cyberpunk

Publié le 1 Avril 2019

UNE HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION, TOME 4 de Jacques Sadoul

Ce tome débute par un état des lieux de la science-fiction dans une époque en mutation, alors qu’elle ploie sous les assauts de la sci-fi (autrement dit la SF commerciale déclinant des licences comme « Star Trek » ou « Star Wars ») et d’une Fantasy facile inspirée par le jeu de rôle. Cependant Sadoul ne passe pas à côté des mouvements alors en vogue comme le cyberpunk et le steampunk. Le pape du cyber, William Gibson, illustre évidemment ce courant avec son classique « Gravé sur chrome » autrefois disponible dans le recueil du même titre. Autre grand auteur du cyberpunk, Bruce Sterling livre un « Maneki Neko » qui lui valut le Locus.

On débute donc avec « Gravé sur chrome » de Gibson qui reste un parfait témoignage du courant cyberpunk avec tous les ingrédients indispensables : affrontements de hacker dans le cyberspace, mur de glace protégeant les corporations des intrusions intempestives et trame générale inspirée par le polar hard boiled mais revisitée dans un cadre anticipatif et dystopique très sombre. Une excellente entrée en matière pour les novices tant « Gravé sur chrome » s’impose en véritable distillat de ce que fut le cyberpunk des années 80.

« Venise engloutie » de Kim Stanley Robinson est, de son côté, un très beau texte de science-fiction réaliste, typique de l’auteur, qui imagine ici les conséquences prévisibles de la montée des eaux et des bouleversements climatiques. L’auteur suit un guide conduisant, dans une Venise engloutie, deux touristes japonais aux allures de modernes pilleurs de tombe. Ce texte, que l’on a déjà pu lire dans l’anthologie UNIVERS 86 ou dans le recueil de Kim Stanley Robinson LA PLANETE SUR LA TABLE, reste un classique de haute volée et se relit toujours avec le même plaisir !

Après un court récit de Stephen Baxter, Connie Willis livre avec « Ado » une satire (de plus en plus plausible) des dérives induites par le politiquement correct, les féministes, les groupes de pression diverses et les tenants de l’écriture inclusive, ramenant une pièce de Shakespeare à une poignée de répliques anodines afin de ne froisser aucune sensibilité. Un texte encore plus crédible et prophétique qu’à l’époque de sa rédaction dans les années ’90. Belle  réussite là encore.

Le texte qui valut le Locus à Sterling était jusqu’ici uniquement disponible dans la revue Galaxie, il est donc intéressant de pouvoir le lire dans ce recueil, d’autant qu’il s’agit d’une belle réussite du cyberpunk. « Maneki neko » combine tous les éléments du genre (ambiance sombre, intrigue polar, influence de l’espionnage, fascination pour le Japon) et les innovations technologiques prophétiques (notamment le Secrétaire Numérique qui anticipe les applications de smartphone) en un ensemble harmonieux et accessible. Car l’anticipation proche du cyberpunk se rapproche chaque jour davantage de notre monde actuel qui, parfois, a même  dépassé les « élucubrations » de ces écrivains des années 80.

Enfin, « le styx coule à l’envers » signait l’entrée en littérature de Dan Simmons : une nouvelle traitant des zombies de manière originale et réussie, un beau coup d’essai !

Sadoul, une fois de plus, a eu le nez creux en sélectionnant quatre auteurs qui ne bénéficiait pas encore de la reconnaissance ultérieure dont ils jouissent aujourd’hui : Kim Stanley Robinson, Stephen Baxter, Connie Willis et Dan Simmons. L’ensemble, de grande qualité, constitue donc un nouveau recueil incontournable à prix dérisoire, comme les trois précédents. Incontournable.

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Publié le 29 Mars 2019

UNE HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION TOME 3 de Jacques Sadoul

Ce tome 3 aborde une période charnière : la fin des magazines, la prise de pouvoir de l’édition de poche, la sortie de nombreux classiques (DUNE, ELRIC LE NECROMANCIEN), les tentatives de SF engagée, politique ou expérimentale (avec la new wave britannique), la domination du cinéma (de 2001 à « Rencontres du 3ème type » en passant par les phénomènes « Star Wars » et « Star Trek ») et l’arrivée de nouveaux auteurs décidés à ruer dans les brancards comme Ellison, Spinrad ou Dick, sans oublier le retour d’un courant appelé à devenir ultrapopulaire : la Fantasy.

Après une courte mais intéressante introduction dans laquelle Sadoul brosse un panorama de la foisonnante SF américaine et fustige les tentatives « nombrilistes et politiques » de l’infâme SF française engagée à gauche qui réussit seulement à « détourner les lecteurs », l’anthologie commence avec le célèbre « Lumière des jours enfouis » de Bob Shaw. Une très belle nouvelle poétique qui illustre bien les diverses voies empruntées alors par la SF et que Shaw développera dans LES YEUX DU TEMPS. L’auteur traite ici d’un « verre lent » qui capte la lumière pour plusieurs années et révèle ainsi des paysages depuis longtemps disparus.

Le trublion Harlan Ellison nous offre un de ses classiques, devenu difficile à trouve (précédemment publié dans un recueil de 1979) « La bête qui criait amour au cœur du monde », vainqueur du Hugo de la meilleure nouvelle. Pour ma part je reste souvent hermétique à Ellison et à son mélange de provocation, d’humour grinçant et de surréalisme science-fictionnel. Ce texte ne fait pas exception.

« La fourmi électrique » constitue une nouvelle typique de Philip K. Dick et traite donc de la question de l’humanité pour les « hommes électriques » (on pourrait aussi les nommer réplicants). Plaisant mais Dick reviendra fréquemment sur ce thème et fera mieux ensuite.

« Ceux qui partent d’Omelas » a été très souvent publié mais ce n’est que justice pour cet excellent texte d’Ursula K. Le Guin d’ailleurs récompensé par un Hugo, un récit symbolique, utopique et philosophique d’une grande richesse en moins de dix pages. Chapeau bas.

Autre récipiendaire d’un Hugo, Carolyn Cherryh et son « Cassandra », un court récit effectivement convaincant.

Norma Spinrad nous propose une nouvelle plus originale et quelque peu expérimentale, « L’Herbe du temps », au sujet d’une drogue qui abolit l’impression de chronologie linéaire du temps. Le narrateur devient donc un individu existant en continu dans un espace infini de 110 ans. Une excellente réussite, le deuxième chef d’œuvre de ce recueil après le récit de Le Guin.

Robert Silverberg, un des monuments de la science-fiction, livre un « Groupe » précédemment publié dans le recueil HISTOIRES DE SEXE FICTION, un récit correct sans être transcendant au sujet de partouzes futuristes connectées.

Enfin, Orson Scott Card termine ce recueil par un exceptionnel « Sonate sans accompagnement », une nouvelle d’une grande originalité servie par une belle écriture et qui mérite l’inclusion dans toutes les lites « best of » de la SF. Le troisième chef d’œuvre de ce recueil (qui ne compte que 128 pages!!!).

Voici donc une très belle sélection de nouvelles assorties de présentations pertinentes vendue à un prix dérisoire et qui ne compte pas moins de trois prix Hugo. Faudrait être fou pour s’en priver !

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Publié le 1 Mars 2019

LE REGARD de Ken Liu

Après l’exceptionnel L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE, Ken Liu (chouchou des éditions Le Belial) revient dans la formidable collection « Une heure lumière » avec une novella de haute volée mélangeant polar cyberpunk et anticipation.

L’écrivain nous propose ici de découvrir une détective, Ruth Law, « améliorée et augmentée » par diverses technologies illégales qui accroissent ses capacités. Elle porte aussi un « régulateur », un gadget capable de gérer ses émotions et de lui assurer une neutralité complète lors de ses enquêtes. Le seul moyen pour Ruth de surmonter un drame personnel. Le « régulateur » ne peut, normalement, être utilisé qu’un temps limité par jour mais Ruth le laisse fonctionner en permanence afin d’anesthésier totalement ses émotions. Cela va lui être bien utile pour une nouvelle investigation : retrouver le meurtrier d’une prostituée asiatique énuclée par un serial killer mystérieux. Mais cela risque également de la détruire psychologiquement.

Avec cette longue nouvelle (ou court roman) situé à Boston dans un futur proche, Ken Liu s’inscrit dans la tradition des polars science-fictionnelles conjuguant une ambiance de films noirs à l’anticipation cyberpunk. A la manière du classique BLADE RUNNER ou des plus récents CARBONE MODIFIE et QUANTUUM, Ken Liu empreinte aux policiers « hard boiled » d’antan (Chandler, Spillane, etc.) une intrigue complexe (meurtre de prostituées par un tueur en série aux motivations apparaissant peu à peu) et l’infuse dans un univers à la fois futuriste et crédible. Sa principale innovation réside dans ce « régulateur » d’émotions portée par l’enquêtrice, forcément dépressive et marquée par un tragique événement personnel. Une manière d’apporter l’originalité de la SF cyberpunk à un récit sinon classique quoique très efficace.

Si l’auteur n’évite pas certains clichés, il démontre également sa capacité à ficeler une intrigue à la fois intelligente et divertissante auquel on pardonnera, par conséquent, l’une ou l’autre invraisemblance ou facilités. En alternant les points de vue de la détective « augmentée » et ceux du tueur en série, Ken Liu maintient l’intérêt au fil d’un récit enlevé qui, sous couvert d’une enquête classique, pose des questions sur le futur proche de l’humanité et ce fameux transhumanisme si cher aux auteurs cyberpunk.

Beaucoup moins ambitieux que L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE, ce REGARD n’en demeure pas moins un texte très plaisant qui confirme tout le bien que l’on pense de ce nouveau cador de la science-fiction.

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Publié le 22 Août 2018

DES LARMES SOUS LA PLUIE de Rosa Montero
DES LARMES SOUS LA PLUIE de Rosa Montero

Bien que le titre provienne d’une des répliques finales de « Blade Runner », DES LARMES SOUS LA PLUIE ne constitue pas une suite du film de Ridley Scott (lui-même adapté du roman de Philip K. Dick). Ce n’est pas non plus un spin of, ni un remake, plutôt un hommage à l’univers créé en 1982. Un monde si plausible que, selon Montero, ce « futur noir » deviendra réalité au début du XXIIème siècle.

Le XXIème siècle a été cauchemardesque…Réchauffement climatique, montée des eaux, guerre civile généralisée, conflits menés par des androïdes puis des robots de combats, famines, fanatisme religieux, etc. Le début du siècle suivant voit une terre quelque peu apaisée, à la population réduite à un milliard. Les hommes vivent entassés dans les régions préservées, l’air est devenu irrespirable un peu partout, certaines sectes se sont exilées dans l’espace à bord de « nouveaux mondes » mais, globalement, la situation s’est améliorée par rapport aux précédentes décennies.

Bruna Husky vit à Madrid. C’est un androïde de combat à la durée de vie limitée à 10 ans, autrement dit une « réplicante ». Les « techno humains », déjà peu aimés, s’attirent la haine de la population par une série d’agressions et d’attentats. Sur la demande de Myriam Chi, présidente du Mouvement Radical Réplicant, Huski enquête sur le sujet. Pendant ce temps un de ses amis archivistes, Yannis, découvre une manipulation généralisée des Archives terrestres afin d’attiser l’hostilité envers les réplicants.

En dépit de quelques clins d’œil à Dick et Asimov, Montero prend soin de construire un monde futuriste parfaitement cohérent dont la richesse se voit détaillée par les très intéressantes pages d’archives qui interrompent régulièrement la narration. Celles-ci décrivent non seulement l’Histoire du XXIème siècle mais aussi les différentes altérations subies par ces archives à des fins de propagande. L’humanité a ainsi traversé les « guerres rep » auxquels ont succédé les « guerres robotiques » tandis que la secte de l’Eglise du Credo Unique fondée par le messie Heriberto Labari, né le 11 septembre 2001, gagne en puissance en poussant à la haine des réplicants.

Il y aurait beaucoup à dire sur DES LARMES SOUS LA PLUIE, de la complexité de l’intrigue à la profondeur des personnages en passant par le mélange, très maitrisé, de drame, de polar et de science-fiction. Certes on peut reprocher quelques longueurs ou des passages plus descriptifs et introspectifs qui ralentissent l’action mais, dans l’ensemble, ce roman fonctionne de fort belle manière. Rosa Montero livre un bel hommage à « Blade Runner » que l’on peut estimer plus original et réussi que les suites littéraires jadis proposées par K.W Jeter. A découvrir en attendant de lire la suite, LE POIDS DU CŒUR.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Thriller, #anticipation, #Polar, #Cyberpunk

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Publié le 7 Août 2018

REMAKE de Connie Willis

Dans un futur proche, à Hollywood, une jeune femme, Alis, rêve de participer à des comédies musicales, à danser et faire des claquettes. Mais les temps ont changés et Hollywood ne produit plus de nouveautés depuis longtemps. On se contente de remakes infographiques. On prend des vieux films, on les digitalise, on les traficote,…Les stars d’antan sont de plus en plus starifiées, Marylin Monroe tourne plein de « nouveaux » films et y donne la réplique à Chaplin, Tom Cruise ou River Phoenix. A condition bien sûr que les avocats des défunts parviennent à s’entendre.

Tom est un de ses spécialistes du remake. Il accepte aussi un boulot bien payé qui consiste à nettoyer toutes ces vieilleries de leur contenus offensants. On coupe les scènes où l’on voit des gens fumer, prendre de la drogue, boire de l’alcool. La pression des groupes de vertu est si forte…Un jour, en visionnant un Fred Astaire datant de 1949, Tom tombe sur Alis. Impossible ? Peut-être pas…

De cette love story classique entre une apprentie actrice et un « censeur virtuel », Connie Willis tire une œuvre très originale et pétrie de références cinématographiques. L’opposition entre la vie dépravée des protagonistes (toujours vautrés dans le sexe, la drogue et l’alcool) et leur boulot de censure (la moindre allusion à ces substances doit être éliminées des films) parait quelque peu excessive mais, au final, l’actualité récente dans le domaine du politiquement correct confère à ce REMAKE (écrit en 1994) une portée prophétique indéniable.

Stars d’antan digitalisée, acteurs virtuels, programmes informatiques, logiciel de montages, effets spéciaux et, bien sûr, copyright (bonjour le pognon !) permettent toutes les innovations et la sortie de nouveaux films qui ne sont, en réalité, que des remakes / relectures modifiés d’anciennes productions complètement oubliées et que plus personne ne regarde. Hollywood applique simplement au média cinéma le principe du sampling musical au point de créer des « œuvres originales » à partir d’éléments épars, collant le visage de la maitresse d’un producteur en vogue sur une comédienne de jadis ou faisant se rencontrer les idoles d’antan pour la plus grande joie des touristes qui viennent ensuite visiter l’usine à rêves.

Lauréate du Locus (dans la catégorie « roman court »), Willis prouve avec cette histoire à la pagination restreinte (200 pages) qu’elle peut livrer de grandes réussites sans s’appesantir sur des centaines de pages (défaut principal de ses titres les plus connus comme SANS PARLER DU CHIEN ou LE GRAND LIVRE).

Une excellente lecture (nominé pour le Hugo) qui combine tous les éléments de la bonne science-fiction : univers spéculatif à la fois différent et très proche du notre, humour, références, intrigue intelligente et conclusion donnant volontiers une coloration merveilleuse (dans le sens du sense of wonder anglo saxon) à une dystopie cyberpunk de haut vol. Chaudement recommandé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #anticipation, #Cyberpunk, #Roman court (novella)

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Publié le 1 Mars 2018

COOKIE MONSTER de Vernor Vinge
COOKIE MONSTER de Vernor Vinge

Vernor Vinge a déjà reçu deux fois le prix Hugo pour ses monumentaux space opéra UN FEU SUR L’ABIME et AUX TREFONDS DU CIEL. En 2004, il obtient à nouveau la récompense enviée du meilleur roman mais, cette fois, dans la catégorie du « roman court ». COOKIE MONSTER, en une centaine de pages, s’avère donc une belle manière de découvrir cet auteur phare de la science-fiction contemporaine.

Nous suivons la vie, pas toujours folichonne, de Dixie Mae, laquelle vient d’être engagée au service-client de la plus grosse compagnie de nouvelles technologies de la Silicon Valley, Lotsa Tech. Cependant, rapidement, elle reçoit un courriel agressif contenant de nombreux détails intimes qu’elle seule peut, en théorie, connaitre. En compagnie de son collègue Victor, la jeune femme part à la recherche de l’auteur du mystérieux message et découvre une réalité incroyable.

Récit hard science mâtiné de cyber punk (ou vice-versa), COOKIE MONSTER s’avère étonnamment abordable et digeste en dépit des thématiques scientifiques ardues abordées. Revisitant les contes de fées (ALICE AU PAYS DES MERVEILLES et LE MAGICIEN D’OZ en particulier) en les plongeant dans un bain de technologies, d’anticipation et d’intelligence artificielle, Vinge offre un tableau très crédible et prophétique d’un futur déshumanisé qui semble, plus que jamais, terriblement proche.

L’auteur jongle ainsi avec divers concepts et ouvre des perspectives philosophiques certes classiques (un amusant dialogue – à coup de référence à des textes science-fictionnels antérieurs plus ou moins célèbres - démontre d’ailleurs que l’idée n’est pas neuve) mais toujours pertinentes qui visent, au final, à définir l’humain.

La question éternelle du cyberpunk (y a-t-il un ghost in the machine ?) sous-tend ce texte à la fois rythmé, divertissant et profond qui rappelle à la fois l’excellent roman SIMULACRON 3 et la trilogie « The Matrix », pour ne citer que deux références bien connues des amateurs. Mais Vinge aborde aussi les thèses transhumaniques ou se réfère à la théorie de Moore (laquelle postule un doublement de la puissance des ordinateurs tous les 18 mois) qui conduisent certains à penser que, dans moins de 20 ans, l’intelligence artificielle aura définitivement pris le pas sur l’Homme.

En dire davantage ruinerait une partie des surprises proposées par ce récit court mais diablement intelligent et ponctué de diverses révélations jusqu’à une fin à la fois ouverte et vertigineuse. Ajoutons que Vinge donne plus de profondeur à son intrigue et de consistance à ses personnages en 100 pages que certains romanciers en plusieurs centaines. Bref, COOKIE MONSTER est hautement conseillé pour deux heures de grande science-fiction ! Un prix Hugo (pour une fois !) incontestablement mérité.

COOKIE MONSTER de Vernor Vinge

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Publié le 26 Mai 2017

QUANTUM de Peter Hamilton

L’Anglais Peter Hamilton (né en 1960) s’est fait le spécialiste des space-opéras gigantesques et des récits s’étendant sur des centaines, voire des milliers de pages, comme en témoigne son magnum opus, L’AUBE DE LA NUIT, œuvre fleuve (de plus de six mille pages) divisée en six tomes bien épais et qui serait, de fait, le plus long roman de SF jamais écrit. Hamilton aime les séries et celle de Greg Mandell en constitue une autre, trilogie cyberpunk mêlant science-fiction réaliste, politique fiction et énigme policière. Le premier tome, MINDSTAR, pose les bases d’un univers encore développé dans ce second opus, QUANTUM, situé dans un XXIème siècle dévasté par le réchauffement climatique.

Ancien militaire ayant combattu les djihadistes durant la guerre de Turquie, Greg Mandel travaillait pour la Mindstar, une branche des forces armées britanniques dont les agents disposent de pouvoirs psychiques (empathie, télépathie, préscience, intuition, etc.) augmentés par divers implants neuronaux. L’Angleterre se reconstruit après la période la plus sombre de son histoire : en effet, durant dix ans, le président Armstrong a imposé une infâme dictature socialiste sous l’égide du Parti Socialiste Populaire. Heureusement, aujourd’hui, le parti est tombé suite à un attentat ayant couté la vie à Armstrong. La chute des gauchistes a permis la seconde restauration et l’accession au pouvoir d’un gouvernement capitaliste néo conservateur bien plus apprécié du peuple qui chasse et extermine les derniers sympathisants socialistes. Directrice de la compagnie Event Horizon, la milliardaire Julia Evans fait appel aux services de Mandel pour élucider la mort d’un spécialiste de la physique quantique, Edward Kitchener, vénéré par ses élèves et disciples tel un véritable gourou. Mandel enquête, découvre l’attraction physique exercée par le défunt sur ses étudiantes mais également l’impossibilité apparente de ce crime : personne n’a pu venir de l’extérieur mais tous les suspects semblent innocents, ce que confirment les dons psychiques de Mandel.

QUANTUM est un roman touffu qui brasse de nombreux thèmes (physique quantique, voyages dans le temps, voyages interstellaires, problématique du réchauffement climatique, pouvoirs psy amplifiés par des implants,…) typiques du cyberpunk et qui, associés au contexte politique développé avec une réelle originalité (la suprématie conservatrice et libérale, associé à la toute-puissance des mégacorporations, comme solution après dix ans de tyrannie socialiste), offrent un background fouillé et intéressant à une énigme policière assez classique dans l’esprit des romans de l’âge d’or. Nous ne sommes pas loin des « cosy murder » et des « country house mystery » avec cette investigation menée par un enquêteur perspicace devant élucider le meurtre impossible d’un savant retranché dans un lieu isolé. Pour coller à son époque, l’auteur recourt néanmoins à la technologie et ajoute à son énigme une bonne rasade d’action, en particuliers durant les cent dernières pages, créant ainsi un hybride, ma foi fort efficace, entre le policier d’énigme, le polar hard boiled et la science-fiction politisée.

Certes, on peut regretter quelques longueurs (le bouquin fait quand même 540 pages, à peine une nouvelle selon les standards de son auteur mais un pavé pour la plupart des écrivains de SF), des digressions parfois un brin ennuyeuses ou exagérément étirées (était-il nécessaire de consacrer autant de pages à l’opposition entre la milliardaire Julia Evans et la présentatrice télé qui se moque de ses tenues ?) mais, dans l’ensemble, QUANTUM reste un divertissement bien mené, prenant et réussi dans lequel on ne s’ennuie pas.

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Publié le 26 Avril 2017

READY PLAYER ONE d'Ernest Cline

Roman de science-fiction d’un auteur biberonné à la « geekitude », READY PLAYER ONE fut un best-seller surprise de 2011 et reçu de nombreuses récompenses. Une promotion importante accompagna cette sortie, notamment l’édition d’un audio-livre raconté par Will Wheaton et le lancement d’un concours dont le gagnant, après avoir battu le record mondial du jeu vidéo Joust, remporta une DeLorean.

Son auteur, Ernest Cline, appartient depuis longtemps à l’univers geek puisqu’il écrivit, pour le plaisir, une séquelle au film culte BUCKAROO BANZAI puis participa au scénario de FANBOYS au sujet d’une bande de copains désireux de s’introduire dans le Skywalker Ranch. READY PLAYER ONE est son premier roman et sera prochainement adapté à l’écran par Steven Spielberg en personne. Il fut suivi par ARMADA, hommage au film STARFIGHTER, lui aussi promis à une prochaine version cinématographique. Bref, tout roule pour Cline. Ce succès est-il pour autant mérité ? Oui…et non.

READY PLAYER ONE se veut un hommage aux années ’80 et se situe dans un futur proche peu reluisant. Les changements climatiques, les guerres, les pénuries ont rendu la Terre invivable au point que la majorité de la population se réfugie dans un monde virtuel, l’Oasis, composé de centaines d’univers où chacun peut étancher sa soif d’aventures, de STAR WARS au SEIGNEUR DES ANNEAUX en passant par WARCRAFT.

Peu avant sa mort, le créateur de l’Oasis, James Halliday, décide de léguer sa gigantesque fortune à celui qui parviendra à ouvrir trois portes secrètes dissimulées au cœur de l’Oasis sous forme d’«easter eggs ». La tâche se révèle rapidement ardue et, cinq ans après la déclaration d’Halliday, la plupart des candidats ont abandonné cette quête en apparence imsoluble. Cependant, un adolescent, Wade, cherche à percer les énigmes en s’imprégnant de la culture populaire des années ’80 qui, selon lui, pourra lui permettre de déchiffrer les arcanes d’Halliday. Surnommé dans l’Oasis Parzival, il localise la première clé, celle de cuivre, dissimulée dans une recréation de Donjon & Dragon. Après voir défait le gardien de la tombe, le sorcier Acererak dans un duel mené sur le jeu vidéo des années 80 Joust, Parzival attire l’attention de tous les « chasseurs d’œufs » (ou plus simplement « chassoeufs ») de la planète et en particulier de l’héroïque Art3mis. La quête s’annonce serrée pour mettre la main sur les deux dernières clés car des méchants capitalistes corporatistes veulent s’emparer des richesses d’Halliday pour pervertir son beau projet.

Typique roman pour « young adults », READY PLAYER ONE reprend les codes des récits initiatiques en les plongeant dans un bain d’influences à la fois science-fictionnelle et heroic fantasy. Ernest Cline accumule ainsi les références aux jeux de rôle des années ’70 (en particulier Donjons & Dragons), au cinéma des années ’80 (notamment les inévitables BLADE RUNNER et WARGAMES), au rock (le fabuleux album concept « 2121 » de Rush joue un rôle crucial dans l’intrigue) et aux jeux vidéo préhistoriques comme Joust, Black Tiger, Adventure, ou Zork, sans oublier la nécessité de réussir un score parfait au plus célèbre Pac Man.

Si le metavers (autrement dit l’univers virtuel) se montre particulièrement développé et fascinant (défini par l’auteur John Scalzi comme un véritable nerdgasm), l’intrigue s’avère, hélas, beaucoup plus classique : le trio de personnages principaux rappelle à la fois HARRY POTTER et la STRATEGIE ENDER d’Orson Scott Card tandis que le background empreinte aux classiques du cyberpunk (NEUROMANCIEN de William Gibson, LE SAMOURAI VIRTUEL de Neal Stephenson mais aussi les précurseurs comme LES CAVERNES D’ACIER d’Asimov et la quasi-totalité de l’œuvre de Philip K. Dick) mais aussi aux plus récentes dystopies destinées à la jeunesse comme DIVERGENTE ou HUNGER GAMES. Le triangle amoureux n’a, lui non plus, aucune originalité et la présence de deux faire-valoir japonais (très caricaturaux) semble avoir pour unique but de titiller les amateurs de dessins animés nippons ou de mangas.

Le récit se révèle également peu crédible : les héros n’ont pas encore vingt ans mais ont assimilés une trentaine d’années de « culture geek » (ils ont terminé tous les jeux vidéo des années 80, vus 47 fois SAGRE GRAAL ou connaissent par cœur la moindre réplique de WAR GAMES) pendant les moments où ils ne déambulent pas dans l’Oasis, ne sont pas à l’école ou ne dorment pas. Les références citées, sans doute déjà obscures pour 99% de la population mondiale de moins de trente ans, sont balancées par paquets par un auteur qui tente de les imposer comme la « norme culturelle » absolue de milliers de geek adolescents de l’an 2044. Résoudre les énigmes laissées par le dieu décédé de l’Oasis ne demande d’ailleurs pas vraiment d’imagination ou d’indépendance puisqu’il s’agit davantage d’identifier un décor de jeu de rôle ou de pouvoir dupliquer sans se tromper tous les faits et gestes du héros de WARGAMES.

Le name dropping, amusant dans les premiers chapitres, devient, dès lors, assommant tant Ernest Cline surcharge sa maigre intrigue en détaillant les scénarios d’à peu près tous les films de science-fiction qu’il a visionnés durant son adolescence. En parlant de jeunesse, l’écriture, voulant s’adresser à un public supposé jeune et plus habitué des consoles de jeux que des romans, se montre banale et plate : pas de mots compliqués, pas de tournure de phrases alambiquées, une impression accentuée par une traduction française pénible. Lire des « wesh mon pote » et des « salut cousins » dans la bouche de jeunes adultes de 2044 reste assez déstabilisant.  

Malgré tous ces bémols, difficile de ne pas prendre un certain plaisir à ce READY PLAYER ONE pourtant très prévisible, que l’on peut rapprocher d’un DAVINCI CODE : ce n’est objectivement pas très bon mais on tourne quand même les pages pour connaitre le dénouement. Inspirée (volontairement ?) des jeux vidéo de plateforme, la progression linéaire implique un problème à résoudre, une réflexion plus ou moins longue, un éclair de génie (car les héros comptent beaucoup sur la chance pour avancer) et une résolution avantageuse après avoir défait un « boss » de fin de niveau. Répétez cela trois fois et le roman se termine au terme d’une gigantesque bataille (que l’on imagine immédiatement transposée sur grand écran) entre le côté obscur représenté par les multinationales capitalistes (lesquels utilisent des moyens colossaux pour gagner) et la confrérie de la geekitude (qui ne possède que leur bite, leur manette de jeu et le manuel de AD&D pour l’emporter).

S’il est possible de trouver READY PLAYER ONE satisfaisant, on regrette qu’un environnement aussi immense et fascinant (la réalité virtuelle) soit simplement au service d’une version hightech de la « Chasse au trésor ».

Cline travaille actuellement à une séquelle de READY PLAYER ONE (qui devrait logiquement s’intituler READY PLAYER TWO) et précise que tout cela pourrait ne plus être de la science-fiction d’ici une dizaine d’années. Possible même si, dix ans après son buzz, Second Life ne semble plus attirer beaucoup d’adeptes.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #anticipation, #science-fiction, #Geek, #Cyberpunk

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