historique

Publié le 21 Mars 2021

TOMYRIS ET LE LABYRINTHE DE CRISTAL de Oksana & Gil Prou

Dans le vaste monde de la littérature de Fantasy, la Fantasy historique reste un sous genre assez rare dans les rayonnages. Entendons par ce terme de « fantasy historique » un livre historiquement précis mais agrémenté de passages plus axés sur l’imaginaire où interviennent la magie, des créatures fabuleuses, des divinités, etc. On pense à plusieurs cycles de David Gemmell (celui de TROIE ou du LION DE MACEDOINE consacré à Alexandre le Grand), à de nombreux romans de Guy Gavriel Kay et, pour la France, à plusieurs œuvres de Pierre Pevel ou Thomas Day. N’empêche, le genre s’avère nettement moins prolifique que, par exemple, la High Fantasy (d’inspiration Tolkien) ayant généré des centaines de sagas à base d’élu, de mage barbu fumeur de pipe et de seigneur des ténèbres en passe de se réveiller. TOMYRIS ET LE LABYRINTHE DE CRISTAL apporte donc une certaine fraicheur à la Fantasy par son ancrage historique rarement exploité : nous sommes au VIème siècle avant JC et la reine Tomyris décide de tenir tête aux armées de Cyrus le Grand, lequel dispose d’une troupe d’invincibles guerriers surnommés les Immortels.

Le roman se veut, tout d’abord, fidèle à l’Histoire. Il a certainement nécessité beaucoup de recherches ce qui reste appréciable quoique cet excès de détails s’effectue, parfois, au détriment de la fluidité de lecture. Les auteurs décrivent longuement cet univers peu connu (la Perse du VIème siècle avant JC n’a pas l’importance, dans l’inconscient collectif, du Moyen-âge européen ou de l’Empire romain), ce qui implique  de nombreux détails assortis de fréquentes notes de bas de page. Ce choix peut se comprendre et se défendre : comme déjà signalé les aspects historiques dominent largement sur les éléments de fantasy et il s’agit de construire un monde qui, pour le lecteur lambda, sera aussi dépaysant que la Terre du Milieu ou les Sept Royaumes. Les techniques militaires, les religions et leurs divinités, les lieux visités,… tout est explicité pour offrir le background le plus solide possible. Les personnages, eux aussi, sont nombreux : beaucoup ont réellement existé tandis que d’autres sont inventés pour les besoins de l’intrigue et de sa progression. Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver (noms complexes, multiplication des protagonistes) et le lecteur peut, là aussi, se sentir noyé sous les détails mais, à condition d’effectuer un petit effort, l’ensemble, finalement, passe bien. Car un des problèmes de la Fantasy, à l’heure actuelle, réside dans sa simplicité : le genre est, souvent, tellement « facile à lire » (avec cette fameuse branche dédaigneusement qualifiée de Big Commercial Fantasy) que le lecteur peut se sentir un peu perdu devant un texte plus exigeant. Pas de décor médiéval fantastique, pas de progression décidée à coup de dé20, pas de prophétie et d’élu armé d’une épée trop puissante pour défaire le grand méchant sorcier,… TOMYRIS ET LE LABYRINTHE DE CRISTAL demande un certain effort pour s’apprécier. Le roman use, en outre, d’un style très (trop ?) recherché qui permet d’enrichir son vocabulaire et ses nombreux termes rares lui donnent un côté littéraire le distinguant, là aussi, de la fantasy de consommation courante.

Bref, au risque d’à nouveau se répéter, la démarche des auteurs rappelle celle de Gemmell dans son cycle consacré au LION DE MACEDOINE : un récit historique rigoureux peu à peu contaminé par la magie et le fantastique même si ces éléments restent distillés avec parcimonie. Du moins dans les 300 premières pages car les cent dernières donnent bien davantage dans le fantastique et ne suivent plus Tomyris : cette rupture de ton, qui nous conduit au labyrinthe de cristal, peut déstabiliser. Personnellement il ne m’aurait pas déplu de rester dans un registre plus réaliste mais d’autres apprécieront sans doute ce final plus porté sur l’imaginaire. Question de point de vue. En tout cas voici un dépaysement appréciable en ces temps chagrins.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantasy, #Historique

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Publié le 17 Mars 2021

LA SOLUTION FINALE de Michael Chabon

Etrange roman (court) qui se veut un hommage à Conan Doyle dont on retrouve le personnage le plus célèbre (mais qui ne sera jamais nommé !) pour une dernière enquête au sujet d’un perroquet disparu doté d’une mémoire prodigieuse. Des codes secrets qui pourraient changer le cours de l’histoire interviennent mais, en dépit du sous-titre « roman d’énigme », l’aspect policier semble anecdotique. Nous sommes au début de la Seconde Guerre Mondiale. L’été est chaud et un homme fort âgé, lisant un journal consacré aux abeilles, remarque un enfant qui porte un beau perroquet sur son épaule. Notre homme a « bâti sa réputation grâce à une brillante série d’extrapolations à partir d’improbables associations de faits ». L’enfant, Linus Steinman, est un Juif et son perroquet se nomme Bruno. Il vaut dans la famille Panicker, dans une sorte de pension où un certain Shane est assassiné mystérieusement. Peu après Bruno disparait…

Le livre, pas désagréable et même plutôt plaisant, manque néanmoins de « peps » : jamais nous ne retrouvons le côté surprenant des véritables énigmes de Sherlock Holmes. L’enquête, en réalité, passe définitivement à l’arrière-plan, elle s’avère quasiment accessoire, pour ne pas dire traitée par-dessus la jambe. En guise de clin d’œil au PROBLEME FINAL de Conan Doyle, Chabon délivre une SOLUTION FINALE forcément imprégné de la judaïcité qui transparait dans toutes ces œuvres, des plus réussies (LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & CLAY) à celles qui tombent des mains (LE CLUB DES POLICIERS YIDDISH pourtant récompensé par le Hugo, le Locus et le Nebula).

L’auteur effectue le choix d’un roman court (150 pages), format ayant donné de belles réussites mais qui, ici, parait inapproprié : le récit semble trop étiré pour une bonne nouvelle policière ou, au contraire, trop ramassé pour un roman développé tant de nombreuses questions demeurent sans réponses. Le final, d’ailleurs, laisse le lecteur un brin perplexe avec un côté « tout ça pour ça » légèrement frustrant.

LA SOLUTION FINALE s’annonçait comme un hommage à Sherlock Holmes plongé, en pleine retraite, dans une énigme liée à la Seconde Guerre Mondiale mais tout cela reste décidément au niveau des intentions tant ce petit livre manque de clarté et laisse dubitatif. Selon son humeur on peut donc le considérer come une demi-réussite (ou un demi-échec)…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier, #Roman court (novella), #Sherlock Holmes

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Publié le 14 Février 2021

LES MEMOIRES DE L'HOMME ELEPHANT de Xavier Mauméjean

Pour son premier roman, Xavier Mauméjean nous propose de découvrir les mémoires (fictives) de John Merrick, plus connu dans l’inconscient collectif comme Elephant Man. Merrick a quitté l’univers des fêtes foraines où il était exhibé en tant que « monstre » pour mener une existence éloignée de la populace sous la surveillance du docteur Treves. Il vit ainsi dans l’hopital de Whitechapel et exerce les fonctions de « détective consultant ». Tout comme Sherlock Holmes il pourrait rédiger une monographie sur les cendres de cigares et n’a besoin que de son esprit affuté pour démasquer les criminels retors qui hantent Londres à la fin du XIXème siècle. Durant la dernière année de vie de Merrick, ce-dernier va ainsi résoudre quatre affaires criminelles, une par saison, tandis que sa personnalité semble se dissoudre pour laisser place à une entité plus puissante, la divinité Ganesha autrement dit le Dieu Elephant. Voici qui ajoute un côté fantastique, réel ou fantasmé, et une trame plus universelle dans un récit sinon proche des standards du « détective en fauteuil ».

Le récit alterne donc des passages d’une lecture aisée, proches du policier « classique », avec d’autres beaucoup, plus complexes et exigeants, qui n’hésitent pas à se montrer philosophiques ou poétiques. Le roman comprend aussi de nombreuses références historiques ou cinéphiliques (certaines évidentes comme cet accident de grossesse ayant causé la difformité du héros qui provient directement du film de David Lynch...et qui en réalité est issue de la véritable biographie de Merrick! ) et d’autres plus littéraires ou religieuses, en particuliers avec la mythologie liée à Ganesha.

Le roman demande par conséquent une certaine attention, nous ne sommes pas dans le « easy reading », il y a des notions historiques, politiques, etc. qui exigent du lecteur une réelle implication. Le style se montre, lui-aussi, de haut niveau, avec des phrases travaillées, un vocabulaire précis et parfois peu usité,…Mauméjean a toujours démontré ses talents formels et, dès ce premier roman, il s’impose comme un styliste doué qui propose une œuvre policée et de grande qualité.

Bien sûr, le livre peut, pour certains, avoir les défauts de ses qualités : ceux qui en attendent un simple décalque de Sherlock Holmes avec John Merrick pour héros (ou un texte proche du steampunk pour simplifier) risquent d’être décontenancés par les digressions de l’auteur ou parfois perdus dans les méandres de sa pensée. Mais, en dépit de passages ardus, LES MEMOIRES DE L’HOMME ELEPHANT reste un roman réussi, convaincant, qui embrasse plusieurs genres : le policier, le fantastique, l’histoire, l’essai « philosophique » et théologique même…bref, une lecture intelligente mais cependant divertissante et suffisamment marquante pour mériter l’investissement nécessaire à sa bonne compréhension. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #Policier

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Publié le 9 Janvier 2021

LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY de Michel Chabon

Brique de plusieurs centaines de pages, fresque de l’Amérique de la fin des années 30 au début des années 50, LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY constitue également une impressionnante biographie fantasmée de deux jeunes dessinateurs qui n’ont jamais existé mais dans lesquels les lecteurs reconnaitront un mélange de Jack Kirby, Stan Lee, Will Eisner, Jerry Siegel, etc.

Josef, jeune juif ayant fui Prague devant l’occupation nazie et son cousin Sammy, créent, en 1939, un nouveau super-héros inspiré d’Houdini qu’ils nomment l’Artiste de l’Evasion. Ils connaissent le succès avec ce personnage atypique, créent ensuite de nombreux autres héros en collants et traversent une vingtaine d’années de l’histoire américaine, de l’essor des comics à leur anathème sous prétexte de subversion de l’innocence.

A ce vaste panorama d’un monde en mutation, l’auteur ajoute des références, soit réelles soit inventées, à d’innombrables bandes dessinées et super-héros qui ancrent le roman dans une réalité alternative où Kavalier et Klay ont bel et bien inventé le personnage très populaire de l’Artiste de l’Evasion puis bien d’autres encapés plus ou moins délirants. Michel Chabon pimente encore son intrigue d’une pincée de mysticisme judaïque par de fréquents détours vers le mythe du Golem de Prague considéré, en quelque sorte, comme le super-héros originel.

L’auteur, très intéressé par les questions de judaïcité, avait livré le réputé CLUB DES POLICIERS YIDDISH qui, en dépit d’un grand schlem critique (Hugo, Nebula et Locus) m’était tombé des mains à mi-parcours. Heureusement, LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY se montre bien plus prenant en dépit des nombreuses digressions et de quelques longueurs. L’auteur aborde donc la manière dont les comics se sont imposés comme culture dominante durant la Seconde Guerre Mondiale, passant de divertissements enfantins à véritables outils de propagande avant de connaitre leur déclin durant l’après-guerre. Par la suite ils seront accusés de tous les maux par Fredric Wertham et son SEDUCTION DES INNOCENTS qui provoquera une crise dont les comics auront bien du mal à se relever.

Chabon parle également de l’immigration juive, de la place de ces derniers dans l’Amérique des années 30 et suivantes, d’homosexualité, de la guerre (et ses conséquences),… Bref voici une grande épopée qui, en racontant les petites histoires de deux types presque ordinaires, évoque en toile de fond la grande histoire du milieu du XXème siècle. Enrichi de notes de bas de page nombreuses et de références à des livres ou à des magazines, parfois authentiques, souvent fictionnels, LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY constitue une peinture assez enthousiasmante du milieu du XXème siècle et du rêve américain vu par deux immigrés juifs en quête de reconnaissance artistique. Si l’ensemble se montre parfois quelque peu difficile à digérer de part ses nombreuses références et sa longueur (près de 900 pages bien tapées !) LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY s’avère enrichissant et très satisfaisant, voire passionnant. Un beau pavé à déguster récompensé par le Pulitzer, carrément!

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Historique

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Publié le 19 Novembre 2020

SOUL BREAKERS de Christophe Lambert

Petit pavé (près de 600 pages !) qui se lit pourtant avec facilité tant le récit se montre fluide et bien mené, SOUL BREAKERS constitue une belle fresque historique teintée de fantastique. Les prémices font penser à LA FOIRE DES TENEBRES de Bradbury, le déroulé à TALISMAN du King mais SOUL BREAKERS trouve très vite son identité et prouve, à ceux qui en doutait, que la littérature « jeunesse » n’a plus rien à envier, en terme de qualités et d’ambitions, aux bouquins « adultes ».  

Le livre se situe en 1936, en pleine Grande Dépression, alors que de nombreux Américains sombrent dans la pauvreté et n’ont d’autre choix que de se déplacer sur les routes. Teddy, adolescent de 15 ans en route pour la Californie, voyage avec son père et sa sœur Amy ; or, en Arizona, les deux jeunes gens assistent à un spectacle donné par une troupe de forains menée par Sirius. Peu après, Amy tombe gravement malade. Pour Teddy, la seule explication est que Sirius a volé l’âme de l’enfant. Il décide de se lancer à la poursuite des saltimbanques pour inverser le sortilège.

Christophe Lambert nous offre une grande fresque, prenante et originale, qui nous permet de revisiter une période difficile : exploitation des mineurs, répression dans la violence, augmentation de la criminalité, misère, guerre mondiale à venir, détour par un hôpital psychiatrique avec thérapie aux électrochoc, ou dans un abattoir…L’écrivain ne ménage pas son lecteur, même si le roman peut être catalogué « young adult » : il ne lui épargne pas les difficultés de la vie, la mort omniprésente, les déceptions, les sentiments contrariés, les amours naissantes et les chagrins,…Nous sommes loin de Tintin ou de Bob Morane qui s’en sortaient sans une égratignure, asexués et toujours triomphant (sans jugement de valeur mais les temps ont changé !). Les personnages sont nombreux (le jeune Teddy, le fantasque apprenti écrivain Duca, le « Chef » indien, la jeune muette,…) et toujours bien campés avec des traits bien dessinés et des répliques bien senties, mention spéciale au Shérif un brin rentre-dedans tout droit sorti d’un film grindhouse / redneck.

Le style, lui, est toujours maitrisé et le vocabulaire bien choisi pour être compréhensible par un public adolescent sans sombrer dans la platitude ou la facilité. Un exercice difficile mais que Lambert maitrise depuis longtemps, ce qui rend ce grand « road-movie » américain aussi plaisant pour les adultes que pour les plus jeunes. Tout le fond historique et social s’avère, comme toujours, bien rendu et après quelques belles réussites situées durant la Seconde Guerre Mondiale comme LA BRECHE ou LE COMMANDO DES IMMORTELS, le romancier s’intéresse ici à la période immédiatement antérieure.

Fresque épique, fantasy historique et drame fantastique font ainsi bon ménage pour offrir au lecteur un vrai plaisir. Un des (nombreux !) sommets de l’auteur, à déguster sans modération.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Christophe Lambert, #Fantastique, #Fantasy, #Historique, #Jeunesse

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Publié le 30 Octobre 2020

SHERLOCK HOLMES ET LE FANTÔME DE L’OPERA de Nicholas Meyer

Scénariste, réalisateur et écrivain américain né en 1945, Nicholas Meyer est connu pour son excellent film de science-fiction « C’était demain » et pour deux très bons volets de la franchise Star Trek : le préféré des fans (« Star Trek II ») et l’inventif et nostalgique « Star Trek VI ». Il a également écrit plusieurs romans mettant en scène Sherlock Holmes dont LA SOLUTION A 7%, qu’il a lui-même adapté avec le plaisant « Sherlock Holmes attaque l’Orient Express » réalisé par Herbert Ross. Voici donc sa troisième contribution au monde en constante expansion des « pastiches holmesiens » qui, comme le titre l’indique, voit le fameux limier confronté au non moins célèbre Fantôme de l’Opéra.

Après avoir simulé sa mort (dans un épisode complètement fantaisiste aux chutes de Richenbach), Sherlock Holmes, dissimulé sous une identité factice, donne des cours de musique à Paris. Il réussit également à se faire engager comme violoniste au prestigieux Opéra Garnier, réputé hanté, dirigé par Gaston Leroux.

Comme d’autres pastiches, le roman est réputé « authentique » ou « canonique » au sens où il s’agit encore une fois d’un inédit retrouvé miraculeusement et qui tente d’apporter une lumière sur cette période dite du Grand Hiatus où Sherlock est supposé mort. L’ensemble fonctionne de manière sympathique en accentuant le côté feuilletonesque du récit, à la manière des romans populaires d’antan. Il ne faut donc pas attendre de ce SHERLOCK HOLMES ET LE FANTÔME DE L’OPERA une véritable fidélité au canon holmésien : l’enquête est assez relâchée, Sherlock lui-même apparait assez différent de son « incarnation » traditionnelle et la déduction en elle-même n’est guère pratiquée. Nous sommes plus dans un hommage distancé, quasiment parodique, visant à orchestrer la rencontre de Sherlock et du Fantôme de l’Opéra à la manière des vieux films style « Frankenstein rencontre le loup-garou » dans lesquels les personnages sont triturés pour les besoins de la cause et de la confrontation. Cela dit, le roman, loin d’être inoubliable, demeure divertissant et sa pagination réduite évite les longueurs (bien qu’il soit un peu long à démarrer et que les nombreuses notes de bas de page s’avèrent parfois inutiles).

Si on espérait davantage de ce duel entre deux grandes figures de la littérature populaire, SHERLOCK HOLMES ET LE FANTÔME DE L’OPERA se laisse lire sans ennui. Après de (trop ?) nombreux affrontements entre le limier de Baker Street et Jack l’Eventreur, cette variation apporte une certaine fraicheur pas déplaisante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier, #Sherlock Holmes

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Publié le 7 Octobre 2020

LE JUGEMENT DE CESAR de Steven Saylor

La saga des « Mystères de Rome » se poursuit avec ce neuvième volume (auquel s’ajoute trois préquelles).  Nous sommes en 48 avant JC, époque d’une guerre ouverte entre les partisans de César et ceux de Pompée le Grand Général. Bethesda, la femme de Gordianus, dit le Limier, souffre d’une maladie mystérieuse et souhaite retourner dans sa ville natale d’Alexandrie. En Egypte Gordianus retrouve son ennemi, Pompée, qui a fuit après sa défaite à Pharsale. Il sera décapité. César, à son tour, arrive à Alexandrie et arbitre la rivalité existante entre le Pharaon Ptolémée et sa sœur Cléopâtre. Une tourmente politique qui emporte Gordianus…

Si les premiers volumes de la série ressortaient totalement du « policier historique », l’aspect policier s’est estompé au fil des romans. Ici, le meurtre survient aux ¾ du bouquin pour être résolu une soixantaine de pages plus loin. Il s’agit d’un crime quelque peu impossible, un empoisonnement d’une amphore qui tue une jeune goûteuse, semant la confusion dans les relations entre César et Cléopâtre. Le seul auteur possible semble être Méto, le fils (désavoué) de Gordianus également compagnon de campagne (et de lit) de César. Gordianus a donc, cette fois, un intérêt personnel pour résoudre le crime : il propose une première explication en apparence valable mais qui se révèle finalement fausse puis une seconde. Bref, le « policier » ne représente qu’une portion fort congrue de l’ensemble du livre.

Les amateurs de « whodunit ? » risquent donc de ne pas être comblés par ce tome mais les fans de romans historiques, eux, se délecteront de l’ambiance décrite, celle du basculement de Rome qui vit les derniers moments de la République et s’apprête à passer entre les mains toutes puissances de César. Gordianus, qui a côtoyé des personnalités comme Cicéron et reste un républicain, ne peut que se désoler de voir l’avènement de l’Empire. Il pourra aussi renouer avec son fils adoptif qui s’est, pour sa part, résolument engagé aux côtés de César même s’il commence à questionner ce choix.

Le décor égyptien permet également de sa familiariser avec la vie quotidienne à Alexandrie et nous éclaire encore sur les mœurs des Pharaons. Comme toujours, Saylor entremêle les faits historiques, la grande Histoire, aux petites aventures de ses personnages, à la petite histoire, et se montre instructif dans sa relation des événements survenus voici deux millénaires et que nous ne connaissons, généralement, que par le biais des films « péplums », en particulier, dans le cas qui nous occupe, via les images du « Cleopâtre » avec Liz Taylor.

Peut-être moins prenant que les premiers épisodes de la saga, lesquels s’appuyaient sur une enquête policière plus ample et solide, LE JUGEMENT DE CESAR demeure un plaisant roman historique, divertissant et instructif, qui prolonge les aventures de l’attachant Gordianus et de sa petite famille.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier

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Publié le 1 Octobre 2020

LA CABANE DE L’AIGUILLEUR de Robert Charles Wilson

Premier roman de Robert Charles Wilson (publié en 1986), devenu un des auteurs les plus primés et respectés de la SF du XXIème siècle, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR ressort certes de la science-fiction mais s’inscrit encore davantage dans la chronique sociale historique à l’époque de la Grande Dépression.

Recueilli par sa tante, Liza Burack, à la suite de la mort de sa mère, le jeune Travis Fisher débarque dans le village de Haute Montagne au début des années ’30. En dépit de la situation économique difficile, l’endroit semble relativement épargné et la vie y suit son cours entre le travail à la fabrique de glace, les sorties romantiques et l’influence de l’Eglise. Pourtant, à l’étage de la maison, une jeune femme, Anna Blaise, vit en recluse, hébergée par les Burack, et dont l’identité réelle reste mystérieuse.

LA CABANE DE L’AIGUILLEUR est un roman intimiste, centré sur une poignée de personnages vivant dans un bled perdu des années ’30. A cette chronique d’une petite ville durant la Dépression, l’auteur ajoute quelques éléments périphériques comme l’histoire d’une poignée de vagabonds menés par un étrange individu surnommé L’Os. Son histoire, forcément, rejoindra celle des principaux protagonistes durant les derniers chapitres.

Wilson, dès la préface, avertit qu’il s’agit d’un « roman de jeune homme », bourré d’imperfections mais important, et qui contient, déjà, une partie de ses thèmes ultérieurs comme la confrontation avec l’étrange et l’étranger. Un thème classique de la science-fiction comme du fantastique, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR pouvant se classer dans ces deux genres même si l’aspect « surnaturel » est finalement peu présent. On pourrait également le rapprocher des œuvres de Ray Bradbury dans lesquelles l’atmosphère prédomine sur l’action et qui utilisent le « fantastique » (au sens large) pour pointer du doigt les problèmes, pour la plupart réalistes et terre-à-terre, de leurs « héros ».

Le romancier, même débutant et âgé d’à peine 30 ans, maitrise déjà l’art du dialogue et brosse des personnages intéressants dénués de clichés, une caractéristique qui se retrouvera dans ses œuvres ultérieures. Bref, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR s’avère plaisant et agréable, aidé par une longueur restreinte qui évite la dispersion. Cependant, il s’agit d’une première œuvre et il comporte quelques défauts excusables, le romancier n’ayant pas encore atteint sa pleine mesure. Les admirateurs de Wilson n’y retrouveront pas, non plus, l’aspect vertigineux et cosmique de SPIN ou LES CHRONOLITHES : l’ambition est ici plus réduite et le bouquin beaucoup plus intimiste et ramassé. Ce n’est pas un défaut en soi mais cela peut désappointer ceux qui ont découvert l’auteur avec ses livres ultérieures. Une chouette curiosité, sans plus ni moins.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #science-fiction

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Publié le 8 Juin 2020

LE BESTIAIRE DE SHERLOCK HOLMES de René Reouven

L’amateur n’est pas sans ignorer que Conan Doyle laissa volontairement dans l’ombre de nombreuses enquêtes de Sherlock Holmes, mentionnant ainsi, au détour d’un récit, des cas mystérieux qui restèrent méconnus du lecteur. Le rat géant de Sumatra, l’étrange affaire du cormoran, le ver qui rendit fou Isadora, etc. Du pain béni pour les épigones en mal d’idées et les pasticheurs de tout poils (et plus ou moins doués !).

John Dickson Carr, avec LES EXPLOITS DE SHERLOCK HOLMES, avaient déjà levé le voile sur plusieurs de ces affaires et offert, dans l’ensemble, de jolies réussites.

Cette fois c’est le Français René Reouven, spécialiste de littérature populaire et auteur des CRIMES APOCRYPHES, qui s’attaque à Holmes en utilisant l’intertextualité et le jeu des références qui s’imposeront, par la suite, dans les romans steampunk. En quatre nouvelles (liées entre elles par le fil conducteur « animalier » qui caractérise les différents récits), Reouven s’amuse mais soigne son pastiche par son évidente érudition, loin du simple clin d’oeil.

Dans « le cormoran », situé en pleine Guerre Mondiale en 1916, le limier de Baker Street doit résoudre une complexe affaire d’espionnage dans laquelle intervient son frère Mycroft. Avec « le rat », c’est la plus fameuse des énigmes oubliées qui ressurgit, celle du monstrueux rat géant de Sumatra, où le détective côtoie le futur écrivain Joseph Conrad. Classique mais efficace et rondement mené. Plus délirant et original, « Le ver » permet à Holmes de rencontrer l’autre grand héros de Conan Doyle, le professeur Challenger, spécialiste des animaux étranges. Au cours du récit, qui implique une série de duel et une vengeance tarabiscotée, Reouven convoque un descendant de Pierre Louis Moreau, mathématicien ennemi acharné de Voltaire, dont les expériences contre-nature inspireront H.G. Wells. Une nouvelle enthousiasmante sur laquelle plane également l’ombre du Chien des Baskerville et de la Bête du Gevaudan, bref, le meilleur texte du recueil.

Enfin, dans l’ultime nouvelle, Sherlock se confronte à une redoutable sangsue géante logiquement assoiffée de sang (« la sangsue ») et à son homonyme, un certain Holmes, considéré comme l’un des premiers serial killers dont le palmarès (une centaine de crimes !) renvoie Jack l’éventreur au rang des amateurs.

Après son roman L’ASSASSIN DU BOULEVARD publié en 1985, Reouven poursuit donc avec bonheur ses pastiches holmesiens (ensuite regroupés dans le très épais volume HISTOIRES SECRETES DE SHERLOCK HOLMES) et livre quatre longues nouvelles tout à fait réussies et divertissantes à savourer pour les fans du plus célèbre des enquêteurs.

 

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Publié le 1 Juin 2020

ACID SUMMER de Christophe Lambert

Roman « de commande » devenu personnel, ACID SUMMER constitue la relecture de l’ODYSSEE par Christophe Lambert. Dans le rôle d’Ulysse nous découvrons John, jeune Américain se rêvant cinéaste, qui s’embarque pour les « 3 jours de paix et de musique » promis par le festival de Woodstock. Sur le chemin du concert, John rencontre Pénélope, jeune fille dont il tombe immédiatement amoureux mais qui le plante sur le bord de la route pour s’embarquer, avec un motard de passage, en direction du festival. John décide dès lors de la retrouver et, durant trois jours, multiplie les rencontres : un vétéran borgne du Vietnam en fauteuil roulant venu avec un flingue, dans l’idée de buter Bob Dylan (lequel ne viendra pas), une jolie rousse adepte de l’amour libre déjà usée par la vie, diverses nymphettes nues, une Janis Joplin très sexuelle, des militants Black Panthers, des drogués, des hell’s angels,…Va-t-il retrouver sa promise et ces retrouvailles seront-elles à la hauteur de ses attentes ?

Rétrospectivement, Woodstock fut bel et bien l’apogée mais aussi la fin des « sixties » et de leurs utopies. Les deux plus grandes vedettes du festival, Janis et Hendrix, allaient mourir peu après, tout comme Morrison, et les Beatles allaient se séparer, enterrant définitivement l’insouciance de ces années-là, déjà bien malmené. Lambert capture cette période avec une certaine mélancolie au gré de diverses rencontres avec des individus qui tous, comme le précise les « bonus », se sont brulés les ailes contre la réalité. Car l’année 1969 symbolise aussi le déclin de l’utopie hippie alors que les drogues dures remplacent les douces. C’est aussi la conquête de la lune, le Vietnam, les Black Panthers, les guerres de gangs et les luttes pour les droits civiques. Et puis bien sûr la fin d’un certain Hollywood (le roman se réfère régulièrement aux westerns « qui ne font plus recette » et offre un clin d’œil assumé au « Assaut » de John Carpenter) avec les meurtres de Charles Manson qui sont longuement évoqués dans un des flashbacks.

Le romancier saisit cette ambiance de manière nostalgique mais sans occulter les côtés sombres de l’époque. Il rythme son récit, entrecoupé de plusieurs flashbacks sur des personnages anonymes mais bien campés dans leur époque (la hippie libérée, le drogué, le vétéran de la guerre, le Black Panther), par les morceaux joués au festival qui se termine, évidemment, par l’hymne américain sublimé par Hendrix.

Riche en anecdotes et donnant un bel aperçu de ces 3 jours mythiques mais se permettant également quelques entorses à la réalité (toutefois moins que le Tarantino traitant de la même année !) avec, par exemple, la rencontre du héros avec un jeune Martin Scorcesse, ACID SUMMER constitue une lecture très plaisante et prenante. Une fresque que l’on eut d’ailleurs aimé un peu plus longue pour davantage approfondir cette période bouillonnante mais que l’on déguste avec plaisir en écoutant Creedence ou les Who, avec ou sans substances prohibées. Une bonne lecture estivale !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christophe Lambert, #Historique

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