fantasy

Publié le 5 Mai 2020

L'ETOILE DU MATIN de David Gemmell

Encore un pur roman « David Gemmell » avec toutes les qualités et les quelques défauts qui en faisait un auteur phare de la Fantasy au style immédiatement reconnaissable. Malgré le côté très classique de ses intrigues, les bouquins de Gemmell étaient, en effet, bourré d’énergie et d’enthousiasme, avec des personnages certes un peu schématique mais souvent bien typés en quelques traits. Ses dialogues, également, étaient efficaces et possédaient une véracité et un naturel rares dans la Fantasy. L’ETOILE DU MATIN constitue ainsi une bonne synthèse de la méthode « Gemmell » : un parfum historique prononcé, des actes de bravoures, un homme élevé au rang de mythe sans le vouloir (tout comme Druss), des récits et autres prophéties qui se transforment au fil du temps, un côté violent et brutal (« grim » dirait on actuellement) mais aussi profondément épique qui culmine dans des combats façon « blockbuster ». Ca parait simple mais quand tout est, comme ici, aussi bien mitonné, difficile de faire la fine bouche.

Ici, dans un monde disons anglosaxon imaginaire avec ses highlanders et ses Angostins, le barde Owen Odell nous conte les aventures de Jarek Mace bandit de grand chemin loin d’être héroïque ou recommandable mais qui, au fil des pages, deviendra, un peu malgré lui, un véritable héros, surnommé Etoile du Matin, sorte de conquérant à la Robin des Bois destiné à renverser l’oppression et à combattre le retour des redoutables Rois Vampyres. Personnages ambivalent et véritablement humain loin des grands héros légendaires à la blancheur immaculée, Jarek Mace ne perd jamais une occasion de séduire une femme, de voler un ennemi (voire un ami), de filouter son monde et de s’en tirer par une cabriole. Son « biographe » officiel, le barde Odell va nous permettre de mieux le connaitre en décrivant l’homme derrière le mythe.

Le roman se déploie peu à peu et si les premières pages sont moins enthousiasmantes que la moyenne des « Gemmell », L’ETOILE DU MATIN prend sa véritable ampleur dans sa seconde partie avec un scénario plus élaboré et travaillé que de coutume, distillant de nombreuses révélations jusqu’aux coups de théâtre fort bien amenés des derniers chapitres. Là, toute la destinée de l’Etoile du Matin sera révélée pour un affrontement classique mais toujours impeccablement négocié entre les forces du Bien et du Mal.

Sans être le meilleur livre de son auteur, L’ETOILE DU MATIN constitue un excellent divertissement de Fantasy et l’assurance d’un complet délassement pour les amateurs d’aventures héroïques.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 8 Avril 2020

LE DEMON DU VENT de Brian Lumley

Quatrième volume de la vaste saga de Titus Crow écrite par Brian Lumley dans les années ’70 pour revisiter à sa manière les mythes de Lovecraft (avant que ceux-ci ne soient cuisinés à toutes les sauces). Depuis célébré pour sa grande série du NECROSCOPE, Lumley, alors relativement débutant, transformait le Mythe en récit de Fantasy et d’aventures, affaiblissant certes les concepts de Lovecraft mais sans négliger un réel potentiel divertissant. La première partie du roman montre ainsi nos héros échoués sur Borée et luttant contre les séides d’Ithaqua qui chevauchent des loups en compagnie de guerriers et de leurs ours dressés.

Si les puristes n’ont, à l’époque, gouté à cette saga que du bout des lèvres (voire en dissimulant mal leur dégoût), relire aujourd’hui ces romans s’avère franchement divertissant à l’heure où le Mythe se décline de toutes les manières possibles (jusqu’au Monopoly Cthulhu !).

Considérés comme de simples « romans populaires » loin des horreurs cosmiques imaginés par Lovecraft, les bouquins de Lumley n’en sont pas moins efficaces et ont le mérite d’une réelle originalité. Bien sûr ils se rapprochent souvent davantage de John Carter ou Conan que de HPL lui-même. Qu’importe, c’est bien l’âge d’or de la « science fantasy » à l’ancienne que convoque ce DEMON DU VENT qui aurait très bien pu se voir publié par Weird Tales voici 80 ans ! Rien ne manque, en effet, à l’appel : la poignée de héros exilés sur un monde désolé et hostile, la femme déesse super sexy (fille d’Ithaqua mais ça ne se voit pas), les pierres magiques permettant de se protéger des forces du mal, les pouvoirs télépathiques, les armées ennemies accompagnées de loups et d’ours dressés, les pouvoirs divinatoires, le traitre qui en veut à notre valeureux héros terrien, les vaisseaux de guerre qui filent sur la neige, les combats nombreux et le rythme haletant. Car LE DEMON DU VENT ne perd pas de temps et ne traine jamais en route, à l’image des romans d’Edgar Rice Burroughs il boucle son récit en 220 pages hautement distrayantes et plaisantes. Alors bien sûr, le livre n’a pas l’ambition de L’ABOMINATION D’INNSMOUTH ou de L’APPEL DE CTHULHU mais, pris pour un pur plaisir de fantasy old school, il n’en reste pas moins fort recommandable et appréciable. Bon, allez, la suite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Lovecraft, #science-fiction

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Publié le 3 Avril 2020

LE TUEUR DE DIEUX de Simon R. Green

Troisième tome des aventures de Hawk & Fisher, membres de la garde de Haven, ville imaginaire dans un univers de fantasy médiéval. Nous faisons cette fois davantage connaissance avec la mystérieuse « rue des dieux » où se développent les cultes les plus saugrenus. Sauf que trois Êtres tout puissants (appelons les des dieux pour simplifier) viennent d’être tués. Et voici nos gardes sans peur et sans reproches (et surtout incorruptibles) lancés sur la pistes de cet assassin après avoir été rattachés à la Brigades des Dieux dont la principale mission est d’assurer un status quo entre les différentes croyances afin d’éviter l’apocalypse divine. Hawk & Fisher rejoignent donc les rangs d’un petit groupe composé du sorcier Tombe (!), de la voyante Rowan et du combattant émérite Buchnan. Qui peut être l’assassin ? Avec ce troisième tome Simon Green poursuit dans la veine des deux précédents, entre roman d’énigme façon whodunit, polar plus hard-boiled / noir au cœur des bas-fonds et, bien sûr, Fantasy avec tous les ingrédients attendus, voire détournés (les sorciers légistes remplacent les médecins légistes et les sortilèges sont utilisés pour avancer dans la résolution du mystère bien que celui-ci respectent les règles de l’énigme classique). Simon Green y ajoute une bonne pincée d’humour, de dérision et de critiques acerbes (une fois de plus la Haute Société médiévale en prend pour son grade, tout comme les religions saugrenues) à la manière d’un Pratchett qui revisiterait joyeusement le flegme british à la « Chapeau Melon ». Le cocktail reste donc tout aussi savoureusement réussi et efficace que dans les volumes précédents et le rythme nerveux fonctionne par une pagination restreinte.

Ecrivain populaire dans le bon sens du terme, Simon R. Green soigne son récit et réussit à ne jamais ennuyer le lecteur, LE TUEUR DE DIEUX montre, une nouvelle fois, l’étendue de son talent pour une aventure de Fantasy policière aussi distrayante qu’efficace.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Policier, #Whodunit

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Publié le 6 Mars 2020

OEUVRES TOME 3 de Howard Phillips Lovecraft et August Derleth

Si cette dernière anthologie rassemble les textes de Lovecraft concernant les « Contrées du Rêve » (avec quelques classiques comme « la quête de Kadath »), le gros morceau de ce recueil se consacre aux « collaborations » entre HPL – August Derleth. Soit plus de 600 pages en (très) petits caractères qui permettent une vue globale de l’évolution du mythe de Cthulhu à la suite du décès de HPL.

Outre des récits tirés des précédents recueils disponibles en français (L’OMBRE VENUE DE L’ESPACE, le roman LE RODEUR DEVANT LE SEUIL, LE MASQUE DE CTHULHU, LA TRACE DE CTHULHU), l’anthologie offre des textes moins facilement accessibles rassemblés sous l’intitulé LES VEILLEURS HORS DU TEMPS, une traduction de l’ultime recueil de Derlteth, « The Watchers out of time » jusqu’ici inédit en français. Si le célèbre « La chambre condamnée » était proposé dans le recueil L’AMULETTE TIBETAINE (et précédemment dans « Histoires insolites ») « Le pêcheur du Falcon Point », « Le trou des sorcières », « L’ombre dans la mansarde », « Les frères de la nuit », « L’horreur de l’Arche centrale », « L’argile bleue d’Innsmouth » et « Les veilleurs hors du temps » seront autant de découvertes pour l’amateur.

« La chambre condamnée » est typique de Derleth, une séquelle lointaine de « L’abomination de Dunwich » de Lovecraft. Guère original mais plutôt efficace. Nous sommes à Dunwich et nous retrouvons un certain Abner Whateley ayant hérité (bâillement) des papiers de son grand-père Luther et d’un vieux moulin transformé en lieu de résidence. Rien de franchement transcendant pour les lecteurs de Lovecraft qui devinent la suite des événements mais la nouvelle, très linéaire, se lit sans déplaisir. Elle fut assez médiocrement portée à l’écran sous le titre « La malédiction des Whateley ».

« Le pêcheur du Falcon Point », beaucoup plus courte, traite, une fois de plus, des amours contre nature entre les humains et ceux des profondeurs. Derleth réussit une sorte de plaisant « conte de fées » macabre plutôt agréable à lire.

Le problème de Derleth, dans ses pastiches lovecraftien, a souvent été de tourner autour des mêmes thématiques, reprenant des éléments tirés du fameux « Livre de raison » de Lovecraft (pour justifier le principe de la « collaboration » post mortem) en les incluant dans des « remakes » déguisés des histoires les plus connues du Maitre. « Le trou des sorcières » n’échappe pas à ce travers mais demeure une des plus belles réussites de l’écrivain. Un jeune professeur débarque dans une école rurale d’Arkham et se confronte à un jeune garçon manifestement « différent », Andrew Potter. Peu à peu le narrateur arrive à la conclusion que la famille d’Andrew est sous l’influence d’une force maléfique provenant des étoiles (Hastur probablement) et, avec l’aide d’un collègue et des fameuses pierres portant le sceau de R’lyeh, il tente de combattre cette influence nuisible. Si, de prime abord, « Le trou des sorcières » ne se distingue aucunement des nombreuses autres « collaborations » entre Derleth et Lovecraft en ressassant des thématiques déjà abordées par HPL (l’histoire mélange des éléments du « Monstre sur le seuil » et de « La couleur tombée du ciel »), le tout fonctionne parfaitement. On y retrouve un Derleth à son meilleur, plus terre à terre que son mentor, plus bis sans doute, plus classique aussi (avec l’opposition du Bien et du Mal et les talismans permettant de s’en protéger) mais rudement efficace.

De son côté, « L’ombre dans la mansarde » débute de manière conventionnelle : le narrateur, Adam Duncan, hérite de son grand-oncle (bâillements à nouveau) à la réputation sinistre (sorcellerie, grimoires maudits, disque de Gims,…on connait la chanson) une maison à Arkham, la ville aux « toits en croupe ». Bref, rien de franchement original : Derleth reprend sa bonne vieille technique du « mash up littéraire » en combinant des éléments venants de « La maison de la sorcière », « L’affaire Charles Dexter Ward », « Le monstre sur le seuil », etc. Le tout se lit sans déplaisir ni passion. A noter cependant un discret soupçon d’érotisme habituellement absent des récits de Derleth.

Peut-être la plus originale des nouvelles, « Les frères de la nuit » voit le narrateur, Arthur Phillips, rencontrer, à Providence, Edgar Allan Poe…puis plusieurs Poe…Forcément cela cache quelque chose. Voici un récit divertissant qui, pour une fois, ne semble pas décalqué une nouvelle antérieure de Lovecraft. Certes, tout n’est pas toujours réussi (le plan général des extraterrestres parait aussi folklorique que le fameux « Plan 9 » de Ed Wood) mais la bizarrerie de voir une série de clones d’Edgar Poe hanter Providence en invoquant les Grands Anciens démontre un talent certain pour l’humour absurde et le twist final constitue une belle réussite. De plus, les clins d’œil à HPL sont ici bien intégrés sans paraitre plaqués sur l’intrigue ou envahissants. « Les frères de la nuit » mérite vraiment l’attention, quel dommage que Derleth n’ait pas signé davantage de textes de ce style.

Avec « L’horreur de l’Arche centrale » nous retrouvons le Derleth le plus classique, le plus critiqué (et le plus critiquable) qui, en partant d’une courte notice de Lovecraft dans son « Livre de raison » ressort la grosse artillerie. Ambrose Bishop a hérité d’une maison située à Dunwich qui appartenait jadis à son grand- oncle Spetimus (et re bâillements) disparu depuis 1929 suite aux événements mystérieux mais bien connus contés par HPL. Et on repart pour l’hostilité des villageois, les « choses maléfiques » revenant à la vie, etc. Une recette déjà éprouvée dans « La chambre condamnée » et « L’ombre de la mansarde » dont cette nouvelle constitue une simple resucée. Autant dire qu’on est content d’arriver au bout.

« L’argile bleue d’Innsmouth » s’inspire apparemment d’une note du « livre de raison » de Lovecraft mais son thème n’est guère original et remonte à la mythologie et aux croyances ancestrales (façon Golem) avec ce jeune artiste qui, après divers rêves érotiques au sujet d’une déesse aquatique, soupçonne une statue façonnée dans une argile venue d’Innsmouth de prendre vie. Rien d’original mais un petit récit plaisant et gentiment sexy qui se lit sans ennui. C’est déjà pas mal.

« Les veilleurs hors du temps », publié initialement par Arkham House en 1974, demeure la dernière nouvelle de Derleth. La mort empêcha d’ailleurs le romancier de la terminer et nous sommes par conséquent en présence d’un texte incomplet…et donc à réserver aux complétistes (hum !).

Près de 400 (!) pages supplémentaires terminent cette somme avec des articles divers qui font de ce troisième volume un nouvel incontournable pour les fans de l’écrivain et, plus généralement, de fantastique « old school ».

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Publié le 25 Février 2020

OEUVRES VOLUME 2 de Howard Phillips Lovecraft

Deuxième volet d’une somme considérable (ne parlons pas d’intégrale mais on s’en rapproche) consacrée à Lovecraft, ce deuxième tome contient lui aussi son lot de classiques : « de l’au-delà », « je suis d’ailleurs », « Herbert West, réanimateur », « La peur qui rôde », « Air froid », etc. Des textes que l’on trouvait déjà dans de précédents recueils consacrés à l’auteur mais que l’on apprécie de voir rassemblé ici aux côtés des fameuses « révisions » effectuées par HPL.

Cependant le lecteur sera ravi de retrouver quelques textes aujourd’hui difficiles à dénicher. Ainsi, « L’horreur venue des collines », un court roman de Frank Belknap Long, a jadis été publié dans la revue Weird Tales et, en France, dans « Crépuscule » de Richard D. Nolane. Frank Belknap Long (1901 – 1994) a écrit de nombreuses nouvelles, rassemblées dans deux recueils, LE GNOME ROUGE et LE DRUIDE NOIR chez Marabout. On lui doit aussi un des plus fameux pastiches de Lovecraft, « les chiens de Tindalos ». Il livre ici un récit maitrisé quoiqu’un peu bavard, effectuant un surprenant flashback au temps de la Rome antique pour assister aux célébrations impies des adorateurs des Anciens Dieux. L’écrivain introduit d’ailleurs un nouveau membre de ce panthéon noir avec Chaugnar Faugn. Avec la permission de Lovecraft il incorpore d’ailleurs un rêve de ce-dernier, relaté dans une lettre, dans sa narration. Voilà, sans hésiter, une bonne raison de se procurer ce recueil pour les admirateurs de HPL et de ses disciples.

Une grande partie du recueil est ensuite consacré aux révisions de HPL, des textes que Lovecraft va remodeler, réviser, améliorer, voire réécrire. « Dépanneur du fantastique », Lovecraft se fait donc nègre littéraire pour de nombreux auteurs qui seraient, aujourd’hui, complètement oublié sans le coup de pouce du maitre. La plupart de ces récits furent compilés dans deux anthologies très plaisantes : L’HORREUR DANS LE CIMETIERRE et L’HORREUR DANS LE MUSEE et d’autres étaient proposées dans DAGON ou encore NIGHT OCEAN. Cependant les archéologues de Laffont y ajoutent des textes jusqu’ici inédits en français

Trois textes d’Henry S. Whitehead sont inclus. Le premier, « Piège », était disponible dans un précédent recueil, le très « fond de tiroirs » NIGHT OCEAN. Il s’agit d’un court récit science-fictionnel, aujourd’hui très classique (mais probablement original à l’époque de sa rédaction) sur un étrange miroir maudit (de Loki) et sur la possibilité de s’y retrouver coincé. Le second, « Cassius », figurait au sommaire d’un recueil consacré à Whitehead, LA MORT EST UNE ARAIGNEE PATIENTE. Une belle variation sur le thème du jumeau maléfique, assez proche dans son déroulement d’un film comme « Basket Case », dans lequel un esclave se voit persécuté par un étrange homoncule. Très efficace. Whitehead a composé sa nouvelle sur la base d’un plan fourni par Lovecraft, lequel avait une vision complètement différente de l’intrigue au point qu’il envisageait d’ailleurs d’écrire sa propre version alternative, ce qu’il n’a pas fait. Le dernier, « Bothon », était inédit mais n’est guère convaincant puisqu’il reprend le schéma classique de la vie antérieure dont se remémore le protagoniste ayant jadis vécu sur le mythique continent de Mu. Pas désagréable mais pas transcendant.

Trois nouvelles de Clifford M Jr Eddy avaient déjà été proposées au lecteur francophone, le recueil en ajoute une supplémentaire, « Cendres », une petite histoire pas désagréable qui fonctionne sur le cliché de la machine à désintégrer cher à la science-fiction d’antan. Déroulement et chute prévisible mais plaisant.

Deux textes de Duane W. Rimel complètent l’anthologie au rayon des inédits : « le déterré » et « L’arbre sur la colline ». Le premier constitue une excellente variation sur le thème du zombie (au sens Vaudou du terme, donc créé à partir d’une poudre simulant la mort) et fonctionne de belle manière jusqu’à sa chute effective. Le second traite d’une sorte d’univers parallèle pouvant être visualisé par le héros mais reste anecdotique.

Le court récit de Richard F. Searight (« le coffre scellé ») n’était jusqu’ici disponible que dans une anthologie consacrée à Weird Tales, on apprécie donc son inclusion, tout comme celle du plaisant « Les serviteurs de Satan » disponible dans le recueil hommage de Robert Bloch EMBARQUEMENT POUR ARKHAM.

Enfin, le recueil ajoute l’article de HPL « Horreur et surnaturel en littérature », de très nombreuses poésies et une quinzaine d’articles divers pour un total de 1350 pages.

Nouvelles connues mais rassemblées de manières pratiques, raretés difficiles à se procurer, y compris chez les bouquinistes, et inédits…que demandez de plus ? Une anthologie indispensable.

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Publié le 20 Février 2020

OEUVRES de Howard Phillips Lovecraft

La bibliographie de Lovecraft a longtemps été éparpillée au fil des nombreuses publications francophones, ce qui rendait difficile la constitution d’une réelle une intégrale. Les Omnibus de Laffont rendent aujourd’hui cette tâche bien plus simple, sans être totalement exhaustive (mais est-ce possible, notamment sur le sujet des continuateurs ou des réécritures).

Mais, dira le lecteur avare, si on possède déjà tout quel est l’intérêt ? Et bien il est possible, voire même probable, que l’on n’avait pas tout en réalité. Ainsi, dans le premier tome, se trouve, outre les récits de Lovecraft lui-même, des nouvelles provenant des anthologies LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LA CHOSE DES TENEBRES et HUIT HISTOIRES DE CTHULHU rédigées par des épigones du maîtres. Bref, un culte en expansion comme le souligne Francis Lacassin. Même si on possède les différents recueils précités, cet épais tome peut intéresser le « complétiste » pour quelques récits non pas inédits mais plus difficile à dénicher et opportunément rassemblés ici.

Ainsi « la chose ailée sur le toit » de Robert E. Howard, court mais efficace petit conte fantastique jadis disponible dans le recueil L’HOMME NOIR de Howard (ou, chez Bragelonne, dans LES OMBRES DE CANAAN consacré aux histoires d’horreur d’Howard). Howard toujours avec le réussi « Le feu d’Asshurbanipal”, dans lequel, en une vingtaine de pages, le créateur de Conan nous emmène au coeur du désert à la recherche d’une gemme mythique cachée dans une cite maudite protégée par les Djinns. Un mélange d’aventures (on y trouve même un parfum à la Indiana Jones avec son “aventurier aux nerfs d’acier”), de fantasy, de conte orientaux et d’épouvante lovecraftienne. De la belle ouvrage, tiré du recueil LE PACTE NOIR et plus récemment republié dans LES DIEUX DE BAL SAGOTH.

 « L’Héritier des ténèbres », une nouvelle traitant de la peur de la mort, de la crainte de servir de nourriture aux goules et de la nécessité de la crémation (dans le désordre) constitue une autre belle réussie de Clark Ashton Smith à découvrir pour ceux qui ne possèdent pas le recueil LES ABOMINATIONS DE YONDO. On retrouve aussi dans ce recueil phénoménal l’excellent « Chiens de Tindalos » de Frank Belknap Long, « Horreur à Salem » de Kuttner, « L’habitant de l’ombre » de Derleth, « Le visiteur venu des étoiles » de Bloch, « Sueurs froides » de Campbell, etc.

En ce qui concerne Lovecraft lui-même, voici une bonne occasion de lire ou relire certains de ses textes les plus célèbres et réussis comme « Dagon », « L’appel de Cthulhu », « La couleur tombée du ciel », « L’abomination de Dunwich », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Le cauchemar d’Innsmouth » et les courts romans « L’affaire Charles Dexter Ward » et « Les Montagnes hallucinées ».

Des lettres, des contes de jeunesse, des notes, des brouillons, des articles, etc. complètent le sommaire, sans oublier de nombreux textes de présentation sur les différents sujets abordés.

Bref, voici un ouvrage indispensable si on souhaite découvrir HPL ou parfaire ses connaissances sur l’auteur phare du fantastique du XXème siècle.

Une somme !

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Publié le 16 Février 2020

LE PRINCE ECORCHE de Mark Lawrence

Précédé d’une réputation de classique immédiat de la Fantasy « grimdark » (sang, sexe, fureur), LE PRINCE ECORCHE déçoit. Tout d’abord, le style laisse franchement à désirer : c’est plat, sans saveur, ça aligne les passages voulus violents mais gratuitement et sans susciter l’intérêt. Tout est écrit à la première personne  et Jorg, le héros, âgé de 14 ans, se voit décrit comme un impitoyable chef de bandes dirigeant une petite armée de vauriens sanguinaires qui ne contestent aucunement son autorité. Car Jorg rumine sa vengeance depuis quatre ans, ce qui nous donne donc un psychopathe fort précoce dont les délires renvoient directement à Caligula. De toute façon, tous les personnages sont des brutes et Jorg s’est imposé comme le chef en raison, notamment, de ses excès de folie furieuse. Aucun n’est attachant, aucun n’est vraiment intéressant.

L’auteur semble avoir voulu pousser à son paroxysme les recettes de LA COMPAGNIE NOIRE et de GAME OF THRONES (magie restreinte, ambiance sombre et sale, personnages moralement ambigus pour ne pas dire largement du côté obscur de la force, violence généralisée, scènes de sexe, tortures, etc.), etc. Bref, il a transformé l’ancienne High / Heroic Fantasy en une Fantasy réaliste plus proche du roman historique que des grandes fresques épique. Adieu le merveilleux, bonjour le crasseux. Pourquoi pas ? Sauf que Mark Lawrence ne parvient pas à maintenir l’intérêt, du moins pour moi.

Le monde décrit, pour sa part, s’avère très classique : du médiéval fantastique en décalage avec le nôtre (mais pas trop) comme en témoignent les références géographiques, religieuses, historiques. Nous sommes presque « chez nous » mais pas tout à fait, ce qui permet une immersion facile et un « world building » restreint. L’essentiel n’est pas là, comme disait l’autre « faut que ça brûle, faut que ça saigne ! ».   L’histoire générale, en dépit de l’utilisation de différentes sous-intrigues et de flashbacks censés l’enrichir, se limite à une vengeance sanglante dans un univers post-apocalyptique. Et, comme dans une immense majorité de saga Fantasy, LE PRINCE ECORCHE traine en longueurs : après une introduction  tonitruante le rythme se ralentit et avance bien trop lentement pour donner envie de lire la suite. Au final, LE PRINCE ECORCHE constitue donc une grosse déception et ne donne aucunement envie de poursuivre la lecture avec les deux tomes suivants.

Mais soyons honnête : le roman possède ses fans et les avis sont, généralement, largement positifs. A vous de voir. Mois c’est vu.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 12 Février 2020

UBBO-SATHLA de Clark Ashton Smith

Initialement édité en 1985 chez NéO, ce recueil du poète et nouvelliste Clark Ashton Smith nous permettait de découvrir quelques classiques de la littérature fantastique de l’âge d’or. Depuis, Clark Ashton Smith s’est imposé au lectorat francophone grâce à de nombreuses rééditions : « La mort d’Ilalotha a ainsi été repris par Jacques Sadoul dans ses MEILLEURS RÉCITS DE WEIRD TALES puis dans son HISTOIRE DE LA SCIENCE FICTON.

« Le retour du Sorcier » a, lui aussi, intégré diverses anthologies lovecraftienne et son côté horriblement macabre, dans une tradition ensuite popularisée par les TALES FROM THE CRYPT fonctionne toujours de belle manière. Le récit (adapté en 1972 dans un épisode de la série télévisée « Night Gallery ») est devenu un incontournable de l’horreur inspirée par les univers de Lovecraft.

La nouvelle-titre, « Ubbo-Sathla », se montre elle-aussi lovecraftienne à souhait avec cette quête d’un initié pour retrouver les dieux primitifs dont parle le Necronomicon. Une belle réussite.

On découvre également, dans plusieurs nouvelles, le fameux Livre d’Eibon et la divinité Tsathoggua, sorte de monstrueux crapaud que repris par la suite Lovecraft (en particuliers dans son court roman LE TERTRE) et d’autres continuateurs du mythe.

Les différents récits nous font également voyager dans la légendaire Hyperborée et Clark Ashton Smith y mélange efficacement une fantasy mythique à la Robert Howard, une horreur morbide à la Edgar Poe et un fantastique teinté de science-fiction cosmique proche de Lovecraft. Bref, tout un univers qu’explorèrent par la suite les épigones de ces récits macabres « à la Weird Tales ».

Avec un style brillant, un vocabulaire précis légèrement archaïque, des phrases ciselées à la perfection et un sens du rythme hérité de la poésie, l’écrivain se révèle, en outre, d’un abord bien plus aisé que Lovecraft et d’une efficacité au moins aussi grande.

Un « grand petit recueil » (180 pages, toutes superbes !) destiné aux amateurs de fantastique de l’âge d’or mais dont les thèmes et l’écriture ont finalement fort peu vieilli. Conseillé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 9 Février 2020

SORCELEUR TOME 1: LE DERNIER VOEU d'Andrzej Sapkowski

Avec le premier volet de cette longue saga, le romancier polonais Andrzej Sapkowski retourne aux romans Fantasy des origines qui constituaient en réalité des « fix-up » de nouvelles comme le cycle des Epées, ou les aventures d’Elric et Conan. Autrement dit, un héros récurrent, Geralt de Riv, vit plusieurs aventures qui s’apparentent un peu aux rencontres avec le “monstre de la semaine”. Car Sapkowski a débuté son Grand Œuvre en 1986 en proposant pour un concours la nouvelle « Le sorceleur » suivi de trois autres textes réunis dans un premier recueil, « Le Sorceleur ». Quelques années plus tard le volume est remanié pour devenir LE DERNIER VŒU édité par Bragelonne au début des années 2000.

La suite, on la connait (ou pas) : un film polonais en 2001, une série télévisée l’année suivante, une adaptation prestigieuse et multi récompensée sous forme de jeu vidéo en 2007, des bandes dessinées, d’autres recueils de nouvelles, cinq romans, un prix David Gemmel, un Grand Master Award de la Fantasy et, en 2019, une très attendue série télévisée sur Netflix. Ce qu’on appelle un univers en expansion…

Ce premier tome (déjà réédité une dizaine de fois depuis 2003), classique et plaisant, nous permet de découvrir le Sorceleur Geralt de Riv, sorte d’exorciste de choc chargé de tuer les monstres qui infestent un monde médiéval fantastique fortement inspiré par les contes de fées. Le personnage est intéressant mais encore peu travaillé, une sorte de croisement entre Conan et Elric (tant physiquement qu’au niveau du caractère quoiqu’il penche plus nettement vers le « barbare » de Howard, ce-dernier étant, on le rappelle, moins monolithique que l’affirme ses détracteurs). Son but : nettoyer la vermine qui infeste le monde, comme un justicier issu d’un western, et il accomplit sa tâche efficacement quoiqu’il soit lui-même un « mutant ».

Le style littéraire, pour sa part, s’avère simple et efficace, proche d’un Gemmell parfois, notamment par les petites touches « philosophiques » (avec de gros guillemets) que l’auteur distille dans ces aventures (mais sans égaler Gemmell justement). La plus intéressante, à ce niveau, reste sans doute « Le moindre mal » qui, comme le titre l’indique, oblige le Sorceleur à effectuer un choix entre deux solutions, toutes deux mauvaises…laquelle représentera donc un moindre mal ? « Le bout du monde » traite, lui, de la fin de l’âge des Elfes et de l’imposition progressive (et non sans douleur façon guerres indiennes et Far West) de l’âge des Hommes. « Le dernier vœu » constitue un autre récit réussi qui s’empare de la légende du génie dans la lampe pour confronter Geralt et une magicienne à un djinn redoutable.

Les intrigues sont donc simples mais plaisantes, transposant généralement des contes de fées bien connus comme « La belle et la bête », « Blanche Neige et les 7 nains » ou « Aladdin » dans des versions subtilement tordues peuplées de vampires et autres créatures maléfiques, la belle étant souvent plus cruelle que la bête.

L’important étant surtout de garder un rythme soutenu pour ne pas ennuyer le lecteur, lequel pourra grappiller à loisir dans ces différentes nouvelles. L’humour est bien présent et chaque petit récit (faisant entre 30 et 60 pages) parvient à divertir en rappelant les « vieux » récits de Fantasy dans lesquels un personnage vivait d’innombrables aventures en étant souvent témoin (et parfois acteur) des grands bouleversements de son temps. L’histoire de liaison, de son côté, n’a qu’un intérêt limité, une sorte de liant pas franchement passionnant qui cherche surtout à transformer un recueil de nouvelles (commercialement moins vendeur) en roman.

On ne criera pas au génie mais ce premier volet d’une saga devenue légendaire reste une plaisante Fantasy à réviser avant d’en visionner la (finalement décevante) transposition à l’écran. Ce premier tome est, en tout cas, suffisamment plaisant pour donner envie d’en découvrir la suite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Cinéma, #Fantasy, #Recueil de nouvelles

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Publié le 30 Janvier 2020

LA BALLADE DE BLACK TOM de Victor LaValle

Victor LaValle, déjà plusieurs fois primé (Shirley Jackson, Locus), se voit ici pour la première fois traduit en français, l’engouement actuel démesuré pour Lovecraft ne devant pas y être étranger. L’auteur, afro-américain, dédie en effet son récit à HPL « avec mes sentiments contradictoires ». Son court roman constitue une sorte de relecture de « Horreur à Red Hook », un texte assez médiocre de Lovecraft dont on retient surtout le côté autobiographique (l’écrivain vivait dans ce quartier à l’époque) et le racisme quasiment délirant.

Victor LaValle va donc s’inspirer de cette nouvelle pour plonger son héros, un musicien raté de Harlem, Charles Thomas Tesser, surnommé Black Tom, dans l’univers des Grands Anciens. Nous sommes dans les années 20 et notre Black Tom égrène les quelques mêmes accords de guitare (les seuls qu’il connaisse) lorsqu’il croise la route d’un énergumène, le vieux Blanc Robert Suydam qui souhaite l’engager pour animer une soirée dans sa demeure…A partir de là tout dérape.

Le texte étant court, nous n’allons pas trop le détailler, ce qui enlèverait au lecteur le plaisir de la découverte. Il s’agit d’un mélange de chronique sociale sur l’entre-deux Guerres aux Etats-Unis, avec tous les problèmes d’argent qui se posent à la population (et en particulier aux Noirs), et de fantastique. Victor LaValle possède une écriture travaillée, précise et ciselée, et il l’utilise pour créer une ambiance effrayante tout en remettant la nouvelle originale de Lovecraft en perspective. Il dénonce la virulence attaque raciste lancée par Lovecraft sans charger inutilement la bête, refusant le simple pamphlet pour une approche plus subtile. Il reprend ainsi certaines idées de l’écrivain de Providence afin de s’en distancer ou de les démonter mais sans que cela transforme son roman en simple exercice. En effet, il use également à bon escient de la mythologie lovecraftienne pour offrir une intrigue réussie qui se tient parfaitement, proposant donc deux niveaux de lecture : une critique littéraire et une novella fantastique de qualité.

Dans la masse immense des pastiches « tentaculaires » sortis ces dernières années, LA BALLADE DE BLACK TOM constitue, à coup sûr, une belle réussite, un texte efficace et (relativement) original. Primé par le British Fantasy et le Prix Shirley Jackson, voici une découverte à faire pour les amateurs de HPL…et les autres. On aimerait à présent découvrir les romans de LaValle afin de vérifier qu’il sache tenir la distance sur le format long…Editeurs, à vous de jouer !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Lovecraft, #Roman court (novella)

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