LE MYSTERE EGYPTIEN (ou LE MYSTERE DES TROIS CROIX) d'Ellery Queen

Publié le 9 Août 2017

LE MYSTERE EGYPTIEN (ou LE MYSTERE DES TROIS CROIX) d'Ellery Queen

Les Queen père et fils profitent de la quiétude de Noel lorsqu’Ellery est intrigué par un crime particulièrement brutal commis dans un petit village tranquille de Virginie, Arroyo. Un instituteur y a été découvert décapité et crucifié, son corps mutilé formant un « T » sanglant. D’autres « T » ont été tracés avec du sang. La victime, Andrew Van, passait pour un excentrique et son athéisme conduit Ellery a envisagé la piste d’un meurtre lié à la religion. Le détective s’oriente plus particulièrement vers un culte égyptien, le « T » symbolisant probablement, selon lui, la croix égyptienne ou ankh. Ellery s’intéresse ainsi à une secte locale qui mêle nudisme et égyptologie dirigée par le mystérieux Harakht. Cependant, l’enquête reste au point mort tandis que le serviteur simple d’esprit de l’instituteur, peut-être capable d’apporter une réponse à ce crime horrible, a disparu. L’affaire pourrait en rester là si, six mois plus tard, une nouvelle victime, n’ayant apparemment aucun lien avec la première, n’était découverte, elle aussi décapitée et crucifiée. Ellery se lance aux trousses d’un assassin insaisissable.

Publié en 1932, cette cinquième enquête d’Ellery Queen poursuit la saga entamée trois ans plus tôt avec LE MYSTERE DU THEATRE ROMAIN (alias LE MYSTERE DU CHAPEAU DE SOIE). Cette fois Ellery enquête seul (son paternel ne fait que de la figuration) et s’éloigne de New York mais le traditionnel « défi au lecteur » est lancé avant les explications données par le détective. Pour une fois, les familiers du roman policier trouveront probablement l’identité du coupable et pourront même deviner ses motivations, en effet la théâtralité exagérée des crimes devrait mettre la puce à l’oreille des amateurs. Ceux-ci soupçonneront qu’il y a anguille sous roche dès les premières pages mais les retournements de situations restent suffisamment nombreux pour maintenir l’intérêt.

Cependant, le début du roman déstabilise car l’énigme présente un grand nombre de personnages (une vingtaine) et s’attarde sur des nudistes illuminés adeptes d’un culte égyptien. Cette partie manque de rythme et semble un brin confuse, Ellery lui-même déclarant avec raison : « j’ai travaillé sur des affaires compliquées au cours de ma carrière mais je n’en ai jamais vu d’aussi embrouillée que celle-ci ».

Le lecteur se trouve ainsi noyé sous les détails et piégés par les nombreuses fausses pistes, essayant de séparer l’essentiel de l’accessoire. Ce n’est guère évident puisque, comme le remarque le détective : « Quelle abondance de faits insignifiants » ! Les cent premières pages se trainent ainsi et peinent à véritablement passionner, la chasse aux nudistes évoquant immédiatement (quoique de manière évidemment complètement anachronique) les efforts de Cruchot pour nettoyer les plages de Saint Tropez. Tout cela a donc assez mal vieilli en dépit de l’originalité frappante du crime inaugural, une mise en scène macabre et grand-guignolesque qui transforme un instituteur de province en un sanglant totem en forme de croix égyptienne.

Le roman se resserre heureusement à mi-parcours, autrement dit après le second meurtre, quoique notre enquêteur paraisse toujours dans le flou. Un protagoniste de ce MYSTERE EGYPTIEN ne dit-il pas : « j’ai entendu si souvent vanté votre habileté de détective que la réalité me laisse froid. Quand commencez-vous Queen ? Quand Sherlock Holmes bondira t’il sur le lâche meurtrier pour lui passer les menottes ? ». A ce moment, l’auteur s’éloigne de son culte égyptien et ravive l’intérêt : aucun afficionado du whodunit ne peut sérieusement penser que l’un de ces nudistes illuminés sera le coupable désigné. Cette intrigue parait aussi gratuite que forcée et s’avère peu crédible, pour ne pas dire inintéressante, comme si les auteurs (on rappelle qu’Ellery Queen est le pseudonyme collectif de deux cousins) avaient voulu à toute force introduire cette sous-intrigue religieuse (peu exploitée) pour épaissir leur roman.

Une fois nos cultistes retirés de l’équation qui reste-t-il ? Peu de suspects possibles, au point que le twist final, certes bien amené, semblera prévisible. Là encore, impossible de croire, dans le cadre d’un roman policier « classique » de cette époque que nous avons réellement affaire à un fou sanguinaire inconnu. L’un des principaux protagonistes doit fatalement être le tueur recherché. Or le nombre de candidats restreints oblige à recourir au vieil adage : « une fois l’impossible éliminé ne reste que la vérité, aussi invraisemblable qu’elle paraisse ».

Malgré ces défauts (et ce premier tiers languissant, pour ne pas dire laborieux), LE MYSTERE EGYPTIEN s’inscrit au final dans une honnête moyenne du policier de l’Age d’Or. Pour les novices, on conseillera plus volontiers DEUX MORTS DANS UN CERCUEIL, LE MYSTERIEUX MR X, LE MYSTERE DU GRENIER, GRIFFES DE VELOUR ou le classique du « meurtre en chambre close » LE ROI EST MORT. Mais LE MYSTERE EGYPTIEN reste un plaisant « Ellery Queen » qui saura contenter les fans du dynamique duo.

Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Ellery Queen

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