DOUBLE ETOILE de Robert Heinlein

Publié le 16 Juin 2017

DOUBLE ETOILE de Robert Heinlein

Figure tutélaire de la science-fiction américaine, Robert Heinlein obtient avec DOUBLE ETOILE le premier de ses quatre Prix Hugo du meilleur roman (auxquels s’ajoutent trois retro-Hugo posthume).

L’intrigue, ramassée sur 220 pages, nous est contée à la première personne par un comédien célèbre, Lawrence Smythe, dit le Grand Lorenzo. Celui-ci, désoeuvré, se voit proposer par un certain Dak de réaliser la parfaite imitation d’un homme politique très connu, John Joseph Bonforte, leader du parti expansionniste d’opposition. Or, Bonforte a été kidnappé et sa présence est requise lors d’une cérémonie martienne : son absence serait une grave entorse au protocole et remettrait en question la paix entre Mars et la Terre. Après la libération de Bonforte, très affaibli par les traitements subis, Lorenzo se voit contraint de continuer à endosser son rôle durant la campagne électorale…

Ce court roman méritait-il le prix Hugo ? La question reste posée. C’est un bon livre bien sûr, mais qui ne possède pas l’ambition d’EN TERRE ETRANGERE par exemple, sans doute le chef d’œuvre d’Heinlein, lequel lui permis d’obtenir un nouveau Hugo, une large reconnaissance (notamment parmi les hippies) et de se défaire quelque peu de son étiquette réactionnaire.

Toutefois, DOUBLE ETOILE demeure intéressant par sa critique assez savoureuse de la politique, affirmant clairement que les chefs de parti sont des marionnettes qui peuvent aisément être remplacés, que seule l’image (et le charisme) est importante, bref que tout cela n’est qu’une vaste comédie.

L’important ne réside pas dans un programme solide mais bien dans des petits faits que le politicien peut exploiter pour jouer sur la proximité : Bonforte note dans ses carnets des détails insignifiants sur les électeurs qu’il rencontre afin de les amadouer plus facilement par la suite.

Les conseillers œuvrent réellement, dans l’ombre, pour diriger le pays et le chef effectue une simple représentation. Un acteur de talent peu par conséquent le remplacer sans grande difficulté, se contentant de ressasser d’anciens discours. Et lorsqu’un journaliste signale que les paroles ne sont pas neuves, le politicien rétorque brillamment qu’elles restent vraies.

La morale, elle, est assez convenue, tout comme la conclusion du roman (située un quart de siècle après l’intrigue principale) : Lorenzo assume totalement le rôle du politicien dont il copie les attitudes, discours et opinions au point que sa personnalité propre s’est totalement dissolue dans celle de son « personnage ».

Sans beaucoup de rebondissements mais avec des protagonistes fouillés et une thématique générale pertinente et toujours très actuelle (quoique certains passages – en particuliers tout ceux consacrés à Mars – aient pris un coup de vieux), DOUBLE ETOILE frappe aussi par sa concision appréciable en ces temps de pavé parfois interminable.

Fort plaisant.

Prix Hugo 1956

 

Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Robert Heinlein, #Prix Hugo

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