erotique

Publié le 12 Janvier 2018

LE BATON ET LA CAROTTE d'Esparbec

George Paillier, dit Esparbec, se définit comme le dernier des pornocrates, il s’assume en tant que véritable romancier porno et non pas « érotique », mot à la mode pour désigner de minables romances agrémentées de l’une ou l’autre scènes vaguement osées. George Paillier écrit depuis des années, publiant sous divers pseudonymes ou sous la bannière Esparbec des bouquins que ce soit chez Media1000 ou chez La Musardine.

L’histoire est classique : deux très jeunes filles pas si innocentes vont transformer un homme (évidemment consentant) en objet sexuel total. Pour cela elles ne vont pas y aller par quatre chemins et son éducation gentiment sale ce fera, notamment, à grands coups de bâton et de carotte dans le cul. Dès lors, nos deux gamines, emportées dans un grand tourbillon de perversions en tout genre, vont se déchainer sur notre pauvre (?) homme objet.

Pas la peine de prendre des gants avec Esparbec : pas de place pour la suggestion, le gentillet, l’érotisme chic ou le mommy porn vendu par paquet de dix (plus un gratuit) chez Carrefour. Esparbec s’en fiche et, osons le dire, il s’en bat les couilles. La crédibilité ou la psychologie des personnages ne l’intéressent pas davantage et, quelque part, il a sans doute raison, le sujet n’est pas là. Il préfère multiplier les scènes pornographiques bien déviantes, à la manière d’un explorateur de la perversion. S’il était cinéaste Esparbec ferait du hard crad, pas du porno classe, bref il serait plutôt Alain Payet que Francis Leroi.

Le porno de l’écrivain n’est pas nécessairement érotique d’ailleurs tant il va loin dans ses excès, certains passages pourront choquer ou rebuter le lecteur. C’est probablement voulu, le bonhomme n’ayant que faire des « zones de confort », en particuliers dans ce BATON ET LA CAROTTE ouvertement pédophile. Car Esparbec repousse les limites et joue des tabous (sadomasochisme, humiliations variées, viol, inceste, etc.). L’érotisme de bon goût n’a pas court chez lui et on imagine la tête d’une lectrice de 50 NUANCES DE GREY découvrant cette œuvre dont les héroïnes, âgées de 12 ans, démontrent une imagination débordante.

A vrai dire, LE BATON ET LA CAROTTE, comme tous les autres Esparbec apparemment (LA PHARMACIENNE y allait déjà franco) accumule les scènes crades (ne manquent d’ailleurs que les odeurs) écrites avec un véritable style, quelque part entre la description gynécologique la plus crue et une certaine préciosité héritée des romans clandestins d’antan. 

Cru, déviant mais aussi empreint d’un humour au second degré fort plaisant, d’un côté Vaudeville cochon appréciable et d’une énergie impressionnante, la littérature d’Esparbec s’inscrit dans la tradition des romans pornos de Sade ou Apollinaire, à la manière des 120 JOURS DE SODOME ou des ONZE MILLE VERGES. Sans se soucier du politiquement correct et des rigueurs d’une censure qui aimerait cadenasser jusqu’aux fantasmes, l’écrivain se permet toutes les audaces et toutes les transgressions. En ces temps de retour du puritain, du féminisme agressif et des outragés de tous bord, la littérature d’Esparbec se révèle, quoiqu’on en dise, bien plus nécessaire que les best-sellers bien-pensants ayant droits à une belle couverture médiatique.

Même si on n’en lira pas tous les jours (il faut avouer que le bouquin s’avère un poil – de cul – répétitif), Esparbec démontre que la pornographie pure et dure a toujours droit de citer malgré Youporn. Et qu’elle peut être divertissante et amusante à lire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman de gare, #Erotique, #Esparbec, #Porno

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Publié le 8 Janvier 2018

SAS A ISTANBUL de Gérard De Villiers

En ces temps frileux où la moindre parole sexiste prend des proportions effarantes il est rafraichissant de se plonger dans le machisme satisfait de la plus célèbre des sagas d’espionnage. Car si SAS c’est tout d’abord un personnage, le prince hongrois Malko Linge, autrement dit Son Altesse Sérénissime, SAS c’est également – et surtout - une institution du roman de gare francophone et de l’espionnage. Créé en 1965 par Gérard de Villiers qui écrivit deux cents aventures de son héros jusqu’en 2013, soit près de cinquante ans de bons et loyaux services à la cause d’une espionnite réactionnaire et globalement divertissante.  

Que l’on aime (ou pas) le héros ou son controversé auteur, SAS A ISTANBUL reste une œuvre historique puisqu’il s’agit de la première aventure de Malko, lequel se voit défini comme un aristocrate désargenté acceptant de dangereuses missions afin d’amasser suffisamment de ressources monétaires pour restaurer son château décrépi. L’aristocrate aventurier possède un charme indéniable dont il use abondamment, à la manière de James Bond (si Malko fait plusieurs conquête la série n’a pas encore sombré dans le porno envahissant des titres ultérieurs et demeure sobre au rayon de l’érotisme) et une mémoire fabuleuse qui lui permet de retrouver facilement une information lue bien des années auparavant. Cette aptitude originale, elle aussi, sera rarement mentionnée par la suite. Dans cette première aventure, Malko n’est d’ailleurs pas vraiment un homme d’action, plutôt un stratège qui enquête, rassemble des faits, et laisse ses hommes de main accomplir le sale boulot. La série, là aussi, évoluera pour se conformer davantage aux normes du roman d’action / espionnage durant les décennies ultérieures où le prince fera le coup de poing à intervalles réguliers.

Avec SAS A ISTANBUL nous sommes encore en pleine guerre froide : après la destruction d’un sous-marin américain dans le détroit du Bosphore, un submersible non identifié est coulé en représailles. Peu après, le corps d’un marin russe est découvert sur la plage d’Izmir. Les services secrets de divers pays vont alors tenter de récupérer des documents compromettants. Une poignée de personnages jouent double jeu tandis que d’autres sont simplement éliminés au fil des pages, abattus par des agents rivaux. SAS Malko Linge débarque en Turquie pour enquêter sur cette affaire qui pourrait compromettre la paix mondiale.

Avec ses clichés mais aussi son rythme enlevé et son intrigue relativement complexe, SAS A ISTANBUL (un titre qui évoque immédiatement les longs-métrages d’espionnite de la fin des sixties) constitue un bon moyen de passer trois ou quatre heures de son temps. Le héros s’y révèle plutôt sympathique et attachant, loin de l’image du surhomme « sex machine » qu’il deviendra quelques années plus tard. De Villiers, pour sa part, évite les conventions et n’a pas encore sombré dans sa propre caricature à la manière des romans ultérieurs, plaisants mais bien trop mécaniques pour passionner : un quart d’ultra violence, un quart de sexe, un quart de péripéties façon guide du routard et un quart de considérations géopolitiques que ses détracteurs trouveront toujours « nauséabondes ».

Dans les limites de la littérature de gare, SAS A ISTANBUL fonctionne agréablement et s’appuie sur une écriture simple mais fluide et efficace, soucieuse de ne pas générer de temps morts mais, au contraire, de proposer des rebondissements et quelques touches humoristiques au sein d’un récit bien balancé. De quoi donner envie de poursuivre la lecture des titres ultérieurs, du moins ceux parus jusqu’à la fin des sixties, avant le grand basculement dans le sexe balisé et la violence outrancière.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Roman de gare, #Gérard de Villiers, #Erotique, #Espionnage

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Publié le 1 Décembre 2017

FETES DE FIN DAMNES de Gilles Soledad

Cette livraison de la Brigandine est signée Gilles Soledad, pseudonyme qui dissimule le scénariste de bandes dessinées Frank (Reichert), auteur d’une vingtaine de titres érotiques chez la Brigandine. L’idée de base reprend le chaos consécutif à la grande panne d’électricité ayant frappé New York en 1977. Soledad transpose cela à Paris et transforme cette commande érotique en récit sombre, proche de l’anticipation et curieusement prémonitoire de la problématique des banlieues et des futures émeutes. Il démontre, pour ceux qui en douteraient, la fragilité de la civilisation et il suffit, en effet, de bien peu (ici un black out durant une nuit) pour voir son vernis se lézarder.

Dans une obscurité complice, les hordes barbares déferlent sur la capitale tandis que les forces de l’ordre se révèlent impuissantes à juguler l’anarchie. Les voyous, pilleurs, incendiaires, casseurs, violeurs et autres tueurs de flics se sentent pousser les ailes de l’impunité, au moins pour quelques heures. On croise ainsi une jeune femme décidée à faire la peau d’un ancien ministre, un voleur surnommé Bras Cassé, deux petites frappes minables prises par la folie du massacre et quelques flics débordés, le tout dans une ambiance de fin du monde, lors d’un réveillon de Noël sanglant.

Bref, on est loin du bouquin porno de consommation courante ou du gnan gnan gentillet à la « After cinquante nuances de beautifull crossfire truc machin ». Pas vraiment d’érotisme « classique » dans ce récit où tout se base sur des rapports de force : l’auteur délaisse donc le côté sexy coutumier pour une violence brutale et plusieurs scènes de viol forcément bien complaisantes. Miam !

Cru, rageur, énergique (l’écriture – qui use et abuse d’un argot aujourd’hui déjà daté mais plaisant – s’avère efficace et la narration maîtrisée), ces FETES DE FIN DAMNES constituent une bonne surprise et un « polar de cul » rentre dedans (c’est le cas de le dire !) tout à fait convaincant et plutôt réjouissant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #anticipation, #Erotique, #Polar, #Roman de gare

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Publié le 28 Août 2017

OBSESSIONS de Christophe Bier

Afin de célébrer les 20 ans de l’émission Mauvais Genre (diffusée sur France Culture), l’indispensable Christophe Bier compile 132 chroniques enregistrées entre septembre 2003 et juin 2016.

Grand connaisseur du cinéma populaire, auteur d’un monumental DICTIONNAIRE DES LONGS MÉTRAGES FRANÇAIS PORNOGRAPHIQUES ET ÉROTIQUES, admirateur de comédiens typés (comme Daniel Emilfork), passionné par les nains, collaborateur sur de nombreux fanzines et magazines (dont, jadis, Mad Movies), réalisateur d’un documentaire sur Eurociné et acteur pour des cinéastes aussi divers que Jean-Pierre Mocky, Norbert Moutier, John B. Root ou Ovidie (il tient le rôle principal, celui d’un sexologue distingué, dans l’excellent « Pulsion »), Bier, en touche à tout enthousiaste, nous propose ici un véritable catalogue du « mauvais genre ».

OBSESSIONS de Christophe Bier

Que recouvre cette expression ? Difficile à dire. Disons simplement que tout ce qui n’a généralement pas droit de citer à la radio ou à la télévision, tout ce qui est ignoré du grand public et méprisé par l’intelligentsia (quoique cela soit, heureusement, en train d’évoluer) intéresse ce fin connaisseur. En empruntant les chemins de traverse de la culture « mainstream », Bier ne se cantonne pas dans un domaine mais, au contraire, brosse un large panorama du « mauvais goût » assumé. Avec, cependant, quelques points de repère, quelques jalons placés sur cet itinéraire insolite: la censure, l’érotisme (sans véritable distinction entre le soft et le hard), le fétichisme, la provocation, les freaks, les destins tragiques et les personnalités oubliées. Beaucoup de chroniques, forcément, prennent la forme d’un hommage, épitaphe gravée à la mémoire de seconds rôles disparus des écrans, de starlettes du X, de troisième couteau à la gueule immédiatement reconnaissable, de cinéastes besogneux négligés par la théorie des auteurs. Avec les années qui s’écoulent et la standardisation culturelle imposée disparaissent peu à peu, inéluctablement, les artisans ayant œuvrés dans le péplum fauché, le western spaghetti, le mondo movie crapoteux, l’érotisme bizarre, l’horreur excessive, l’exploitation non politiquement correcte, etc.

OBSESSIONS de Christophe Bier

Littérature, bande dessinée, peintures, films, expositions, etc. Bier brasse tout un pan de la sous-culture (quel vilain mot !) de ces cent dernières années : il s’intéresse aussi bien aux serials réputés « perdus » qu’à Alain Payet, chantre du hard crad français, à Mickey Hargitay, bodybuilder sadique du délirant « Vierges pour le bourreau », qu’à des bandes d’explotation comme « Super Nichons contre mafia ». Pour ne citer qu’une poignée d’exemples, la démarche de Bier étant de refuser le consensuel académisme des César pour leur préférer « l’imaginaire délirant » de l’horreur sanglante et de la pornographie.

Et, sur papier, notre érudit redécouvre les trésors du roman noir, du fumetti, invitant le curieux à fouiller les vide-greniers afin d’y dénicher du Erich von Götha, un livre de cul publié chez Media 1000 (« le cloaque de l’édition ») ou même à relire un BRIGADE MONDAINE, ces pseudo polars bardés de scènes chaudes aux titres ronflants et aux couvertures suggestives que l’on trouvait, voici une vingtaine d’années, dans les supermarchés et les relais d’autoroute. Avant qu’ils soient remplacés par des mamie porn consternants ou un énième Marc Levy.

OBSESSIONS de Christophe Bier

C’est la grande force de ces OBSESSIONS : le lecteur pourra piocher dans ces pages ce qui l’intéresse et, peut-être, poursuivre son exploration des recoins insalubres des cinémas de quartier ou des bibliothèques, se mettre à la recherche de « Drôles de zèbres », la comédie désolante de Guy Lux ("dans ce délire accablant mais frénétique, Sim se travestit bien sûr en Baronne de la Tronche en Biais, se balance à une liane et croise Coluche, Patrick Topaloff, Michel Leeb, Claude François et les Clodettes, Léon Zitrone, un nonce apostolique et un singe qui parle"), ou de « la doctoresse à des gros seins », mètre étalon (hum) de la démesure porno d’Alain Payet ("les physiques les plus variés dessinent les contours d’un univers baroque, entre Fellini et Mocky, peuplé de nains, de vieillards lubriques, de transsexuelles, de fat mamas comme celles de Miss Gélatine et ses copines"). Heureusement, certains films sortent aujourd’hui des limbes grâce au travail de passionnés comme Ecstasy of Films, Le Chat qui fume ou Bach Films, petits éditeurs dvd auxquels Bier rend également hommage.

A ces obsessions, sommes toutes attendues, on en ajoutera d’autres, plus curieuses, comme cet ode au magicien gaffeur Garcimore ou les références gay de la mythique série télévisée « Les Mystères de l’Ouest ».

Sans ordre (on devine que l’auteur lui préfère le chaos) autre que chronologique, ces 132 chroniques constituent une mine d’informations à dévorer !

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Publié le 17 Août 2017

LA CHAMBRE ROUGE d'Edogawa Rampo

Edogawa Rampo (un pseudonyme crée à partir de l’anagramme d’Edgar Allan Poe) est sans doute le plus célèbres des auteurs policiers japonais quoique son œuvre reste encore largement méconnue des Occidentaux. Ce court recueil, composé de cinq nouvelles, permet donc de découvrir la production diversifiée de Rampo (1894 – 1965), entre érotisme malsain, fantastique horrifique et intrigue policière.

On y découvre, notamment, le goût de l’écrivain pour la double « chute » : une fois parvenu à la conclusion du récit, le lecteur reçoit une surprise supplémentaire des plus déstabilisantes. Plusieurs nouvelles se révèlent ainsi, en réalité, des fumisteries organisées par le narrateur satisfait de sa bonne blague. Hélas, cette seconde chute, qui tient quelque peu du procédé, ne fonctionne pas toujours avec bonheur et tend plutôt à détruire la construction narrative précédemment élaborée. Heureusement celle-ci se montre souvent d’une grande qualité.

La première nouvelle, « La chenille » s’inscrit dans un style ero-guru (autrement dit dans l’érotisme grotesque) et traite des perversions d’un couple. Un militaire, Sunaga, revient de la guerre couvert de gloire mais complètement détruit et mutilé : amputé des quatre membres, sourd et muet, l’homme ressemble à une immonde chenille. Son épouse se sacrifie afin de pourvoir à ses besoins, qui se résument au sexe et à la nourriture. Peu à peu, la femme modèle verse dans la cruauté et comprend que l’infirme se trouve totalement à sa merci. Elle en fait une sorte d’instrument vivant capable de satisfaire ses penchants sadomasochistes. Une belle réussite et sans doute la nouvelle qui correspond le plus à ce qu’on imagine (à tort ou à raison, les lectures futures le confirmeront… ou non) du style de Rampo : un mélange de thriller, d’horreur quasi gore et d’érotisme fétichiste saupoudré d’une pincée de poésie morbide. Un style par la suite repris par de nombreux « pinku eiga » ou « roman pornos » cinématographiques. Mais ici la femme joue la tourmenteuse tandis que l’homme, plus entravé par son handicap que les demoiselles enchainées du bondage, souffre et jouit de sa souffrance.

« La chaise humaine » traite également de la perversion et d’une forme particulière de voyeurisme. Un talentueux ébéniste construit un imposant fauteuil à l’occidental destiné à prendre place dans le hall d’un luxueux hôtel. Il s’y aménage une cachette, d’abord pour commettre quelques larcins et disposer d’un point de replis, puis, simplement, pour le plaisir de sentir de jeunes femmes s’asseoir sur son « corps ». La chute se devine mais l’intrigue, bien menée, emporte l’adhésion par sa brièveté et son écriture soignée, entre frissons et érotisme allusif.

Plus axée sur le « policier », « la Chambre rouge » traite d’un oisif ayant décidé de commettre cent crimes parfaits. Ces derniers sont si habilement camouflés que les éventuels témoins louent sa prévenance et son apparente empathie. Avertir une femme âgée des dangers de la route n’est-il pas, par exemple, le meilleur moyen de la distraire afin qu’elle périsse dans un accident ? Pourtant, aux yeux des spectateurs, ne s’est-il pas admirablement comporté ? Notre esthète du crime avoue ainsi 99 assassinats avant d’avertir que le centième sera le dernier... De bonnes idées en pagaille (il fut d’ailleurs reproché à Rampo d’en avoir « gâchées » autant dans une seule histoire) pour un récit à la conclusion efficace.

Encore du suspense avec « deux vies cachées » qui traite d’un somnambule poursuivit par le remords d’avoir commis un crime durant son sommeil. A moins que la réalité ne soit plus complexe ? Si la chute semble évidente, la manière dont Rampo l’amène, au cours d’un dialogue, témoigne d’un talent certain pour les effets de surprise efficaces. Malgré son classicisme thématique, voici peut-être la nouvelle la plus réussie du recueil, empreinte de mélancolie et de regrets.

La dernière nouvelle s’avère, hélas, la moins intéressante et accuse sérieusement le poids des ans à l’image de certains récits Sherlock Holmes à présent ennuyeux. Novatrice à l’époque de sa rédaction, elle semble aujourd’hui laborieuse. Avec sa pièce de monnaie truquée comportant un improbable message code qui permet de retrouver 50 000 yens, magot dérobé par un génial « gentleman cambrioleur », le récit, franchement feuilletonnesque, annonce certains mangas (par exemple certains volumes de Détective Conan) basés sur un jeu de piste similaire. La chute tempère le peu de vraisemblance de l’histoire mais ne suffit pas à rendre l’ensemble passionnant, loin de là.  

En dépit de ce bémol et du caractère forcément inégal des récits, LA CHAMBRE ROUGE constitue une lecture plaisante pour quiconque souhaite découvrir ce monument de la littérature japonaise.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Golden Age, #Fantastique, #Horreur, #Erotique

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Publié le 14 Août 2017

TAPINEUSES VAMPIRES de Ray Garton

Eclectisme, voici un mot qui convient admirablement au Californien Ray Garton. On pourrait également ajouter prolifique puisqu’il débuta sa carrière par le sympathique SEDUCTIONS (un mélange d’érotisme et d’horreur sanglante publié dans la collection « Gore ») avant d’embrayer avec une soixantaine de romans. A côté de récits d’épouvante (avec quelques rares publications françaises comme le très chaud EXTASE SANGLANTE, l’oppressif CRUCIFAX ou encore ALLIANCE MALEFIQUE), on le retrouve derrière de nombreuses novelisations (L’INVASION VIENT DE MARS, FREDDY 4 et 5, etc.) sans compter des bouquins inspirés de séries télévisées comme « Buffy » ou « Sabrina l’apprentie sorcière ». Bref, la quasi-totalité de son œuvre reste méconnue du public français alors qu’il a été couronné outre-Atlantique d’un Horror Grand Master Award.

Ecrit en 1990, TAPINEUSES VAMPIRES fut édité chez J’ai Lu dans leur collection « Epouvante » sous une couverture aussi attrayante que son titre, traduction assez racoleuse du « lot lizards » original. Cette expression argotique désigne les prostituées qui fréquentent les parkings pour routiers aux Etats-Unis.

Récemment séparé de son épouse A.J., le chauffeur de poids lourd Bill Ketter va rencontrer un de ses lézards nocturnes et passer la nuit avec elle. Malheureusement, au réveil, Bill n’est plus tout à fait le même…Il est devenu un vampire. Un an plus tard, désireux de se venger des créatures de la nuit, Bill retrouve sa femme, accompagnée de son nouveau compagnon Doug, et ses enfants, dans un relais routier. Un accident de la route et une tempête de neige oblige, en effet, la famille à s’y réfugier. Or, à l’extérieur, un mal mystérieux s’est libéré…

Classique, le roman de Garton évoque évidemment les classiques récits de sièges (les vampires remplacent ici les zombies de « La nuit des morts vivants » ou les Indiens des westerns à la « Quand les tambours s’arrêteront ») et avance à bon rythme, aidé par une pagination restreinte (250 pages). On pense aussi à des œuvres ultérieures comme « Une nuit en enfer » (pour le cadre) ou « 30 Jours de nuit » (pour l’environnement glacial). La publication chez Presse Pocket assure d’ailleurs une traduction intégrale, ce qui est appréciable, chez Gore (collection dans laquelle son mélange de sexe et de sang aurait pu le conduire), il eut fallu l’amputer d’un tiers.

Pour épaissir le récit, l’écrivain joue, classiquement, sur les rapports entre les membres d’une famille éclatée : d’un côté la mère et son nouvel amour, accompagné de ses enfants plus ou moins en crise, de l’autre le père qui aimerait renouer avec sa femme et regagner l’affection de sa progéniture. Rien d’original mais, au-delà des stéréotypes le tout demeure crédible et convaincant. Nous avons droit également à la petite fille malade qui « sent » que quelque chose de maléfique s’est libéré. Bien sûr, lorsqu’elle affirme qu’il faut « partir tout de suite » nul ne la croit et on lui rétorque d’un ton condescendant « mon poussin, ne sois pas ridicule ». On devine la suite…Avec une petite variation, sa maladie (laissons le suspense quoique l’on comprenne aisément la direction suivie par l’auteur) permettant finalement de vaincre la reine des vampires, créature monstrueuse et avide proche de la pondeuse de « Aliens ». Le dernier acte, ramassé et spectaculaire, emporte ainsi l’adhésion par son énergie en proposant un bel affrontement entre les humains et les vampires. Tradition oblige, la fin laisse la porte ouverte à une suite qui ne fut jamais écrite

Ecrit de manière efficace mais sans beaucoup de recherches ou de fioritures, plaisant à suivre mais moins sanglant ou sexy qu’on ne l’espérait, TAPINEUSES VAMPIRES ne prétend pas renouveler la littérature d’horreur ou marquer d’une pierre blanche l’histoire du vampirisme. Le livre assume son statut de divertissement, équivalent d’une bonne série B cinématographique qui se lit rapidement mais sans véritablement marquer les esprits.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Erotique, #Vampires

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Publié le 14 Juin 2017

LA LOQUE A TERRE de Georges de Lorzac (Jean-Pierre Bouyxou)

Le Bordelais Jean-Pierre Bouyxou (né en 1946) est un touche-à-tout bien connu des amateurs de cinéma bis et de paralittérature. Il a écrit pour les revues les plus diverses, de Ciné Revue à Métal Hurlant en passant par l’Echo des savanes, Sex Star System, Siné Hebdo, Paris-Match ou Lui. On le retrouve également acteur (dans la plupart des films de Rollin), scénariste (pour « Les raisins de la mort » de Jean Rollin et quelques pornos), réalisateur (notamment du « fameux » film X « Entrez vite, vite je mouille » en 1979).

Sous divers pseudo, Bouyxou livre une foultitude de romans pour les éditions du Bébé Noir ou de la Brigandine dont ce très étrange LA LOQUE A TERRE, lequel dénote l’amour de l’écrivain pour le fantastique du quotidien et l’angoisse. Le livre aurait, en effet, très bien pu figurer dans la légendaire collection « Angoisse » du Fleuve Noir. Ce récit d’errance débute par l’arrivée de Laurent, mec de 34 ans sans emploi régulier venant d’être largué par sa copine Christine, devant une haute tour d’immeuble. L’ascenseur est en panne et ses parents résident au dernier étage. Du coup, Laurent entreprend l’ascension du HLM par les escaliers. Manquant d’exercice physique et à court de cigarette, le jeune homme s’épuise rapidement et finit, assoiffé, par sonner à la porte d’une quadragénaire, Zizou, avec qui il fait l’amour sans en ressentir ni envie ni plaisir. Par la suite, Laurent quitte l’appartement et continue de grimper les étages…Le temps s’écoule, interminable, au rythme des volées d’escaliers, vers un dernier étage en apparence inaccessible.

LA LOQUE A TERRE constitue un pur roman d’angoisse et de fantastique au sens le plus noble du terme puisque le héros perd contact avec la réalité qui se disloque peu à peu sous ses pas, d’un palier au suivant. Il grimpe, grimpe, grimpe toujours mais semble incapable d’arriver au sommet de l’immeuble, revenant inexplicablement sur ses pas. Bien qu’il tambourine à différentes portes, aucun occupant ne lui ouvre et il ne croise personne dans son errance. Les seules rencontres qu’il fera au cours de cette journée conduisent aux deux scènes sexuelles du roman (lesquelles, bien que riches en descriptions pornographiques, se révèlent étonnamment non érotiques voire même dépressives). Dans la première, Laurent couche avec Zizou en essayant de se souvenir de son ex. Dans la seconde, il tombe aux mains d’un couple de lesbiennes complètement folles qui menacent de le castrer. Zizou vient d’ailleurs s’en mêler. D’où le vertige de notre héros lorsqu’il se rend compte que la dite Zizou vit deux étages en dessous…alors qu’il lui a semblé gravir des dizaines d’escaliers.

Le dernier acte du roman plonge encore plus dans le sordide, convoque Sigmund Freud (« ce con », dixit le chapitre qui lui est dédié) pour un final purement psychanalytique échappant à toute tentative de rationalisation.

Saupoudré de quelques réflexions gauchisantes (heureusement point trop envahissantes) et d’un humour absurde sympathique (le héros s’imagine vivre un rêve, faire un mauvais trip au LSD et se dit, avant de basculer totalement dans la « folie » qu’il tirerait bien un bouquin de cette aventure insolite), LA LOQUE A TERRE constitue une belle réussite à redécouvrir dans le recueil « Trois romans érotiques de la Brigandine » récemment publié par les dignes héritiers de la Musardine.

LA LOQUE A TERRE de Georges de Lorzac (Jean-Pierre Bouyxou)

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Roman de gare

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Publié le 19 Mai 2017

CHERRY O CHEZ MAO de Glen Chase

La saga de CHERRY O, alias « Cherry Delight, Sexecutioner » (tout un programme) fut un classique des halls de gare durant les années ’70 au même titre que le similaire O.S.S.E.X. (autrement dit « The Lady from L.u.s.t ».) Ces deux séries étaient écrites respectivement par Glen Chase et Rod Gray. En réalité, un seul homme se dissimulait derrière ses deux pseudonymes : Gardner Fox, personnalité incontournable du comic-book américain.

Gardner Fox participa, en effet, à la conception de quelques-uns des plus célèbres super-héros de l’éditeur DC Comics, notamment Hawkman, The Flash, Doctor Fate, Batgirl ou encore Sandman, sans oublier la création de la Justice League. On lui doit aussi l’écriture, en 1961, de ce qui reste une des plus célèbres aventures du Flash avec l’excellent « Flash of two worlds » qui introduisait le concept du multivers devenu central au cours des décennies suivantes pour le monde DC. Fox rédigea aussi de nombreuses nouvelles pour les pulps, fut publié par Weird Tales et créa un musculeux émule de Conan en la personne du barbare Kothar.

Est-il donc étonnant de le retrouver à la tête de deux sagas de sexpionnage, autrement dit d’un mélange très roman de gare entre l’espionnage à la James Bond, l’érotisme exotique façon porno chic et une légère science-fiction ponctuée d’une violence décomplexée ? Pas vraiment tant ce sous-genre fut populaire durant les années ’70, résultat conjoint de la libération des mœurs, de l’arrivée du cinéma X et du succès de l’agent 007.

Dans cette nouvelle aventure, Cherry O, agent du SPASM (le Service Spécial anti maffia et anti stupéfiant, rien que ça !) doit retrouver les trois meurtriers d’un agent secret. Si les deux premiers sont facilement éliminés, le dernier se trouve en Chine communiste (horreur !) où il s’associe avec la secte Tongs pour tenter de mettre la main sur le fabuleux trésor du Khan (celui-là même que le Dirk Pitt finira par trouver bien des années plus tard sous la plume de Clive Cussler). Sur place, Cherry O retrouve un autre espion du SPASM, Derek Guyfford, afin de boucler sa mission et de déboucler sa ceinture.

Classique, CHERRY O CHEZ MAO déroule une histoire de traque déjà lue et relue dans le domaine de l’espionnage. Le récit s’avère donc sans surprise mais relativement plaisant dans sa narration très feuilletonesque. Si ce n’est pas vraiment de la grande littérature, on ne voit pas le temps passer et c’est le principal objectif de ce genre de bouquins aussi tassés qu’un bon café (moins de 200 pages) que l’on lisait auparavant le temps d’un trajet de train et aujourd’hui d’une soirée puisque « la littérature de gare n’existe plus : les plus longs voyages durent trois heures et les voyageurs regardent un film sur leur tablette plutôt que d’ouvrir un bouquin ».

Au fil des pages, la Rousse explosive et nymphomane détaille ses turpitudes sexuelles, lesquelles occupent un bon tiers du roman avec toutes les figures imposées : duo, scène saphique, orgie, etc. L’auteur y ajoute un certain humour pince sans rire, une pointe bienvenue d’anticommunisme, un soupçon d’exotisme façon guide touristique et une large rasade de tortures. Un ensemble plaisant, sans prise de tête et finalement assez amusant, beaucoup moins sérieux ou politisé qu’un SAS mais tout aussi divertissant pour les amateurs d’action virile. De là à lire toute la série qui compte trente-sept titres (dont certains ne furent d’ailleurs pas écrits par Fox mais par les « traducteurs » de l’édition française) il y a cependant un pas…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Roman de gare, #Espionnage, #Erotique, #Sexpionnage

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