golden age

Publié le 21 Mars 2018

MAUVAISE RENCONTRE A LANKHMAR de Fritz Leiber

Le Souricier Gris et Fafhrd, le géant barbare, dérobent des gemmes de grande valeur à deux membres de la Guilde des Voleurs, Fissif et Slevyas. Le Souricier et Fafhrd célèbrent ce vol au repaire caché du premier en compagnie de leur compagne respective, Ivrian et Vlana. Poussé par son épouse et à moitié ivré, le Souricier persuade ensuite son ami de s’introduire dans le quartier général des Voleurs. Déguisés en mendiants, les deux aventuriers remplissent leur mission mais attirent le courroux d’un sorcier, Hrsitomilo, au service du grand maître des voleurs, Krovas. Le magicien convoque alors une bête monstrueuse, Sliviken, pour dévorer les épouses de nos aventuriers. Ceux-ci, ivres de rage, décident de se venger et investissent une nouvelle fois le repaire de la Guilde des Voleurs.

Classique de l’Heroic Fantasy, ce court roman fréquemment republié appartient au vaste cycle de Lankhmar, ou cycle des épées, qui conte les aventures du Souricier Gris et de son ami Fafhard. Les deux personnages nous ont été précédemment présentés dans deux nouvelles et MAUVAISE RENCONTRE A LANKHMAR permet de les réunir. Ces aventuriers vivent diverses péripéties, à la fois picaresques et teintées d’humour, en dépit de la noirceur de l’intrigue qui prend tout son sens après la mort de leur compagne.

Le style de Leiber, fluide, professionnel et légèrement ampoulé, convient bien à ce type d’histoires situées dans le monde de Nehwon, autrement dit « no when », un univers dépourvu de situation géographique ou temporelle précise. Les six recueils de nouvelles, accompagnés d’un roman (ensuite republiés dans une massive intégrale chez Bragelonne) offrent donc leur lot d’affrontement et de magie et ont pleinement participé, avec les romans de Moorcock consacrés au Guerrier Eternel, à la relance de la Fantasy dans les années 60, après les réussites des anciens (Howard, Tolkien, Lovecraft, etc.). MAUVAISE RENCONTRE A LANKHMAR eut d’ailleurs une énorme influence sur les jeux de rôles et même, par la suite, sur les jeux vidéo. En effet, la novella magnifie le principe du « dongeon crawling » avec ses deux protagonistes à la fois opposés et complémentaires (un petit voleur magicien et un grand barbare) s’en allant explorer le repaire des méchants jusqu’à affronter le big boss de fin de niveau, ici un sorcier cruel au service de la Guilde des Voleurs.

En bref, si la nouveauté du récit s’est aujourd’hui complètement estompée (des centaines de romans de Fantasy en ont repris les codes narratifs…pour le meilleur et souvent pour le pire), MAUVAISE RENCONTRE A LANKHMAR, récompensé en son temps par les prix Hugo et Nebula, demeure un classique de la « sword and sorcery ». Une lecture encore étonnamment plaisante et divertissante plus de cinquante ans après sa publication initiale. Pas sûr que certains énormes cycles romanesques actuels dans le même style passent aussi bien les épreuves du temps.

MAUVAISE RENCONTRE A LANKHMAR de Fritz Leiber
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Publié le 16 Mars 2018

L'HOMME QUI EXPLIQUAIT LES MIRACLES de John Dickson Carr

Ce troisième recueil des nouvelles de John Dickson Carr difficilement trouvables, proposées par Roland Lacourbe, débute par la novella qui lui donne son titre, « L’homme qui expliquait les miracles », la dernière énigme résolue par Sir Henry Merrivale à nouveau confronté à l’impossible : un empoisonnement au gaz dans une pièce close et des menaces proférées par un fantôme. Pas franchement original pour l’auteur mais de bonne facture.

« Aux portes de l’épouvante » confronte un jeune homme, dans une auberge située dans la campagne orléanaise, à une mystérieuse chose qui saisit et qui broie. Là encore, on devine assez rapidement où Carr veut en venir mais le résultat se lit néanmoins avec plaisir.

« Le Pentacle en diamant » est une plaisante histoire au sujet du vol impossible d’un bijou, avec une fin bien trouvée et satisfaisante. Changement de registre avec « Immunité diplomatique », un récit d’espionnage toutefois agrémenté de la disparition impossible d’une jeune femme qui entre dans une tonnelle pour s’évanouir à la vue de tous (une solution classique que l’on jugerait décevant si elle n’était pas aussi bien amenée). Le récit suivant demeure une des pièces radiophoniques les plus célèbre de Carr, « Le mari fantôme » (alias « Cabin B 13 »), une histoire intrigante et joliment conduite jusqu’à sa conclusion efficace, bref un bon petit classique du crime impossible.

L’anthologie y ajoute un très rare juvénile, « A l’auberge des sept épées », qui, comme son titre l’indique, constitue un récit historique proche du cape et épée avec le conflit entre l’amour et le devoir, critique de la religion (« je hais […] cette religion qui vénère Dieu sous le prétexte qu’elle fait souffrir l’homme »). Surprenant mais non dénué d’intérêt.

Enfin, « Le mouchard » (situé dans la France du Second Empire) et « Le testament perdu » (New York, en 1849), couronnée du prix de la meilleure nouvelle par le jury d’Ellery Queen Magazine, complètent le sommaire de ce recueil varié. « Le testament perdu » n’a d’ailleurs pas volé sa récompense et rend un très bel hommage à son ancêtre littéraire au titre similaire (« la lettre volée » d’Edgar Poe) jusqu’à une conclusion à la fois référentielle très plaisante. Sans doute la meilleure nouvelle du recueil et peut-être même une des plus belles réussites de Carr dans le domaine du format court. En tout cas une excellente manière de conclure ce recueil forcément inégal mais dans l’ensemble divertissant et agréable.

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Publié le 26 Février 2018

SANG FROID de Leo Bruce

Créé par Leo Bruce à l’occasion de l’excellent pastiche TROIS DETECTIVE, le sergent Beef revint par la suite pour sept aventures supplémentaires. Celle-ci est donc la dernière, toujours située entre l’hommage au whodunit classique et la parodie volontaire dans la lignée des « cosy murders ».

Le très riche Cosmo Ducrow, après avoir à la fin de sa vie épousé son infirmière Freda, est assassiné dans sa vaste propriété du Kent, Hokestones. Son corps est découvert, massacré à coup de maillet, et son neveu se voit immédiatement soupçonné. En effet, le jeune homme, non seulement hérite d’une coquette somme, mais il entretient en outre une liaison avec Freda. Mr Townsend, un romancier narrant les aventures du sergent Beef accompagne donc ce-dernier lorsqu’il décide d’enquêter, suite à la demande des amis du défunt. Pourquoi Beef ? Poirot et Campion n’étaient pas disponibles…

SANG FROID date du début des années ’50, après la fin de l’âge d’or du roman d’énigme, et le romancier ne se prive pas de quelques piques à l’égard de ses conventions, par exemple lors du final au cours duquel Beef tient absolument à rassembler les « usual suspects » pour démontrer ses capacités de détective. Sauf qu’en attendant la fameuse soirée notre limier ne trouve rien de mieux à faire que d’aller s’enivrer au pub local. Beef débarque donc complètement saoul et déclare que, finalement, il ne va pas démasquer le coupable vu qu’il ne possède, de toute façon, aucune preuve.

Le suspect se trahira néanmoins lors d’un final situé sur les toits au cours duquel le sergent est précipité dans le vide. Heureusement, notre héros avait prévu cette chute et s’était équipé d’un câble visant à le garder en vie. Un procédé particulièrement « capilotracté » comme le remarque Townsend : « je me demande comment les lecteurs prendront votre résurrection ». A quoi Beef réplique : « Ils ont bien accepté celle de Sherlock Holmes et il ne disposait pas d’un câble d’acier ». Pas faux.

Jusqu’à cette conclusion, l’intrigue avance donc sur un rythme soutenu, entre interrogatoires des suspects et digressions diverses, le lecteur, tout comme le narrateur du récit, éprouvant toujours les pires difficultés à déterminer les réelles intentions de Beef. Est-ce que celui-ci sait ce qu’il fait ou se contente-t’il de « lancer sa ligne » au petit bonheur la chance d’en l’espoir de découvrir l’un ou l’autre indice ? Un peu des deux sans doute comme le souligne Townsend : « Beef avait l’occasion de démontrer son intelligence subtile et son flair certain mais il dit simplement je ne sais que penser ».

Au final, un whodunit bien ficelé qui plaira aux amateurs d’énigmes policières tortueuses agrémentées d’une bonne dose d’humour en grande partie grâce à la personnalité impayable du sergent Beef. Très distrayant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 22 Février 2018

L'ARME DE NULLE PART (LES LOUPS DES ETOILES TOME 1) d'Edmond Hamilton

Les Loups des Etoiles sont de terribles pirates de l’espace craints dans toute la galaxie. Morgan Chane, le seul Loup d’origine terrienne, a été élevé sur leur monde, Varna. Cependant il se voit contraint de les fuir après avoir tué un de ses « camarades ». Dès lors, Chane, traqué, vivra de nombreuses aventures en compagnie de mercenaires terriens pris dans un conflit galactique.

Archétype du space-opéra, les trois volumes des « Loups des Etoiles » ont été écrits par un des grands créateurs du genre, Edmond Hamilton (1904 – 1977), dont les premiers récits publiés datent de 1926 et qui a livré la quintessence de l’aventure spatiale échevelée avec l’excellent LES ROIS DES ETOILES dès 1949. On lui doit également une quinzaine de bouquins mettant en scène le fameux Capitaine Future (alias Flam) et de nombreux épisodes de « Batman », « Superman », « La légion des super héros » mais c’est une autre histoire.

Avec cette saga, rédigée à la fin des sixties, Hamilton ouvre clairement la voie à STAR WARS en proposant des baroudeurs de l’espace en butte à différentes menaces dont un gigantesque vaisseau et de nombreux extra-terrestres originaux. Alors, évidemment, la technologie est déjà en partie dépassée (ces « ordinateurs cliquetants » et ces « rapports imprimés »), les rebondissements sont relativement attendus mais, dans l’ensemble, le lecteur passe un bon moment avec cette ARME DE NULLE PART. La brièveté du roman constitue d’ailleurs un bon point : 200 pages bien tassées divisées en une vingtaine de courts chapitres. L’écriture est sans fioriture mais le style très correct, très professionnel. Hamilton avait, à l’époque, atteint sa maturité littéraire et on sent clairement son métier, forgé par des dizaines de romans

De leur côté les personnages sont sympathiques, brossés de manière rudimentaire mais avec quelques intéressantes réflexions qui leur donnent une réelle humanité. Ce sont certes des héros dans la grande tradition du pulp mais ils s’avèrent plus faillibles et mieux dessinés que de coutume.

Un peu daté, quelque peu linéaire, L’ARME DE NULLE PART demeure un honnête space-opéra à l’ancienne qui se lit avec plaisir en une soirée. A l’heure des pavés de centaines de pages parfois pas beaucoup plus originaux ou intéressants l’œuvre d’Hamilton se redécouvre avec intérêt au point que l’on ne tardera pas trop à embrayer sur le deuxième volet de la trilogie.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Aventures, #Golden Age, #Space Opera

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Publié le 9 Février 2018

LES INDISCRETIONS D'HERCULE POIROT d'Agatha Christie

Le riche Richard Abernethie meurt subitement d’une crise cardiaque. Ses parents se réunissent pour la lecture du testament et tout se passe très correctement à l’exception d’une remarque étrange de la fantasque Tante Cora qui déclare « Il a été assassiné, n’est-ce pas ? ». Nul ne prend ses dires très au sérieux mais le lendemain la tantine est découverte tuée à coups de hachette. Difficile, cette fois, de prétendre qu’il s’agit d’une mort accidentelle, ce qui relance la thèse de l’assassinat de Richard. A Hercule Poirot, convoqué par l’avoué et ami du défunt Mr Entwhistle, de démêler cette affaire.

Comme tous les Christie post Seconde Guerre Mondiale, LES INDISCRETIONS D’HERCULE POIROT agrémente l’intrigue policière de considérations plus sociales. L’auteur décrit ici un « vieux monde » à l’agonie, celui de ses premiers livres, avec ses riches familles, ses demeures majestueuses et ses domestiques serviables. Mais les temps changent : la maison familiale, Enderby, va être vendue, les biens du patriarche décédé disséminés entre ses héritiers tandis que les jeunes s’insurgent devant « l’exploitation » imposée au personnel domestique ou prennent le parti des criminels, envisagés comme des figures romantiques. Ces personnes de bonne famille vont jusqu’à se disputer pour savoir à qui reviendra la table en malachite du défunt. « Le temps des belles maisons était révolu », se désole ces anciens riches à présents fauchés comme les blés. Le progrès est passé par là, « la faute au gouvernement travailliste, à ces hypocrites de crypto socialistes ». Jadis prospères, nos aristocrates désargentés éprouvent même quelques difficultés à dissimuler à quel point le décès du patriarche survient à point nommé, permettant de renflouer des caisses en ayant bien besoin.

Absent durant la première partie du roman, le Belge à moustaches débarque caché sous un pseudonyme et prétendant – horreur – appartenir à une organisation désireuse d’acheter la propriété pour la transformer en hébergement pour réfugiés. Il use d’un anglais approximatif qui lui permet de fureter un peu partout sans que les suspects se méfient. De toutes manières ces petits jeunes ne le connaissent pas :

« C’est drôle que je n’aie encore jamais entendu parler de vous. 

- Ce n’est pas drôle, répondit Poirot avec sévérité. C’est lamentable ! Hélas ! l’éducation n’est plus ce qu’elle était. »

L’intrigue progresse de manière classique, avec l’interrogatoire des suspects, la tentative de meurtre de la dame de compagnie, les révélations successives et, bien sûr, la confrontation finale durant laquelle Poirot dévoile la clé du mystère.

Dans l’ensemble, un bon cru.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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Publié le 19 Janvier 2018

MEURTRE AU VESTIAIRE de Rex Stout

Publié en 1940, ce roman constitue la septième aventure du détective Nero Wolfe, créé par Rex Stout, qui en écrira bien d’autres (33 romans et 41 novellas en tout).

L’intrigue débute à la veille de la seconde guerre mondiale par l’arrivée de la jeune Carla Lovchen, accompagnée de son amie Neya Tormic, chez Nero Wolfe. Toutes deux sont originaires du Monténégro. Carla est accusée d’avoir volé des diamants dans l’école d’escrime où elle travaille et souhaite que Nero la disculpe. Elle affirme également être la fille adoptive du détective, perdue de vue depuis une vingtaine d’années. De son côté, Archie Goodwin part enquêter et doit, en outre, découvrir l’assassin d’un banquier tué d’un coup d’épée. Archie découvre ainsi qu’un col de mort, autrement dit un petit ustensile servant à rendre inoffensive les armes utilisées lors des leçons d’escrime, a été volé, ce qui a permis l’accomplissement du crime.

Comme souvent avec ce genre de roman, l’impression générale oscille entre les passages datés et d’autres surannés, distinction subtile puisque les premiers sont un brin ennuyeux tandis que les seconds possèdent un charme indéniable. Evidemment, les relations entre le pédant Nero et son assistant Archie confèrent tout le sel nécessaire à une intrigue complexe, voire embrouillée, impliquant les problématiques politiques des Balkans dans les mois précédents la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, tout cela n’est pas toujours très passionnant et, en dépit d’une caractérisation sympathique qui change des standards habituels (agoraphobe, misogyne, maniaque, buveur de bière invétéré, etc.), Nero Wolfe parait peu crédible dans sa manière de mener une enquête sans quitter son chez lui et en s’interrompant pour s’occuper de ses fameuses orchidées. Bien sûr ce sont ces caractéristiques qui plaisent aux amateurs du détective mais on peut aussi les considérer comme agaçantes.

Les révélations en cascade et la découverte du mystère manquent également d’intérêt tant le tout semble à la fois forcé et invraisemblable. Si Nero résout le crime, sa manière de parvenir à la vérité n’est guère rigoureuse. Nous sommes loin d’une construction narrative exemplaire et, en bref, la solution proposée n’en est qu’une parmi d’autres possibles, tout reposant sur des impressions et des déductions sans qu’une réelle preuve ne soit avancée.

Si les inconditionnels du « golden age » devrait y trouver leur compte, au moins par curiosité envers un auteur et un détective célébré, MEURTRE AU VESTIAIRE échoue à s’élever au-dessus d’un simple divertissement quelque peu poussiéreux, voir ennuyeux. La seconde partie du roman, qui devrait logiquement être la plus palpitante, s’avère d’ailleurs pesante au point qu’on est pressé d’en terminer.

Les fans de Nero Wolf ne seront évidemment pas d’accord mais, pour ma part, cette première rencontre avec l’Homme aux orchidées ne fut guère convaincante et pourrait bien être la dernière.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 15 Janvier 2018

LE MYSTERE DE L'ALLUMETTE d'Ellery Queen

Dans cette nouvelle enquête, Ellery Queen occupe, durant une partie du récit, une place secondaire. Une grande partie de l’intrigue se déroule en effet lors d’un procès aux nombreux rebondissements qu’aurait sans doute aimé plaider Perry Mason.

Le roman débute assez rapidement par le meurtre de Joe Wilson, un vendeur itinérant désargenté vivant à Philadelphie en compagnie de sa jeune épouse Lucy. Cependant, il apparait rapidement que Joe avait une double identité puisqu’il était également connu sous le nom de Joseph Kent Gimball, un new-yorkais marié à une femme très riche. Son corps a été découvert dans une modeste cabane, surnommée la « maison à mi route » où l’homme changeait d’identité pour dissimuler sa bigamie. Le frère de Lucy, un vieil ami  d’Ellery Queen, se charge de défende sa sœur, accusée du meurtre et héritière d’un million de dollars tandis que l’accusation sème le doute dans le jury, de plus en plus convaincu de la culpabilité de Lucy. A partir d’indices en apparence aussi insignifiants que le nombre d’allumettes consumées présentes sur la scène du crime, Ellery Queen enquête pour identifier le véritable coupable.

Ecrit en 1936, le roman (aussi  connu sous les titres UNE MAISON DANS LA NUIT et LA MAISON A MI ROUTE) marque, selon les spécialistes, un changement de style pour Ellery Queen  (l’auteur aussi bien que le personnage) lequel s’éloigne des énigmes excessivement complexes des 9 premiers romans signés par les cousins Dannay et Lee. Le titre, par exemple, ne comporte plus d’allusion à un pays contrairement aux précédents basés, du moins dans leur version originale, sur un objet assorti d’une localisation géographique suivit de la mention « mystery » comme « The French Powder Mystery » ou « The Egyptian Cross Mystery ». Une pratique reprise durant toute la première moitié des années ’30.

Par la suite le détective s’éloigne de la pure « machine » de déduction pour devenir plus humain tandis que les auteurs développent davantage son background personnel au lieu de se concentrer uniquement sur la complexité de l’intrigue. LE MYSTERE DE L’ALLUMETTE apparait ainsi, rétrospectivement, comme une œuvre charnière dans laquelle, en outre, le père d’Ellery, l’inspecteur Queen, n’intervient pas.

On retrouve cependant le traditionnel « défi au lecteur » (une pause dans le déroulement du roman ou,  en théorie, le lecteur dispose de tous les éléments nécessaires à la résolution du mystère) peu avant qu’Ellery n’énumère les neuf preuves l’ayant conduit à identifier l’assassin. Certaines traduisent d’ailleurs l’époque à laquelle le roman fut écrit et feront aujourd’hui sourires puisqu’elles témoignent d’un temps où une femme ne pouvait fumer la pipe ou le cigare et encore moins sortir de chez elle sans son bâton de rouge à lèvres.

Plus abordable que les précédents romans de Queen (parfois excessivement tarabiscoté), LE MYSTERE DE L’ALLUMETTE développe une intrigue aisée à suivre mais cependant palpitante, notamment par le style très vivant et efficace du (des) romancier(s). Si l’identité du criminel n’est pas franchement surprenante, la manière dont le détective l’identifie, à partir de neuf indices paraissant sans importance, fonctionne de belle manière et démontre l’ingéniosité de l’écrivain. Du beau boulot pour les amateurs de whodunit à l’ancienne.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Ellery Queen

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Publié le 13 Décembre 2017

LA MORT DE JEZABEL de Christianna Brand

Très célèbre (et célébré) dans les pays anglo-saxons, LA MORT DE JEZABEL se retrouve régulièrement dans les tops consacrés aux meilleurs crimes impossibles et autres chambres closes. Pourtant, quoique fort plaisant, le livre ne réitère pas la réussite totale de NARCOSE, la précédente enquête de l’inspecteur Cockrill. Cela reste néanmoins un livre amusant (le ton se veut léger et frôle parfois la parodie), bien mené et dont la construction se montre ingénieuse.

L’intrigue, évidemment, est complexe à souhait : une représentation théâtrale est organisée, reconstitution spectaculaire d’événements historiques anglais au cours de laquelle une jeune femme, Isabel Drew, meurt à la suite d’une chute depuis le décor d’une tour médiévale. Sur scène se trouve à ce moment onze chevaliers en armures montés sur leurs chevaux. Il apparait rapidement qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un crime puisqu’Isabel – surnommée Jezabel en raison de ses mœurs légères – a été étranglée. Mais, pourtant, le meurtre semble impossible : la porte menant à la tour est verrouillée et gardée tandis que les suspects – les chevaliers – étaient constamment à la vue du public. L’inspecteur Cockrill, accompagné de son collègue Charlesworth, vont mener l’enquête, ponctuée de références humoristiques à de précédents romans de Brand (Charlesworth ne manque pas de rappeler à Cockrill à quel point il a été confus lors de « cette affaire dans un hôpital du Kent »).

L’humour surgit ainsi régulièrement lors des échanges entre nos deux représentant de la loi, l’un accusant l’autre de « parler et d’agir comme dans un roman policier ». Cockrill précise aussi que les romanciers ne connaissent rien aux véritables méthodes procédurales. Mais son collègue lui rétorque, en une véritable attaque contre les adeptes du vérisme absolu, qu’il est heureux que les écrivains ne se conforment pas entièrement à la réalité : « ce serait si ennuyeux s’ils le faisaient, leur boulot c’est de divertir » et non pas de se préoccuper de ce qui est possible, de ce qui est arrivé ou de ce qui aurait pu arriver. Bref, un roman policier doit être « amusant à lire et non pas aussi assommant qu’un traité juridique ».  

La suite de LA MORT DE JEZABEL va tenter de démêler cet impossible crime avant un inévitable second meurtre dont la victime est découverte décapitée. Pratiquement une routine pour Cockrill qui avait débuté sa carrière dans le très plaisant VOUS PERDEZ LA TÊTE. L’inspecteur aura fort à faire pour démêler le vrai du faux lorsque les divers suspects, pour diverses raisons, se mettront à s’accuser du meurtre entre deux reconstitutions des événements. Ce qui permet à Christianna Brand de s’attaquer aux clichés coutumiers du whodunit de l’âge d’or : un personnage tente ainsi de prouver qu’une jeune femme est en réalité un homme et qu’il s’agit du jumeau perdu de vue d’une des victimes. L’auteur imagine donc de nombreuses solutions ingénieuses (par exemple une collusion entre plusieurs meurtriers afin de se débarrasser de leurs ennemis en se conférant mutuellement un alibi à la manière de L’INCONNU DU NORD EXPRESS).

En proposant des personnages bien typés et en saupoudrant son intrigue d’un humour constant, Brand nous offre une belle réussite du policier sans doute amoindrie par une traduction un peu lourde qui empêche de vraiment s’impliquer dans le récit. Il est aussi quelque peu agaçant de voir chaque protagoniste affublé d’un surnom quelque peu ridicule (Maman Chérie, Vieux Galant, Brian Deux Fois, etc) ce qui nuit à la fluidité de l’histoire.

Quoiqu’il en soit, en dépit de ces bémols, LA MORT DE JEZABEL demeure un classique du crime impossible et un whodunit (assorti d’un howdunit) particulièrement retors et complexe qui se lit avec beaucoup de plaisir. Conseillé !

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Publié le 11 Décembre 2017

TYRANN (POUSSIERE D'ETOILES) d'Isaac Asimov

Ce juvénile  d’Asimov, écrit en 1951, s’inscrit dans sa saga de l’Empire galactique qui précède l’accession au pouvoir de Trantor. Nous sommes donc dans l’univers de FONDATION mais bien plus tôt sur la même ligne temporelle. TYRANN conte le combat mené par un jeune homme, Biron Farrill, contre la dictature des Tyraani, après que son père, un de leur célèbre opposant, ait été assassiné. Biron va quitter la Terre en compagnie d’Artémisia et de son maître et ami Sander Jonti pour partir à la recherche d’un mythique monde rebelle.

Honnête space-opera qu’Asimov ne portait guère dans son cœur (il le considérait même comme son plus mauvais roman), TYRANN déroule une intrigue mêlant espionnage, science-fiction et machinations politiques. Le tout se montre joliment rythmé, plein de mécaniques futuristes aujourd’hui un brin datées et appartenant complètement à la SF « pulp «  (de redoutables bombes à radiations, etc.). Le moteur du récit réside dans la recherche d’un monde rebelle (qui existe ou pas, c’est une des questions posées à laquelle le lecteur n’aura la réponse – ingénieuse – que dans les dernières lignes) et dans un document censé pouvoir combattre la tyrannie. On devine un peu vite de quoi parle Asimov (non, ce n’est pas le livre d’Elie !), et cette sous-intrigue quelque peu boiteuse, voulue par H.L. Gold, le rédacteur en chef de Galaxie, constitue une des faiblesses d’un roman qui aurait gagné à se passer de ces digressions sans grand intérêt.

Présentant quelques personnages plutôt bien brossés et attachants pris dans le torrent de  l’Histoire, Asimov livre une sorte de « roman de cape et d’épée » futuriste, aux rebondissements nombreux et à l’action prenante, sans doute une conséquence de la publication en feuilleton qui obligeait l’auteur à maintenir l’attention par des procédés sans doute éculés (attentat manqué contre le héros, fuite, révélations successives, identité surprenante du « traitre », etc.) mais toujours efficaces.

Œuvre sympathique et enlevée évitant assez habilement le manichéisme (malgré leur nom évocateur les Tyrannis ne sont pas des monstres et les motivations de leurs opposants ne sont pas toujours nobles), TYRANN ne peut prétendre intégrer le panthéon d’Asimov, dominé (écrasé ?) par les cycles de FONDATION et des ROBOTS mais il n’en reste pas moins un roman tout à fait plaisant. Car, ne l’oublions pas, un Asimov mineur vaut souvent plus qu’un (insérer ici un romancier pris au hasard) majeur.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Golden Age, #Isaac Asimov, #Space Opera

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Publié le 22 Novembre 2017

LE REPOS DE BACCHUS de Pierre Boileau

Avant de s’associer avec Thomas Narcejac pour devenir le plus célèbre duo du roman policer français, Pierre Boileau (1906 – 1989) avait déjà signé, dans la seconde moitié des années ’30, une poignée de romans d’énigme pure mettant en scène le limier André Brunel. La plupart relèvent du crime impossible et du meurtre en chambre close, citons ainsi LA PIERRE QUI TREMBLE et surtout son chef d’œuvre, SIX CRIMES SANS ASSASSIN, dont le titre résume l’ambition.

Plus modeste dans « l’impossible », LE REPOS DE BACCHUS propose néanmoins trois mystères apparemment insolubles. Monsieur le Comte de Moncelles, un vieil homme solitaire, a pour seule passion sa collection de peintures, exposées dans la galerie de son château. La plus belle de ses toiles est, sans conteste, « Le repos de Bacchus » de Leonard de Vinci. Le Comte ouvre parfois les portes de son antre pour que des visiteurs viennent admirer ses tableaux, sous la surveillance d’un guide bien entendu. Or, au cours d’une visite, le guide est assassiné et un criminel, surnommé Bras Roulé, s’échappe avec le « Bacchus ». Pourtant, l’alerte étant donnée, notre gredin est stoppé avant d’avoir pu quitter le domaine. Mais nulles traces du tableau, apparemment volatilisé ! Peu après un nouveau maraudeur s’introduit dans le château. Repéré, il gagne la grille d’entrée, un paquet de la taille du « Bacchus » à la main. Et, sous les yeux de témoins dignes de foi, s’échappe en passant à travers les barreaux. La confusion grimpe encore d’un cran lorsque le fourgon blindé transportant un Bras Roulé condamné à mort s’évanouit dans la nature ! André Brunel intervient alors pour dissiper le mystère.

Couronné par le Grand Prix du Roman d’Aventures, ce classique du « crime impossible » déroule son intrigue en 150 pages bien tassées. Dans la grande tradition du roman d’énigme à la John Dickson Carr, le romancier délaisse les personnages et les notations psychologiques (le Comte, néanmoins, se montre bien brossé avec un minimum de phrases) pour miser sur le mystère, captivant le lecteur par l’apparente impossibilité des faits énoncés.

Bien sûr, l’auteur expliquera tout durant le dernier chapitre, dissipant l’insolubilité des événements par un raisonnement logique et sans recourir à des passages secrets ou des explications tarabiscotés à outrance : en prenant l’affaire par le « bon bout de la raison » et en examinant les faits après avoir retranché l’impossible, son détective comprend comment le criminel a pu agir. Un roman très plaisant, à l’écriture fluide, admirablement rythmé et qui ne laisse aucun répit, bref un bouquin qui répond à la définition que l’auteur donna du « policier : une machine à lire ». Un page turner dirait-on aujourd’hui de cet incontournable ayant étonnamment bien vieilli malgré ses 80 ans ! A lire et à relire.

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