir le voyage mais il eut fallu, pour cela, une véritable encyclopédie de la contrefaçon cinéphilique. Les faux « Emmanuelle » (voire les faux « faux Emmanuelle » !), les bruceploitations tournées après la mort de Bruce Lee, les succédanés de James Bond plus portés sur le zéro que sur le sept ou les copies foireuses turques auraient pu occuper des livres entiers.

Mais bon, on se contentera de courts chapitres car le livre est foisonnant : l’amateur curieux découvrira ainsi l’existence d’un « Jaws 5 » italien, de nombreux ersatz d’ « Alien » ou de « Terminator », de versions remaniées style Moyen Orient de « l’Exorciste », d’une saga « Vice Academy » encore plus pouet pouet que les « Police Academy » (et récemment éditée en bluray par Pulse…boite où l’on retrouve, évidemment, notre Claude Gaillard !). Les super zéros italiens ou mexicains, les dessins animés reproduisant les succès de Walt Disney avec un centième de leurs moyens, les « mockbusters » du studio spécialisé Asylum, les sosies autoproclamés de Sinatra ou même la version porno de E.T. au merveilleux poster (celui qui orne la couverture du bouquin) sont ainsi évoqués.

Partagé entre consternation, humour complice, second degré « nanar » ou facepalm généralisé, le lecteur se laisserait bien tenté au visionnage de quelques-unes des productions évoquées…Le cinéma n’est pas mort et quiconque ne frétille pas à l’idée de découvrir « 007 ½ rien n’est impossible », « Lady Terminator », « Robotrix », « Pour Pâques ou à la Trinita », « Mega Piranha », « Vicieuse et manuelle » ou « Bruce contre-attaque » n’est pas un vrai cinéphage !

Bref, un joli petit guide nullement dupe du niveau qualitatif de 90% des titres évoqués mais qui transpire cependant l’amour sincère pour tout un univers bricolé et déjanté. On en redemande !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Essai, #Humour

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Publié le 30 Juillet 2020

ZIGZAG MOVIE d'Elmore Leonard

Elmore Leonard propose ici une comédie policière réjouissante centrée sur un producteur de films d’horreur, Harry Zimm, traqué par Chili Palmer, le genre de gros bras qui casse les jambes des mauvais payeurs. Or Zimm en est un et il a donc logiquement les chocotes. Cependant c’est également un malin et un beau parleur. Avec l’aide de son ex, Karen, comédienne plus réputée pour sa poitrine que pour son talent, Zimm va donner des idées à Chili Palmer, lequel se verrait bien scénariste et producteur de films à succès. Mais pour ça il faut des histoires ? Pas de problème, en utilisant son expérience personnelle pour nourrir ses scripts Palmer est sûr de réussir. Ne reste plus qu’à trouver le gros paquet de pognon nécessaire, quitte à ne pas tout à fait respecter les lois…

ZIGZAG MOVIE constitue un très plaisant roman, mi polar mi comédie, situé dans le cinéma hollywoodien où, selon l’auteur, règnent des règles similaires à celles ayant cours dans la pègre. Bref, le romancier brosse une série de portraits acides du monde du cinéma : producteur de séries Z en quête de reconnaissance critique, actrice dont le seul talent réside dans son tour de poitrine, escrocs divers, etc.

Le genre de roman qui se lit comme on regarde un Tarantino, d’ailleurs ce-dernier eut certainement aimé le réaliser si Barry Sonnenfeld ne l’avait pas devancé en rassemblant, en 1995, une distribution prestigieuse : John Travolta, Gene Hackman, Danny DeVito, Rene Russo, etc.

Le bouquin se déguste donc avec plaisir : on y retrouve des personnages déjantés, une intrigue tarabiscotée mais aisée à suivre, des rebondissements, une bonne ambiance, un humour efficace dans un style semi-parodique et distancé qui ne sombre pas dans la gaudriole. Elmore Leonard démontre son métier et livre un récit alerte qui ne traine jamais en longueurs.

Bref, un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Polar, #Policier, #Humour, #Thriller

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Publié le 12 Mai 2020

JUSQU'A LA QUATRIEME GENERATION d'Isaac Asimov

Troisième et dernier recueil francophones des nouvelles d’Asimov regroupées dans le pavé américain « Nightfall and other stories ». Les récits proposés vont de 1953 avec le petit conte fantastique humoristique « Les mouches » consacré à Belzébuth à 1967 avec « Ségrégationniste » jadis publié dans une revue médicale en vue de susciter la réflexion des médecins.

Les 9 nouvelles rassemblées ici sont pour la plupart courtes (le recueil ne fait que 196 pages) avec quelques exemples de très courts récits à chute comme « Introduisez la tête A dans le logement B » écrit en une demi-heure en guise de défi. « Le sorcier à la page » est une parodie des comédies musicales de Gilbert & Sullivan au sujet d’un philtre d’amour répandu dans le punch d’une soirée estudiantine. « La machine qui gagna la guerre » constitue un autre court récit à chute (ici bien trouvée et surprenante) consacrée au fameux super ordinateur Multivac. « Mon fils le physicien », moins convaincant, fonctionne de la même manière : un récit à chute amusant basé sur une astuce (le genre de nouvelles qu’Asimov livra à la pelle avec sa série policière des Veufs Noirs). « Jusqu’à la quatrième génération », rare exemple de récit influencé par le judaïsme, convainc moins.

Plus long et original, « Le briseur de grève » traite des tabous culturels et confronte ici un homme spécialisé, sur un astéroïde habité, dans le recyclage des excréments avec l’ostracisme du reste de la population. Enfin, « Les yeux ne servent pas qu’à voir » est une nouvelle mélancolique réussie bien qu’elle fut refusée par Playbloy.

Ce recueil dans la lignée des précédents (tous trois furent d’ailleurs réédités en un très épais volume intitulé QUAND LES TENEBRES VIENDRONT – L’INTEGRALE assortis d'intéressants commentaires de l'auteur.) montre la variété d’inspiration d’un Asimov allant du fantastique satirique à la science-fiction humoristique en passant par des thèmes plus sérieux. Du bon boulot.

 

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Publié le 6 Avril 2020

FLETCH (FLETCH AUX TROUSSES) de Gregory McDonald

Second roman de Gregory McDonald (publié dix ans après son premier, RUNNING SCARED), FLETCH (ou FLETCH AUX TROUSSES) devint aussitôt un succès qui amena l’auteur a lui donner de nombreuses suites et dérivés (SON OF FLETCH et les « Flynn »).

Journaliste iconoclaste et très peace & love, Irwin Maurice Fletcher, dit Fletch, déjà deux fois divorcés à 30 ans, ne porte jamais de chaussures et boit beaucoup lorsqu’il ne fume pas des joints. Il est donc le candidat idéal pour une infiltration dans le milieu des drogués vivotant sur les plages américaines. Plus vrai que nature, Fletch se voit abordé par le millionnaire Alan Stanwyck qui le prend pour un vagabond sans le sou et, se disant atteint d’un cancer incurable, lui offre 50 000 dollars pour l’assassiner, ce qui permettrait à son épouse de toucher la prime d’assurances de trois millions de dollars. Mais Fletch soupçonne le coup fourré et décide d’enquêter sur Stanwyck.

Lauréat du Prix Edgar Poe du meilleur roman (tout comme sa suite), FLETCH AUX TROUSSES s’avère une excellente réussite, offrant un enquêteur particulièrement original évoluant dans un monde bien typé, celui du début des années ’70 aux Etats-Unis. L’auteur alterne donc la description du milieu bohème des drogués et autres prostituées bloqués sur les plages depuis la fin du rêve hippie avec l’exploration du monde des ultra-riches qui passent leur temps en mondanité, cocktails après le tennis et coucheries diverses. Etonnamment, Fletch parvient à se montrer aussi à l’aise dans les deux univers, deux enquêtes apparemment indépendantes (qui fournit la drogue sur la plage ? Que veut vraiment le supposé agonisant millionnaire ?) mais qui, bien sûr, se rejoindront pour une conclusion cynique et amorale typique de l’époque.

Truffé de moments décalés et humoristiques qui en font une plaisante comédie policière, le roman s’appuie cependant sur une énigme fort bien construite, à mi-chemin entre le « policier » classique et le polar « rentre-dedans ». Le meilleur des deux mondes ? Assurément ! Bref, vite…la suite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Polar, #Policier, #Whodunit

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Publié le 19 Février 2020

PLUS X d'Erik Frank Russell

Après la redécouverte de l’excellent GUEPE d’Erik Frank Russell, ce roman ne peut que décevoir. Ecrit à la fin des années ’50 sous forme de nouvelle puis étendu à une novella et finalement à un (court) roman de 190 pages, PLUS X envoie son héros John Leeming au fond de la Galaxie, sans espoir de retour, pour être capturé par les vilains envahisseurs menaçant d’attaquer la Terre. Emprisonné, John commence à imaginer un moyen tortueux pour déstabiliser l’adversaire en se basant sur le principe des équations : il va devenir un « homme plus X », X représentant ici un compagnon imaginaire, son Eustache. John affirme ainsi que tous les terriens possèdent cet étonnant Eustache, une information capable de remettre en question tout ce que les aliens pensent savoir des hommes…

PLUS X dénote quelque peu dans le paysage de la SF des années ’50, l’écrivain utilisant clairement le genre pour une satire de la Guerre Froide avec ces messages contradictoires et ses tentatives d’embrouiller l’adversaire par de fausses informations. Les machinations du personnage principal paraissent donc amusantes et finalement pas si stupides que ça, son « enfumage » des esprits adverses fonctionnant de belle manière.

Malheureusement, le bouquin perd rapidement de son « peps » : très plaisant dans les premiers chapitres il finit par s’enliser dans une seconde partie où l’humour se fait plus rare et dans laquelle la redondance des situations à tendance à ennuyer le lecteur. Là où GUEPE restait réussi de bout en bout, PLUS X perd de son intérêt à mi-parcours et ne parvient jamais à retrouver le charme de ses premières pages.

Quelques notes humoristiques, une bonne idée de départ et une loufoquerie bien présente ne suffisent pas à sauver un roman décevant. Du coup on aimerait lire la version courte, sous forme de nouvelle, probablement plus satisfaisante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #science-fiction

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Publié le 14 Février 2020

JUSTUS, MALONE & Co de Craig Rice

Holly Inglehart a découvert le corps de sa tante Alexandria dans une maison dont toutes les horloges indiquent 3 heures. Immédiatement suspecte, Holly reçoit l’aide de Jake Justus et Hélène Brand, bien décidés à la disculper. Pour cela, ils ont besoin d’un avocat de choc et ce sera la star du barreau de Chicago John Joseph Malone.

Le cul entre deux chaises, Craig Rice (une femme contrairement à ce que son nom laisse penser), écrit, à la fin du Golden Age et juste avant la Seconde Guerre Mondiale, ce bouquin situé entre le classique whodunit de l’école britannique et le polar musclé à l’américaine. L’intrigue débute ainsi par le traditionnel crime d’une personne pas vraiment sympathique et y ajoute diverses situations déroutantes (en particuliers l’arrêt de toutes les horloges à 3 heures du matin).

Les « usual suspects » sont bien présents : domestiques qui cachent quelque chose, héritiers en passe d’être déshérités, etc. On attend aussi l’arrivée de l’inévitable maitre chanteur qui finira en seconde victime pour avoir voulu monnayer ses renseignements. Mais, très vite, le bouquin emprunte également au polar à la Hammett / Chandler avec ses personnages truculents (ils passent toute l’enquête à se bourrer la gueule sous prétexte que l’ivresse les aide à mieux réfléchir), ses rebondissements improbables (une évasion rocambolesque), sa suspension d’incrédulité continuelle et assumée et ses réparties amusantes. Car le roman se veut également humoristiques et navigue entre Vaudeville et Screwball comedy en avançant à pleine vitesse. Craig Rice ayant l’habitude de travailler sans plan préalable, le lecteur ne doit pas s’attendre à une construction policière rigoureuse mais, dans l’ensemble, le divertissement fonctionne…du moins jusqu’à la moitié du livre. Car ensuite, tout cela commence à patiner, avec sa multiplication de situations improbables, d’indices découverts fort opportunément et d’informations soudainement découvertes (quoique d’importance capitale personne ne songeait à les révéler auparavant) tandis que les saouleries continuelles fatiguent les plus indulgents. Au final le détective joue les Sherlock Holmes inversé : si-ce dernier n’inventait rien et déduisait tout notre Malone ne déduit rien, il invente tout, fabrique une théorie de bric et de broc et découvre, satisfait, qu’elle tient la route (à condition de ne pas y regarder de trop près).

Débuté sur les chapeaux de roue et de manière amusante, JUSTUS, MALONE & CO finit par s’enliser et à perdre son intérêt au point que l’on termine ce livre avec plus de soulagement que de satisfaction. Les romans ultérieurs étant réputés meilleurs on réservera son avis sur une auteur souvent louée par les Américains.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Humour, #Policier, #Polar, #Whodunit

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Publié le 14 Janvier 2020

QUI PRENDS LA MOUCHE? de M.C. Beaton

Voici l’autre série phare (après Agathe Raisin) de la récemment disparue M.C Beaton, les aventures du policier écossais Hamish Macbeth, lequel animera 35 enquêtes.

Daté de 1985, QUI PRENDS LA MOUCHE possède un indéniable parfum rétro…une époque dénuée de téléphone portable, d’Internet, de réseaux sociaux,…si loin, si proche. D’autant que les personnages agissent de manière très caricaturale, notamment les femmes qui parlent et se comportent à la manière des héroïnes des romans « golden age » les plus naïfs. La plupart ne rêvent que du prince charmant, de préférence riche. Alice aligne ainsi les stéréotypes : jeune secrétaire empotée, elle ne se sent pas à sa place parmi les « lady », ne porte pas de vêtements suffisamment beaux, essaie de prendre l’accent maniéré des nantis et se voit mariée à Jeremy, séduisant célibataire rencontré la veille. Un Jeremy qui n’a d’yeux que pour la poitrine opulente d’une Daphné passant tout le roman à minauder façon femme fatale.

Une partie de pêche à la mouche organisée dans un petit village écossais donne ainsi le cadre à un whodunit très cosy suite à la mort de Lady Jane Winters, spécialiste de la pique assassine et de la petite phrase blessante. Il apparait ensuite que notre Lady était en réalité une journaliste s’amusant à dévoiler les travers de ses contemporains dans des articles assassins. Bien sûr, chaque participant du stage de pêche cachait quelque secret plus ou moins inavouable et possédait, par conséquent, une bonne raison de mettre Lady Jane hors d’état de nuire. Hamish, le détective local, mène très mollement l’enquête mais son indolence à la Colombo mâtiné de Poirot pourrait bien cacher un esprit plus affuté que prévu.

Typique, QUI PRENDS LA MOUCHE ? présente son petit groupe de personnages typés enfermés dans un lieu bien défini pour une semaine. Rancoeurs à peine dissimulées et secrets variés occupent le quotidien de nos stagiaires de la pêche jusqu’au meurtre de l’horrible mégère Lady Jane pratiquement à mi-parcours. La seconde moitié du roman suivra donc l’enquête de notre Hamish, personnage amusant qui permet à M.C.Beaton d’orchestrer l’une ou l’autre séquence humoristique, pour ne pas dire bouffonnes (Hamish se retrouve tout nu dans la rivière) ou vaudeville (il se cache sous les draps d’une demoiselle pour échapper à son paternel très remonté).

Dans l’ensemble, QUI PRENDS LA MOUCHE ? n’invente rien mais se lit avec plaisir, l’enquête reste souvent anecdotique (Hamish avoue qu’il ne connait pas le coupable et lance souvent des suspicions au hasard pour observer les réactions) et il parait impossible au lecteur de deviner le fin mot de l’histoire (les indices menant à la résolution n’apparaissent que dans les dernières pages) mais le tout reste agréable. Nous sommes dans un mélange de whodunit « cosy », d’humour bon enfant et d’influences chick-lit pour un ensemble sans prétention mais divertissant, d’autant que le roman ne fait que 250 pages.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Whodunit, #Policier, #Humour

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Publié le 6 Décembre 2019

CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU de Karim Berrouka

Revoici Karim Berrouka, chanteur du groupe punk rigolo Ludwig Von 88, qui s’attaque cette fois au Mythe de Cthulhu. Il nous présente son héroïne, Ingrid Planck qui va découvrir être la seule constante dans un univers délirant. En effet, cette trentenaire parisienne typique est contactée par cinq factions « cultistes » qui veulent soit détruire le Grand Cthulhu soit provoquer son retour.

Suite à une sorte de blague cosmique, notre pauvre Ingrid se retrouve Centre du Pentacle et chaque fois qu’elle sort de chez elle rencontre des mecs complètement fracas. La voilà donc contrainte d’écouter les élucubrations des Adorateurs de Dagon (dont l’église se trouve confronté à un schisme) ou des laudateurs de Shub-Niggurath. Et pendant ce temps, le Grand Cthulhu attend en rêvant depuis bien trop longtemps.

En dépit d’un côté un peu redondant dans les premiers chapitres (L’héroïne voyage et rencontre des cultistes toujours plus frappadingues), CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU constitue un roman amusant et efficace qui remet un peu d’humour dans un univers lovecraftien de plus en plus encombré. Jacques Finné disait déjà, voici 40 ans, « le mythe de Cthulhu est aujourd’hui devenu aussi monstrueux que le dieu qui lui donne son nom ». Que dirait-il aujourd’hui devant la profusion d’œuvres estampillées du Grand Ancien Endormi ? Comme disent les critiques sérieux, CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU est donc un livre « nécessaire », afin de délirer un peu entre deux bouquins (trop ?) sérieux se référant à Lovecraft. Ici, les références sont nombreuses et le lecteur adepte du Vieux Gentleman de Providence s’amusera à les référencer.

L’humour, pour sa part, fonctionne de belle manière, en particulier pour les différentes sectes aux pratiques improbables : les hippies partouzeurs de la Chèvre aux Milles Chevreaux (pire que les allumés de Krishna, ne manque que la paix l’amour la liberté et les fleurs), l’Eglise du Christ quantique Higgs Boson, les anti mélomanes vénérant Azatoth (« Tout pour le trash ! »), les Profond de l’American Dagon Scuba Diving Society, etc. Karim Berrouka en profite pour se moquer de toutes ces religions aux croyances ridicules et à leur improbable Messie. Les titres de chapitre sont, eux aussi, référentiels et bien trouvés. Bref, CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU ne se moque pas de son sujet mais le traite avec la dérision nécessaire, sans – heureusement - verser dans la parodie à gros sabots (dans le style des illisibles LORD OF THE RINGARDS) où trois jeux de mots foireux font office de comédie trop drôle (ou pas).

On fait donc gaffe aux Anciens (« ils font trembler la terrer, font déborder la mer’), on apprécie le style efficace, travaillé mais sans lourdeur (là aussi pas la peine d’essayer de copier HPL, les phrases boursouflées il faisait ça très bien mais ceux qui ont tenté de l’imiter ce sont bien vautrés) et des descriptions convaincantes parfois carrément lyriques voire poétiques, comme quoi la déconnade c’est sympa mais sur 400 pages mieux vaut garder quelques cartouches en réserve pour le grand final façon Horreur Cosmique.

Un bon moment à conseiller particulièrement aux amateurs d’HPL qui n’en peuvent plus des copies faisandées des récits de Lovecraft (ou Derleth).

 

 

 

Et pis Hou-là-là!

Na.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Lovecraft, #Humour

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