DRAGON de Thomas Day

Publié le 21 Avril 2017

DRAGON de Thomas Day

Ayant déjà plus d’une dizaine de romans et pratiquement autant de recueils de nouvelles à son actif, l’excellent Thomas Day inaugure la collection « Une heure lumière » chez Le Belial consacrée à des romans courts (ou novellas comme disent les anglophones) destinés à être lus d’une traite, peut-être pas en une heure mais en une petite soirée. DRAGON compte donc 150 pages bien tassées et évite de se disperser pour proposer un thriller horrifique bien mené.

Nous sommes dans une anticipation proche, à Bangkok. Une dizaine d’années dans l’avenir. Le système politique a changé et, suite à des bouleversements climatiques, la ville est en partie inondée ce qui oblige de s’y déplacer grâce à des jetski. C’est là que surgit un tueur en série surnommé le Dragon. Son but est de débarrasser la Thaïlande des pédophiles, lesquels sont toujours aussi nombreux et protégés par des autorités qui ferment les yeux devant ce lucratif tourisme sexuel. Dragon en massacre donc quelques-uns dans un bordel spécialisé dans la prostitution enfantine, attirant l’attention de Susan, une militante d’une ONG anti-pédophilie. Les forces de l’ordre, de leur côté, confient l’enquête à Tann Ruedpokanon (surnommé Red Pokemon), un inspecteur gay venant de rompre avec Pearl, son / sa petit(e) ami(e) Ladyboy désireux d’être opéré(e). Pour les supérieurs de Tann, la mission est simple et claire : trouver Dragon et le supprimer, sans faire de vagues et sans procès. Bangkok style.

Comme toujours (on pense en particulier à son éprouvant recueil WOMEN IN CHAINS), Day ne lésine pas sur le sordide pour secouer le lecteur, pointant du doigt aussi bien la corruption généralisée permettant à la prostitution enfantine de se développer que les particularités culturelles de l’Asie du Sud-Est qui, pendant des siècles, a admis et même encouragé la pédophilie. Le style de Day reste, pour sa part, percutant, fait de courts chapitres écrits de manière brut, voire brutal, comme en témoigne la scène très gore au cours de laquelle Dragon émascule un policier pédophile.

Si le lecteur se range volontiers dans le camp du tueur en série justicier (dont on nous dévoile la jeunesse traumatisante), Day prend une certaine distance avec les actes commis : la responsable d’ONG qui suggère tout d’abord de lui donner une médaille finit par lui déclarer « vous n’êtes pas la solution ». Qu’importe, Dragon poursuivra sa mission d’extermination…

Contrairement à la plupart des romans de Day, les éléments science-fictionnels et d’anticipation sont, eux, relégués à l’arrière-plan (puisque ce qui se passe en Thaïlande n’intéresse pas le monde, plus soucieux des événements qui se déroulent en Europe… mais dont on ne saura rien) tandis que le fantastique se veut discret avec cette métaphore (?) du dragon vengeur qui possède les hommes pour accomplir sa mission. On eut aimé que Day s’attarde davantage sur la relation unissant l’enquêteur à son ladyboy (un sujet rarement abordé en littérature) mais on apprécie la concision dont il fait preuve pour délivrer un court roman qu’il m’a dédicacé en ses mots : « ça va aller vite, ça va cogner fort et nul n’en sortira indemne ». Un parfait résumé de ce DRAGON pas spécialement plaisant (vu le sujet on s’y attendait) qui se lit sans répit jusqu’à sa conclusion légèrement attendue mais implacable. Et si beaucoup de romans délaient inutilement l’action, on se dit que, dans le cas de Day, une cinquantaine de pages supplémentaires n’auraient pas été de refus pour développer davantage la psychologie du personnage principal ou l’arrière-plan politique (fiction) de cette Thaïlande inondée et pluvieuse. Malgré ces légères réserves DRAGON constitue (encore !) une belle réussite de la part d’un des meilleurs auteurs francophones actuels des littératures de l’imaginaire.

Rédigé par hellrick

Publié dans #anticipation, #Thriller

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