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Publié le 19 Avril 2019

L'HORREUR DANS LE MUSEE de H.P. Lovecraft et autres auteurs

Ce très intéressant recueil constitue la première partie d’un diptyque consacré aux « révisions » d’Howard Philipps Lovecraft, soit une vingtaine de récits révisés, remaniés, corrigés ou même réécrits complètement par Lovecraft. Un texte de Derlerth et un long (et très instructif) article de Francis Lacassin reviennent d’ailleurs sur ces « collaborations » dans lesquelles HPL est souvent le « nègre littéraire » d’auteurs débutants. Lacassin classe d’ailleurs ces récits, en trois catégories, la première plaçant Lovecraft en « simple » correcteur s’appliquant à polir le style et à améliorer le récit. La seconde transforme Lovecraft en véritable co-auteur généralement non crédité. Enfin, la dernière catégorie s’applique aux textes qui sont quasi entièrement de Lovecraft, celui-ci allant parfois (comme pour « Le tertre » publié dans le deuxième volume, L’HORREUR DANS LE CIMETIERRE) jusqu’à rédiger un court roman à partie d’un simple canevas tenant en un paragraphe !

Ce premier volume, L’HORREUR DANS LE MUSEE, comprend treize nouvelles. Sonia Green, qui fut l’épouse de HPL, a droit à deux histoires : le « Monstre invisible » (également connue sous le titre de « horreur à Martin beach ») et le très court « Quatre heures ». Le premier récit s’intéresse à une créature marine agressive et donc invisible : un texte intéressant qui s’inscrit dans le mythe de Cthulhu. Le second est plus banal.

Elisabeth Neville Berkeley nous offre « En rampant dans le chaos » et « la verte prairie », deux textes d’ambiances élaborés par Lovecraft à partir des idées de la poétesse. Il ne s’agit pas réellement de nouvelles narratives, plutôt de tranches de climat macabres auxquels on peut se montrer sensible…ou pas.

Dévouée secrétaire de Weird Tales, Hazel Head a droit à quatre nouvelles (on en trouve encore deux autres dans le second volume de ces révisions) : « L’homme de pierre », « la mort ailée », « l’horreur dans le musée » et « surgi du fond des siècles ». Le premier conte la vengeance d’un homme, aidé par le Livre d’Eibon, à l’égard de son épouse et de son amant. Mais tel est pris qui croyait prendre dans un récit sympathique très proche des futurs « Tales from the crypt ». Apparemment, l’apport de Lovecraft a surtout consisté à obliger Miss Head à retravailler, sur ses conseils, son texte et à y glisser quelques clins d’œil à sa mythologie. « La mort ailée » constitue une autre histoire de vengeance du même tonneau…Mais étirée sur plus de trente pages elle parait bien trop longue pour un récit dont on devine la fin dès les premières lignes. « L’horreur dans le musée » constitue une grosse pièce plutôt convaincante sur la thématique classique du défi lancé à un sceptique de passer une nuit entière dans un musée renfermant de monstrueuses collections. Cependant, le récit parait là encore tiré en longueur (40 pages !) et aurait mérité diverses coupes pour rendre plus effective sa chute, attendue mais adroitement amenée. Cela reste plaisant. On peut en dire autant de « Surgi du fond des siècles », longue nouvelle découpée en cinq chapitres (le troisième parait rébarbatif et inutile) au sujet d’une momie vivante. En dépit de ses défauts, ce texte se montre cependant efficace. Il connut d’ailleurs les honneurs d’une transposition à l’écran dans le cadre de la série télévisée « Night Gallery ».

Clifford M. Jr Eddy bénéficie, lui, de trois nouvelles : « le nécrophile », « sourd, muet et aveugle » et « le mangeur de spectres ». La première est la plus efficace et la plus originale, la deuxième s’avère trop classique pour passionner, la troisième est potable sans être renversante. Mais leur longueur (une douzaine de pages chacune) est adéquate et leur lecture agréable.

Enfin, Robert Barlow propose le très descriptif « Jusqu’à ce que toutes les mers… », pas franchement passionnant, et William Lumley un efficace mais très classique dans son déroulement  « journal d’Alonso Typer ».

Au final, ce recueil alterne le bon et le sympathique, rien de vraiment mauvais mais rien d’exceptionnel non plus, aucune nouvelle ne tutoie l’excellence de « La couleur tombée du ciel » ou de « Celui qui chuchotait dans les ténèbres ». Pour les inconditionnels de Lovecraft il s’agit toutefois d’une  lecture instructive et donc conseillée.

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Publié le 14 Avril 2019

UN COUP DE TONNERRE ET AUTRES RECITS SUR LE TEMPS de Ray Bradbury, Octave Beliard et Poul Anderson

Voici un petit recueil facile à lire destiné aux plus jeunes mais également à ceux qui désirent parfaire leurs connaissances de la science-fiction. Trois nouvelles, quelques articles annexes, 150 pages de pur plaisir puisqu’on y trouve deux récits aujourd’hui considérés comme des chefs d’œuvres absolus de la SF. Que demandez de plus ?

Classique du récit de voyage dans le temps et d’Histoire alternée, « Un coup de tonnerre » illustre la fameuse théorie voulant que le battement d’aile d’un papillon puisse déclencher un ouragan. Sauf qu’ici le papillon en question a été écrasé par un voyageur temporel imprudent et les conséquences ne se feront sentir que plusieurs millions d’années plus tard.

« Un passé merveilleux » constitue une véritable curiosité, sorte d’hommage explicite à LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS écrit en 1909 par le Français Octave Beliard et précédemment publié sous le titre des « Aventures d’un voyageur qui explora le temps ». C’est une plaisante nouvelle d’une trentaine de pages, encore très sympathique à lire plus d’un siècle après sa rédaction en dépit d’une chute qui semble à présent convenue. N’empêche, à l’époque, elle devait produire son petit effet et reste suffisamment bien amenée et maitrisée pour fonctionner.

« La patrouille du temps » termine ce petit recueil de 150 pages. C’est évidemment un immense classique, publié et republié maintes et maintes fois dont, dernièrement, dans deux copieux Omnibus qui, en deux tomes, compilent tous les récits (romans et nouvelles) de Poul Anderson consacrés à ces gardiens temporels. La longue nouvelle incluse ici nous montre la première apparition de cette patrouille du temps chargée de veiller à ce que l’Histoire reste sur ses rails. Un thème à présent éculé mais Anderson fut un des premiers à en codifier tous les aspects et à en explorer tous les paradoxes. Notons d’ailleurs qu’Anderson s’oppose à Bradbury (du moins sur le papier) : là où le second défend la thèse du battement d’aile du papillon pouvant infléchir le continuum, le premier professe la relative malléabilité du temps : supprimer une seule personne, y compris un homme politique, ne provoquerait pas de grands remous temporels puisque le continuum rétablirait de lui-même l’équilibre. Néanmoins il est parfois nécessaire d’agir pour éviter des changements trop importants ou imprévus et c’est là qu’apparait la fameuse patrouille. Un récit aujourd’hui très classique (de Bob Morane à « Timecop » en passant par des séries comme « Au cœur du temps », « Continuum » ou « Doctor Who » le sujet a souvent resservi) mais toujours très plaisant et plein de rebondissements.

Ce petit recueil agréable et équilibré (les trois textes sont réussis et adoptent un point de vue différent sur les possibles manipulations temporelles) se complète d’une série de courts articles sur le sujet. Recommandé !

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Publié le 12 Avril 2019

PUZZLE POUR FOUS de Patrick Quentin

Sous le pseudonyme de Patrick Quentin se cachaient deux romanciers, Richard Wilson Webb (1901 - 1965) et Hugh Wheeler  (1912 -1987) qui écrivirent de nombreux policiers dont une fameuse série de « puzzles ». Le premier d’entre eux, PUZZLE POUR FOUS, débute de manière originale puisque le héros, Peter Duluth, se retrouve dans un hôpital psychiatrique pour y soigner son alcoolisme. Peter y rencontre divers protagonistes (des médecins, des patients, des infirmières et même sa future épouse puisqu’il s’agit du premier volume d’une longue série de romans policiers) avant de se confronter au meurtre particulièrement sadique d’un membre du personnel retrouvé mort dans une camisole de force. Peter, qui soupçonnait depuis quelques temps que quelque chose ne tournait pas rond dans cet asile, va mener l’enquête pour découvrir le coupable.

PUZZLE POUR FOUS prend son temps pour établir son ambiance, poser son mystère et présenter ses protagonistes. Le cadre, original voire inusité dans le domaine du whodunit, retient immédiatement l’attention et permet d’avancer dans la lecture jusqu’au premier meurtre qui survient classiquement au tiers du récit. Bien sûr, d’autres événements étranges se déroulent (quoi de plus étonnant dans un asile ?) et les responsables tentent de minimiser la situation, affirmant par exemple que le crime constitue, en réalité, un regrettable accident. Cette théorie s’écroule lorsqu’un autre patient est découvert poignardé durant la projection d’un documentaire animalier. Cette fois, c’est évident, au milieu des fous rode un assassin…

Le roman, écrit en plein âge d’or du récit de détection, se distingue par un lieu et un enquêteur inhabituel puisque le principal protagoniste, un homme de théâtre respecté, est placé dans un asile pour soigner son alcoolisme consécutif à la mort de son épouse. PUZZLE POUR FOUS mise donc essentiellement sur un climat d’étrangeté pour convaincre le lecteur : l’intrigue en elle-même n’est pas des plus élaborée et s’avère fort classique dans son déroulement (suspects nombreux, testament égaré, phénomènes bizarres, second crime qui relance le récit, réunion des suspects, etc.) mais l’originalité du détective amateur rend l’ensemble intéressant. D’ailleurs celui-ci n’est pas infaillible car, s’il cerne les motivations du tueur et sa manière de procéder, il se trompe complètement sur son identité.

Le bouquin se situe ainsi à la croisée du policier classique, du thriller à suspense et de la romance puisque notre héros trouvera parmi les patientes sa future femme. Comment seront leurs aventures dans un cadre plus traditionnel ? Il faudra lire PUZZLE POUR ACTEURS afin de le découvrir mais cette première enquête s’avère divertissante pour les amateurs de whodunit à l’ancienne agrémenté d’une légère touche d’humour en dépit d’un climat pesant. 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 8 Avril 2019

LE CHEMIN DE LA FALAISE de Patricia Wentworth

Avec Patricia Wentworth nous sommes assurés d’un bon whodunit en forme de policier « cosy » avec tous les ingrédients indispensables de la recette. Alors, bien sûr, l’originalité n’est pas la principale qualité de cette intrigue qui nous présente une nouvelle famille dysfonctionnelle dans laquelle s’invite le crime. Rachel Treherne vit dans l’angoisse et reçoit des menaces de mort…qui deviennent chaque jour plus précises : un escalier ciré, des chocolats empoisonnés, des vipères sur son lit,… Elle contacte la détective privée Miss Silver et celle-ci débarque incognito dans un véritable panier de crabes. Car tous les membres de la famille de Rachel dépendent de son bon vouloir pour leurs dépenses quotidiennes et la supprimer résoudrait bien des problèmes. Nous avons le jeune homme tenté par le communisme (quelle horreur !), la demoiselle complètement stupide et dépensière, l’artiste raté, le type soumis à son épouse, la domestique louche,…Une belle galerie de suspects donc, tous pouvant en vouloir suffisamment à Rachel pour désirer la supprimer

Typiquement british, délicieusement suranné, les romans mettant en scène Maud Silver (créée deux ans avant sa collègue Miss Marple) possèdent toutes les qualités requises pour un bon moment de détente : des personnages certes clichés mais bien campé, un rythme appréciable (attention, on n’est pas dans du thriller hard boiled non plus), des rebondissements nombreux, une touche d’humour et bien sûr un coupable inattendu dévoilé dans les dernières pages. Bref, du classique, mais fort adroitement cuisiné par une spécialiste du whodunit. Miss Silver effectua d’ailleurs plus de trente enquêtes, de sa première apparition dans (le très moyen) LE MASQUE GRIS en 1928 à sa dernière dans MEURTRE EN SOUS-SOL en 1961, année du décès de Wentworth.

LE CHEMIN DE LA FALAISE constitue la troisième apparition de l’ancienne enseignante reconvertie dans la détection. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre du genre mais il offre trois ou quatre heures d’évasion et de divertissement sans prétention dont il serait dommage de se priver  pour les amateurs de romans policier d’antan.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit, #Patricia Wentworth

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Publié le 5 Avril 2019

LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES

Jacques Baudou, grand spécialiste de la paralittérature, proposa dans les années 80 quatre anthologies de nouvelles consacrées à Sherlock Holmes. LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES, la deuxième de cette série, rassemble une dizaine de pastiches. « Celui que Jupiter veut perdre » invite les extraterrestres dans l’univers du limier de Baker Street pour expliquer comment le célèbre journaliste Isadora Persano devint fou devant une boite d’allumettes contenant un étrange vers inconnu des scientifiques. Le cas est évoqué dans le canon (dans « Le problème du pont de Thor ») et, depuis, plusieurs épigones de Conan Doyle on relevé le défi d’expliquer cette incroyable histoire. Celle proposée ici n’est pas très réussie mais la réponse expédiée au courrier des lecteurs de Galaxie à l’époque de sa publication (et reproduite ici) mérite le détour ! Isadora Persano revient dans « Le problème du Pont du sort, entre autres » attribué à PJ Farmer et qui tente d’expliquer comment Mr Phillimore est entré chez lui pour prendre son parapluie avant de disparaitre à jamais. On reste dubitatif.

Raffles, un gentleman cambrioleur proche de Lupin (il fut la principale inspiration pour Maurice Leblanc) et concurrent d’Holmes lui ravit la vedette dans un récit un peu laborieux qui, à nouveau, recourt aux extraterrestres pour expliquer les « trois échecs de Holmes ». Raffles fut d’ailleurs créé par le beau-frère d’Arthur Conan Doyle, Ernest William Hornung et on le retrouve dans « Raffles. L'énigme du bicorne de l'Amiral », où il est mis en échec par le docteur Watson et Conan Doyle lui-même. La nouvelle est plaisante, sans plus.

« L'aventure du ver extraordinaire » de Stuart Palmer, auteur bien connu de roman policier, nous permet de retrouver Isadora Persano (encore !) dans un récit assez alerte et divertissant, plus proche du « canon » que les élucubrations précédentes.

Ellery Queen tente, lui aussi, d’expliquer « La disparition de M. James Phillimore » dans une agréable pièce radiophonique (ici retranscrite) lorsque le fameux limier américain est confronté, au début des années ’40, à la disparition du petit fils de Phillimore. L’astuce utilisée semble évidente mais le tout est alerte, amusant et bien mené. Une réussite pour les infatigables cousins.

Arkadi Boukhov nous convie à assister à « La fin de Sherlock Holmes », le détective n’ayant plus aucun travail à accomplir puisque tous les criminels décident de se rendre d’eux-mêmes à la police. Une parodie jusqu’au boutiste du policier classique qui fonctionne agréablement, tout comme l’histoire d’Arthur Porges consacré à Stately Homes, pastiche évident de qui-vous-savez, héros de dix nouvelles dont seulement deux furent traduites en français.

Les « spéculations » sont des textes entre la nouvelle et l’article qui exposent des théories plus ou moins farfelues. Rex Stout, créateur de Nero Wolfe, imagine dès 1941 (soit trois quarts de siècle avant « Elementary ») que Watson ne peut être qu’une femme et il le prouve par diverses citations du Canon. L.W. Balley dans « L'énigme de l'énigme jamais mentionnée » fait de Sherlock la véritable identité de Jack l’Eventreur tandis que « le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner » démontre que Sherlock et Moriarty ne faisaient qu’un. Enfin, « Mycroft Holmes. Un mystère élucidé » s’interroge sur l’identité du discret frère ainé qui était peut-être un ordinateur, une machine, Winston Churchill ou le chef des services secrets (comme Ian Flemming le rappellera via son « M »). Bref, des démonstrations farfelues, parfois amusantes, parfois un peu lourdes, qui intéresseront surtout les incollables du Canon.

Dans l’ensemble, LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES offre un divertissement correct et rarement ennuyeux mais les nouvelles, certes sympathiques, s’avèrent souvent quelque peu décevantes et partent un peu dans tous les sens. Nous avons des hommages maitrisés, des délires plus ou moins déjantés qui fonctionnent plus ou moins bien, des pastiches, des hypothèses hardies, des clins d’œil (parfois très pointus) à destination des connaisseurs,…Au final le lecteur passe un bon moment mais reste quelque peu sur sa faim en dépit de l’une ou l’autre réussites incontestables. A réserver aux inconditionnels du limier de Baker Street.

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Publié le 27 Mars 2019

UNE HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION TOME 2: L'AGE D'OR de Jacques Sadoul

En 125 pages, Sadoul aborde une des plus belles périodes de la SF américaine, justement dénommée l’Age d’Or, qui vit éclore tous les grands maîtres du XXème siècle. Toutes les nouvelles proposées ont déjà été publiées à de nombreuses reprises mais les relire à la suite l’une de l’autre demeure un exercice indispensable tant on se trouve face à la crème de la crème.

Le recueil débute avec le « Bucolique » de Van Vogt, une histoire originale de forêt consciente et enchaine avec le très court et réussi « Qui a copié ? » de Jack Lewis, précédemment publiée dans l’anthologie de Sadoul consacrée à Startling Stories. Abernathy nous propose une ville hostile dans « Un homme contre la ville » et Charles Harness accouche d’une formidable histoire de paradoxe temporel et d’identité double dans l’exceptionnel « L’enfant en proie au temps » qui justifie à lui seul la lecture de ce recueil.

Avec « L’éclat du Phénix », Bradbury prépare les thématiques de son chef d’œuvre FARENHEIT 451 (la nouvelle est d’ailleurs incluse en bonus dans les récentes éditions de ce roman) et traite déjà de la censure

Le paranoïaque « Ces gens-là » annonce des films comme « Truman Show » ou « Dark City » et démontre tout le talent d’Heinlein qui épouse ici le point de vue d’un interné persuadé de vivre dans un monde factice.

Robert Sheckley comme toujours joue la carte de l’humour absurde avec la « clé laxienne » dans laquelle deux entrepreneurs pensent avoir trouvé la richesse grâce à une machine qui fabrique une sorte de poudre grise à partir de rien. Ne reste plus qu’à lui trouver une utilité.

Richard Matheson, en quatre pages, nous offre un « cycle de survie » avant un des énormes classiques de la SF, le fameux « L’étoile » d’Artur C. Clarke, texte résolument anti divin et très bien pensé qui valut à l’écrivain un Prix Hugo.

Autre belle réussite, « Escarmouche » de Simak traite du thème classique de la révolte des machines avec une grande originalité et beaucoup d’humour.

En parlant d’humour, Fredric Brown termine le recueil avec un de ses textes ultra-courts (une petite page et puis c’est tout !) : F.I.N.

Comme pour le premier volume des présentations pertinentes accompagnent les textes. Et, bien sûr, il est vain de regretter l’absence de tel ou tel auteur (que ce soit pour des raisons de droits ou de place on ne trouvera pas Asimov par exemple), l’important étant que tous les textes sélectionnés sont intéressants et oscillent même entre le « très bon » et le « chef d’œuvre ». Bref, incontournable pour l’amateur comme pour le néophyte.

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Publié le 26 Mars 2019

TOUR DE FORCE de Christianna Brand

Christianna Brand propose ici la sixième et dernière apparition de l’inspecteur Cockrill, cette fois en vacances dans la petite île de Suan Juan de Pirate. Il est accompagné d’un groupe de personnages excentriques : le couturier homosexuel Cecil, le musicien Leo Rodd privé de son bras suite à un accident et qui se console en draguant tous les jupons passant à proximité de son unique main, son épouse Helen qui se dévoue pour l’assister dans sa vie quotidienne et ferme les yeux sur ses incartades, la riche vieille fille Edith Trapp, la très réservée Vanda Lane, l’excentrique Louli Barker, femme fatale et romancière à succès et, pour les guider dans leur périple italien, le débonnaire Fernando Gomez. Bien sûr, un meurtre survient ! La pauvre Vanda Lane est assassinée mais Cockrill se heurte à un problème de taille : il ne peut en déterminer l’auteur. Et pour cause ! Tous les suspects se trouvaient sur la plage à portée de son regard et aucun n’a pu, apparemment, commettre le crime. Pourtant l’un d’eux a bien dû réussir ce tour de force. Reste à déterminer qui et surtout comment.

Ce whodunit traditionnel mais fort bien mené, avec une galerie de personnages adroitement brossés et une touche d’humour efficace, a tout pour plaire aux amateurs de policiers à l’ancienne. Cockrill reste un personnage attachant et l’enquête ne lésine pas sur les fausses pistes et les retournements de situation. Brand se permet d’ailleurs une première résolution très satisfaisante qui répond à toutes les interrogations mais constitue, en réalité, un piège destiné à démasquer le véritable meurtrier.

Comme tous les romans de « crime impossible », TOUR DE FORCE demande une certaine « suspension d’incrédulité » pour être pleinement apprécié mais s’avère, au final, un excellent divertissement. Le bouquin se lit pratiquement d’une traite et avance à un rythme soutenu en dépit de son côté langoureux induit par la situation initiale de nos vacanciers oisifs bronzant sous le soleil italien. Si la situation de départ rappelle MEURTRE AU SOLEIL, Brand montre ici qu’elle pouvait égaler sa consoeur Agatha Christie dans la confection d’un suspense parfaitement mené. Un classique qui n’a pas volé son titre de véritable « tour de force » de la littérature policière !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christianna Brand, #Golden Age, #Impossible Crime, #Policier, #Whodunit

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Publié le 15 Mars 2019

UNE HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION, TOME 1: LES PREMIERS MAITRES de Jacques Sadoul

Ecrivain de polars humoristiques (on recommande TROP DE DETECTIVES), éditeur, anthologiste (notamment l’indispensable série « les meilleurs récits »), essayiste (sa monumentale HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION demeure une référence), Jacques Sadoul se livre ici à l’exercice délicat de parcourir l’histoire de la SF en s’attardant sur ses textes fondateurs. Mais au lieu de proposer « L’histoire de la SF », Sadoul offre plus modestement « Une histoire de la SF ». Dès lors inutile de pinailler en disant que tel auteur devrait y être ou que tel autre n’a pas sa place…de toutes façons les 8 nouvelles sélectionnées ici demeurent d’un intérêt certain, même un siècle après leur publication.

Le recueil s’ouvre sur un incontournable, « les êtres de l’abîme » d’Abraham Merritt, compromis entre les aventures mystérieuses à la Burrough, la fantasy et la weird fiction à la Lovecraft, un récit classique dans son déroulement (normal, il date de 1918) mais efficace, précédemment disponible dans LES MEILLEURS RECITS D’AMAZING et le recueil LA FEMME DU BOIS de Merritt.

On poursuit avec le très court et bien connu « Dagon » de Lovecraft, évidemment un indispensable et un des fondements du mythe de Cthulhu.

Gros morceau avec l’excellent « Les chiens de Tindalos » de Frank Belknap Long, un texte superbe fréquemment publiés (LES MEILLEURS RECITS DE WEIRD TALES, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, ŒUVRES DE LOVECRAFT) pour ce qui reste une des meilleures adjonctions au Mythe. Incontournable.

Robert E. Howard propose « Les miroirs de Tuzun Thune », une aventure contemplative (osons l’oxymore) du Roi Kull déjà éditée à de nombreuses reprises (LES MEILLEURS RECITS DE WEIRD TALES, KULL LE ROI BARBARE, etc.) mais que l’on (re)lira avec plaisir.

Beaucoup moins connu, Stanley Weinbaum livre une intéressante « Odyssée martienne » qui montre un « premier contact » avec une race extraterrestre totalement différente de l’Homme. Le récit avait déjà connu quelques publications (notamment dans HISTOIRES DE MONDES ETRANGES et LES MEILLEURS RECITS DE WONDER STORIES) et il a forcément été plus récemment repris dans l’intégrale des nouvelles de Weinbaum, L’ODYSSEE MARTIENNE. Toujours pertinent.

Autre auteur oublié, Harl Vincent nous présente « Le rodeur des terres incultes », une curiosité (déjà présente au sommaire des MEILLEURS RECITS D’ASTOUNDING) efficace et plaisante à lire qui a d’ailleurs plutôt bien vieilli. A découvrir.

« La mort d’Ilalotha » combine pour sa part fantasy historique et épouvante sous la plume inspirée de Clark Ashton Smith, un texte bien connu mais toujours d’une indéniable efficacité malgré le poids des ans.

Enfin, « Helen A’lliage » s’éloigne de la Fantasy et des Planet Stories pour un pur conte de science-fiction romantique d’une grande modernité en ces temps où l’on s’interroge sur l’intelligence artificielle et ses limites.

Avec ce petit recueil vendu à faible prix, Sadoul nous offre un joli panorama de l’Age d’Or, chaque nouvelle étant accompagnée d’une courte mais suffisante présentation. Un voyage chronologique que l’on poursuivra avec plaisir dans les trois prochains tomes de ce qui constitue une formidable anthologie de la SF du XXème siècle.

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Publié le 12 Mars 2019

LA COULEUR TOMBEE DU CIEL de Howard Philip Lovecraft

Ce petit recueil rassemble deux excellents textes de Lovecraft, « La couleur tombée du ciel » (également disponible dans le formidable recueil LE MYTHE DE CTHULHU chez J’ai Lu) et « La chose sur le seuil », trouvable pour sa part dans le non moins réussi LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH. Bien évidemment, les deux textes sont à présents inclus dans le monumental Omnibus consacré à l’écrivain mais pour les néophytes désireux de se familiariser avec Lovecraft sans se ruiner voici un investissement indispensable.

« La couleur tombée du ciel » figurait au sommaire du tout premier recueil publié en France sur Lovecraft, LA COULEUR TOMBEE DU CIEL, chez Présence du Futur (Denoel), en 1954. Le récit côtoyait « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « L’abomination de Dunwich » et « Le Cauchemar d’Innsmouth », peut-être les meilleurs textes de l’auteur et, en tout cas, les plus représentatifs.

Cette « couleur » est une météorite qui s’écrase à proximité de la ferme de Nahum Gardner, non loin d’Arkham. Un architecte de Boston venu étudier un projet de réservoir entend parler de cette histoire, qui se serait produite un demi-siècle auparavant, en 1880. Depuis la végétation est cendreuse et la lande est désolée.  Qu’est-il vraiment tombé du ciel ?

Publiée en septembre 1927 dans le célèbre pulp Amazing Stories, « La couleur tombée du ciel » provient de l’envie de Lovecraft de proposer des extraterrestres non humanoïdes et totalement étrangers à notre conception du monde, s’opposant ainsi aux tendances de l’époque en science-fiction.

Souvent considérée comme une des meilleures histoires de l’écrivain (elle était également sa favorite), « La couleur tombée du ciel » demeure un classique qui mélange, en moins de quarante pages, de manière parfaitement cohérente et effective le mystère, le fantastique, l’épouvante et la science-fiction. Une nouvelle majeure et un véritable incontournable qui aborde une fois de plus, mais de manière plus détournée, les thématiques au cœur du mythe de Cthulhu. Indispensable.

De son côté « Le monstre sur le seuil » (ou « la chose sur le seuil ») débute par une des meilleures entrées en matière imaginable pour un récit fantastique : « Il est vrai que j’ai logé six balles dans la tête de mon meilleur ami, et pourtant j’espère montrer par le présent récit que je ne suis pas son meurtrier.” Peut-on rêvé introduction plus percutante? Le récit, linéaire et classique, illustre une traditionnelle mais réussie histoire de possession avec un sorcier maléfique passant de corps en corps pour s’assurer de l’immortalité. Excellent!

Bref, deux textes indispensables et incontournables à lire et à relire !

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Publié le 25 Février 2019

LE MASQUE DE CTHULHU d'August Derleth d'après H.P. Lovecraft

Moins poétique, moins onirique que Lovecraft, le style de Derleth s’avère plus simple, plus direct, davantage dans l’esprit du « pulp » et ses récits sont également plus classiques, avec une construction traditionnelle terminée par une chute plus ou moins surprenante et horrible. Nous sommes vraiment dans le Weird Tales et les revues similaires, pour le pire et le meilleur (on se reportera d’ailleurs aux excellentes anthologies de Jacques Sadoul sur ces magazines mythiques de l’âge d’or). A vrai dire les histoires de Derleth se ressemblent toutes et il vaut mieux picorer dans les recueils que les lire d’une traite pour éviter l’indigestion. L’idéal est probablement de lire une ou deux nouvelles entre deux romans, en  guise d’aimable récréation. Car on y aligne les mêmes litanies de citations, les mêmes références à des tas de grimoires obscures, les mêmes déités qui cherchent à recouvrir leur pouvoir sur l’humanité. Ces passages se retrouvent, quasiment inchangés, d’une nouvelle à l’autre, donnant l’impression que Derleth tire à la ligne ou cherche à coller à Lovecraft mais sans apporter beaucoup de nouveauté au mythe. Pourtant ces récits s’avèrent dans l’ensemble agréables, ils sont rythmés, plus faciles d’accès que ceux du maître et recourent souvent au dialogue pour faire avancer les intrigues. Bref, « ça se lit bien », sans doute pas avec un enthousiasme excessif mais généralement sans ennui.

La première nouvelle, « Le retour d’Hastur », constitue un des ajouts d’August Derleth à la mythologie lovecraftienne. Précédemment mentionné par Ambrose Bierce, Robert Chambers et HPL lui-même, Hastur se voit défini ici comme le demi-frère et rival de Cthulhu. Ce long récit établit les bases du « révisionnisme » de Derleth, ce-dernier imaginant un panthéon de « dieux » qui s’affrontent pour la suprématie de la Terre. Il unifie ainsi « le mythe » et lui donne davantage de cohérence, notamment en « annexant » des textes provenant d’autres écrivains dans le but louable de lui conférer une portée plus universelle. Dans ses récits, Derleth fait également souvent référence à Lovecraft lui-même (soit nommément soit en parlant d’un « auteur de récits fantastiques »), considéré non pas comme un écrivain de l’imaginaire mais comme un initié ayant, dans ses nouvelles, décrit un monde réel dissimulé aux profanes. Si l’auteur s’oppose au matérialisme athée développé par Lovecraft, « Le retour d’Hastur » reste un récit très réussi et efficace, peut-être un des meilleurs de Derleth. Créature de l’air, Hastur, « celui qui ne peut être nommé », affronte le tentaculaire Cthulhu, monstre aquatique. La rébellion de ces divinités cosmiques a été transposée par la suite dans le christianisme sous la forme du récit de la révolte des anges à l’encontre de Dieu nous apprend également Derleth. Une autre constance de son « révisionnisme », nettement plus marqué par le christianisme.

Les quatre récits suivants (« Les engoulevents de la colline », « quelque chose en bois », « le pacte des Sandwin » et « La maison dans la vallée ») sont similaires : de plaisants récits fantastiques dans lesquels se multiplient les références aux événements évoqués par Lovecraft et les classiques cultes innommables perpétués par les adorateurs de Cthulhu. Relativement prévisibles et souffrant parfois de lenteurs consécutives aux trop nombreuses citations et clins d’œil plaqués sur les récits, ils n’en demeurent pas moins globalement plaisants.

Le dernier récit, « le sceau de R’lyeh » s’avère plus original tout en partant des prémices habituelles : un homme hérite de la maison de son oncle, lequel (refrain archi connu) s’intéresse aux créatures légendaires, possède une vaste bibliothèque « interdite » et se demande ce qui s’est réellement passé à Innsmouth en 1928. La construction se montre efficace et s’achemine vers une conclusion prévisible mais à la logique implacable. On soupçonne le récit d’avoir d’ailleurs grandement influencé l’excellent long-métrage « Dagon » de Stuart Gordon tant sa progression s’avère similaire et ce jusqu’à une conclusion identique.

Au final, Derleth ne démérite pas avec ce recueil qui satisfera les amateurs de Cthulhu. A l’époque certains ont fait la fine bouche mais devant tout ce qui a été publié comme âneries « inspirées par Lovecraft » les hommages respectueux ici rassemblés acquièrent une saveur nostalgique bien réelle.

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Rédigé par hellrick

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