LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES de Jean-Patrick Manchette & Jean-Pierre Bastid,

Publié le 22 Août 2017

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES de Jean-Patrick Manchette & Jean-Pierre Bastid,

Premier roman de Jean-Patrick Manchette, aidé de Jean-Pierre Bastid, LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES lança, en 1971, la vague du néo polar français, faisant table rase du code d’honneur des voyous et des flics héroïques.

Nous sommes dans un petit village isolé du Midi de la France où vit Luce, une « peintresse » devenue, avec les années, plus alcoolique qu’anarchiste. Elle règne sur une petite communauté vaguement artiste, organise des soirées de débauche et vivote en compagnie de Max, un écrivain raté, et de son amant avocat, Brisorgueil. Luce accueille volontiers ceux qui viennent lui rendre visite, notamment trois personnages peu recommandables, le poète Jeannot, le restaurateur bruxellois Gros et le musculeux Rhino. Les trois bonhommes ont braqué un fourgon et commis un petit carnage avant de se réfugier dans le petit bled avec la complicité de Brisorgueil. Les gangsters sont rapidement rejoints par la femme de Max, son gosse et sa nurse. Ce petit microcosme attire l’attention de deux gendarmes, Roux (qui se prend une balle rapido) et Lambert (qui débute et voudrait démontrer ses compétences). Du coup voilà tout ce beau monde coincé dans le village ensoleillé. D’un côté les truands, de l’autre le gendarme Lambert décidé à se la jouer cow boy solitaire. Entre les deux, les (pas si) innocents dont certains sont décidés à tirer leur épingle du jeu de massacre. Les balles vont voler.

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES doit autant au polar qu’au western, surtout spaghetti. On y retrouve le schéma classique des gendarmes et voleurs coincés dans un lieu clos et prêts à s’entretuer. La situation se dégrade donc rapidement et les auteurs alternent logiquement les points de vue. Comme dans le western à l’italienne le rythme se fait tour à tour indolent, tout en lenteurs et en attentes, avec des « gros plans » sur les personnages en sueur puis brusquement explosif lors des scènes de violence qui éclatent sporadiquement. Le tout se montre d’ailleurs théâtralisé et se déroule en une unique journée dans un bled du Midi de la France dont tous ne sortiront pas indemne. Unité de temps (les heures de la journée scandent les nombreux très courts chapitres), unité de lieu, unité d’action : en réchapper en un seul morceau. Pas évident.

L’écriture est sèche, sans fioriture, le style économe, volontiers nihiliste, voire hargneux. Ca cogne, ça flingue, ça s’entretue sous le soleil. Au final beaucoup de protagonistes resteront sur le carreau ou plus précisément sur le sol brulant. Laissez bronzer les cadavres…

Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar

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